Pierre Cassou-Noguès

  • Kurt Gödel (1906-1978) fut sans doute l'un des plus grands logiciens de l'histoire. Son théorème d'incomplétude, publié en 1931, est peut-être la proposition mathématique la plus significative du XXe siècle. Il a bouleversé les fondements des mathématiques et fait l'objet de commentaires philosophiques sans fin et d'exploitations abusives sans nombre. Gödel ne publiera que peu pendant la cinquantaine d'années qui suivront. Mais il laissera des milliers de pages de notes philosophiques inédites.
    On connaissait déjà les excentricités de la vie de Gödel, qui, craignant d'être empoisonné, mourra quasiment d'inanition. Ses notes, décryptées et étudiées ici pour la première fois en français, révèlent une pensée encore plus surprenante. Elles montrent que Gödel croyait aux anges comme au diable - parmi bien d'autres étrangetés. Il tente au cours des années de constituer ces idées bizarres en système logiquement cohérent, dont l'analyse éclaire d'un jour nouveau ses découvertes mathématiques.
    Cette apparente « folie » d'un esprit génial pose de redoutables questions sur la nature même de la pensée logique. L'auteur de cet essai les aborde sans hésiter à y impliquer sa propre subjectivité, sous forme de courtes fictions fantasmées. Un livre aussi inquiétant que stimulant.

  • Virusland

    Pierre Cassou-Noguès

    • Cerf
    • 15 Octobre 2020

    La réalité ressemble à un film parce que notre monde se modèle désormais sur la fiction. Telle est, pour Pierre Cassou-Noguès, l'une des leçons de la pandémie et du confinement.
    Virusland ne désigne pas une région du globe, mais une forme de vie qui se propage par contagion. Quitte à muter localement, elle touche indistinctement les régimes politiques, renvoie à une science qui se prétend univoque, modifie nos gestes, nos habitudes, notre rapport aux corps, au « normal », au moral et à l'immoral. Fondée sur l'image d'une guerre contre un ennemi invisible, elle nourrit un sentiment de peur et d'étrangeté que redoublent la restriction drastique de nos libertés et les appareillages toujours plus complexes de surveillance, de communication et de distraction.
    Recourant aux oeuvres classiques et futuristes, tenant avec humour et profondeur, le journal d'un Robinson contemporain, Pierre Cassou-Noguès interroge le mauvais rêve dans lequel nous avons été plongés pour savoir s'il n'est pas promis à devenir notre quotidien.
    Un exercice époustouflant de philosophie qui se lit comme un roman.

  • David Hilbert (1862-1943) est l'un de ces géants dont la figure domine l'histoire des mathématiques et marque le seuil d'une époque nouvelle.
    Il parcourt et transforme toutes les mathématiques, portant attention non plus à la nature des objets, la nature de l'espace en géométrie ou celle du nombre en arithmétique, mais à la structure des domaines. Ainsi, s'ouvre l'époque abstraite où, en France, grandira, par exemple, le groupe Bourbaki. Hilbert a indiqué des problèmes et des voies que les mathématiciens continuent d'explorer. Ses recherches ont donné appui à de nouvelles disciplines hors des mathématiques, comme la mécanique quantique ou l'informatique, et trouvé un écho inattendu hors des sciences exactes, dans la linguistique et la psychanalyse lacanienne.
    Avant tout, l'oeuvre de Hilbert est le développement de la méthode abstraite qui caractérise les mathématiques modernes. Cette méthode, Hilbert l'applique dans tous les domaines mathématiques et, finalement, la pousse jusqu'à ses limites pour donner un fondement, une garantie dernière à la science. Le programme de fondement, que l'on a appelé le programme formaliste, donne lieu aux théorèmes d'incomplétude, qu'établit Gödel en 1931, et aux machines de Turing.
    Nous suivons cette aventure, de l'émergence de la méthode abstraite jusqu'au programme formaliste et aux résultats de Gödel et de Turing. Nous tentons d'en dégager la portée philosophique. Sont en jeu le statut de l'infini, l'extension et les caractères de la pensée humaine.

