Editions Mf

  • Écologie, communauté et style de vie, expose, par son fondateur, les grands principes et leurs dérivations de « l'écologie profonde » : un système éthique cohérent de type spinoziste - l'Écosophy T - où la valeur des choses est jugée indépendante de leur utilité. Dans un énoncé d'une grande précision sémantique, Arne Næss met en relief l'incapacité de toutes les grandes philosophies à penser la nature de manière conséquente.
    Contre les conceptions purement objectives, subjectives ou phénoménales de la réalité, il propose une lecture relationnelle et gestaltiste du monde traduisible dans le langage de la logique symbolique. Contre l'illusion du fondationalisme moral qui ne reconnaît jamais ses préjugés, Næss exprime en toute clarté les normes fondamentales et révisables de son système dont il conçoit la plus haute sous le nom de « réalisation du Moi ! ». Sous ce terme laissé volontairement vague, Næss entend l'activité - et non l'état - où les besoins et les désirs individuels s'accordent avec la reconnaissance du caractère fondamental de toute vie. En prônant ainsi l'enrichissement maximal pour tous - ce qui ne saurait toutefois être possible sans un rééquilibrer le concept de richesse vers un contenu plus émotionnel - Næss démontre l'antiascétisme de l'écologie profonde. Le spiritualisme auquel on la réduit trop souvent se trouve, lui aussi, contredit au profit d'une confrontation directe des normes de l'Écosophy T avec les politiques économiques et sociales, et l'organisation des politiques Vertes. Déjà traduit en cinq langues, cet ouvrage fondateur, qui propose pour la réflexion écologiste en France des bases métaphysiques qu'elle attend encore, n'a rien perdu de son actualité et propose une voie pleine de promesses pour échapper à la catastrophe vers laquelle nous continuons de courir.

    Écologie communauté et style de vie est le premier ouvrage d'Arne Næss traduit en français.

  • La nueva novela est un ouvrage majeur de la littérature contemporaine en langue espagnole. Publié à compte d´auteur par le poète et artiste Juan Luis Martínez en 1977 au Chili, un pays alors sous dictature, La nueva novela n´est pas un recueil de poèmes, c´est un objet d´art, mis en page et fabriqué par son auteur, composé de textes et d´images (collages, dessins, photographies) qui se répondent, dans lequel divers objets sont ajoutés (hameçons, drapeau, papier buvard) et diverses opérations effectuées (comme d´ajourer une page afin d´y produire une transparence locale), nécessitant l´intervention de la main sur chaque exemplaire imprimé. Proclamant la disparation de l´auteur (dont le nom est rayé en couverture), multipliant les références, les jeux intertextuels et les réécritures, La nueva novela est un livre insituable, dont la légèreté apparente dissimule le vide central, celui du signe privé de son sens, qui est aussi celui que creuse la dictature.

  • Centre´ sur l'AACM de Chicago, association au sein de laquelle est notamment ne´ l'Art Ensemble of Chicago, l'ouvrage d'Alexandre Pierrepont n'a cependant rien d'une monographie. L'AACM n'est pour lui que le moment culminant d'une histoire qui est celle de la « Black Music », des musiques afro-ame´ricaines, et de ce qu'elles ont apporte´ au monde. chaos, cosmos, musique est l'exploration d'un champ qui traverse le XXe sie`cle et qui pre´sente la particularite´ d'e^tre a` la fois musical et social, politique et esthe´tique. La cre´ation y est indissociable d'une expe´rience socio-politique, de la constitution de communaute´s et de groupes qui, chacun a` leur manie`re, inventent d'autres modes d'e^tre ensemble et au monde.

    Livre d'anthropologie et d'histoire de la musique, chaos, cosmos, musique l'est en un sens original, celui d'une culture non identitaire, structurellement ouverte a` l'alte´rite´ et l'alte´ration, par principe me´tisse´e et fonde´e sur l'emprunt et la cre´olisation de ses idiomes et de ses pratiques. Alexandre Pierrepont de´ploie pour la penser les ressources de la pense´e afro-ame´ricaine et afro-caribe´enne dont il met en avant, gra^ce a` un pre´cieux chapelet de citations qui jalonne l'ouvrage, la complexite´ et la richesse.

