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  • Les injonctions à être heureux au travail qui caractérisent le nouveau management engendrent paradoxalement une fragilisation physique et psychique des travailleurs, qui ne parviennent pas à cet objectif illusoire. Des spécialistes analysent les transformations du monde du travail et leurs effets sur la santé.

    Alors que le bonheur de travailler - ou cette nécessité d'être impérativement heureux au travail - n'a jamais été autant proclamé, c'est le mal-être et la souffrance qui s'accroissent statistiquement dans la réalité des entreprises, mais aussi des services publics. Probablement parce que le bonheur prescrit n'est qu'une coquille vide masquant un délitement des conditions de travail et surtout de la définition même du travail.
    La perte de sens de son travail, l'invisibilité progressive de ce qui constitue le coeur de son métier reviennent comme des arguments forts dans quasiment toutes les études en sciences sociales sur les liens entre santé et travail.

  • Une autre façon de voir les rapports de travail entre individu et collectif, basée sur une longue expérience de l'auteur de la clinique en situation de travail.
    L'ouvrage est tout entier consacré aux paradoxes du collectif de travail : les libertés qu'on peut prendre grâce à lui dans les organisations, mais aussi les libertés qu'il faut prendre avec lui pour se développer comme sujet singulier. L'éthique tient les deux ensembles : c'est la liberté qu'on arrive ou pas à prendre avec les habitudes, les bonnes et les mauvaises, les siennes et celles de l'organisation du travail. À partir d'une relecture originale de la notion de travail de culture laissée en suspens par Freud avant sa mort, le livre s'appuie sur Vygotski et L'éthique de Spinoza. Au-delà de Freud donc. Mais avec Freud. C'est le fil rouge du livre.

  • Ce premier retour analytique et documenté sur l'échec de l'unique « centre de dé-radicalisation », dont les enjeux ont mobilisé l'opinion publique et les médias pendant de longs mois, pose des questions fondamentales sur le travail social au contact du religieux.

    Parmi les initiatives prises pour lutter contre la radicalisation, un projet gouvernemental a occupé une place particulière : les centres de « dé-radicalisation » destinés à accueillir des jeunes tentés par le djihad. Un seul a vu le jour en 2016 afin de tester une méthode mêlant prise en charge psychanalytique et pédagogie de la distanciation, dans un cadre social/martial inspiré des établissements de réinsertion pilotés par le ministère de la Défense. Cible de nombreuses critiques et de scandales relatés par la presse, ce centre a dû fermer précipitamment. Cet échec a été d'autant plus retentissant que le gouvernement en avait fait une des mesures phares de sa politique de « dé-radicalisation ». L'ouvrage revient sur cette expérience avortée, sur la base d'une enquête de terrain à l'intérieur du centre. Plus qu'une généalogie de l'échec, il propose une lecture sociologique de l'expérience des équipes, en adoptant une perspective basée sur la sociologie du travail et des professions. L'accent est mis sur leurs difficultés pour définir et cadrer un travail social adapté à la problématique de la radicalisation.

  • Cet ouvrage porte sur l'expérience de l'hôpital psychiatrique du point de vue de ses soignants, en particulier infirmiers. Leur travail en première ligne face aux patients, auprès desquels ils représentent l'institution, constitue un observatoire pertinent des transformations de l'hôpital gestionnaire.

    À partir d'une enquête de terrain fournie de plus d'une année au sein de deux services de psychiatrie hospitalière, cet ouvrage ouvre les portes de l'hôpital psychiatrique public et suit le travail des équipes infirmières. Les scènes de la vie quotidienne ancrent le propos dans l'ordinaire des soins et des relations avec les patients atteints de troubles psychiques. Elles invitent le lecteur à réfléchir au renouveau de la violence de l'institution psychiatrique. Dans ce récit ethnographique, l'auteur décrit les tours de mains des soignants et met en lumière la manière dont ils peuvent poursuivre leur mission dans un contexte contraint en négociant des marges de manoeuvre pour résister à la violence gestionnaire.

