Julie Crenn

  • Catalogue d'une exposition réalisée à partir de la collection du Frac Réunion et de douze artistes invités, Où poser la tête ? propose une sélection de portraits et autoportraits qui ouvrent le champ de la représentation de soi et de l'autre entre l'Afrique, la zone Océan Indien, l'Asie et l'Europe.
    Les [auto]portraits engagent différentes questions : l'affirmation ou bien la remise en question d'un statut (celui de l'artiste), d'une identité (artistique, culturelle, sexuelle), d'une vision critique, politique, poétique des autres et/ou de soi. Ils engendrent un ensemble de sentiments à la fois complémentaires et contradictoires : le trouble, l'identification, le rejet, la crainte, l'empathie, le doute. Pourtant, la fascination prédomine, l'irrésistible tête-à-tête aentre le regardeur et le sujet provoque une pluralité de réactions. Les [auto]portraits activent une dissonance et une complexité inhérentes à la nature humaine. L'exposition « Où poser la tête ? » est nourrie de ses différents champs de recherche, de ces différents sentiments qui façonnent l'expérience de chacun. Le titre de l'exposition est une interrogation. Où poser la tête ? Qui suis-je ? Qui es-tu ? Comment se représenter et représenter l'autre ? Que nous disent les portraits et autoportraits ? Comment se positionner dans le monde ? Comment les genres du portrait et de l'autoportrait participent à une volonté de résistance et de revendication ?
    Les oeuvres présentées au sein de l'exposition formulent un dialogue où les regards politiques et poétiques se croisent et s'entrechoquent selon différents axes de réflexion : le portrait - la réactualisation d'un genre traditionnel, l'archive, le corps politique, l'intime, le masque et la performativité de soi. Les oeuvres attestent d'une ambiguïté constante et d'une pluralité (des formes et des discours) nourrie de mouvements et de perturbations. Les problématiques politiques traversent l'exposition en questionnant les identités, l'histoire, la mémoire et le genre. Qu'ils soient traités de manière directe ou indirecte, les portraits et les autoportraits traduisent un mouvement, celui d'une performance continuelle des corps, des identités et des idées.
    Publié à l'occasion des expositions éponymes à la Maison Bédier / Le Fondement et à la Villa de la Région, de novembre 2015 à janvier 2016.

    Oeuvres de Giulia Andreani, Malala Andrialavidrazana, Soleïman Badat, Sammy Baloji, Valérie Belin, Jimmy Cadet, Denis Darzacq, Oleg Dou, Thierry Fontaine, Samuel Fosso, Esther Hoareau, Stéphanie Hoareau, Pieter Hugo, Pascal Lièvre, Myriam Mihindou, Zanele Muholi, ORLAN, Yohann Quëland de Saint Pern, Rina Ralay-Ranaivo, Mary Sibande, Abel Techer, Marc Turlan, Moussa Sarr, Pascale Simont, Kimiko Yoshida, Wilhiam Zitte.

  • Dunhuang, ville chinoise de la province de Gansu, recèle un trésor : les grottes de Mogao (classées patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO). Elles abritent plus de dix siècles de manuscrits, de sculptures et de peintures bouddhiques. Une centaine d'artistes contemporains chinois ont revisité cet art avec un souci constant de transmission, d'admiration et de régénération. L'art de Dunhuang les a inspirés et ils ont souhaité restituer par la porcelaine, la sculpture et la peinture l'essence de ses trésors et de son esprit.

  • À travers ses photographies, ses vidéos, ses installations et ses oeuvres sonores, Esther Hoareau déploie des paysages fantasmagoriques qui pourtant adoptent des apparences communes et font appel à un imaginaire réellement collectif (nouvelle monographie).
    Ce catalogue propose une plongée à la fois mystique et merveilleuse à l'intérieur d'un univers parallèle où le passage de la société humaine est effacé : pas de câbles électriques, pas d'habitations, pas de routes, pas de panneaux, pas de déchets, aucun signe, aucune ruine n'apparaissent. Ces paysages s'inscrivent alors dans un passé ante-anthropocène, un futur proche ou bien dans un territoire inconnu.
    Si Esther Hoareau travaille à partir de photographies réalisées lors de différents voyages, l'image finale ne sera ancrée dans aucun territoire, mais plutôt dans un mix, un collage de ses rencontres. Il s'agit autant de l'Islande que de La Réunion, des images réalisées sur place auxquelles s'agrègent d'autres fournies par la Nasa ou par un microscope. Par la fabrication d'images de paysages hybrides, l'artiste favorise une déterritorialisation. Face aux images, à nous d'embrasser une étrangeté et d'apprivoiser un secret.
    Publié à l'occasion de l'exposition éponyme au Frac Réunion, Piton Saint-Leu, du 15 novembre au 13 décembre 2020.

  • De son propre aveu, Zhu Hong (née en 1975, à Shanghai) aime visiter les musées. Tout l'y inspire : les collections, l'architecture, la scénographie, les éléments du décor, jusque dans les refl ets de la lumière sur les verres des dessins ou les vernis brillants des peintures, jusque dans les traces d'humidité et les déchirures laissées par le passage du temps et les aléas de l'histoire.
    Son travail de peintre et de dessinatrice s'y nourrit et elle y révèle par des évocations, des fragments, ce qui avait échappé à l'oeil du visiteur - et du conservateur.
    À l'invitation du musée de La Roche-sur-Yon, Zhu Hong est venue s'immerger dans les collections de dessins, estampes et photographies, passant d'un siècle à l'autre. Les traits de burin des gravures se changent en ciels infi nis de crayon graphite ; les allégories, les muses et les belles demoiselles des siècles passés s'effacent et se fragmentent sous ses pinceaux, et les photographies se diluent dans les tâches d'eau ou retournent à la lumière. La poésie et le mystère qui parcourent son oeuvre entraîne le spectateur dans un voyage sensible à la recherche du génie des arts qui sommeille dans les collections du musée.

