Hermann

  • Souvenirs

    John Rawls

    Souvenirs, proposé ici dans une traduction inédite, est l'un des derniers textes publiés par Rawls. Ce petit texte atypique écrit en 1977, attachant, drôle et parfois émouvant, est sans doute l'un des textes les plus personnels de Rawls.
    Au-delà du caractère autobiographique de ce livre, Souvenirs propose aussi une typologie comparative des grands intellectuels de la fin du XXe siècle et, au-delà, cherche à définir ce qui constitue une écriture proprement philosophique, une écriture dans laquelle l'entourage du philosophe et sa communauté intellectuelle jouent un rôle prépondérant.

  • Premier ouvrage philosophique de Jean-Paul Sartre, publié par Hermann dès 1938 et constamment réédité depuis lors. La dernière édition a paru en avril 2010.

    Qu'est-ce qu'une émotion ? Pourquoi faut-il affirmer qu'elle a une signification et refuser les approches de la psychologie positive comme de la psychanalyse ? Publiée en 1938 aux éditions Hermann, L'Esquisse d'une théorie des émotions fait partie de ces premiers textes fulgurants de Sartre qui témoignent déjà de son génie philosophique et de sa capacité à saisir les enjeux de la psychologie : Sartre nous y montre la nécessité d'une approche phénoménologique, seule à même de nous faire comprendre l'essence de l'émotion. Face à l'essor actuel des neurosciences et des sciences cognitives, le texte n'a rien perdu de son actualité et montre à quel point il importe encore aujourd'hui de penser la psychologie.

  • Se substituant à ce qu'on appelait autrefois le progrès, la notion d'innovation s'est imposée dans tous les secteurs de l'activité humaine. On a pris l'habitude de qualifier d'innovante toute forme de changement qui semble susceptible d'améliorer quelque chose à l'activité humaine, sans pour autant penser philosophiquement la signification de ce changement. Tandis que l'économie industrielle dopée par la technologie a réalisé la prophétie émise par l'économiste Schumpeter, la notion d'innovation a elle-même évolué, devenant protéiforme. En enrôlant massivement les méthodes pour innover, actuellement se multiplient les tiers-lieux destinés à opérer ce changement. Mais progrès et innovation ne sont pas synonymes, et à bien des égards celle-ci dément les promesses affichées par celui-là. Aujourd'hui, les crises qui se produisent sur la toile de fond des transitions en cours conduisent à repenser le rôle dévolu à l'innovation, et invitent à décider si elle peut accompagner le monde qui vient. La difficulté est que ce qui la rend spécifique et intéressante, sa « sauvagerie » même, la rend peu aisée à dépasser. Cet ouvrage, le premier consacré à l'innovation par la philosophie de langue française, éclaire les questions qu'elle soulève, en les traitant sur les plans épistémologique et pratique.

  • Qui veut s'initier à la pensée de Comte est d'ordinaire renvoyé aux deux premières leçons du Cours de philosophie positive. Mais n'est-ce pas s'exposer à s'interdire de comprendre ce que Comte a poursuivi sa vie durant ? Le Cours ne faisait pas partie du programme que le jeune polytechnicien s'était fixé alors qu'il n'avait que vingt-quatre ans, mais qu'il n'a jamais perdu de vue. Si Comte a toujours désigné le texte ici réédité comme son opuscule fondamental, c'est qu'il offre la meilleure voie d'accès à l'ensemble de son oeuvre. Comme l'indique le titre, on y trouvera les deux thèmes qui n'ont cessé d'alimenter sa réflexion : la science et la société. À une époque où il semble qu'on ait oublié jusqu'à l'existence d'une politique positive, il n'était pas inutile de rappeler que, pour le positivisme, philosophie politique et philosophie des sciences s'appellent l'une l'autre.

