Gallimard

  • Évariste Galois était le Rimbaud des mathématiques. À quinze ans, il les découvre ; à dix-huit, il les révolutionne ; à vingt, il meurt en duel. Il a connu Raspail, Nerval, Dumas, Cauchy, les Trois Glorieuses et la prison, le miracle de la dernière nuit, l'amour et la mort à l'aube, sur le pré. C'est cette vie fulgurante, cette vie qui fut un crescendo tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, qui nous est ici racontée.

  • Le consul

    Salim Bachi

    En juin 1940, en pleine débâcle, Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal à Bordeaux, sauva la vie de milliers de personnes en désobéissant à son gouvernement. Entre 30 000 et 50 000 réfugiés de toutes nationalités et religions bénéficièrent d'un visa signé de sa main qui leur permit de fuir la menace nazie.

    Plus de 10 000 juifs échappèrent à une mort certaine dans les camps. Relevé de ses fonctions, exilé dans son propre pays, oublié de tous, Aristides de Sousa Mendes paya jusqu'à la fin de sa vie le prix fort pour ses actes de courage.

    Salim Bachi retrace, dans ce roman en forme de confession, le destin exceptionnel d'un homme mystérieux et tourmenté, croyant épris de liberté et père de quatorze enfants que l'amour d'une femme et de l'humanité vont transfigurer.

  • Ce n'est pas l'amour. Pas encore. Ou presque trop. Ou plus tout à fait. Pourtant les personnages de ce livre se croient tous amoureux. Alors quoi ? Leurs histoires d'amour ne seraient-elles que des tentatives d'amour ? Passant de l'humour à la gravité, de la confidence à l'outrage, de la pudeur à la sensualité résolue, Arnaud Cathrine revisite, au fil de dix nouvelles, un motif universel, fluctuant et insaisissable.

  • Récit d'apprentissage, thriller métaphysique ou manuel d'exorcisme, ce livre raconte comment esquiver les coups et si possible comment les rendre.

  • Ce livre foisonnant a pour objet Le Brady, une salle de « cinéma bis », installée au 39 boulevard de Strasbourg, dans le quartier populaire du 10e arrondissement de Paris. Ce lieu culte, ayant connu son heure de gloire dans les années 1970-80, fut pendant dix-sept ans (1994-2011) la propriété du réalisateur Jean-Pierre Mocky. Raconté par un de ses anciens projectionnistes, le récit prend des formes vagabondes grâce à sa composition à la fois subjective et subtilement thématique.
    C'est tout d'abord une chronique professionnelle et personnelle des années Brady que l'auteur nous livre, en l'émaillant d'étonnantes scènes intra-muros auxquelles il a pris part. C'est également la « biographie » d'une salle obscure pauvre en moyens mais riche de mille existences et anecdotes, des tranches de vie de clients un peu spéciaux, habitués ou furtifs, hommes des bas-fonds et de la misère sexuelle. C'est encore une enquête sur l'art cinématographique du XXe siècle par ses marges, en l'occurrence les films d'un certain « mauvais genre » ainsi qu'une plongée dans les « sous-cultures » seventies. C'est en outre l'occasion d'évoquer J.-P. Mocky, ce farfelu grande-gueule, radin et boulimique, qui fit tourner bien des célébrités non sans cultiver sa réputation de mal-aimé du 7e art. C'est enfin et surtout une traversée ethnographique du l'animation bigarrée du 10e arrondissement au début des années 2000, avec ses prostituées chinoises puis bulgares, ses coiffeurs afro, son siège UMP en campagne électorale. Aujourd'hui salle d'Art et Essai, Le Brady a pris des allures respectables mais la mémoire de ces années turbulentes et brinquebalantes sont ici consignées avec un sens aigu du détail émotif.
    Écrit par un autodidacte des lettres, féru de cinéma et de musique, Le Brady, cinéma des damnés est une somme rythmée, inventive et attachante qui satisfera la curiosité de tous ceux qui croient que l'aventure se trouve encore au coin de la rue.