    La psychiatrie vit un profond malaise. Ce constat, largement relayé par les professionnels de santé et parfois par les médias, appelle une réflexion de fond sur l'ordinaire de l'hôpital psychiatrique français. Quel est ce malaise ? De quoi est-il le nom ?
    Depuis 1992, la formation des infirmiers de secteur psychiatrique est supprimée au profit d'une formation unique d'infirmier diplômé d'Etat (IDE) pour les infirmiers de psychiatrie et de soins généraux. Ce mouvement de déprofessionnalisation des métiers de la psychiatrie s'accompagne par ailleurs d'un mouvement de déspécialisation de cette filière de soin. Il s'agit de rendre les hôpitaux psychiatriques conformes aux objectifs de qualité et de performance imposés à l'ensemble des établissements de santé.
    Dans le contexte nouveau de pression de lits, l'héritage de la psychiatrie de secteur peine à s'exprimer dans le travail quotidien des soignants. Comment dès lors exercer son activité ? Comment développer la créativité nécessaire au travail de soignant dans les conditions actuelles d'un hôpital pensé en termes de flux ? Comment ouvrir des espaces de liberté, trouver une marge de manoeuvre pour exercer son activité, mais aussi tenir son poste de travail sur le long terme dans l'hôpital gestionnaire ?
    En mettant la focale sur le quotidien de l'hôpital psychiatrique du point de vue des infirmiers qui y exercent leur activité, cet ouvrage de sciences sociales propose un regard renouvelé sur la psychiatrie publique hospitalière traversée aujourd'hui à la fois par la violence institutionnelle et la violence gestionnaire.

  • Alors que leur mission est de soigner, quels rapports les soignants entretiennent-ils avec la mort ?
    Ce livre permet d'approcher et de rendre intelligible différents modes, souvent non-conscient, de gestion de la mort par les soignants. Grâce à des analyses contextualisées, on comprend pourquoi la mort est apaisée dans certains services et intolérable dans d'autres, pourquoi certaines morts sont plus difficiles que d'autres pour les soignants ou encore pourquoi certaines spécialités useront de la violence entre collègues, d'humour noir, quand d'autres privilégieront le collectif et le dialogue.
    Florent Schepens est maître de conférences en sociologie à l'université de Bourgogne, membre du centre Georges-Chevrier (Cnrs) où il codirige l'axe « santé, vie, vulnérabilité ». ses travaux portent actuellement sur les professions de santé, notamment en soins palliatifs. Il est membre de l'Espace éthique Bourgogne France-Comté.

  • Ce livre entend donner des clefs pour comprendre l'impact de la maladie sur la vie au travail et pour agir, à la fois du point de vue des personnes malades et des employeurs et collègues. Il veut soutenir la reconnaissance de cette question dans l'espace public : la clandestinité des « malades au travail » fabrique à terme de l'exclusion.
    La part des maladies chroniques va croissant avec les progrès de la médecine : en France, près de 10 millions de personnes en âge de travailler ont une ou plusieurs maladie(s) chronique(s). Le plus souvent, elles souhaitent se maintenir en emploi ou retrouver un travail. Elles doivent alors faire face à une série de questions : Comment concilier les exigences du travail et celles d'un état de santé fragilisé ? Quel projet professionnel construire quand on est contraint de changer de métier ? Comment redéfinir ses priorités de vie quand il ne s'agit plus de la perdre à la gagner ?
    Dominique Lhuilier est psychologue du travail, professeure émérite au Centre de recherche sur le travail et le développement au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Elle est également directrice de la collection Clinique du travail avec Yves Clot, aux éditions érès.

  • L'analyse théorico-clinique des serious games proposée ici interroge leur fonction d'outil de transformation du travail réel au sein des organisations, notamment lorsque le jeu est utilisé dans la formation des managers.

