Editions Mf

  • Furioso

    Dimitri Bortnikov

    Qui a fait ça ? qui ? il faut pas donner un enfant mort-né à sa mère.
    Il fallait pas. non. tout le monde le sait. mettre un enfant mort-né dans les bras de sa mère... il fallait pas. tout le monde le sait. il faut pas que la mère prenne son fils mort-né dans ses bras. mettre son fils mort-né sur son ventre. non. tout le monde le sait. tous. qui avait eu cette idée ?! qui ? un truc pareil. c'est pire que tout. il y a pas pire que ça. poser le reposer sur le ventre vivant de sa mère.
    Comme s'il était vivant. comme si tout était vivant. on a fait un mauvais rêve. oui. la mort a plaisanté. un poisson d'avril sur le ventre de la mère. la mort... elle a imité la jeune mère et. le ventre devient une tombe.

  • La Manadologie est un roman d'aventure. Sur le mode d'une
    science-fiction spéculative qui remet en jeu des textes de philosophie
    classique, deux personnages (un humain dancartésien et un Streck) parcourent
    le monde physique et métaphysique à bord d'une navette spatiale de troisième
    génération. Chassés par les autorités du métaroyaume du coin de galaxie où
    ils étudiaient leur première manade, ils prennent le large en
    spatio-clandestins et découvrent des univers problématiques empruntés à
    Borges, Spinoza et Leibnitz. La mesure, le langage, le performatif et la
    fiction sont au coeur de leurs aventures manadologiques effrénées. Au cours
    desquelles ils découvriront les gestes essentiels de la vie dans l'espace :
    comment replier une manade, comment boire ses hrön à la paille, comment
    parler dans un langage fluide sans y perdre son latin, comment mesurer le
    monde sans le découper. Si d'aventure, le lecteur passé par tous les périls
    de cette réactivation narrative elle-même performative, était amené à
    (r)ouvrir la vraie Monadologie et à la (re)lire en se disant, comme Deleuze,
    qu'il n'y a pas de meilleur auteur de science-fiction que Leibnitz, le
    Streck en bleuirait d'aise.

  • Le Pavillon aux pivoines (Mudan Ting) de Tang Xianzu (1550-1616) est le chef d'oeuvre incontesté du théâtre-opéra chinois et l'exact contemporain de Roméo et Juliette qui fut créé en 1598. La même année, à Florence, avec la Dafné de Jacopo Pieri, naissait l'opéra occidental. Le Pavillon aux pivoines est une épopée lyrique qui s'inscrit dans la lignée des romans-fleuves de la Chine du XVIe siècle. Il relate la passion réciproque de Liu et de Belle, par-delà les épreuves du temps et des enfers. Liu est un autre Orphée qui transgresse les lois en ramenant à la vie un amour né du songe. André Lévy, par sa traduction, restitue la poésie et le souffle épique de ce texte, qui rappelle le Soulier de satin de Paul Claudel. Théâtre opéra ? Ni l'un ni l'autre, l'autre et l'autre... Le monde de Tang Xianzu était une société dont la clé de voûte était la classe ou couche des lettrés, le vivier où se recrutaient les hauts fonctionnaires grâce au fameux système des examens. Les belles lettres les plus dignes de considération étaient en conséquence ce que les lettrés produisaient pour leurs confrères, hors ou dans leur fonction, des genres de style et de langue en grande partie ésotériques pour les autres catégories sociales. La littérature de divertissement, d'origine populaire, de par le statut social médiocre de ses producteurs, ne pouvait se prétendre littérature, au sens correct du terme. Est-ce la raison pour laquelle on ne trouve aucune trace de théâtre antique en Chine ? Effacé, inexistant ? Des jeux et spectacles certes existaient. Mais le théâtre proprement dit ne semble pas avoir émergé avant le Xe siècle. Importation indienne, impulsion due au bouddhisme ? Encore faut-il donner une définition large à ce genre: la présence de dialogues et de plusieurs acteurs. Au sens occidental du terme, bavardages de plusieurs personnages durant de longues heures, le théâtre n'apparaît en Chine que suscité par le modèle occidental au XXe siècle. on le dit alors «parlé». Pour les Chinois le théâtre normal se chante. Pourquoi ne pas l'appeler en conséquence «opéra» ? on le fait, mais sans conviction, et, tout bien pesé, non sans raison. C'est que chez nous l'opéra relève du domaine de la musique, les honneurs vont au compositeur. Il n'en est rien en Chine où les pièces signées, le sont, en quelque sorte, par le librettiste. Les musiciens restent anonymes, d'autant plus que la composition est rarement originale. Tout est dans l'organisation d'airs et de modes déjà connus. Et ce n'est pas tout. La musique passe, s'oublie - il n'existe pas de système de notation précis - mais le texte demeure, et peut même devenir joyau littéraire. De belles éditions illustrées montrent que ce dit «opéra» se lisait - plus qu'il ne se jouait - comme du roman, au moins à partir du XVIe siècle, et n'a plus cessé d'être lu de cette façon.