  • « Mes intérêts privilégiés se sont orientés vers le grand canon de la philosophie - Platon, Kant, Hegel, Husserl ; mais, en même temps, vers des lieux dits « mineurs » de ces textes-là, de problématiques inaperçues, de notes en bas de page - vers ce qui peut gêner le système et en même temps rendre compte du souterrain dans lequel le système se constitue en réprimant ce qui le rend possible, qui n'est pas systémique. Donc, une explication à la fois canonique et non-canonique, avec le canon de la philosophie [...] » J. Derrida En juillet 1993, Maurizio Ferraris et Gianni Vattimo ont interrogé Jacques Derrida sur son projet philosophique, sur ses choix, ses stratégies d'écriture et de pensée. Le Goût du Secret est un bref entretien conçu, au départ pour le seul lectorat italien, comme une introduction simple et didactique à la philosophie derridienne.

  • La pensée est indissociable de la langue dans laquelle elle se forge. Si la philosophie est inséparable du grec, de quel type est la pensée qui germe dans la langue hébraïque? C'est l'ambition de ce livre d'en retrouver les traces, comme si il y avait déjà à l'oeuvre une pensée en deçà des théories et des doctrines, une pensée précédant le texte tout en ne s'exprimant qu'à travers ses différentes économies, une pensée de toutes les pensées issues de la racine hébraïque dans laquelle l'Ëtre ne se dit pas au présent. Le livre de Shmuel Trigano jette une lumière nouvelle sur l'ontologie. Il inaugure une façon inédite de philosopher qui naît, certes, de la fréquentation de la langue grecque mais sans pour autant y ramener. Par delà la philosophie grecque mais aussi la philosophie juive classique, une voie s'ouvre vers une autre philosophie à laquelle ce livre appelle...

  • La grande oeuvre de Louis Lavelle, La dialectique de l'éternel présent, devait se conclure par un volume sur la sagesse. Si sa disparition en 1951 ne lui a pas permis de l'écrire, on trouve dans les livres qu'il a publiés des textes sur la sagesse ; il a laissé par ailleurs des notes inédites consacrées à ce thème. En regroupant ces différents fragments, on voit se dessiner les contours essentiels que revêtait, aux yeux de Lavelle, la notion de sagesse. Un tel ensemble permet d'identifier les lignes de force du volume « De la sagesse » qui n'a pu voir le jour, et ce tant sur le plan métaphysique que sur le plan éthique.
    Selon le philosophe, la vraie sagesse ne se limite ni à l'idéal grec de mesure, ni à l'idéal cartésien de rationalité, mais s'ouvre à l'expérience spirituelle intériorisée. À une époque où la recherche de la sérénité, trop souvent oubliée par la philosophie, revêt une importance cruciale, vitale, les textes de Chemins de sagesse ont l'insigne mérite de poser les jalons d'une vie en harmonie avec le monde, autrui et l'absolu.

  • 1ère édition : Aubier, 1999 En assignant pour tâche à la philosophie de « surmonter » la contingence, Hegel accomplit un geste original et difficile. Original parce qu'il s'écarte aussi bien des rationalismes qui pensent n'en avoir fini avec le contingent que lorsqu'ils l'ont ramené au nécessaire, que des penseurs qui estiment que reconnaître la contingence, c'est y voir le tout autre de la raison. Hegel ne prône ni le règne de la nécessité ni la capitulation devant l'absurde, mais une philosophie de la liberté. Difficile, parce que, en décidant de penser ensemble et la consistance et la rationalité du contingent, Hegel doit à la fois reconnaître ce qu'il appelle son « droit monstrueux » et au moment même où la raison avoue ses limites devant une « contingence sans règle et sans frein » ne jamais renoncer à l'exigence de dire le sens de cette limitation même. À travers cette épreuve de la contingence, l'ouvrage tente d'offrir une interprétation d'ensemble du système aussi attentive à la lettre des textes qu'attachée à mettre en lumière les apories que la philosophie hégélienne rencontre ou engendre.