    Le jeu se développe partout y compris au travail qui n'est pas une cour de récré. La promotion du « jeu sérieux » peut servir à développer la créativité des salariés, mais n'a-t-elle que des côtés bénéfiques ? Ici, à partir d'un exemple qui est celui de la formation des managers et la mise en place d'un jeu en formation, nous pouvons observer les effets contradictoires que celui-ci produit sur les cadres, leurs pratiques professionnelles, et leur manière de penser les questions auxquelles ils sont confrontés au travail.
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    Le jeu est sur le devant de la scène depuis plus d'une décennie avec l'invasion des jeux vidéo, des jeux télévisés, des jeux de rôle grandeur nature, des jeux d'énigmes en groupe... La culture du jeu s'est introduite dans l'univers sérieux des adultes jusqu'à leur lieu de travail. Cette porosité entre le jeu, temps de récréation et un temps de travail questionne. Entre liberté et contrainte, illusion et réalité, sérieux et ludique, les émotions surgissent. Le jeu semble s'opposer à la réalité et aux contraintes du travail. Il peut favoriser la créativité, des voies de dégagement et l'émergence de nouvelles manières de faire.
    Il offre un espace potentiel pour créer un nouveau rapport au travail, à son travail.
    Mais quelles sont alors les conséquences du jeu sur le travail, l'équipe et la santé lorsque celui-ci devient obligatoire dans un dispositif de formation managériale ? Où sont les limites entre le loisir et le travail . ? La compétition fait-elle partie du jeu ?
    Sous couvert du jeu, les conflits éthiques peuvent-ils être gommés ?
    Ce livre s'appuie sur une enquête approfondie explorant à la fois le dispositif de formation, le formateur et l'expérience de l'utilisateur, ici des managers. Le jeu est analysé à ces différents niveaux pour comprendre les enjeux qui le sous- tendent, mais aussi les conditions qui favorisent l'attitude ludique comme celles qui sollicitent l'anesthésie de la pensée et de la responsabilité dans l'exercice du métier de manager.

  • Définir la qualité du travail soulève la question de l'évaluation des critères retenus pour juger du produit fabriqué, du service rendu ou du soin prodigué et des activités pour y parvenir.
    La qualité est celle prescrite par les directions, mesurée, contrôlée et régulée par le management au moyen d'indicateurs de gestion. Mais on sait également combien cette évaluation peut varier selon les points de vue des clients/usagers/patients, des professionnels de première ligne, des différents métiers et niveaux hiérarchiques, de la direction, de la gestion financière, des organisations syndicales, ou encore des citoyens, de l'empreinte écologique, de la santé publique...
    L'auteur rend compte de la genèse et du développement d'un dispositif de dialogue sur la qualité du travail entre pairs, ligne hiérarchique, direction jusqu'au dialogue social dans l'usine de Renault Flins. Ce dispositif a été à l'origine d'innovations durables et généralisables (référents-métiers élus par les ouvriers, instance tripartite de « coopération conflictuelle » entre eux, la direction et organisations syndicales...) qui montrent qu'en agissant sur la qualité du travail, il est possible d'améliorer la santé des ouvriers, leur efficacité et les relations au sein de l'entreprise.

  • La clinique du travail s'est affranchie de ses origines médicales. Reste que la référence au soin imprègne les pratiques. Et la demande sociale en la matière est en expansion : soigner les « blessés » du travail, réparer les « déficiences », accompagner les « vulnérables », écouter les plaintes, faire disparaître les symptômes... aux risques toujours d'une individualisation de questions sociales, d'une externalisation à des prestataires de service tenus à la porte de l'organisation, d'une contribution à des processus de normalisation et donc aussi de relégation, voire d'exclusion. Sur cet axe santé/travail, ici encore les questions à instruire sont nombreuses. Quelles conceptions de la santé orientent les pratiques ? Comment approfondir cette double perspective qui tient en tension la conception du travail pathogène et celle du travail comme opérateur de santé ? Comment, au-delà de ces analyses, voire de ces diagnostics, concevoir l'action autour de cette problématique ? Quels dispositifs ? Quels instruments ? Yves Clot est professeur titulaire de la chaire de psychologie du travail du CNAM. Dominique Lhuilier est professeure, Chaire de psychologie du travail du CNAM

  • Au coeur du débat qui s'amplifie en France sur l'équilibre personnel et la santé au travail, les textes réunis dans cet ouvrage sont d'une actualité saisissante, tant les descriptions y sont minutieuses et les propos clairs sur les épreuves traversées collectivement au travail. Ils portent notamment sur la pénibilité du travail, sur l'intensification des contraintes organisationnelles, et leurs effets sur la vie extraprofessionnelle, mais aussi sur les questions essentielles que ces réalités posent en psychologie du travail : les rapports entre individu et collectif et leurs développements au moyen des pratiques d'intervention en milieu professionnel. Ergonome de formation, Dominique Dessors, décédée brutale-ment en 2007, a été l'une des inspiratrices, à travers ses enquêtes cliniques, de l'effervescence intellectuelle et sociale qui, au tournant des années 1980 et 1990, s'est manifestée autour de la psychopathologie et de la psychodynamique du travail. Soutenant une recherche résolument conçue comme action de transformation du monde social, elle a contribué au développement de méthodes d'intervention en clinique du travail et s'est intéressée en pionnière aux répercussions du travail dans la vie des femmes.