    La forme du livre est donc hybride comme l'est son objet. Aux citations qui rythment la lecture s'ajoutent des chroniques de disques de musiciens de l'AACM qui, entre les chapitres, permettent de s'approcher au plus pre`s d'expe´riences musicales singulie`res.

    Ouvrage essentiel, tant par son objet que par l'approche qu'il met en oeuvre, chaos, cosmos, musique e´labore par touches successives une ve´ritable pense´e de l'improvisation comme pratique musicale et socio-politique dont l'enjeu ultime est de construire une relation a` l'alte´rite´ la plus radicale, celle du cosmos (rede´fini comme « chaosmos »).

  • Alphonso Lingis nous saisit par la puissance a` la fois d'un style profonde´ment singulier et d'une re´flexion critique alliant re´fe´rences philosophiques et de´marche anthropologique, marque´e par son originalite´ et sa radicalite´, portant sur des questions qui vont de la corpore´ite´ aux expe´riences-limites, au langage, a` la sexualite´, en y me^lant des re´cits d'expe´riences personnelles, telles les rencontres frappantes avec des figures anonymes croise´es lors de ses voyages.
    Dans La communaute´ de ceux qui n'ont rien en commun, Lingis e´labore un propos sur le concept me^me de communaute´, a` partir de l'expe´rience de l'accompagnement vers la mort. En quoi la mort des gens avec qui nous n'avons rien en commun, en quoi l'abandon des exclus dans les rues de nos propres cite´s, ici ou ailleurs, nous concernent-ils ? Saisissant ce point crucial, Lingis de´veloppe en sept essais une critique radicale du rationalisme occidental dont les principaux moments sont les questions que soule`vent l'alte´rite´, l'individu, le commun, le langage, le corps, la torture et la mort.

  • Ces entretiens avec le compositeur Denis Dufour dessinent une trajectoire musicale d´une originalité féconde. Les trois premiers chapitres décrivent son parcours et son oeuvre, ainsi que son engagement individuel et institutionnel pour faire connaître un art musical renouvelé par le matériau, les technologies et surtout l´écoute. Cette pensée novatrice traverse, contourne ou détourne d´autres trajectoires esthétiques du paysage musical contemporain. Les trois chapitres suivants offrent ainsi une vision sur la musique d´aujourd´hui en regard du modèle schaefferien et de ses développements, en évoquant notamment les aspects historiques et pratiques du temps réel ou des nouvelles lutheries. Enfin, la postface de François-Xavier Féron permet d´éclairer le contexte d´apparition d´un genre aujourd´hui reconnu internationalement, pour mieux envisager son redéploiement, assumé ou obligé, chez la dernière génération de compositeurs.

  • Où sont les femmes ? Toujours pas là ! » affirme régulièrement la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (sacd). Cette inégalité entre les hommes et les femmes dans le spectacle vivant est aujourd'hui injustifiable. À la Renaissance, on pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de compositrices. Aujourd'hui, certes, elles sont plus nombreuses, mais elles restent encore très minoritaires ; ainsi en France, elles ne représentent que 10 % des compositeurs de musique.
    Après la publication en 2017 de La mémoire en acte. Quarante ans de création musicale, les Éditions MF et le Centre de documentation de la musique contemporaine ont décidé d'un deuxième ouvrage autour de la situation des compositrices en activité en France. Ce livre rassemble 53 portraits de compositrices accompagnés des points de vue de la philosophe Geneviève Fraisse et des musicologues Jacques Amblard, David Christoffel, Florence Launay... Plus d'une soixantaine de contributions inédites sont ici réunies.
    Le livre sera présenté sur les chaînes de Radio France (France Culture, France Musique, France Bleu), il fera l'objet de nombreuses rencontres dans les festivals de musiques contemporaines (Présences Radio France, Musica de Strasbourg...).