  • Il est question ici d´un anarchisme sans attentat, sinon sans bombe ; de celui qui accompagne et inspire la liberté de pensée philosophique. À l´écart du courant moralisateur qui a trop souvent imprégné les mouvements de l´anarchisme institué jusqu´à nous ; pur de tout ressentiment et immoraliste comme le voulaient Nietzsche et Gide. Eclaté ou explosé en directions diverses, « en miettes » ainsi qu´Italo Calvino a vu l´utopie contemporaine. Car il n´est en rien concentré dans un programme ou une doctrine. Il épouse la multiplicité chatoyante de la vie. Il s´agit d´un anarchisme de ce domestique auquel Charles Fourier a donné la prévalence sur le politique, se nourrissant du sol passionnel dans lequel il plonge. Il n´est plus synonyme de destruction ni de désorganisation ; il n´est plus négatif et réactif, mais affirmatif et créateur. Il n´est pas non plus borné aux revendications exclusives de l´individu; il ne se conçoit que dans le cadre d´une nouvelle socialité que porte en gestation le monde déchiré d´aujourd´hui. Ces Nourritures, qui se succèdent sous forme de «menu», viennent alimenter un nouvel anarchisme qui, à l´imitation du prospectus que Charles Fourier adressait en 1808 à ses lecteurs, souhaiterait intéresser tout aussi bien les critiques, les curieux et les voluptueux.

  • On ne peut qu'être frappé, quand on commence à réfléchir sur l'aveu, par ses multiples acceptions : de la confession privée à l'autocritique imposée par les Etats totalitaires, en passant par la fonction qu'il remplit dans la plupart des cours de justice. Ces multiples acceptions sont en rapport avec les multiples domaines où il joue un rôle et qui invitent à y voir un "fait social total" : la religion, la morale, le droit, la politique.
    La première ambition d'une phénoménologie de l'aveu est de réduire cette multiplicité à l'unité. La seconde est de répondre au soupçon dont l'aveu est devenu l'objet chez des penseurs qui, à l'instar de Foucault, voient seulement en lui une intériorisation pathologique de la violence sociale. Car ce soupçon, sans doute, est légitime, mais quelle est sa revendication la plus constante ? L'innocence.
    Or cette innocence présente parfois, aujourd'hui, des traits plus effrayants que toutes les maladies de la culpabilité, que tous les méfaits de l'auto-accusation, que tous les appels à la reddition du désir. Défense de l'aveu : tel aurait donc pu être aussi le titre du présent ouvrage.

  • Maître Eckhart (1260-1327, environ) fait partie aujourd'hui des auteurs médiévaux les plus discutés : prédicateur, théologien, philosophe, esprit spéculatif et libre, il laisse une oeuvre exigeante, inachevée, difficile.
    Le présent volume réunit douze études de Fernand Brunner qui lui sont consacrées, reflets d'une recherche originale qui n'a cessé de s'approfondir et de se renouveler pendant près de trente années. Ces travaux, qui incluent des publications influentes comme Maître Eckhart philosophe, L'analogie chez Maître Eckhart, Mysticisme et rationalité chez Maître Eckhart, rendent compte de l'unité, chez le grand Dominicain allemand, de la démarche rationnelle et de l'engagement existentiel.
    L'unité de ces deux directions souvent disjointes, donne à l'oeuvre de Maître Eckhart une portée et une stature exceptionnelles. Dans le dialogue qu'il mène avec cette oeuvre singulière, radicalement novatrice mais bien ancrée dans les traditions qui la fondent, Fernand Brunner va droit à l'essentiel. Il apporte une vue d'ensemble, un ton juste et une grande force d'élucidation.

  • L'origine des Temps modernes voit la naissance d'un nouveau type de discours sur la nature des animaux, très éloigné des discours traditionnels, antiques et médiévaux. Ces discours ne sauraient simplement être compris comme le fruit de la " nouvelle science ". Ils relèvent plus généralement d'une " anthropologie zoologique ", et impliquent en retour une nouvelle définition de l'homme, et de sa relation à sa propre " animalité ". Ce sont ces enjeux anthropologiques, métaphysiques et éthiques qui sont ici interrogés, à travers une série d'études sur Montaigne, Charron, Descartes et les " augustiniens cartésiens ". Plus qu'un simple travail d'histoire de la philosophie, cet ouvrage vise à réévaluer les enjeux fondamentaux de la modernité au-delà de la catégorie réductrice de l'" anthropocentrisme ", et à proposer une vision de l'animalité différente des modèles mis en place par un certain nombre de discours post-modernes.