  • « Voici les lettres intimes que j'ai reçues, en dix ans, d'une des femmes les plus rares que j'aie eu à connaître. Ces lettres racontent sa vie du jour et de la nuit, ses clients (immigrés turcs ou arabes, pour la plupart), ses rêveries de vieillesse, ses amants imaginaires, ses coups de gueule, ses imprécations contre Dieu, ses verres de royal-kadir, ses maladies à répétition, ses usures. Même si Grisélidis se dit encore prête à tout pour les hommes, prête à tout pour l'amour. Et surtout si elle rit de tout. Férocement. Grisélidis a peut-être le bonheur de la désespérance. C'est en tout cas sa dignité. » Jean-Luc Hennig.
    Oeuvre maîtresse de Grisélidis Réal, La Passe imaginaire est le fruit d'une correspondance entretenue de l'été 1980 à l'hiver 1991 avec Jean-Luc Hennig. Ce document sur la prostitution au quotidien dévoile le panorama secret de la misère sexuelle masculine avec rage, crudité et tendresse. Au fil des lettres, l'autoportrait de cette P... irrespectueuse met à jour les autres femmes qui vivent en elle : la grande voyageuse, la lectrice éclectique, l'amoureuse passionnée, la sociologue amateur, l'altruiste libertaire et l'épicurienne raffinée.

  • Si Guy Hocquenghem fut une figure marquante du gauchisme de l'après-68, puis du Front homosexuel d'action révolutionnaire, il délaissa vite la prose militante en publiant essais et romans au cours de sa brève mais fulgurante existence. Un journal de rêve remet en lumière une autre facette de son talent - sa plume de chroniqueur, reporter et polémiste -, et offre un large choix d'articles issus de divers organes contre-culturels : Libération surtout, où il fut pigiste dès 1975 puis salarié jusqu'en 1982, mais aussi Actuel ou Gai Pied Hebdo.
    Dans ce recueil posthume, on découvrira les étapes d'une pensée en mouvement qui s'obstine à repérer les nouveaux totems et tabous d'un monde en mutation, autrement dit l'archéologie de notre modernité. Trois décennies plus tard, parions que la plupart des questions ici soulevées demeurent d'une «inactualité» brûlante.

  • Le lecteur trouvera ici la suite véridique des aventures d'Achab, soi-disant capitaine, rescapé de son dernier combat contre un poisson immense. On verra comment ce retraité à la jambe de bois a tenté de vendre au plus offrant son histoire de baleine - sous forme de comédie musicale à Broadway, puis de scénario à Hollywood. En chemin, on croisera Cole Porter et ses chorus girls, mais aussi Cary Grant, Orson Welles, Joseph von Sternberg ou Scott Fitzgerald, noyé dans son alcool, ainsi qu'une kyrielle de producteurs, louches à divers degrés.
    On se souviendra au passage du jeune Achab s'embarquant à dix-sept ans pour Londres dans l'espoir d'y jouer Shakespeare, et des circonstances qui présidèrent à la rencontre du librettiste Da Ponte avec Herman Melville, en 1838. On apprendra, in fine, la meilleure façon de réussir le cocktail Manhattan et avec quelle ténacité l'increvable Moby Dick cherche à se venger de son vengeur.

  • Réfugiée chez sa vieille mère, Martine regarde des séries dans son lit sans rien faire. S'installe alors une régression en miroir, conflictuelle et fusionnelle, traversée d'autres épreuves : tentatives de suicide puis camisole chimique. À l'hôpital, Martine refuse de passer aux aveux pour guérir et se lance dans une archéologie de l'enfance politique : et si le trauma ne tenait pas à quelque secret de famille mais résultait des barbaries du XXe siècle? La violence qui l'a sidérée serait ainsi la poursuite de la guerre par d'autres moyens. Au lecteur de faire la part ici de ce qui relève de la confusion mentale ou de l'extralucidité.
    Prenant les enjeux de ce psychodrame à contre-pied, Noémi Lefebvre donne à ce duo de femmes une vitalité burlesque, y compris dans les moments désespérés, et esquisse entre elles, in extremis, une complicité libératrice.