  • Popeye de Chypre

    Patrice Blouin

    Popeye est un voyageur spatio-temporel. Comme il veut arrêter les aventures, sa mère meurt. Il se lance alors dans une dernière rando en détournant ses funérailles. Dans Popeye de Chypre le narrateur veut ramener sa mère morte à Chypre en 1979. Il sait bien qu´elle préfèrerait être enterrée dans la banlieue d´Alger avant les accords d´Évian. Mais Popeye a beau être un authentique voyageur spatio-temporel, il n´en reste pas moins un homme de gauche. Et il refuse d´entendre parler de « Retour en Algérie Française ». Pour diverses raisons, Nicosie 1979 lui semble une bonne solution de compromis entre Bab-El-Oued 1962 et Le Mans 2013 où sa mère est censée être incinérée. Même avec les morts, pense-t-il, il faut tenter d´établir des accords raisonnables. Le livre commence là - avec ce détournement fantastique de funérailles. Dans quelque chose qu´on pourrait appeler de l´Auto-Science-Fiction ou de l´ASF.

  • Coupe-le

    Corinne Lovera Vitali

    Coupe-le réinvente à sa manière singulière la poésie épique. Il narre par une suite discontinue de versets non ponctués les aventures d´un Je contemporain à la conquête de lui-même. La voie qui y mène est celle des traumas amoureux et sexuels. Rien de lyrique cependant dans ce texte. Car c´est par le sexe et l´amour que s´exerce ici la domination. Chaque chant est l´exposition d´une forme de cette domination et des efforts non toujours conscients du Je pour la contourner ou la vaincre. La forme est de répétition litanique de blocs textuels sans ponctuation. L´ensemble forme un récit discontinu dont les péripéties dissimulent l´enjeu véritable : l´évolution progressive du rapport à soi du Je-Sujet. Peu à peu, de manière discontinue, par sauts successifs qui ne vont pas sans quelques régressions, l´écriture du Je, et donc le Je lui-même, change. Il devient le sujet de ses actions et de ses phrases. L´histoire que Coupe-le raconte est celle d´une écriture autant que de son personnage.

  • « La diaspora de la chambre 107 » est la réécriture d´une thèse d´anthropologie réalisée à l´EHESS. Son terrain est un foyer de travailleurs migrants dans le 19ème arrondissement de Paris et plus particulièrement une chambre de ce foyer où les résidents se rassemblent, discutent, écoutent de la musique. Un terrain minuscule, de 14 m2 et situé au coeur de Paris, loin des lieux où l´anthropologie, cette pratique du dépaysement, se pratique traditionnellement. C´est littéralement au coin de la rue que Claire Clouet a trouvé l´autre. Cette chambre se révèle en effet d´une très grande richesse. En suivant certaines des personnes qui s´y retrouvent, elle découvre et étudie toute une diaspora, dispersée à travers l´Ile-de-France, celle des Soninkés, population originaire d´une région située entre le Sénégal, le Mali et la Mauritanie. La chambre 107 est la métonymie d´un territoire autrement plus vaste, celui que la diaspora soninkée a tissé au fil des générations.

