Littérature traduite

  • Le Pavillon aux pivoines (Mudan Ting) de Tang Xianzu (1550-1616) est le chef d'oeuvre incontesté du théâtre-opéra chinois et l'exact contemporain de Roméo et Juliette qui fut créé en 1598. La même année, à Florence, avec la Dafné de Jacopo Pieri, naissait l'opéra occidental. Le Pavillon aux pivoines est une épopée lyrique qui s'inscrit dans la lignée des romans-fleuves de la Chine du XVIe siècle. Il relate la passion réciproque de Liu et de Belle, par-delà les épreuves du temps et des enfers. Liu est un autre Orphée qui transgresse les lois en ramenant à la vie un amour né du songe. André Lévy, par sa traduction, restitue la poésie et le souffle épique de ce texte, qui rappelle le Soulier de satin de Paul Claudel. Théâtre opéra ? Ni l'un ni l'autre, l'autre et l'autre... Le monde de Tang Xianzu était une société dont la clé de voûte était la classe ou couche des lettrés, le vivier où se recrutaient les hauts fonctionnaires grâce au fameux système des examens. Les belles lettres les plus dignes de considération étaient en conséquence ce que les lettrés produisaient pour leurs confrères, hors ou dans leur fonction, des genres de style et de langue en grande partie ésotériques pour les autres catégories sociales. La littérature de divertissement, d'origine populaire, de par le statut social médiocre de ses producteurs, ne pouvait se prétendre littérature, au sens correct du terme. Est-ce la raison pour laquelle on ne trouve aucune trace de théâtre antique en Chine ? Effacé, inexistant ? Des jeux et spectacles certes existaient. Mais le théâtre proprement dit ne semble pas avoir émergé avant le Xe siècle. Importation indienne, impulsion due au bouddhisme ? Encore faut-il donner une définition large à ce genre: la présence de dialogues et de plusieurs acteurs. Au sens occidental du terme, bavardages de plusieurs personnages durant de longues heures, le théâtre n'apparaît en Chine que suscité par le modèle occidental au XXe siècle. on le dit alors «parlé». Pour les Chinois le théâtre normal se chante. Pourquoi ne pas l'appeler en conséquence «opéra» ? on le fait, mais sans conviction, et, tout bien pesé, non sans raison. C'est que chez nous l'opéra relève du domaine de la musique, les honneurs vont au compositeur. Il n'en est rien en Chine où les pièces signées, le sont, en quelque sorte, par le librettiste. Les musiciens restent anonymes, d'autant plus que la composition est rarement originale. Tout est dans l'organisation d'airs et de modes déjà connus. Et ce n'est pas tout. La musique passe, s'oublie - il n'existe pas de système de notation précis - mais le texte demeure, et peut même devenir joyau littéraire. De belles éditions illustrées montrent que ce dit «opéra» se lisait - plus qu'il ne se jouait - comme du roman, au moins à partir du XVIe siècle, et n'a plus cessé d'être lu de cette façon.

    Tang Xianzu est né le 24 septembre 1550, vers 6 heures du matin. Il mourut le 29 juillet 1616 vers 10 heures du soir, la même année que William Shakespeare. Coïncidence supplémentaire : il se pourrait que ce dernier ait produit son Roméo et Juliette la même année que son homologue chinois Le Pavillon aux pivoines, en 1598. Mais force est d'admettre que le titre de Shakespeare chinois conviendrait assez mal à Tang Xianzu, homme de lettres éminent, parmi bien d'autres, mais dramaturge pour quelques années, particulièrement productives entre 1598 et 1601. Tang n'a produit que quatre ou cinq pièces, si l'on inclut la première tentative de 1577, remaniée en 1587. L'histoire officielle des Ming, publiée au XVIIIe siècle, honore Tang Xianzu d'une notice biographique où son activité de dramaturge est passée sous silence, mais ses remarques acerbes sur les premiers ministres de son temps, tirées de sa correspondance, sont dûment rapportées : « Les dix premières années (du règne de Wanli, 1573-1619), Zhang Juzheng, dur mais trop avide, s'est laissé gâter par les vociférations des uns et des autres, les dix suivantes, Shen Shixing (1535-1604), mou et avide, s'est laissé corrompre par le maquis des intérêts privés. »

  • L'histoire du rêve d'un lettré chinois qui vit sur son oreiller magique toutes sortes d'aventures extraordinaires. Une illustration du thème « la vie est un songe » qui fait de Tang Xianzu un proche et lointain contemporain de Calderon. Lu, lettré modeste à la bourse peu garnie, rencontre dans une auberge de campagne un immortel qui transporte dans un vulgaire sac de toile un oreiller magique (en forme de calebasse). Lu rêve de gloire et d'exploits. Afin d'exaucer ses voeux d'amour et de renommée, l'immortel (grand buveur et bretteur invétéré) lui offre son oreiller pour la nuit. A peine a-t-il posé la tête sur le coussin merveilleux que Lu est transporté dans le monde du VIIIe siècle chinois, au beau milieu des jardins de la résidence royale. La chance lui sourit. Il épouse la fille du souverain, devient gouverneur d'un territoire aux frontières de l'Empire où il fait oeuvre de pionnier, de réformateur et de chef de guerre. A la suite de péripéties variées, il est victime de calomnies et condamné à l'exil. Mais les traîtres sont démasqués et le souverain le nomme premier ministre... Après une longue vie d'aventures, d'amour, de gloire et de vicissitudes sans nombre, il se réveille dans l'auberge où son rêve a commencé et redevient le simple lettré qu'il était.

    Tang Xianzu est né le 24 septembre 1550, vers 6 heures du matin. Il mourut le 29 juillet 1616 vers 10 heures du soir, la même année que William Shakespeare. Coïncidence supplémentaire : il se pourrait que ce dernier ait produit son Roméo et Juliette la même année que son homologue chinois Le Pavillon aux pivoines, en 1598. Mais force est d'admettre que le titre de Shakespeare chinois conviendrait assez mal à Tang Xianzu, homme de lettres éminent, parmi bien d'autres, mais dramaturge pour quelques années, particulièrement productives entre 1598 et 1601. Tang n'a produit que quatre ou cinq pièces, si l'on inclut la première tentative de 1577, remaniée en 1587. L'histoire officielle des Ming, publiée au XVIIIe siècle, honore Tang Xianzu d'une notice biographique où son activité de dramaturge est passée sous silence, mais ses remarques acerbes sur les premiers ministres de son temps, tirées de sa correspondance, sont dûment rapportées : « Les dix premières années (du règne de Wanli, 1573-1619), Zhang Juzheng, dur mais trop avide, s'est laissé gâter par les vociférations des uns et des autres, les dix suivantes, Shen Shixing (1535-1604), mou et avide, s'est laissé corrompre par le maquis des intérêts privés. »

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