  • L'auteur mène une analyse de la perception, au travers des notions d'invisible et d'intangible, et envisage la possibilité d'une phénoménologie imaginaire - si ce n'est de l'imaginaire. Les anges, l'homme invisible, le yéti, Dracula, et même aussi Dieu, ou bien les robots et les ordinateurs, sont en effet des êtres possibles, qui ont de fait une portée ontologique et peuvent par suite énoncer une propriété de l'existence. La thèse est donc simple : notre imaginaire, depuis le début du XIXe siècle, est structuré par l'opposition entre deux figures, le vampire et la machine.

  • Godel

    Pierre Cassou-Noguès

    Kurt Gödel (1906-1978), mathématicien, logicien et philosophe, est incontestablement l'un des plus grands esprits de notre temps. Ses réponses aux questions radicales posées par le XXe siècle au langage, aux mathématiques et à la pensée rationnelle ont modifié de façon décisive l'assise du savoir contemporain :

    Existe-t-il une langue qui permette d'isoler les phrases vraies dans tout monde possible ? Pouvons-nous ou prouver ou réfuter chacune des phrases que nous pouvons y énoncer ? Ou bien, dans une langue donnée, existe-t-il des phrases indécidables ? Plus largement, existe-t-il des phrases absolument indécidables, qui, dans aucune langue plausible, ne seront ni prouvées ni réfutées ?

    Sommes-nous des machines ? Si nous pensons correctement, notre pensée doit pouvoir s'énoncer dans une langue univoque mais, en utilisant une langue définie, nous écrivons comme une machine. Existe-t-il des machines capables d'écrire tout ce que nous pouvons penser ?

    Existe-t-il des objets qui ne sont ni dans l'espace ni dans le temps et que nous ne pouvons percevoir qu'avec nos esprits ? Les nombres sont-ils de tels objets ?

    Les mathématiques apparaissent comme le modèle de l'activité rationnelle et l'arithmétique donne le modèle de la certitude mathématique. Mais pouvons-nous donner un fondement à l'arithmétique élémentaire ?

    On présente ici les réponses de Gödel, en suivant son oeuvre logique et philosophique, depuis sa démonstration de la complétude sémantique du calcul des prédicats (1929) à sa réflexion sur le continu chez Cantor (1947), en passant par son théorème dit d'incomplétude (1931) théorème qui a rendu Gödel fameux au-delà de son domaine et influencé jusqu'au psychanalyste Jacques Lacan.

  • La science-fiction a souvent exploré l'idée d'un " lecteur de cerveaux ", appareil qui permettrait de lire directement la pensée dans le cerveau. Plusieurs articles scientifiques récents reprennent et discutent un tel projet. Les chercheurs ici rêvent et ils le savent. Mais ce rêve, ou ce fantasme, pose des questions fondamentales et passionnantes sur ce qu'on dénomme " pensée ". Comment concevoir un lecteur de cerveaux ? Quelles seraient ses fonctions ? Quel usage en ferions-nous ? Comment transformerait-il les relations humaines ? C'est ce qu'il s'agit ici de chercher à comprendre, par le biais de la fiction - par exemple en en appelant à Proust et Hitchcock. On rencontre en effet dans leurs oeuvres ce que l'on pourrait appeler des scènes " critiques ", véritables expériences de pensée permettant de mesurer la portée et de préciser les fonctions d'un lecteur de cerveaux.

  • Comment s'est inventé le bord de mer ? Avec quelles figures historiques, quels rituels sociaux, quelle littérature ? Quel est le sens de cette construction ? Et comment la décrire ? Car les concepts usuels de la métaphysique sont essentiellement terrestres et sont inadéquats pour traduire le mouvant, le fluctuant, le sans sol. Il faut les y faire jouer à contre-emploi ou les détourner pour les rattacher à ce milieu particulier qu'est la plage. Aussi le bord de mer semble appeler une autre métaphysique, qui reste à élaborer. Un livre polyphonique, construit par fragments, où chacun peut entrer comme il veut, à la saison de son choix, en fonction de son humeur ou de ses goûts, comme on peut passer un week-end à la mer en hiver, ou y rester tout un mois l'été. S'entrecroisent des récits, des scènes de plage, des souvenirs d'enfance ou le portrait de personnages singuliers, avec l'analyse de textes littéraires et des réflexions proprement philosophiques sur les concepts et le statut de la métaphysique.
    Ces fragments s'organisent en une chronique retraçant une année au bord de la mer. Une histoire des bords de mer, ou comment un territoire du vide est devenu un petit paradis. Une autre manière de faire de la philosophie.