  • Vivre selon la nature, vivre en accord avec la nature, vivre en harmonie dans la nature : chacune de ces injonctions est un choix naturel que nous faisons à partir de notre idée de ce qu'est la nature des choses, de ce qu'est l'être humain dans le contexte de la nature, et de ce qui découle de ces données naturelles pour la conduite humaine. C'est sur la relation entre ce que les êtres humains croient être et ce qu'à leurs yeux ils doivent être, entre les faits qu'ils constatent et les valeurs auxquelles ils adhèrent, que diffèrent entre elles les positions doctrinales des Cyniques, des Cyrénaïques, des Stoïciens, des Épicuriens, des Sceptiques, ouvrant ainsi un éventail de conduites diverses et des manières encore très actuelles de s'engager dans la bonne vie qu'ils visent tous.

  • Partant de l'hypothèse selon laquelle l'élaboration d'une théorie générale de l'imagination constitue l'une des visées centrales de la philosophie ricoeurienne et l'un de ses legs les plus prometteurs, ce livre se propose de travailler à une genèse rigoureuse de cette philosophie de l'imagination, en s'appuyant principalement sur les trois oeuvres qui composent la Philosophie de la volonté.

  • Toutes les civilisations ont cherché à régler les moeurs sexuelles et ont institué des interdits pour régenter et ordonner la vie des êtres humains. À travers l'étude de la prohibition des pratiques incriminées, le présent traité analyse les choix sociétaux et idéologiques des civilisations. Sans prétendre à l'exhaustivité, mais en parcourant une très vaste gamme de cultures et d'époques différentes, l'auteur présente une grande variété de modalités réprouvées pour consommer le « fruit défendu ». Il examine les interdits majeurs et leur restitue le sens qui est le leur dans chaque contexte : comment comprendre la prohibition de l'inceste en Occident ? Quel est l'enjeu de l'interdiction des pratiques homosexuelles en terre d'Islam ? Pourquoi l'adultère est-il parfois toléré voire recommandé ? Quels types de jugements moraux ou idéologiques sont à l'oeuvre dans la volonté de bannir les pratiques pédophiles ? Pourquoi ce qui est considéré comme une pratique « perverse » ou « déviante » dans certains peuples ne l'est-il pas pour d'autres ?
    À travers une perspective à la fois historique, culturelle, philosophique, sociologique et comparative, l'auteur replace, sans préjugé ni parti pris, lesdits interdits sexuels dans leur environnement culturel et religieux. Il analyse le permis et le prohibé des pratiques intimes dans des civilisations aussi diverses que celles hellénistiques, égyptiennes, hébraïques, chrétiennes, bouddhistes, baoulés, hindouistes ou musulmanes... L'érudition du propos et la méthode comparative permettent la critique des thèses classiques sur le sujet, comme celles de Michel Foucault ou de Claude Lévi-Strauss. En fin de compte, cette étude du défendu (adultère, inceste, nécrophilie, polygamie, polyandrie, coprophilie, pédophilie...) participe au renouvellement du regard du lecteur et l'autorise à porter un avis éclairé sur ses propres jugements et moeurs.