  • Comme son chapitrage l'indique, Elle regarde passer les gens propose une traversée du XXe siècle, avec entre autres séquences : « les années folles », « la grande dépression », « la montée des fascismes », « la conquête de l'espace » ou « la libération sexuelle ». Derrière ces intitulés empruntés à nos manuels scolaires se profilent treize femmes hors du commun qui ont marqué l'imaginaire de leur époque. Chacune verra exposé par le menu un moment crucial (ou fatal) de son existence avant de laisser place à la suivante. Mais en disciple de Georges Perec, l'auteur s'est aussi soumis à une contrainte radicale : entamer toutes les phrases par l'emploi du même pronom personnel, un « elle » lancinant qui maintient tout du long l'anonymat des figures qu'il recouvre. Les « héroïnes » successives du livre s'avancent donc masquées sans que la narration marque un temps d'arrêt au passage de l'une à l'autre. D'où le trouble qui s'ensuit face à cette égérie unique déployant des identités multiples.
    On reconnaîtra assez vite les plus célèbres de ces icônes - qu'il s'agisse de Camille Claudel, de Mata Hari, de Rosa Luxembourg, d'une star de cinéma américaine des années 60, d'une icône du rock ou d'une dame de fer -, comme par inadvertance, au détour de ce grand serpent de mer biographique. Anne-James Chaton a en effet choisi d'aborder ses personnages dans leur quotidienneté la moins spectaculaire, et cela à l'aide d'une écriture pointilleuse, factuelle, infra-ordinaire. Au jour le jour, les voilà toutes réduites à la somme détaillée de leurs faits, gestes et habitudes, toutes traitées sur un même plan. Ici, aucune visée hagiographique ni démystificatrice à l'égard de ces femmes d'exception, mais une exigence continue : trouver la plus simple expression de leurs vies matérielles, au plus près de leurs rapports immédiats à l'argent, à la création, à l'amour ou à la politique. À la tangente de leur renommée, elle sont saisies au présent millimétrique de leurs activités, déplacements et rencontres, à l'image d'un journal intime rédigé par une main étrangère.

  • Danse de la vie brève raconte le destin d'une jeune mexicaine de 23 ans, Melitza Trujillo. Trois carnets écrits de sa main retracent la folle accélération de son existence durant l'année 2006.
    Le premier carnet débute le 10 janvier 2006 à Guadalajara. Le matin même, Evo, un homme énigmatique, a fait irruption au Molachos, le bar où Melitza est serveuse. Dès la soirée suivante, il invite Melitza et son père Miguel à déguster dans un parc de la ville une décoction de cactus aux propriétés hallucinogènes. Mais la douce et planante nuit qui s'annonce va bientôt virer au cauchemar éveillé, suite à l'arrivée d'une patrouille de police..
    Trois semaines plus tard, nous retrouvons le même trio - Melitza, son père et Evo -, réfugié au bord de l'océan Pacifique. Par flash-backs successifs, nous reconstituons les motifs de leur cavale : le soir du 11 janvier, leur arrestation par quatre flics sans scrupule a très mal tourné.
    Alors que le trio commence à s'ennuyer dans ce paradis de carte postale, il est rejoint par Adrian, dont l'amitié avec Miguel date de la répression sanglante des mouvements étudiants de 1968 à Mexico. Tous quatre décident de rejoindre Oaxaca, où un ami peintre pourra les loger.
    Leur arrivée le 21 juin 2006 coïncide avec le soulèvement populaire qui institue la Commune libre de Oaxaca. Le journal intime devient soudain celui d'une révolution à laquelle Melitza décide de participer à sa manière. Elle y consigne les faits marquants d'une utopie en marche.
    Pourtant, ce climat d'émancipation connaît bien vite ses premières bavures, et les mercenaires armés des autorités déchues reviennent semer la terreur dans les faubourgs.
    Sous les abords du journal intime, Danse de la vie brève est un portrait de femme qui magnifie l'intériorité en constante évolution d'une jeune Mexicaine d'aujourd'hui. C'est aussi un roman d'aventures qui épouse le destin contrasté d'une insoumise, meurtrie dans sa chair par la violence endémique qui accable son pays depuis un demi siècle. C'est encore l'histoire d'un « amour fou », celui entre la sensuelle Melitza et le « sauvage radioactif » Evo.

  • Ariane, la trentaine, travaille pour la revue l'archiviste, spécialisée dans la recherche généalogique.
    Elle enquête sur le puzzle des origines d'autrui ,jusqu'au jour oú jeanne malauzier, sa tante, la charge de retrouver l'éphémère et secret amour de sa jeunesse guindée. de barcelone au havre en passant par vals-les-bains, ariane voit remonter à la surface un autre mirage sentimental.
    Avec la vie voyageuse, maylis de kerangal a écrit un livre d'aventures de l'intime. elle nous fait partager une errance identitaire qui évoque la géographie sentimentale de certains films d'antonioni.