  • Le but est, dans une perspective spéculative, de décrire notre expérience.
    Décrire par exemple un après-midi dans un jardin : distinguer différents facteurs, des êtres, des événements, une lumière singulière, analyser aussi le corps du sujet tel qu'il est ressenti, examiner la position même du sujet, retracer la façon dont se déploient l'espace et le temps, enfin rendre compte de la possibilité de cette description en interrogeant le rapport entre le langage et le sensible.
    Cette description ne se réduit pas à une phénoménologie du perçu. Elle a une portée spéculative parce qu'elle fait entièrement l'économie de l'hypothèse d'un sujet conscient auquel le monde serait donné à travers ses « vécus ». En même temps, elle cherche à situer la subjectivité en montrant quelle est sa position exacte dans le champ de l'expérience. Le problème de fond est « cosmologique » : il s'agit de penser la coexistence des êtres et des événements sur un même plan d'expérience.
    Pour mener à bien un tel projet, cet Essai s'appuie un schème conceptuel emprunté à la cosmologie de Whitehead et à l'ontologie du dernier Merleau-Ponty. Il ne s'agit pas d'histoire de la philosophie mais bien, en reprenant les concepts de ces deux philosophes et en montrant leur complémentarité, de thématiser autrement notre expérience.

  • Jean Cavaillès, héros de la Résistance fusillé par les nazis au début de l'année 1944, s'est efforcé, dans son travail théorique, de prendre la mesure des avancées et des controverses qui ont déterminé les mathématiques modernes.
    Son oeuvre, dont Canguilhem soulignait le caractère énigmatique, a exercé une influence considérable dans la philosophie française d'après guerre. Le présent ouvrage est un commentaire chronologique et linéaire des principaux écrits de Cavaillès. Il s'agit d'expliciter un appareil conceptuel, mathématique et philosophique, et de restituer dans sa progression une réflexion originale. On suit Cavaillès à travers la théorie des ensembles de Cantor, les recherches sur le fondement des mathématiques et la critique des philosophies de la conscience, de Brunschvicg et de Husserl.
    Ce parcours conduit à la thématisation, derrière la dialectique des concepts, d'une expérience mathématique. Il se dessine un rapport d'analogie entre l'épistémologie de Cavaillès, en tant qu'elle thématise une expérience, et l'ontologie du dernier Merleau-Ponty. Par cette analogie, on voudrait donner un nouvel éclairage sur l'oeuvre des deux philosophes.

  • Que et où suis- je ? Après avoir revisité un certain nombre de positions classiques sur la nature et le statut du sujet (celle de Descartes notamment) et de réponses possibles à la question de savoir ce que je suis (une personne ? une machine ?), cette enquête développe une théorie originale fondée sur la notion de figures imaginaires.
    On y trouvera une façon nouvelle de faire de la philosophie, s'appuyant sur et passant par la fiction. Cette méthode est mise en oeuvre par l'analyse d'une série de figures tirées de la littérature, où sont convoqués des auteurs classiques comme Poe, Maupassant, Nerval, aussi bien que des écrivains de science-fiction comme Wells, Conan Doyle, Stapledon, Ph. K. Dick. S´y ajoutent d´originales fictions imaginées par l'auteur, qui deviennent autant de plans d'expérience philosophique : puis- je, au sens propre, perdre la tête ? être invisible ? intouchable ? habiter un tableau ? être fait de plusieurs morceaux ?
    Voici, autour de la question du sujet, un parcours par la fiction d'un pan de la philosophie aussi bien qu'un voyage philosophique à travers la science-fiction.

  • « L'histoire - note Léon Brunschvicg - est le laboratoire du philosophe ». Cette idée nous a semblé définir la perspective de l'épistémologie historique qui se développe dans les années trente avec Cavaillès, Bachelard et Lautman. Il s'agit bien en effet d'une réforme des notions classiques de la philosophie, la conscience, la raison, l'imagination, le rapport entre la pensée et le sensible, la subjectivité et l'objectivité, mise en oeuvre et mise en expérience dans une histoire des sciences. Bien que la philosophie en France après guerre se détache largement de l'histoire des sciences, elle restera marquée par cette réforme philosophique commencée dans les années trente. C'est du moins ce que nous voulons montrer. Nous nous proposons de présenter les grandes articulations de l'épistémologie historique, autour de Cavaillès, d'analyser les opérations conceptuelles qu'elle accomplit, pour en suivre le retentissement jusque dans la philosophie contemporaine.