  • Quels sont les e?ets induits par le déploiement massif de normes dans certains univers professionnels, et par les mouvements de résistance qui s'en suivent ? L'exploration de cette problématique conduit l'auteur à repenser la question de l'évaluation du travail.

    Damien Collard invite le lecteur à un véritable voyage au centre des organisations. A travers trois univers professionnels di?érents (les agents d'ambiance ou d'escale à la SNCF, les agents au contact avec les usagers d'une préfecture, les enseignants-chercheurs de l'université), il essaie de comprendre pourquoi et comment de nouvelles normes ont été instaurées, et d'analyser au plus près, sur la base d'exemples concrets, les e?ets induits par celles-ci. En mettant en évidence les points communs aux di?érentes situations évoquées, Damien Collard pointe les risques de dérive potentielle pour la société toute entière, et esquisse quelques pistes de réflexion pour repenser la question de l'évaluation du travail.

    Certains milieux de travail connaissent une véritable inflation des normes. Leurs finalités sont multiples : instaurer de la transparence, garantir au « client » un service de qualité, orienter et contrôler les comportements, responsabiliser les acteurs et les inciter à « l'excellence », mieux évaluer le personnel. Autant d'objectifs di?érents qui vont puiser au même creuset idéologique. En e?et, c'est sous couvert d'« évaluation » et de « performance » que se déploient ces normes. Mais, dans le même temps, elles constituent un véritable corset, voire un carcan, qui empêche les salariés de réaliser un travail de qualité. Elles peuvent même être une source de démotivation - voire de sou?rance au travail - et fragiliser les collectifs de travail en place. Dans certains milieux professionnels, elles vont jusqu'à miner la coopération et fragiliser le lien social.
    Fort heureusement, dans le même temps, ici ou là, des actions de résistance (individuelles et/ou collectives) se mettent en place. Tantôt fragiles, éphémères et isolées, tantôt consistantes, durables et connectées, elles se dressent face au rouleau compresseur des normes pour essayer d'en dévier la trajectoire, avec plus ou moins de réussite... Mais comment en est-on arrivé à une telle situation ? Pour répondre à cette question, l'auteur essaie de comprendre pourquoi et comment de nouvelles normes ont été instaurées et d'analyser de plus près les e?ets induits par celles-ci. Il passe en revue trois cas :
    Celui des agents en front office de la SNCF, celui des employés de contact d'une préfecture, et celui des enseignants- chercheurs à l'université.

  • Préface de Alain Corbin Qui sont les travailleurs des déchets ? Sont-ils déchus parce que travaillant auprès des ordures ou sont-ils affectés au ramassage des ordures parce que considérés comme inemployables, inutiles, comme « déchets sociaux » ? En quoi consiste le travail dans ces zones de relégation symbolique et de dureté physique ? Au sein des collectifs de travail, qu'est-ce qui peut être dit, écrit, transmis ? Comment objectiver l'activité, la mesurer, l'évaluer ? Comment étudier les conditions de travail et les améliorer ? Quelles sont les ressources possibles pour subvertir le « sale boulot » en bon boulot, pour transformer la honte en fierté et, en particulier, les ressources collectives ? Les recherches sur les travailleurs des déchets livrent des analyses pertinentes sur nos sociétés. Delphine Corteel est anthropologue, maître de conférences à l'université de Reims, chercheure à l'IDHE-Cachan. Stéphane Le Lay est sociologue, chercheur associé au CRTD-CNAM.

  • Un ouvrage sur la reconnaissance au travail à partir d'une analyse concrète et vivante d'une situation de travail : celle des agents du nucléaire.
    En ethnologue du monde du travail, l'auteur a partagé la vie et écouté longuement les agents de conduite de centrales nucléaires françaises. Il montre comment ceux-ci explorent des voies multiples pour tenter de faire de leur travail un lieu de construction identitaire ou pour réduire les dangers qu'il fait peser sur leur équilibre. Au-delà de cette recherche, il donne une lecture à portée générale de la volonté d'exister dans et par son travail, des dimensions occultées de l'engagement subjectif et de la nécessité de reconnaître ces éléments comme conditions du développement des personnes et de leurs compétences au travail.
    Guy Jobert est professeur honoraire à l'université de Genève et professeur émérite au Conservatoire national des arts et des métiers. Il est membre du Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD) et directeur de la revue Éducation permanente.