  • «Je crois qu'il faut commencer par raconter ta vie comme ça, à l'état brut.» En 1978 paraissait un livre d'entretiens entre un inconnu de vingt ans, Thierry Voeltzel, et un philosophe célèbre qui avait alors tenu à garder l'anonymat. C'est cet ouvrage que nous rééditons à l'identique, augmenté d'une postface éclairant les circonstances de leur rencontre. Au cours de la conversation qui se noue entre eux, sont abordées les mutations existentielles de la jeunesse dans son rapport avec la sexualité, les drogues, la famille, le travail, la religion, la musique, les lectures. et la révolution.
    Quarante ans après, l'intérêt de ce document réside autant dans les expériences vécues de Thierry que dans le portrait en creux de son interviewer.

  • "Maintenant, je ne travaille plus. J'aurai eu beaucoup de mal à atteindre la date limite, je suis un vieux cheval, marqué au col. Je circule à mes heures, et presque toujours parce que j'ai envie d'aller quelque part, évitant les heures de pointe. Et je veux absolument, alors que je quitte des moments durs et l'agitation furieuse, donner les notes prises lors de ces déplacements." Au gré de ses déménagements et emplois successifs, de ses passions amoureuses aussi, Jane Sautière raconte à travers les moyens de transport qu'elle a empruntés tout ce qui l'a imprégnée, traversée, déplacée. Entre regard documentaire et enquête impressionniste, elle expose les nuances d'une relation ambivalente avec ce "lieu commun", chaque station d'un vécu où se confrontent l'intime et le collectif, l'enfermement routinier et l'aventure d'un voyage sans cesse renouvelé.

  • C'est le milieu de l'après-guerre.
    C'est le temps des rêves, de la puissance des hommes et des machines, le temps des héros sans visage de l'aventure spatiale, celui des explorateurs fanatiques des profondeurs de l'esprit humain, le temps des ingénieurs et des prophètes, celui des théoriciens de la guerre psychologique, tous emportés dans une course glorieuse et sans issue pour la conquête de nos âmes.
    Ils s'appellent Neil, Ayn, Jim, Claude, Ted, Ron, Charles, Veronica. En brouillant les pistes de leurs destins singuliers, Hugues Jallon saisit les pulsions secrètes - mégalomanie, paranoïa, mélancolie - d'un monde qui s'enfuit.
    Mené à un rythme effréné, La conquête des coeurs et des esprits est l'épopée souterraine de ce qui est arrivé à nos rêves.

  • Miettes propose un panorama alternatif de l'année 1980 en exhumant un choix de petites annonces tirées du supplément Sandwich de Libération. Ces messages a priori sans lendemain, quarante ans plus tard, sont aussi matière à de surprenantes fictions de soi, dont les préoccupations entrent en résonance ou font contraste avec notre temps. À ces petits pavés textuels, Philippe Artières adjoint d'autres documents bruts portant sur la même période - compte rendu de la Banque de France, bulletins météorologiques, relevés des événements sismiques -, autant d'«archives sans qualité» qui viennent renseigner cette appréhension infra-ordinaire du passé. Par l'entremêlement de ces sources et la variation de leur mise en page, ce recueil protéiforme offre une expérience de lecture ludique dessinant en creux une histoire polyphonique et intimiste de notre proche XXe siècle.

  • « Les autres ne font pas ça. Se faire appeler, l'un et l'autre, Lamarche-Vadel relève d'une excentricité aggravée par la fantaisie de porter ce double nom avant même le mariage comme si celui-ci n'était pas le réel opérateur du changement onomastique. Ce qui dans leur cas est vrai puisque le mariage n'a pas eu lieu et que quand bien même aurait-il eu lieu, il ne conférait pas aux époux le droit de mutualiser leurs noms propres. Alors ils se sont placés à la lisière du droit, substituant à la toute-puissance du nom-du-père, qui transmet le nom, la toute-puissance du désir qui inaugure une existence. ».
    En juillet 1968, dans la librairie des PUF, boulevard Saint-Michel, Gaëtane Vadel rencontre Bernard Lamarche, qui y travaille comme magasinier. Lui est autodidacte et poète, fasciné par le surréalisme, en crise avec sa famille catholique rigoriste. Elle est une étudiante en philosophie, au diapason des aspirations libertaires de l'après-Mai. Très vite, ils associent, hors mariage, leur nom respectif en un seul bloc, créant ainsi une sorte de trait d'union amoureux, en usage dans le cercle restreint de leurs ami(e)s qui va devenir leur signature publique. Ni le divorce, ni le destin tragique de Bernard Lamarche-Vadel qui va mettre fin à ses jours en 2000 ne briseront pas le pacte originel de ce double nom.
    Sobre, la langue de Gaëtane Lamarche-Vadel se veut descriptive et précise, mais se fait aussi nerveuse et sensible, surtout lorsqu'elle rend hommage, avec cinquante ans de recul, à cet acte d'émancipation fondateur. Il s'agit d'une vraie fausse autofiction en forme d'essai philosophique qui sait éviter l'exhibition des secrets de famille, pour demeurer sur la crête des souvenirs et interroger, à travers l'évolution des moeurs, des lois et des technologies récentes, les façons d'échapper aux fatales déterminations généalogiques. Pourquoi ce livre ? Pour réinjecter du double et du trouble dans le nom.

