Thorens Jacques

  • Ce livre foisonnant a pour objet Le Brady, une salle de « cinéma bis », installée au 39 boulevard de Strasbourg, dans le quartier populaire du 10e arrondissement de Paris. Ce lieu culte, ayant connu son heure de gloire dans les années 1970-80, fut pendant dix-sept ans (1994-2011) la propriété du réalisateur Jean-Pierre Mocky. Raconté par un de ses anciens projectionnistes, le récit prend des formes vagabondes grâce à sa composition à la fois subjective et subtilement thématique.
    C'est tout d'abord une chronique professionnelle et personnelle des années Brady que l'auteur nous livre, en l'émaillant d'étonnantes scènes intra-muros auxquelles il a pris part. C'est également la « biographie » d'une salle obscure pauvre en moyens mais riche de mille existences et anecdotes, des tranches de vie de clients un peu spéciaux, habitués ou furtifs, hommes des bas-fonds et de la misère sexuelle. C'est encore une enquête sur l'art cinématographique du XXe siècle par ses marges, en l'occurrence les films d'un certain « mauvais genre » ainsi qu'une plongée dans les « sous-cultures » seventies. C'est en outre l'occasion d'évoquer J.-P. Mocky, ce farfelu grande-gueule, radin et boulimique, qui fit tourner bien des célébrités non sans cultiver sa réputation de mal-aimé du 7e art. C'est enfin et surtout une traversée ethnographique du l'animation bigarrée du 10e arrondissement au début des années 2000, avec ses prostituées chinoises puis bulgares, ses coiffeurs afro, son siège UMP en campagne électorale. Aujourd'hui salle d'Art et Essai, Le Brady a pris des allures respectables mais la mémoire de ces années turbulentes et brinquebalantes sont ici consignées avec un sens aigu du détail émotif.
    Écrit par un autodidacte des lettres, féru de cinéma et de musique, Le Brady, cinéma des damnés est une somme rythmée, inventive et attachante qui satisfera la curiosité de tous ceux qui croient que l'aventure se trouve encore au coin de la rue.

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