  • Kurt Gödel (1906-1978) fut sans doute l'un des plus grands logiciens de l'histoire. Son théorème d'incomplétude, publié en 1931, est peut-être la proposition mathématique la plus significative du XXe siècle. Il a bouleversé les fondements des mathématiques et fait l'objet de commentaires philosophiques sans fin et d'exploitations abusives sans nombre. Gödel ne publiera que peu pendant la cinquantaine d'années qui suivront. Mais il laissera des milliers de pages de notes philosophiques inédites.On connaissait déjà les excentricités de la vie de Gödel, qui, craignant d'être empoisonné, mourra quasiment d'inanition. Ses notes, décryptées et étudiées ici pour la première fois en français, révèlent une pensée encore plus surprenante. Elles montrent que Gödel croyait aux anges comme au diable - parmi bien d'autres étrangetés. Il tente au cours des années de constituer ces idées bizarres en système logiquement cohérent, dont l'analyse éclaire d'un jour nouveau ses découvertes mathématiques.Cette apparente " folie " d'un esprit génial pose de redoutables questions sur la nature même de la pensée logique. L'auteur de cet essai les aborde sans hésiter à y impliquer sa propre subjectivité, sous forme de courtes fictions fantasmées. Un livre aussi inquiétant que stimulant.

  • Norbert Wiener, grand mathématicien de la première moitié du XXe siècle, est aussi le fondateur de la cybernétique. Wiener, à partir de ces travaux, fut un précurseur des réflexions sur les risques sociaux et humains liés à l'émergence de l'automatisation et de l'informatisation. Ses archives, longtemps inédites, ont révélé d'étranges nouvelles policières (parmi elles, Un savant réapparaît, une histoire autour du meurtre d'un savant, dont la traduction figurera dans l'ouvrage), dans lesquelles Wiener développe ses analyses et pose une question fondamentale : comment continuer la recherche scientifique quand elle a conduit à la bombe atomique ?
    Cet essai interroge la position de la cybernétique entre science et fiction, et la façon dont ses créatures, désormais familières mais problématiques, des robots aux cyborgs, éclairent ses enjeux sociaux et politiques.

  • Partant du constat que nous perdons tous notre temps, cet ouvrage dresse un inventaire des temps perdus et de leurs significations, montrant qu'il n'a pas toujours été perdu de la même façon. Opérant un retour dans le passé, celui de la littérature et de la philosophie, l'auteur étudie cette activité passive, ses différentes formes jusqu'à celles, actuelles, que définit le verbe "traîner".

  • Technofictions

    Pierre Cassou-Noguès

    • Cerf
    • 29 Août 2019

    Des gants connectés qui donnent l'impression de toucher à de très grandes distances des êtres qui n'existent peut-être même pas ; un traitement médicamenteux qui permet à ceux qui ont un numéro de sécurité sociale de conserver une fausse éternelle jeunesse ; une application sur un smartphone qui permet de continuer à dialoguer avec les défunts ; un appareil qui nous indique en permanence et sans ambiguïté l'humeur, l'état d'esprit de ceux qui nous entourent, et notre propre état d'esprit lorsque la machine nous vise ; des conseils personnalisés (sous forme de notifications sur l'écran de nos téléphones) qui nous donnent une parfaite maîtrise sur nos corps et nos esprits... dans la mesure où il y a du réseau !
    /> C'est parce que la technologie contemporaine modifie nos vies que son sens doit être interrogé.
    Les nouvelles rassemblées dans ce recueil mettent en scène des personnages hauts en couleur, dont un couple Marcel et Albertine, et leur vie dans plusieurs univers possibles.

  • La Ville aux deux lumières est l'esquisse d'une cosmologie imaginaire : une cosmologie, qui analyse notre expérience et en interroge la structure, grâce à un jeu sur des images. Cette cosmologie se développe donc dans des séries de récits. La fiction est le milieu où s'exprime d'abord l'imaginaire, et c'est en s'appuyant sur les images associées aux éléments de notre expérience, en suivant les ressorts propres à ces images, que l'on cherche ici à suivre les fils de notre expérience et à nouer un discours spéculatif.

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