  • Sofia-Abeba ; MZR

    Antoine Dufeu

    La fiction est pour Antoine Dufeu un moyen d'investigation sur l'état du monde. Elle lui permet, texte après texte, d'en déployer la complexité mouvante. Le roman se fait ici enquête : géopolitique et sociétale dans Sofia-Abeba, économique dans MZR. Dans le premier, une adolescente bulgare née en Éthiopie raconte sa vie quotidienne à Sofia à la fin des années 1980 et se faisant parle de la France, de l'Afrique, de l'Europe de l'Est, de la présence russe (le mur de Berlin n'est pas encore tombé), de l'Amérique du Sud (une de ses meilleures amies est originaire de Cuba), mais aussi de l'argent, du passé soviétique, des touristes sur les plages de la Mer Noire et de l'attrait qu'exercent sur elle les mégapoles occidentales et asiatiques. Une image du monde prend forme parles ombres portées sur l'imaginaire d'une adolescente née en Afrique et vivant en Europe. Dans le second, rejouant les trajets de Léon Trotski dirigeant l'Armée rouge depuis son train, l'auteur ajoute un appendice aux mémoires de Jérôme Kerviel, le trader désormais retraité qui en 2008 fit perdre 4,9 milliards d'euros à la Société Générale. Cette analogie ferroviaire produit un effet d'enjambement stupéfiant entre communisme et capitalisme, saisis depuis leur pratique commune, celle de la guerre, économique et militaire. Ces deux fictions s'inscrivent dans un projet plus vaste intitulé Les nouvelles du globe, qui explore la forme du journal intime à travers sa capacité à enregistrer les mouvements les plus infimes de notre globe, ceux qui affectent les psychés contemporaines.

    Nous avons choisi de publier, avant MZR, le texte de Léon Trotski qui l'a inspiré : « Le train », chapitre 34 de Ma Vie, ses mémoires (dans la traduction de Maurice Parijanine, telle qu'elle a été publiée par les éditions Rieder en 1930).

  • Qu'est-ce que le corps humain ?
    À la fois la plus familière et la plus méconnue des choses, le corps est au centre de l'expérience mais représente également le lieu d'une préhistoire antérieure à toute expérience.
    Etrange et inconnu, cet autre aspect du corps a bien trop souvent été négligé par la phénoménologie.
    En se confrontant à cette négligence, The Thing redéfinit la phénoménologie en tant qu'espèce du réalisme, nommée phénoménologie inhumaine.
    Loin d'être le simple véhicule d'une voix humaine, cette phénoménologie inhumaine permet l'expression d'une matérialité étrangère aux limites de l'expérience.
    En associant la philosophie de Merleau- Ponty, Husserl et Levinas à l'horreur de John Carpenter, David Cronenberg et H. P. Lovecraft, Trigg explore la manière dont cette phénoménologie inhumaine place le corps hors du temps. Remettant en question les notions traditionnelles de la philosophie, The Thing fait également écho aux philosophies contemporaines du réalisme. Le résultat n'est ni plus ni moins qu'une renaissance de la phénoménologie redéfinie à travers la focale de l'horreur.

  • Machine Pollet

    Collectif

    Premier ouvrage collectif de référence sur le cinéaste Jean-Daniel Pollet (1936-2004), Machine Pollet est également la restitution d'un projet de recherche de trois années menées par des cinéastes, des artistes, des philosophes et des étudiants au sein de quatre écoles d'art. Composé d'essais, de récits, d'entretiens, de dialogues réels et inventés, de journaux de bord et d'expériences poétiques et formelles, il sera accompagné de dix ?lms tournés et montés au cours de ces trois années.
    Machine Pollet est un livre double : sur et à partir de Pollet. Essais et entretiens se penchent sur son oeuvre, vaste et plurielle et tentent d'en renouveler et d'en approfondir l'approche. Dialogues, journaux et expériences travaillent à sa suite, reprennent et détournent des objets, des opérations, des idées et des mouve- ments saisis dans son oeuvre pour en faire autre chose.
    Comme toutes les machines, la machine Pollet n'a pas de bords : elle produit et elle transforme. Nous l'avons nourrie de tout ce que nous savions de lui et de tout ce qu'il nous a inspiré, de tout ce que nous avons appris et de tout ce que nous avons fat à partir de son oeuvre. Cette machine est exégèse et désir, elle étudie et elle fabrique, elle théorise et elle ?lme.

  • Retour aux sources du Pléistocène est le dernier livre de Paul Shepard et fournit une vision d'ensemble de ses recherches. Dans cet ouvrage Shepard interroge différentes possibilités de vivre en accord avec les «dispositions» biologiques et psychologiques que nous avons acquises au Pléistocène. Quelles sont les conditions écologiques et les pratiques culturelles les plus adaptées à notre humanité ? Et dans quelle mesure l'indifférence de ces dispositions sont-elles à l'origine des maux sociaux et écologiques que connaissent les sociétés ? En mettant l'accent sur les causes culturelles de la crise environnementale, ce livre peut être rapproché de l'ouvrage devenu un classique de l'anthroplogie du XXe siècle, Âge de pierre, âge d'abondance de Marshall Sahlins (Gallimard, 1976).