  • «Nous venons de cerveaux saccagés par la consommation et par le dogme de la non-violence. Nous avons grandi dans la dépression, la maladie et la peur du déclassement. Mais cette engeance est sortie des non-lieux où vous vouliez la cantonner. Vous avez laissé une armée grandir dans vos entrailles.» De la Fraction Armée rouge, née à la fi n des années 60 en Allemagne de l'Ouest, la rumeur n'a retenu que le récit d'espionnage ou le road movie sanglant. Loin des clichés associés à «la bande à Baader», ce roman remonte aux sources de la démence nazie, de son emprise durable sur le langage et les corps. Car plutôt qu'Andreas Baader, c'est Bernward Vesper, fils d'un célèbre poète nazi, qui incarne la déchirure d'une jeunesse prise entre le poison de la langue hitlérienne et l'enthousiasme béat du miracle économique. Il va bientôt rencontrer Gudrun Ensslin, une femme prête à tout pour que le mensonge cesse.

  • «On s'en fout d'être pauvre. On a beau patauger au camping de la Mouette, sortir encore de taule, quand on a le panache d'un Flink et le coup du siècle en vue, on fonce. À Cannes, au festival, on va crever l'écran, s'en mettre plein les poches. Fini la caravane, la gadoue et l'eau froide, demain ça sera l'aisance : pour la mère une baignoire et une télé toute neuve ; pour Meert un endroit où dormir. Ensuite on s'offrira une virée italienne, en Triumph par exemple, avec Hélène chérie. Et tant pis si ça foire, au cimetière c'est pas la place qui manque.» Sous son masque ironique, Stéphane Velut sait trouver la juste distance avec le grotesque de ses personnages - dignes cousins des affreux, sales et méchants de la comédie dramatique à l'italienne -, non pour les sauver ou les juger, mais pour s'inspirer à leur contact d'un vitalisme désespéré.

  • Elle s'appelle Estelle, Marie-Laure, Florence ou Solenne. Un jour, elle quitte Paris pour une maison avec jardin. Pour une banlieue près des flux d'argent, loin du bruit des pompes : l'endroit idéal pour élever des enfants.

    Il s'appelle Aymeric, Benoît, Flavien ou Pierre. Son quotidien : branlettes, brimades, quatre cents coups, amitiés éternelles. Au pensionnat , qu'a-t-il à faire des rêves de sa mère ?
    Il est financier, avocat, agent immobilier ou chercheur. Tard le soir, il construit le monde de demain. Et si ce devait être notre monde ?

    Alexis Brocas nous offre le récit d'une riche banlieue pavillonnaire : un roman d'une ambition folle, la peinture d'une époque. À suivre sur trente ans, la vie de dizaines de personnages. La subtilité de l'analyse sociologique rejoint le plaisir de raconter une histoire.

  • «Je ne marchais plus droit, et j'avais la liberté qui me brûlait entre les jambes.» La jeune femme qui habite intensément ce roman choisit de fuir Paris, sa ville d'adoption, pour rejoindre la forêt d'Inverness, au Québec. Elle s'installe incognito dans le chalet familial à l'abandon, peuplé d'absents, de cicatrices, de silences. Installée dans ce refuge provisoire, elle fait la connaissance d'André, un ancien comédien, et travestit son passé sous un prénom d'emprunt, Sophie. Au hasard de ses lectures, remonte à la surface le souvenir d'un intellectuel allemand d'extrême gauche, croisé à Montréal, puis disparu avant que Sophie n'ait pu approfondir ce qui l'attirait vers lui. Un troublant jeu de masques fait alors surgir entre ces êtres l'ambiguïté de la fiction.
    Dans une langue nerveuse, imprégnée de son expérience du déracinement, Hélène Frédérick retranscrit avec finesse l'intériorité fluctuante de l'héroïne, entre révolte à fleur de peau et reconquête de sa sensualité.