  • Toutes les civilisations ont cherché à régler les moeurs sexuelles et ont institué des interdits pour régenter et ordonner la vie des êtres humains. À travers l'étude de la prohibition des pratiques incriminées, le présent traité analyse les choix sociétaux et idéologiques des civilisations. Sans prétendre à l'exhaustivité, mais en parcourant une très vaste gamme de cultures et d'époques différentes, l'auteur présente une grande variété de modalités réprouvées pour consommer le « fruit défendu ». Il examine les interdits majeurs et leur restitue le sens qui est le leur dans chaque contexte : comment comprendre la prohibition de l'inceste en Occident ? Quel est l'enjeu de l'interdiction des pratiques homosexuelles en terre d'Islam ? Pourquoi l'adultère est-il parfois toléré voire recommandé ? Quels types de jugements moraux ou idéologiques sont à l'oeuvre dans la volonté de bannir les pratiques pédophiles ? Pourquoi ce qui est considéré comme une pratique « perverse » ou « déviante » dans certains peuples ne l'est-il pas pour d'autres ?
    À travers une perspective à la fois historique, culturelle, philosophique, sociologique et comparative, l'auteur replace, sans préjugé ni parti pris, lesdits interdits sexuels dans leur environnement culturel et religieux. Il analyse le permis et le prohibé des pratiques intimes dans des civilisations aussi diverses que celles hellénistiques, égyptiennes, hébraïques, chrétiennes, bouddhistes, baoulés, hindouistes ou musulmanes... L'érudition du propos et la méthode comparative permettent la critique des thèses classiques sur le sujet, comme celles de Michel Foucault ou de Claude Lévi-Strauss. En fin de compte, cette étude du défendu (adultère, inceste, nécrophilie, polygamie, polyandrie, coprophilie, pédophilie...) participe au renouvellement du regard du lecteur et l'autorise à porter un avis éclairé sur ses propres jugements et moeurs.

  • L'éthique, selon Feuerbach, est une mise en pratique du principe selon lequel tout être vivant recherche les meilleures conditions de son maintien dans la vie et de sa reproduction.
    Nommons ce principe instinct du bonheur : il s'accomplit dans l'amour de soi et l'être humain, vivant parmi d'autres, se construit en se conservant au mieux dans la conduite alimentaire (texte de 1851 repris ici, Le Mystère du sacrifice, ou l'homme est ce qu'il mange). Mais parce qu'il est doté d'une conscience, donc d'un pouvoir de séparation, cet instinct se dépasse dans l'amour du prochain (texte de 1869, traduit ici pour la première fois en français) ; non pas l'amour que prône la religion qui sépare l'homme de lui-même en le séparant de son corps, de son pouvoir réel, mais l'amour naturel qui s'accomplit dans le rapport sexuel.
    Pour la première fois sans doute dans la pensée philosophique le rapport sexuel est compris comme fondamentalement éthique, et plus, comme le véritable fondement de la morale. Reconnaissance immédiate dans le plaisir partagé, le rapport sexuel est, pour l'être humain qui est conscience de son être séparé, la forme et le moment du dépassement naturel de l'égoïsme, allant ainsi bien au-delà de la dangereuse pitié de Schopenhauer.
    Naturel, non historique, par exemple dans l'action collective ou révolutionnaire, comme le remarquera Marx dans ses fameuses Thèses, à propos d'autres textes de Feuerbach. Donc chimérique peut-être, comme toute référence à un prétendu " ordre naturel ". Il n'empêche : en posant à sa manière la question du genre, Feuerbach a su trouver les mots justes pour rendre raison de l'heureuse différence des sexes et de l'impossibilité pour aucun d'eux de réduire l'autre à soi.

  • Peut-on saisir rationnellement ce qui fait l'unité du genre humain ? Comment rapporter à un point de vue unique l'éclatement croissant des sciences humaines et sociales ? Toute sa vie, Jean Baechler a exploré une hypothèse, féconde en déductions, qui prend appui sur le trait le plus distinctif de l'espèce humaine dans le règne vivant : la nature humaine est un ensemble ordonné de virtualités, dont les actualisations sont culturelles, diverses et engagées dans des histoires chaotiques. Les humains font leurs histoires sans le savoir, mais ils ne les produisent pas au hasard, car leur nature libre leur impose des problèmes auxquels ils doivent trouver des solutions. Les aventures humaines enregistrent les péripéties plus ou moins heureuses ou malheureuses de ces efforts. De là, il devient possible de trouver des sens aux activités humaines en les rapportant aux problèmes traités et d'apporter des explications plausibles aux résultats en tenant compte des contraintes et des circonstances.