  • Aucune proposition de prévention efficace ne peut être délivrée de l'extérieur, quelle qu'en soit sa valeur propre. Elle doit prendre place au cour des débats sur la santé et la pénibilité en impliquant les personnes concernées.
    À partir d'une recherche sur la prévention des accidents dans le BTP, l'auteur élabore les fondements théoriques d'une conception de la prévention (et du travail) qui facilite la participation effective des professionnels à tous les stades de la démarche préventive et à la résolution des problèmes. Il s'attache à unir le champ de la santé physique et mentale au travail contre la segmentation résultant des pratiques antérieures des grands organismes spécialisés (INRS, OPPBTP, ministère du Travail.) et contre les hyperspécialisations par risques (TMS, RPS, souffrance au travail.).
    Après avoir été tailleur de pierre pendant une dizaine d'années, puis délégué à la sécurité à l'organisme professionnel du BTP (OPPBTP, comité de Paris), chargé de mission dans le réseau Anact-Aract et enseignant à l'Institut des sciences et techniques de l'ingénieur d'Angers, Damien Cru est, depuis 2005, consultant en prévention des risques professionnels (AOSST, Paris) et chercheur associé au Laboratoire d'ergonomie et d'épidémiologie de la santé (LEEST, Université d'Angers).

  • L'ouvrage présente des textes essentiels d'un des fondateurs de la psychopathologie du travail : ils éclairent, dans un langage accessible à tous, les débats contemporains sur les processus de dégradation de la santé au travail et d'exclusion des dits " vulnérables ".
    Cet ouvrage s'inscrit dans la lignée des rééditions de textes des fondateurs de la psychopathologie du travail initiées chez érès avec Le Guillant et Tosquelles. En s'attachant à la question de la fabrication des " inaptes ", " handicapés ", " vulnérables ", du statut assigné et du traitement différentialiste qui leur est réservé et qui les installent dans l'exclusion, Claude Veil donne des outils pour comprendre les processus à l'origine de la souffrance au travail et agir dans le but de les transformer. Des textes d'une grande actualité.

  • A partir de l'idée de « marges » du travail, entendue comme frontières ou mieux encore chevauchements des frontières plutôt que comme périphérie et bords, les auteurs cherchent à saisir la temporalité du travail et du loisir dans ce qu'elle a de concret. Ils analysent les tensions provoquées par la flexibilité, les formes de captation du temps libre par le temps de travail. Ils interrogent les limites entre sphère professionnelle et sphère familiale. Dans cet entre-deux, comment les nouveaux modes de gestion de la force de travail, à l'ère des 35 heures, cherchent-ils à s'emparer du « temps libre » du clandestin ou de l'intérimaire en imposant une logique de file d'attente, qui colonise leur sphère privée ? En quoi moduler de façon plus libre son rapport au travail en développant des activités hors travail, peut-il paradoxalement favoriser la construction de soi et créer de nouveaux assujettissements ? Ce livre arpente les frontières poreuses du travail, ces zones où les possibilités de vie et de sécurités nouvelles s'ouvrent, ces impasses où les affirmations de temps sont aussitôt ressaisies par la domination et transformées en misères, ces marges où les logiques sociétales s'affrontent.
    Patrick Cingolani est professeur de sociologie à l'université Paris Ouest Nanterre. Après avoir étudié le travail précaire et la précarité (voir notamment La précarité, Que-sais-je ?, PUF, 2005) il oriente ses recherches vers les fragilités et les tensions du monde professionnel pour interroger les ressorts de nouvelles sécurités qui prendraient en compte les transformations dans l'expérience du travail.
    Patrick Cingolani est professeur de sociologie à l'université Paris Ouest Nanterre, chercheur au laboratoire IDHE (Institutions et dynamiques historiques de l'économie). Il a publié entre autres, L'exil du précaire - récit de vies en marge du travail, Paris, Méridiens Klincksieck, 1986 ; La république, les sociologues et la question politique, Paris, La Dispute, 2003 ; La précarité, Paris, PUF, coll. « Que sais je ? », 2011.