  • Le roman s'ouvre sur le premier chapitre d'un manuel de Développement Personnel, Mental coaching (ma méthode mes succès), où Paul Béranger entremêle théories du mieux-être, exercices à réaliser soi-même et péripéties qui ont conduit cet athlète olympique à devenir le plus célèbre consultant en remise en forme psychique du monde.
    C'est dans ce best-seller que Julie est plongée, tout en prenant le soleil sur une plage naturiste de l'île du Levant. Fraîchement divorcée, la plantureuse quadra espère trouver dans ce traité d'initiation au bonheur de quoi reprendre sa vie en main.
    À mesure que Julie répète les mantras tautologiques du livre-miracle, elle en oublie la présence de sa fille unique, Necko. L'adolescente au physique plutôt ingrat semble elle aussi en pleine lecture. Elle dévore le premier volume de Bad Lovers Hackers, un manga yaoi (réservé aux filles) aux allures de romance entre jeunes héros du même sexe (masculin). Captivée par ces amours androgynes, elle entame le deuxième puis le troisième album.
    La deuxième partie du roman va permettre à ces deux personnages féminins de confronter leur bulle de lecture à l'immédiate réalité. Pour Julie, c'est à travers la rencontre enchanteresse avec un certain Giacomo. Mais l'érotisation de leur escapade prendra bientôt un tour inquiétant.
    Restée seule sur la plage, Necko a fini le quatrième tome. Approchée par une bande de jeunes Marseillais en quête d'aventure, elle outrepasse sa timidité naturelle pour entamer avec eux une partie de beach volley. Profitant de ce moment de liberté sans surveillance maternelle, Necko apprend l'art du flirt distancié à ses nouveaux amis, avant de les soumettre tour à tour au bon plaisir de ses baisers.
    À travers ces deux lectrices en métamorphose estivale, Frédéric Ciriez ausculte le trouble fantasmatique d'un bovarysme très contemporain. Illusion à l'eau de rose qui voudrait que pour accéder à la réalisation de ses désirs, il y ait besoin d'une méthode. Mettant en abîme les codes du Développement Personnel et du roman sentimental, l'auteur en préserve la légèreté, tout en déconstruisant, pour notre plus grand plaisir, les leurres de ces injonctions au bonheur et à la performance Frédéric Ciriez est né en Bretagne en 1971. Il a suivi des études de lettres et de linguistique.
    Son premier roman, Des néons sous la mer (Verticales, 2008, Folio n° 5090) a été un succès médiatique et commercial. Son deuxième roman, Mélo (Verticales, 2013), a obtenu le prix Franz Hessel.

  • «Je fais tout pour m'améliorer. Pour me séparer de certains de mes vices, j'en adopte de nouveaux, plus élaborés. C'est la seule méthode dont on dispose.» Dancing with myself explore les émois érotiques d'un petit garçon attiré par les choses cachées et les mots inconnus, puis dévoile les rituels inventifs de ses obsessions d'adulte. À l'enfance rurale passée dans le dancing de ses parents succède une vie parisienne solitaire, soumise à l'omniprésence féminine. Du voyeurisme considéré comme un des beaux-arts de l'existence, aux risques et périls du jeune homme indiscret.

  • Je ne prise guère la littérature d'idées. Ses angles droits sont trop fastidieusement masculins et sûrs d'eux pour capter l'émotion, le tremblement, l'inattendu du réel. Pourquoi récidiver ? Parce qu'on résiste moins, avec l'âge, aux impulsions du farfelu, jusqu'à se permettre quelques divagations sur les dieux et les hommes, le beau et le moche, le mort et le vif, et même sur l'avenir de l'humanité. Sans dramatiser : les échappées qui suivent sont à un essai ce qu'une flânerie est à un défilé, ou des songeries sont à un traité de morale. Elles demandent seulement au lecteur un peu d'indulgence pour ce qu'elles peuvent avoir de mélancolique, de cocasse ou d'injuste. R. D.

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