Robert Maggiori

  • De la convivance

    Robert Maggiori

    • Fayard
    • 11 Septembre 1985

    Rien n'empoisonne davantage la liberté de nos contemporains que la sommation à choisir. ils préfèrent généralement éterniser le temps du choix et jouer à délibérer, embarrassant ainsi leur choix de raisons de ne pas choisir. combien à tergiverser ont refusé de franchir le seuil de l'éthique? qui ne connaît _ ou ne se reconnaît dans _ le chevalier du frivole qui choisit pour rire et prend le lendemain le parti adverse de celui de la veille au risque de perdre la mémoire de sa vie? ou bien encore le chevalier de l'aventure qui à la délibération pleutre préfère l'action aveugle et se montre prêt à mourir pour toute cause, faute de pouvoir vivre pour une seule? le petit théâtre de la modernité a bruissé des mésaventures de la volonté.

    Or, le choix authentique exige que l'on renonce à la terrible illusion que tout se vaut, aux fausses équivalences qui aplanissent chaque affirmation en opinion, qui équarissent toutes les valeurs. et surtout, parce qu'il engage l'être tout entier et porte trace du lien qui le lie à autrui, il doit répondre à une scandaleuse règle morale: préférer l'autre plutôt que soi-même.

    Le baptême de la volonté n'est possible que par l'affirmation de la liberté. mais l'acte libre n'est en lui-même porteur d'espoir que s'il demeure fidèle au souci d'autrui, aux valeurs communes, à la mémoire partagée. la liberté n'est telle que si elle se fait amour et ne cesse de réclamer non pour soi, mais pour l'autre. car seule la liberté de l'autre, les libertés des autres donnent un sens à la mienne et dessinent sa vocation. seul mon devoir _ pure exigence morale qui m'enjoint de faire-pour-l'autre _ accomplit mes droits. telle est cette convivance, ce vivre-avec où nous conduit la philosophie, _ quand renonçant à être " forte ", elle devient dialogue d'homme à homme, de l'homme sur l'homme, quand elle se fait enfin philosophie de l'amour.

    Robert maggiori, co-auteur de lire gramsci et philosopher, traducteur, est professeur de philosophie. il s'occupe de la rubrique philosophie au journal libération.

  • Au fil de la plume, dans un texte continu où se mêlent souvenirs, érudition et réflexions sur son métier, Robert Maggiori nous emmène dans un voyage dans la philosophie contemporaine. Le jeune prof de philo d'origine italienne est devenu le passeur des philosophes, critique des livres de philosophie dans le Cahier livres de Libération depuis trois décennies. Tenace et rigoureux, Robert Maggiori est convaincu qu'au lecteur est dû ce travail minutieux de tri, d'analyse, de réflexion et de vulgarisation - terme qu'il n'emploie pas, de crainte sans doute, qu'on l'associe à une moindre exigence. L'exigence est pourtant le maître mot- c'est elle qui donne sa solidité au travail du critique. Lequel peaufine inlassablement les outils de la transmission : érudition, connaissance intime des textes et des auteurs - comment ne pas voir, aussi, l'homme derrière l'oeuvre ? - art de la synthèse, de la mise en perspective et, plus encore, de la mise en récit.Un texte court, fort agréable à lire, qui mêle un panorama quasi complet de la philosophie moderne - particulièrment utile aux étudiants -, un récit personnel souvent émouvant qui passe par l'Italie, l'amitié profonde avec Jankélévitch, Baudrillard ou Bourdieu, le choc du meurtre de Pasolini, la vie quotidienne d'un grand quotidien,... et les coulisses de la presse et les ficelles du métier du journaliste, à son meilleur.

  • Rassemble les chroniques philosophiques de R. Maggiori parues dans le supplément littéraire de Libération, dans lesquelles il nous invite à découvrir une pensée en perpétuel devenir.

  • Une élève, un professeur, une rencontre, une infinité de discussions. Et l'idée est venue à Charlotte Casiraghi et Robert Maggiori de mettre par écrit ce qui germait de leurs dialogues, lesquels revenaient toujours à la question du sensible, de ce qui nous affecte, des frontières ou de l'absence de frontière entre les émotions, de leur logique, de leur confusion parfois.

    Il leur est alors apparu que tous nos états d'âmes formaient un ensemble d'îlots solidaires, reliés par le courant magnétique du désir, qui tisse entre eux d'invisibles chaînes. C'est cet archipel qu'ils ont entrepris de dessiner.

    Ce petit traité des passions se compose d'une quarantaine d'entrées (Amour, Cruauté, Patience, Modestie, Dégoût, Adoration, Admiration, Arrogance, Pitié, Fraternité, Douceur, Ennui, Tristesse, Jalousie, etc.), ancrées dans le savoir philosophique et rédigées dans un style simple et accessible.

  • Nul n'est étranger à la philosophie. Simplement parce que les problèmes dont elle traite sont ceux qui traversent la vie humaine : l'amour et la justice, la vérité, l'inexorable écoulement du temps, le désir, le pouvoir, la technique, la liberté, le rôle de la société, la fonction de l'art...
    Cependant, la réflexion que chacun porte sur ces thèmes a besoin pour se renforcer de s'ouvrir à celle de philosophes confirmés. Tâche difficile, car tantôt la philosophie, pour se rendre accessible, se " vulgarise " au point de n'être plus... philosophie ; tantôt, voulant garder sa spécificité, elle se maintient à un haut degré de technicité et ainsi demeure inaccessible au profane. Les contributions qui composent Philosopher 1 et Philosopher 2, réunis en un seul volume de " Bouquins ", sont certes celles d'" experts en la matière ", mais visent toutes le même but, qui est d'introduire à la réflexion philosophique en évitant à la fois la décevante vulgarisation et l'excessive spécialisation : elles peuvent être lues par le néophyte, et aucune n'est susceptible d'être critiquée pour un manque de rigueur par un " spécialiste ".
    Ce que propose Philosopher n'a jamais été fait : éclaircir les interrogations contemporaines, en établissant une passerelle entre la scène publique, où s'élaborent, se confrontent et s'affrontent les théories qui vivifient la démocratie délibérative, et la classe, où des lycéens de toute section sont initiés par leurs professeurs à la réflexion philosophique et à la lecture des grandes oeuvres de l'histoire de la pensée. Pour bâtir ce pont, il fallait que des philosophes, mais aussi des biologistes, des psychanalystes, des historiens, des écrivains, des hommes de sciences acceptent de traiter expressément, par une contribution inédite, les principales questions inscrites au programme des classes terminales, qui n'ont rien de " scolaire " et recouvrent ces questionnements fondamentaux auxquels chacun, étudiant ou amateur éclairé, est confronté. Le fait qu'ils aient été si nombreux à accepter, et qu'ils se nomment Vladimir Jankélévitch et Jean-Pierre Vernant, Emmanuel Le Roy Ladurie, Edgar Morin, Alain Badiou, Alain Touraine, François Châtelet, Michel de Certeau, Albert Jacquart, Philippe Ariès, Robert Castel ou Henri Lefebvre, pour n'en citer que quelques-uns, a permis à Philosopher - ouvrage qu'on dirait aujourd'hui " collector " - d'offir à tous, en un langage clair, un outil précieux pour " entrer en philosophie ", mais également un vaste panorama de la pensée française contemporaine.

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