  • Rue d´Alger propose la réinterprétation d´éléments urbains marseillais renvoyant aux histoires coloniales, à partir du croisement des perspectives artistiques et de la recherche académique. Le projet investit l´Institut culturel italien, exemple emblématique de l´architecture fasciste sur le sol français, en ouvrant les portes d´un lieu « dissonant », et en révélant les archives. Si Rue d´Alger questionne la propagande du rêve expansionniste mussolinien, il ne se limite pas à l´élaboration d´un discours centré sur l´Italie. Le positionnement de l´Institut culturel italien au coeur de la Rue d´Alger invite en effet à élargir le propos aux héritages des relations asymétriques que la France a construit avec l´Afrique du Nord. L´exposition propose pour cela un dispositif polyphonique dans lequel les artistes et les chercheurs abordent les « fantômes » du passé colonial en revenant sur la construction de l´espace partagé et circulatoire que pourrait dessiner la Méditerranée d´aujourd´hui.

  • Ce livre a pour sujet la harsh noise. Cet art sonore actuel, bruitiste, généralement indépendant interroge l'esthétique à plusieurs égards. Réputé intense, voire violent (harsh signifie abrasif), proposant à l'auditeur un phénomène non structuré, particulièrement complexe et erratique, dans une mise en question des gestes de contrôle de la composition, il confronte la pensée aux limites de l'expérience musicale et à l'indiscernabilité du genre. Cependant, de nombreux performers de cette scène très active ont un discours réflexif et construit sur leur pratique. De Merzbow à Zbigniew Karkowski, la noise se décrit, se pense, voire se théorise. Et il en va de même pour ses auditeurs, souvent enclins à réfléchir leur expérience, dans sa singularité et son ambiguïté.
    S'appuyant sur ces discours d'auditeurs et de performers, cet ouvrage envisage ainsi la noise du côté de ses écoutes, en deux moments : 1) un essai d'esthétique qui s'interroge sur l'écoute engagée dans ce type de pratique sonore et de son rôle constitutif pour ce genre ; 2) les réponses à un questionnaire d'écoute et des entretiens qui permettent de comprendre comment une telle esthétisation du bruit s'avère possible. Ils mettent au jour les stratégies développées à cet effet, de manière plus ou moins consciente : éducation du sens, gestion de l'inconfort, imaginaires corporels, dans des termes qui singularisent la noise par rapport aux musiques expérimentales qui peuvent également ouvrir l'écoute au bruit du monde.
    L'enjeu de cet ouvrage est alors, également, de montrer en quoi un art sonore actuel et marginal peut engager des questionnements traditionnels en philosophie : question de l'ambiguïté du plaisir esthétique, de la venue à la forme, de l'éducation des sens...

  • « Jardins de l'écoute » est un livre à écouter; il résonne des bruissements du vent et des plantes, comme des mouvements de la pensée, et de son cheminement dans l'univers musical. Livre de composition, c'est un objet vivant, autant par la matière sonore qui s'y fait entendre que par ce qu'il fait entendre d'une pensée du sonore, de ses questionnements, détours et entretiens.
    L'entretien, en effet, est constamment présent dans ce livre sous forme d'échanges entre le compositeur Jean-Luc Hervé et la philosophe Anne Cauquelin.