  • L?identité serait en crise. Le constat semble intemporel et transhistorique. Les questions demeurent les mêmes. Qui sommes-nous ? Comment se définir ? Par rapport à quoi ? À qui ? L?Autre ?
    Qu?est-ce qui nous définit ? Qu?est-ce qui nous rassemble et nous sépare ? Comment et à partir de quels éléments se construit une identité culturelle ? Quelles représentations lui donner ? Comment en parler ? En pleine période électorale, dans un contexte politique instable et peu rassurant, l?exposition « Tous, des sang-mêlés » a interrogé les problématiques inhérentes à ce que peut recouvrir l?identité culturelle pour formuler, par des choix critiques et plastiques, des constats, des interrogations, une rencontre, une conversation. L?exposition explore différentes notions, celles des territoires, des frontières, des cartes, des nations, des communautés, des appartenances, des langues, des drapeaux, des couleurs de peaux, des stéréotypes, des symboles et des traditions.
    L?exposition s?impose alors comme une réaction critique et sensible face aux discours moisis, réactionnaires, communautaristes et méprisants, des discours politiques incarnant la peur, la haine, l?exclusion et le repli. Elle réunit les ?uvres de soixante artistes, français et internationaux, qui, chacun à leur manière, approchent l?histoire (personnelle et collective), la mémoire, les archives, la traduction, la fouille ou encore la réparation. À chacun.e de créer son parcours, de construire son histoire à travers une exposition protéiforme composée de photographies, de peintures, d?installations, de vidéos, de sculptures et d?autres médiums. Ici, pas de parcours autoritaire, pas de hiérarchie, bien au contraire l?exposition se veut être une promenade critique, poétique et métaphorique à travers des problématiques qui à la fois enrichissent et polluent notre histoire. La cohabitation des ?uvres crée des écarts qui, selon François Jullien, sont les lieux de l?invention, de la critique et du politique. En effet, si les ?uvres présentes touchent les questions du vivre ensemble, du bien commun, de ce qui nous rassemble, elles se confrontent également à la violence de l?histoire coloniale, aux ségrégations et aux multiples exploitations.
    S?inscrivant dans ce décloisonnement d?une identité culturelle mouvante, poreuse, créolisée, le catalogue prend l?apparence modeste de plusieurs livrets non hiérarchisés proposant des notices sur toutes les ?uvres exposées et de nombreuses vues d?exposition. Les textes des deux commissaires reviennent sur les enjeux d?une identité culturelle comme construction, un concept qui se performe et se transforme au fil des expériences.

  • La première monographie de la peintre franco-finlandaise Henni Alftan permet de voir réunie une large sélection de ses dernières oeuvres. Elles sont introduites par les textes de Julie Crenn et Marja-Terttu Kivirinta qui resituent son travail dans le champ de la peinture contemporaine, et reviennent sur son intérêt pour le regard, le déboublement, la composition des plans cinématographiques, et le trouble qui naît lorsqu'une vision s'aiguise jusqu'à devenir trop précise.

  • Les pièces présentées dans ce catalogue, pour la plupart inédites et pensées pour les espaces de Maubuisson, sont un écho à l'histoire et à la matérialité de ce lieu. Maubuisson représente pour l'artiste un territoire de recherche et d'expériences physiques. Il explore des gestuelles précises, adaptées aux lieux, aux matériaux, aux objets, pour en extraire des fragments d'histoires. Dans la salle du Chapitre, ancien lieu d'inhumation, il présente vingt coffrages en bois brut ornés de fl eurs en marqueterie, évoquant les tombes des moniales. Ici, le sol est le lieu des morts : celui où sont enterrés les défunts. Avec Régis Perray, le visiteur a les pieds sur terre : il ne peut ignorer qu'il marche sur des morts quand il déambule en salle du Chapitre. Le sol est aussi une surface à soigner, à patiner, à subli- mer, comme pour ne pas oublier d'où l'on vient, s'ancrer solidement, prendre racine. Il est aussi le lieu de la renaissance : on peut y faire pousser des fl eurs.
    L'exposition de Régis Perray est empreinte d'une générosité propre à son auteur. Elle soigne les blessures en déposant une fleur sur la tombe des cisterciennes. Elle réconcilie avec le corps en nous engageant tout entier sur la patinoire. Elle fait entrer dans notre intérieur la couleur, la diversité et la beauté des fleurs. Elle rappelle la douceur des caresses sur la peau. Elle fait renaître la vie sur les ruines et offre une vision poétique pour le futur de l'abbaye en proposant la construction d'une chapelle. Chaque oeuvre est un don : Régis Perray partage avec le visiteur, ici une fleur, ici un tour de patinoire, ici une pensée pour les morts, ici une caresse. Quand l'art rencontre le coeur, c'est là toute la force de l'oeuvre de Régis Perray.

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