    Tang Xianzu est né le 24 septembre 1550, vers 6 heures du matin. Il mourut le 29 juillet 1616 vers 10 heures du soir, la même année que William Shakespeare. Coïncidence supplémentaire : il se pourrait que ce dernier ait produit son Roméo et Juliette la même année que son homologue chinois Le Pavillon aux pivoines, en 1598. Mais force est d'admettre que le titre de Shakespeare chinois conviendrait assez mal à Tang Xianzu, homme de lettres éminent, parmi bien d'autres, mais dramaturge pour quelques années, particulièrement productives entre 1598 et 1601. Tang n'a produit que quatre ou cinq pièces, si l'on inclut la première tentative de 1577, remaniée en 1587. L'histoire officielle des Ming, publiée au XVIIIe siècle, honore Tang Xianzu d'une notice biographique où son activité de dramaturge est passée sous silence, mais ses remarques acerbes sur les premiers ministres de son temps, tirées de sa correspondance, sont dûment rapportées : « Les dix premières années (du règne de Wanli, 1573-1619), Zhang Juzheng, dur mais trop avide, s'est laissé gâter par les vociférations des uns et des autres, les dix suivantes, Shen Shixing (1535-1604), mou et avide, s'est laissé corrompre par le maquis des intérêts privés. »

  • Pourquoi publier aujourd'hui des fictions, alors que la réalité n'est plus que la somme des trucages qui lui donnent le sens qu'elle a ? Ou plutôt : quel sens ont les fictions que nous publions aujourd'hui ? Ou plutôt : quel sens a l'aujourd'hui dans les fictions que nous publions ? Ou plutôt : quel aujourd'hui pour les fictions du sens que nous publions maintenant ? La mise en déroute du sens, des codes de représentations, être au plus près de l'étrange qui jaillit aujourd'hui et dont on ne peut prendre la mesure instantanément. Faire une place à cette étrangeté, apprendre un temps à parler sa langue pour voir si, comme les Persans nous parlant de Versailles, elle n'a pas à nous apprendre quelque chose sur notre façon de voir le monde. Ou sur les représentations que l'on se donne pour voir le monde. Ou sur la beauté que l'on n'est pas capable de voir au monde.

  • Pourquoi publier aujourd'hui des fictions, alors que la réalité n'est plus que la somme des trucages qui lui donnent le sens qu'elle a ? Ou plutôt : quel sens ont les fictions que nous publions aujourd'hui ? Ou plutôt : quel sens a l'aujourd'hui dans les fictions que nous publions ? Ou plutôt : quel aujourd'hui pour les fictions du sens que nous publions maintenant ? La mise en déroute du sens, des codes de représentations, être au plus près de l'étrange qui jaillit aujourd'hui et dont on ne peut prendre la mesure instantanément. Faire une place à cette étrangeté, apprendre un temps à parler sa langue pour voir si, comme les Persans nous parlant de Versailles, elle n'a pas à nous apprendre quelque chose sur notre façon de voir le monde. Ou sur les représentations que l'on se donne pour voir le monde. Ou sur la beauté que l'on n'est pas capable de voir au monde.