  • Nous sommes mortels et le temps qui est le nôtre ne se déploie que selon l'irréversibilité de son ordre. Cela est entendu. Et cependant, le sens de nos existences ne peut s'interpréter à partir de cette seule irréversibilité biologique. En elle, et non contre elle, nous ne cessons d'être confronté à la réversibilité de nos situations d'existence, lesquelles nous sont aussi inanticipables que décisives. Prendre dès lors au sérieux cette réversibilité, c'est ne plus pouvoir se satisfaire du privilège que, depuis les Grecs, la philosophie reconnaît à la tragédie, tant le tragique présuppose l'irréversible. C'est pourquoi, porter attention à la réversibilité, c'est défendre un autre modèle d'interprétation de nos existences : celui du tragicomique et de l'ironie.

  • Chacun des textes qui forment ces Divertissements pascaliens traite d'une question distincte : la justice, le droit et la politique, la raison, le premier principe, la figure du corps, le moi, le coeur, le divertissement, l'unité et la diversité.
    Cela forme un faisceau de directions différentes et non un enchaînement de parties qui s'ajoutent les unes aux autres. Cette disposition est conforme à l'esprit pascalien, plus synthétique qu'analytique, plus attentif à saisir les différences entre les choses, les domaines, les êtres, qu'à chercher à relier toutes les choses au sein d'un système qui montrerait l'unité du tout. Le style pascalien, dans la forme comme dans le fond, consiste à passer sans trop s'y attarder d'une question à une autre et à multiplier ainsi les angles d'attaque des problèmes qu'il semble rencontrer sur sa route plus que sortir de son esprit.
    Ce style est un " art de la digression ". Il consiste à propos de toute chose, de la plus légère à la plus grave, à avoir toujours en tête la question de son sens, à ne jamais perdre de vue son sujet. Pascal nous force à poser les problèmes les plus profonds maintenant, sans différer car ils sont urgents et touchent à la vie de chacun de nous. Ce n'est pas pour l'éternité qu'il faut penser, c'est dans l'urgence du présent qu'il faut se décider à apporter une réponse aux questions qui touchent autant le coeur que l'esprit.

  • Le livre de Hegel, Principes de la philosophie du droit, est un chef d'oeuvre qui récapitule toute l'histoire de la philosophie morale et politique et qui pense ses questions dans une unité et une orchestration originales.
    Cette Introduction veut permettre au lecteur d'entrer dans ce monument et d'y circuler de manière fructueuse. En s'en tenant aux points majeurs, elle veut faire voir les grandes articulations du livre, les principaux enjeux de chaque partie, ainsi que le mouvement du tout, depuis le droit jusqu'à l'Etat. La question principale est celle de la liberté, en son effectivité autant qu'en sa fragilité. Chaque sphère de la vie de l'esprit éthique est un aspect nécessaire de son épanouissement, mais de sorte qu'en chacune la liberté demeure en question, en étant exposée à sa propre perversion et à ses apories, du côté des hommes autant que de celui des institutions.
    Ce livre est ainsi attentif à l'épreuve de soi de la liberté dans sa réalisation mondaine, c'est-à-dire dans le droit, la morale, la société civile, l'Etat et l'histoire mondiale.

  • Non, tout n'est pas politique.
    Il faut sans doute vivre en compagnie des autres, avec des lois, des pouvoirs nous formant et déformant, dans la garantie de la subsistance commune. Sauf que cela, ce sont les conditions, les niveaux de vie dont la chose publique s'occupe, et souvent si mal - quand il nous reste à rendre nos existences vivables. Le meilleur espoir est alors le jour passant à travers les remparts de la Cité, par des failles de plus en plus difficiles à discerner.
    Pour préparer l'insurrection de vivre, ne comptons guère sur la " représentation nationale ", les lois du marché, la technologie, les comportements citoyens, ni non plus les derniers mouvements de rébellion. Sans abandonner la malheureuse nécessité de la lutte (elle a certes son utilité), sachons, de plus, donner à la politique le congé qu'elle mérite. Voici une provocation singulière, lancée vers d'autres ; une invitation à repenser les prétendues " fins " de la politique, mais indépendamment d'elle.