  • Dans nombre de branches professionnelles, comme les soins en gériatrie et l'enseignement du second degré, le personnel est confronté, dans son travail quotidien, à de fortes épreuves psychologiques et à de forts enjeux sociaux qui découlent des conditions actuelles d'exercice de leur métier. Dans un tel contexte, les situations « tiennent » souvent « malgré tout ». Mais c'est généralement au prix d'un engagement individuel qui met parfois en danger l'équilibre personnel ou la santé. Les directives venues « d'en haut » imposent de « bonnes pratiques » et contraignent les professionnels à puiser toujours plus avant dans leurs ressources personnelles pour faire face aux exigences du travail. Dans l'exercice des métiers, il n'existe plus en effet de collectifs qui autorisent des échanges entre pairs autour des doutes et des difficultés pour envisager l'adaptation et la transformation des situations. Ce livre s'attache à réhabiliter cette fonction du collectif. S'appuyant sur une recherche utilisant une méthodologie de la clinique de l'activité, il révèle les étonnantes ressources dont disposent les professionnels concernés pour réorganiser ensemble leur travail et renouveler leur métier. Jean-Luc Roger est professeur agrégé de l'Université, membre de l'équipe de clinique de l'activité du CNAM.

  • L'originalité de cette enquête est d'étudier le monde pharmaceutique de l'intérieur en s'intéressant à l'ensemble des acteurs de la chaîne de production et de distribution du médicament.
    Pour la première fois en France, l'ouvrage présente des investigations en sciences sociales menées au sein même des entreprises pharmaceutiques sur le quotidien des travailleurs du médicament, des ouvriers aux pharmaciens. Il montre une industrie de profits traversée par des contraintes et des problèmes d'organisation, loin des images associées à la société de la connaissance dont le secteur se veut l'emblème.  Pierre Fournier est professeur de sociologie et chercheur au Laboratoire méditerranéen de sociologie (LAMES), CNRS-université Aix-Marseille.
    Site internet : http://medicament.hypotheses.org/ Cédric Lomba est chercheur en sociologie au Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA-CSU), CNRS-Université Paris 8. Il a notamment coordonné, avec Julian Mischi, « Usines : Ouvriers, militants, intellectuels » dans Actes de la recherche en sciences sociales, n°196-197, 2013 ; et, avec Hélène Michel, « Le médicament : produit éthique, marchandise rentable » dans Savoir/Agir, n°16, 2011.
    Site internet : http://medicament.hypotheses.org/ Séverin Muller est maître de conférences en sociologie et chercheur au Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (CLERSE), CNRS-université Lille 1. Il a notamment publié À l'abattoir. Travail et relations professionnelles face au risque sanitaire (MSH-Quae, 2008).
    Site internet : http://medicament.hypotheses.org/

  • Alors que la question de la passion au travail est souvent traitée selon une perspective psychologique, cet ouvrage offre un regard sociologique novateur sur le monde du travail contemporain, l'engagement, le plaisir et la souffrance au travail, l'épuisement professionnel et les injonctions organisationnelles à l'implication.
    Dans un monde du travail de plus en plus individualisé, où l'attente d'engagement et d'investissement est toujours plus forte, où les salariés aspirent davantage à réaliser des activités qui ont du sens et pour lesquelles ils sont reconnus, la question de la passion au travail devient essentielle. Mais elle est ambivalente : être payé pour réaliser sa passion est à la fois une chance que les salariés apprécient, mais aussi un risque de surinvestissement, d'épuisement professionnel face à une injonction angoissante à en faire toujours plus. Des recherches menées dans trois domaines emblématiques du travail passionné : l'art, le sport, la politique.
    Sociologue, Marc Loriol est sociologue, chercheur au CNRS ((IDHES Paris I). Spécialiste de la fatigue et du stress au travail, de la protection sociale et des professionnels de la santé, il s'est intéressé plus particulièrement aux métiers des services de la fonction publique.

  • Cet ouvrage déplace les regards portés sur les réfugiés. Il éclaire les trajectoires singulières de construction de soi en exil, à travers les activités des demandeurs d'asile. Sans sous-estimer le poids des contraintes, des déterminations sociales majeures ici, il montre que l'important n'est pas seulement le traitement qui est fait aux réfugiés, mais ce qu'ils font eux-mêmes de ce qu'on fait d'eux.

    Cet ouvrage sur l'exil offre une perspective inédite : il cherche à comprendre comment se fabrique cette « endurance » des demandeurs d'asile à supporter des conditions difficiles - obstacles relatifs aux conditions juridiques d'obtention du droit de séjour, adversité de la vie en précarité, ébranlement des assises psychiques, et confrontation à de nouveaux codes sociaux et culturels - et la possibilité de s'en dégager. En suivant le fil des activités déployées par les exilés pour résister à l'assignation, à l'attente, à la précarité, l'auteur montre comment ils participent à une construction commune du monde avec autrui et se soustraient ainsi à leur enfermement dans une identité négative, celle du marginal et du dépendant, « objet » de traitement.