  • Furioso

    Dimitri Bortnikov

    Qui a fait ça ? qui ? il faut pas donner un enfant mort-né à sa mère.
    Il fallait pas. non. tout le monde le sait. mettre un enfant mort-né dans les bras de sa mère... il fallait pas. tout le monde le sait. il faut pas que la mère prenne son fils mort-né dans ses bras. mettre son fils mort-né sur son ventre. non. tout le monde le sait. tous. qui avait eu cette idée ?! qui ? un truc pareil. c'est pire que tout. il y a pas pire que ça. poser le reposer sur le ventre vivant de sa mère.
    Comme s'il était vivant. comme si tout était vivant. on a fait un mauvais rêve. oui. la mort a plaisanté. un poisson d'avril sur le ventre de la mère. la mort... elle a imité la jeune mère et. le ventre devient une tombe.

  • Avec ce livre d'entretiens « à voix basse » avec la contrebassiste, improvisatrice et compositrice Joëlle Léandre, il s'agit de retracer les grandes lignes de son parcours musical exceptionnel entamé dans les années 1970.
    Il s'agit aussi et surtout de s'entretenir avec elle de son art, des rencontres importantes qui ont jalonné sa carrière (John Cage, Evan Parker, Giacinto Scelsi, Philippe Fénelon, Betsy Jolas, Derek Bailey, George Lewis, Anthony Braxton, Steve Lacy.), de son instrument, de son rapport à la musique écrite (l'Itinéraire, 2e2m, l'Ensemble Intercontemporain,.), et à l'improvisation, mais aussi de sa discographie (près de 150 disques), bref de sa vie de musicienne engagée dans la création, ici et maintenant.

  • À l'occasion du quatre-vingtième anniversaire d'une légende du jazz Daniel Humair, le critique Franck Médioni réalise à partir d'entretiens de celui-ci un « abécédaire ». D'« Ambidextre » à « Zygomatique » en passant par la « Batterie » et le « Swing ». Il retrace d'une manière libre et impertinente sa vie d'un artiste helvétique ayant élu domicile en France. S'il a porté la batterie de jazz à son zénith, il est également un fin gourmet ainsi la « Gastronomie » à une place de choix dans cet Abécédaire. On y croise quelques maîtres queues venant faire contre-point à aux légendes du Jazz comme « Cannonball Adderley », « Chet Baker », « John Coltrane », « Miles Davis » ou « Michel Portal ». Il est aussi peintre, il étant aujourd'hui son expression artistique vers la gravure, la lithographie.
    À bâtons rompus est un portrait d'un musicien aux nombreuses facettes, un portrait gourmant d'un passionné des sons et des couleurs, une personnalité sensible à fleur de peaux, mais surtout une légende qui a révolutionné la batterie.

  • « La plus grande oeuvre d'art pour le cosmos tout entier ». C'est en ces termes que le compositeur allemand d'avant-garde Karlheinz Stockhausen (1928-2007) a qualifié l'attaque terroriste contre le World Trade Center le 11 septembre 2001. Au-delà de sa portée morale, cet essai philosophique montre la double vérité, artistique et politique, que renferme cette déclaration. La première a pour nom propre « malentendu », la seconde « sublime ». Le malentendu connecte les propos du compositeur à son esthétique et sa métaphysique : il questionne l'essence et la puissance de la musique.
    Qu'est-ce qui fait art ? Qu'est-ce qui fait oeuvre ? Que sont un matériau, un acte, une forme artistiques ? Comment une expérience vécue peut-elle constituer un matériau pour l'art, et devenir l'objet d'une écoute ? Et lorsque cette expérience est l'expérience de la violence, de l'horreur, de la guerre ? Quelle action, voire quelle violence la musique peut-elle exercer ? « Sublime » désigne pour sa part le type de rationalité esthétique qui définit la politique du 11 septembre. Car au-delà de l'abîme qui sépare politiquement une bande de criminels fanatiques et une démocratie libérale, c'est une même logique esthétique que partagent un chef d'État s'adressant à la nation américaine comme s'il était le héros d'une superproduction hollywoodienne, un chef terroriste qui se maquille comme un présentateur-vedette de journal télévisé pour revendiquer un attentat, et un compositeur qui a vu une oeuvre d'art dans un crime terroriste conçu pour ressembler à un film hollywoodien diffusé à la télévision. Cette logique révèle qu'esthétisation de la politique et marchandisation de la culture sont les deux faces d'un même phénomène qui affecte nos sociétés. Essai critique sur la violence de la musique et la musique de la violence, à l'intersection de la théorie politique et de la théorie esthétique, ce livre analyse les rapports entre art et terreur, technologie et culture, et considère la musique comme un objet de connaissance autant qu'une source de savoir sur notre monde.

