Martine Wijckaert

  • Théâtralité familiale.
    Trilogie de l'enfer n'est pas à proprement parler une suite mais plutôt un rebondissement de la précédente trilogie, Table des Matières (L'une & l'autre, 2008), qui puisait son inspiration dans la Famille, avec une dominante : la Mère absente, projetant toutefois son ombre sur la vie familiale. Le personnage de la Fille, elle, double de la Mère initiatrice d'un paysage familial tronqué poussait son modèle jusqu'à la légende, là où l'histoire devient l'Histoire.
    Dans Trilogie de l'enfer, la Mère s'impose, s'interpose et ouvre le bal. Puis, au cours des trois textes : En dessous de l'enfer, l'amour; L'enfer, l'alcool ; Au dessus de l'enfer, la guerre, les chronologies s'inversent de manière fantaisiste... La Mère, morte, contemple sa Fille. Fille qui, adulte, en certaines situations se transforme en éléphant en peluche de couleur anthracite, qu'elle perçoit rose dès lors qu'elle l'imagine, Eléphanteau, en représentation de sa virtuelle descendance.
    Comme dans toutes les familles, on retrouve dans ces textes les fantasmes de l'amour, la confusion des sentiments et les ambiguïtés de la domination.

  • À l'observation d'un certain type d'individus alliant signes ostentatoires de richesse et vulgarité inculte absolue, s'élève un oratorio à quatre voix, celles du boucher-charcutier, de la femme du bouchercharcutier, du confesseur de la femme du boucher-charcutier, celle de Diane chasseresse. Chacun des personnages porte métaphoriquement l'organe qui le spécifie : le coeur, le poumon et le cerveau deviennent alors les emblèmes carnés d'une métaphysique de l'espèce humaine, que des intoxications diverses ont dégradée, nécessitant la réinvention d'une nouvelle mythologie.
    Les Fortunes de la viande sont entendues comme une mise à mort de l'espèce et de ses représentations où la disparition de la conscience permet l'apparition de Diane et le resurgissement du monde sauvage.

  • Néant, un mot qui prend tant de place de par le vide qu'il nous évoque.
    Disparition, apparition, être ou ne pas être, là est toujours la question.
    M.W. l'aborde avec ses mots à elle, des mots forts qui n'ont ni peur du noir ni de la dérision.
    Néant 1 re entrée : Le monde des morts découvert et inventorié par un garçonnet de six ans «C'est qu'une fois revenu à la maison, le parrain mort, une fois retirés le pantalon et le caleçon trempés à coeur, une fois les sacs à pique-nique calés bourrés de glace sous le parrain de plus en plus bleu, parties intimes laissées à l'air comprises, une fois décrochée du mur la peinture de genre avec ses rayons gamma, et sa huche prolixe et le crucifix pendu au même clou, les rideaux tirés et un drap mis sur le parrain, une fois tout ça accompli, maman arrive [...]» Néant 2 e entrée: Le monde des vivants déstructuré aux dernières heures d'une agonie «Et pourtant je le jure, sur ma tête et sur ta tête d'homme- chat, je le jure sur ces têtes d'enfoirés compassés qui me tiennent lieu de descendance, ce fils de pute et cette fille de salaud en train de me com- primer les bras et de me pincer la peau contre les os pour me descendre en bas du perron, et pourtant je jure que je ne ferai pas dans ma culotte, car ma conscience intérieure ne veut que courir une dernière fois au muguet pour l'embrasser follement, le muguet sous l'arbre [...]» Néant 3 e entrée : Le monde des familles passé à la moulinette «[...] dans le spectacle forcé et hautement débilitant de cette joie hypertrophiée des familles où la table, le service de la table cèdent le pas à une espèce d'ac- croupissement tribal, vivres et objets de tous genres se mêlant au fracas d'une affreuse cacophonie de borborygmes si bien qu'ici, on assassine le langage, on instruit des règles de la toute-puissance, on décérèbre le regard, on dissout les liens dans le potage des papouilles et ça bave et ça renifle et ça lèlèche en surenchère [...]»

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