  • Dominique Lhuilier est professeure émérite au centre de recherche sur le travail et le développement (CNAM), Paris. Ses travaux de recherche portent essentiellement sur la problématique santé et travail. Elle a publié de nombreux ouvrages dont Placardisés (Seuil, 2002), Cliniques du travail (érès, 2006), Qualité du travail qualité au travail (s/dir, Octarés, 2014) et, Que font les 10 millions de malades ? (avec AM Wasser, érès, 2016).
    Gladys Lutz est ergonome, attachée temporaire d'enseignement et de recherche et doctorante en psychologie du travail au CNAM. Ses recherches portent sur les interrelations entre le travail et les usages de psychotropes et sur l'apport de la clinique du travail pour la prévention de ces relations. Elle est présidente de l'association Addictologie et travail (Additra). Elle a dirigé avec Pierre Roche le numéro 21 de la Nouvelle revue de psychosociologie, Faire avec les drogues. Quelles interventions ? (érès, 2016).
    Renaud Crespin est chargé de recherche CNRS au CSO (UMR 7116), Paris. Politiste et sociologue, ses recherches interrogent les processus d'instrumentation de l'action publique dans les domaines de la santé et de l'environnement et la circulation des expertises et des techniques biologiques (dépistage, sélection des donneurs de sang) dans différents espaces d'activités (don du sang, lutte contre le SIDA, prévention routière, lutte contre les drogues, travail). Auteur de plusieurs articles et chapitres d'ouvrage sur ces sujets, il a codirigé Les frontières de l'expertise (Presses universitaires de Rennes, 2010).

  • Loin de n'être que contraintes et souffrance, le travail implique la créativité, nécessaire à la fois pour dépasser les obstacles rencontrés et pour renforcer le sentiment d'existence et la santé.
    Travailler n'est pas exécuter. En effet, il existe un décalage irréductible entre ce qui est défini comme étant à faire et ce qui est fait. C'est dans ce décalage que se loge la créativité, cette puissance inventive engagée dans le travail vivant. S'y jouent à la fois la question de l'efficacité mais aussi, et fondamentalement, celle de la santé. Cet ouvrage explore les ressorts, modalités et enjeux de la créativité au travail. Y sont présentées les dimensions essentielles des processus créatifs, éclairées par des approches pluridisciplinaires.

  • La capacité d'action ; un moteur pour les transitions professionnelles Nouv.

    Durant le parcours professionnel, il est fréquent que l'individu renonce ou, à l'inverse, active l'évolution de sa trajectoire professionnelle pour des raisons multiples, personnelles et professionnelles, économiques et surtout pour reconstruire le sens de sa vie. Il s'engagera dans de nouveaux projets nécessitant des formations adaptées afin de s'investir dans des espaces de travail en cohérence avec ses valeurs et ses aspirations. Les trajectoires professionnelles ne sont plus stables et linéaires mais deviennent complexes. Certaines sont faites de ruptures, alors que d'autres peuvent se réaliser sous d'autres formes de travail à la fois plus flexibles mais pouvant amener à une certaine précarité (travail indépendant, cumul d'emplois, contrats courts...). De ce fait, on peut observer une grande mobilité des carrières. Si nous considérons l'identité sociale comme un système dynamique jalonné de phases caractéristiques de transitions au cours de la vie, on comprend que la personne déploie un système capacitaire afin de se définir et d'ancrer ses projets personnels et professionnels. À partir de situations différentes, les auteurs montrent l'intérêt de développer une méthodologie de l'accompagnement des transitions professionnelles qui en tienne compte.

  • Cet ouvrage se présente comme la contribution de l'auteur au long processus d'émergence d'une discipline scientifique : la psychopathologie du travail, dite aussi clinique du travail. Venant d'une longue expérience d'acteur de terrain et de chercheur dans le champ du travail humain, il est dédié à la nécessaire élaboration d'une clinique de la marchandisation. Il nous parle des souffrances, mais aussi des résistances fertiles et du travail constant de resymbolisation qu'opèrent des femmes et des hommes dans la création du quotidien.
    Bernard Doray est psychiatre-psychanalyste et anthropologue.

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