  • La Manadologie est un roman d'aventure. Sur le mode d'une
    science-fiction spéculative qui remet en jeu des textes de philosophie
    classique, deux personnages (un humain dancartésien et un Streck) parcourent
    le monde physique et métaphysique à bord d'une navette spatiale de troisième
    génération. Chassés par les autorités du métaroyaume du coin de galaxie où
    ils étudiaient leur première manade, ils prennent le large en
    spatio-clandestins et découvrent des univers problématiques empruntés à
    Borges, Spinoza et Leibnitz. La mesure, le langage, le performatif et la
    fiction sont au coeur de leurs aventures manadologiques effrénées. Au cours
    desquelles ils découvriront les gestes essentiels de la vie dans l'espace :
    comment replier une manade, comment boire ses hrön à la paille, comment
    parler dans un langage fluide sans y perdre son latin, comment mesurer le
    monde sans le découper. Si d'aventure, le lecteur passé par tous les périls
    de cette réactivation narrative elle-même performative, était amené à
    (r)ouvrir la vraie Monadologie et à la (re)lire en se disant, comme Deleuze,
    qu'il n'y a pas de meilleur auteur de science-fiction que Leibnitz, le
    Streck en bleuirait d'aise.

  • Le 17 septembre 1969, Tim Harper publie dans le journal de l'Université de l'Iowa un article intitulé « Is Paul McCartney dead ? ». Épaulé par des indices glanés dans les trois derniers albums des Beatles, il y expose une théorie selon laquelle le bassiste du groupe aurait trouvé la mort lors d'un accident de voiture. Les trois autres du groupe se seraient empressés de le remplacer par un imposteur. .Et c'est ainsi qu'apparut cette étrange légende urbaine : une théorie de la conspiration vérifiable au sein d'un message crypté introduit par les conspirateurs eux-mêmes dans leur production pour révéler ce qu'ils cachent à ceux qui ne doivent rien en savoir. Poppermost fait l'exploration de ce phéomène.

  • L'histoire des images en mouvement est depuis longtemps dominée par un paradigme cinématographique.
    Mais l'éclatement actuel des écrans nous oblige à relire de façon différente ce passé. Non plus simplement comme le récit orienté d'un medium mais comme l'ouverture multiple d'une sphère : la sphère audiovisuelle. Les Champs de l'audiovisuel s'efforce ainsi de définir les différents champs esthétiques qui ont aimanté, depuis son origine, l'histoire des images en mouvement indépendamment du septième art. Pour définir ces champs (le graphique, le scopique, le scriptural, etc.), l'auteur propose une relecture d'oeuvres plus ou moins célèbres (de Fantômas au Soprano, du Cirque à Loft Story, de Faisons un rêve à Matrix) en prenant appui sur quelques auteurs essentiels (Louis Skorecki, Roland Barthes, André Bazin, Walter Benjamin, etc.). Au travers de ces analyses de cas, et découpes de champ, se construit progressivement un nouveau panorama et une manière inédite de se rapporter aux images.

  • Ce livre est fait d'histoires, celles de l'extrême-gauche allemande et de sa radicalisation dans les luttes de la Fraction armée rouge (RAF) et celle de la musique de Helmut Lachenmann entre le début des années 1960 et la fin des années 1990. Compositeur majeur de l'après-guerre en Allemagne, il fut l'ami d'enfance de Gudrun Ensslin, une des membres fondatrices de la RAF. De lave et de fer est un essai autour de son oeuvre et de la conscience sociale, politique et historique qui l'anime. C'est un livre sur les exigences de l'artiste face à l'histoire.

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