  • Dans Totem et Tabou, Freud expliquait pourquoi la mentalité totémique, pour lutter contre les pulsions incestueuses, favorisait le passage à l´acte récidivant et les conduites phobiques. Le titre du présent livre fait écho à l´oeuvre du père de la psychanalyse en raison de l´assimilation, hâtivement faite par certains lecteurs inattentifs, des dispositifs psychiques et juridiques préconisés par la Loi sinaïtique à des montages totémiques et à des interdits « tabous ». Pour réfuter ce préjugé, Raphaël Draï montre que les versets de la Genèse sur « l´Arbre de la connaissance du Bien et du Mal » n´érigent absolument pas cet arbre en totem, ce qui induirait que les dispositifs juridiques et mentaux en cause relèvent du tabou. Si ce récit relate bien l´histoire d´une transgression originelle, et s´il met en évidence les pulsions à l´oeuvre, il détermine également les modalités du travail de ces pulsions, qui resteraient sans cela irrésistibles et mortelles. Fort de cette analyse, l´auteur présente ce qui apparaît comme une véritable théorie, clinique et métapsychologique, des pulsions dans l´oeuvre du Maharal de Prague, et révèle la logique interne qui prédomine, dans les règles alimentaires et les dispositifs juridiques explicités par le droit biblique ainsi que la place centrale qu´occupe le travail sur l´énergie pulsionnelle : sans ré-orientation constante de la pulsion de mort vers la pulsion de vie, il n´y a pas de vie éthique ni de vie en société.

    Raphaël Draï est professeur émérite de science politique à la Faculté de droit et de science politique d´Aix -Marseille. Lauréat des facultés de droit, agrégé de science politique, il est membre de l´École doctorale en psychanalyse et psychopathologie de l´Université Denis Diderot, Paris VII. Chercheur interdisciplinaire, il a écrit une trentaine d´ouvrages et de nombreuses études dans les domaines relevant de ses recherches toujours orientées vers une meilleure intelligence du choix de la vie.

  • Notre temps est celui du primat de la liberté sacralisée : libertés individuelles et libertés publiques. Peut-il se concilier avec celui, inquiétant, du « retour de Dieu » et plus généralement de la mentalité et du pouvoir théocratiques ? Mais où la théocratie, au moins au sens occidental, trouve-t-elle ses fondements dogmatiques et rituels ? Le sens commun en assigne l'origine et le germe au moins au récit biblique et plus particulièrement à loi qualifiée de monothéiste donnée sur le Sinaï, la Loi exclusive d'un Dieu unique, excluant toute autre forme de croyance et par là même récusant l'idée contemporaine de liberté, celle des corps et celle de l'esprit. Dans « L'Alliance du Sinaï », au travers des Topiques, des incitations à penser qui y sont réunies, Raphaël Draï démontre avec rigueur et clarté à quel point ce sens commun fait lui-même violence à l'univers biblique en particulier et à la pensée en général, et porte atteinte aux libertés dont il se réclame. Dans cet univers, Dieu n'apparaît pas comme un absolu ; un Dieu jaloux, guerrier, vengeur et irascible, obsédé de pureté, obligé par rien mais liant le moindre brin d'herbe à sa volonté arbitraire. Il y apparaît mais comme un infini, non pas le Dieu de l'Imperium et des faisceaux romains ressurgis dans des régimes récents, mais celui de la Malkhout (la Royauté), interdisant toute captation de son être, de son nom et de sa Loi, un Dieu qui accepte son auto-limitation par l'institution sans précédent du chabbat, et se liant à l'Humain par une Alliance qui les engage tous deux dans une Histoire toujours marquée, en dépit de ses phases nocturnes, par le choix de la vie. C'est pourquoi il y eut non pas une mais deux révélations sinaïtiques, la première concernant le Dieu législateur, qui exclut l'arbitraire et le despotisme, l'autre faisant apparaître ses attributs de pardon et de compassion afin que l'Humain puisse se relever de ses propres déchéances et poursuivre cette histoire commune culminant dans l'édification du troisième Temple, celui dont le prophète Ezéchiel a tracé le plan et qui s'inscrit, non pas dans l'espace-temps contristé des exclusions et des guerres, mais dans celui d'une éternité dont chaque instant fut un moment de liberté plénière pour l'esprit et de grâce pour les âmes enfin réconciliées.

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