  • Découverte de la téléhypnose à travers le corps amoureux de la star, prolifération des doubles au moment de la création du daguerréotype, invention fabuleuse du complot cosmique dans la France de Louis-Philippe, continuation de la contamination mesmérienne dans le cadre du transfert psychanalytique : l'objectif de L'Homme Electrique n'est pas d'opérer un recensement exhaustif des relations entre société et magie noire, mais, en se localisant sur les oeuvres de trois poètes capitaux ayant lutté de tout leur corps contre les sortilèges (Gérard de Nerval, Roger Gilbert-Lecomte, Antonin Artaud), de réfléchir aux tenants et aux aboutissants de cette étrange alliance. L'Homme Electrique est un voyage à travers les affaires de magie noire perpétuées contre des poètes. C'est une rhapsodie sur la manière dont la suggestion donne corps à des pratiques amoureuses, médicales, politiques et esthétiques. C'est enfin un livre sur Gérard de Nerval, premier homme à avoir mis les pieds sur cette planète dangereuse : notre époque.

  • L'histoire du rêve d'un lettré chinois qui vit sur son oreiller magique toutes sortes d'aventures extraordinaires. Une illustration du thème « la vie est un songe » qui fait de Tang Xianzu un proche et lointain contemporain de Calderon. Lu, lettré modeste à la bourse peu garnie, rencontre dans une auberge de campagne un immortel qui transporte dans un vulgaire sac de toile un oreiller magique (en forme de calebasse). Lu rêve de gloire et d'exploits. Afin d'exaucer ses voeux d'amour et de renommée, l'immortel (grand buveur et bretteur invétéré) lui offre son oreiller pour la nuit. A peine a-t-il posé la tête sur le coussin merveilleux que Lu est transporté dans le monde du VIIIe siècle chinois, au beau milieu des jardins de la résidence royale. La chance lui sourit. Il épouse la fille du souverain, devient gouverneur d'un territoire aux frontières de l'Empire où il fait oeuvre de pionnier, de réformateur et de chef de guerre. A la suite de péripéties variées, il est victime de calomnies et condamné à l'exil. Mais les traîtres sont démasqués et le souverain le nomme premier ministre... Après une longue vie d'aventures, d'amour, de gloire et de vicissitudes sans nombre, il se réveille dans l'auberge où son rêve a commencé et redevient le simple lettré qu'il était.

    Tang Xianzu est né le 24 septembre 1550, vers 6 heures du matin. Il mourut le 29 juillet 1616 vers 10 heures du soir, la même année que William Shakespeare. Coïncidence supplémentaire : il se pourrait que ce dernier ait produit son Roméo et Juliette la même année que son homologue chinois Le Pavillon aux pivoines, en 1598. Mais force est d'admettre que le titre de Shakespeare chinois conviendrait assez mal à Tang Xianzu, homme de lettres éminent, parmi bien d'autres, mais dramaturge pour quelques années, particulièrement productives entre 1598 et 1601. Tang n'a produit que quatre ou cinq pièces, si l'on inclut la première tentative de 1577, remaniée en 1587. L'histoire officielle des Ming, publiée au XVIIIe siècle, honore Tang Xianzu d'une notice biographique où son activité de dramaturge est passée sous silence, mais ses remarques acerbes sur les premiers ministres de son temps, tirées de sa correspondance, sont dûment rapportées : « Les dix premières années (du règne de Wanli, 1573-1619), Zhang Juzheng, dur mais trop avide, s'est laissé gâter par les vociférations des uns et des autres, les dix suivantes, Shen Shixing (1535-1604), mou et avide, s'est laissé corrompre par le maquis des intérêts privés. »

  • La Ville aux deux lumières est l'esquisse d'une cosmologie imaginaire : une cosmologie, qui analyse notre expérience et en interroge la structure, grâce à un jeu sur des images. Cette cosmologie se développe donc dans des séries de récits. La fiction est le milieu où s'exprime d'abord l'imaginaire, et c'est en s'appuyant sur les images associées aux éléments de notre expérience, en suivant les ressorts propres à ces images, que l'on cherche ici à suivre les fils de notre expérience et à nouer un discours spéculatif.

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