Hermann

  • Consacrés aux figures les plus éloquentes du premier Parnasse français, les quatorze essais regroupés dans ce livre témoignent de cette fonction originale de la littérature dans un contexte particulier : la prose devient affaire d'Etat et lien social, elle irrigue le tissu conjonctif de la nation française.

  • Christian Dotremont, poète belge d'expression française, est une figure incontournable de l'avant-garde européenne. Du surréalisme aux expérimentations de Cobra et à la découverte des logogrammes se dessine un itinéraire poétique original qui est une échappée sans cesse reconduite hors des chemins balisés. Son oeuvre est essentiellement trajet, donnant à voir les tâtonnements d'une écriture qui tente de restaurer la relation du langage à son dehors. Une démarche qui voit l'émergence d'une question sur le signe dans sa figure sensible, tant sonore que graphique. Or, de cette dualité fondamentale de l'écriture, la critique a surtout retenu et exploré l'aspect plastique au détriment de la dimension verbale. Cet ouvrage se propose d'explorer la poétique de Christian Dotremont sous l'angle de la parole et ainsi de redonner voix aux logogrammes.

  • Nietzsche, le philosophe briseur d'idoles, reste à découvrir, car il se trouve comme enseveli sous des altérations, des mensonges et des falsifications. En fondant à Weimar, en 1897, le Nietzsche Archiv, sa soeur Elisabeth Förster, veuve de l'auteur de la Pétition antisémite de 1880, a entrepris une démarche publicitaire et politique qui devait être marquée par un point culminant : une visite officielle de Hitler, peu après sa prise du pouvoir en 1933. Elisabeth fabrique, sous le titre La Volonté de puissance, une édition tronquée des inédits de son frère. Truquage redoutable envers un Nietzsche qui rejetait avec véhémence « la folie du Reich », la « canaillerie antisémite », le « balourd bavardage aryen » lui qui, très expressément, se déclarait « l'Anti-antisémite ». Dans l'après-guerre, en 1961, le Nietzsche de Heidegger a semblé amorcer une fausse « réhabilitation » nietzschéenne. C'était oublier que ce livre n'est que la suite des Leçons prononcées durant dix années de Reich hitlérien, de 1936 à 1945, par l'auteur de la Profession de foi en Adolf Hitler de novembre 1933. Ces leçons déploient une longue stratégie du discours, par laquelle ce membre du Parti nazi défend avec âpreté ses positions face à un autre clan plus acharné qui, depuis 1934, l'accuse violemment de représenter le « nihilisme métaphysique ». Formule de dénonciation que Heidegger, curieusement, tout en la questionnant comme « aberrante », va reprendre à ses adversaires pour en faire le tournant de sa « seconde philosophie ». Mais en la retournant à contre-sens, et de façon provocatrice, précisément contre Nietzsche. Pour l'introduire de force dans cette « polémique aveugle ». Détournement plus subtil, certes, que celui d'Élisabeth. Mais qui renazifie indûment Nietzsche, sur une autre échelle du discours. Et qui va diffuser un brouillage durable de la pensée nietzschéenne, dans tout l'après-guerre. Il faut donc retrouver le véritable Nietzsche et son attention virulente aux renversements des perspectives. Celui qui, tel Cézanne, recherche la perspective par la couleur par ses pensées multicolores. Le Nietzsche ironique, témoin passionné du voyage vers l'Europe Une, vers le bon Européen qui sait penser extra-européen. Nietzsche déclare la guerre à la paix armée de l'Europe, à la guerre des nations et des empires. À la guerre du criminel écarlate du jeune Hitler et de ses noirs valets. Au Nietzsche contre Wagner s'ajoute ainsi en finale un Nietzsche contre Hitler. Ce Nietzsche-là s'attribuait la prémonition des deux prochains siècles. Il nous reste un siècle encore pour le penser, après l'avoir trouvé. À l'horizon qui, d'Héraclite à Nietzsche, va laisser voir, renarrer et déchiffrer ce que nous faisons en dormant. Dans le cauchemar de l'Histoire. Mais déchiffrement qui compte les enjeux. En cela que Nietzsche nomme déjà le Grand Danger. La gravité des enjeux est ici à la mesure de l'ironie qui les capte. C'est la tâche que s'est donnée Jean Pierre Faye, l'auteur de Langages totalitaires. Elle suit le fil conducteur que trace la rigueur de la philosophie à l'horizon de l'Histoire.

  • Cet essai s'interroge sur le sens et la portée de la redécouverte par J.-M. Koltès du modèle antique de la sophistique pour en tester l'efficacité tragique. Croisant anthropologie, philosophie, psychanalyse et sociologie, l'auteur analyse la portée et la signification de ce retour opéré par le dramaturge dans son oeuvre Dans la solitude des champs de coton.

  • Cet essai a pour objectif d'expliquer le mouvement lettriste, fondé par Isidore Isou (1925-2007) et s'annonçant comme la dernière avant-garde légitime et prometteuse après l'écroulement du surréalisme. Le mouvement a anticipé ou influencé divers mouvements culturels et artistiques comme le situationnisme, le happening, l'art conceptuel...

  • Qu'en est-il des oeuvres innombrables qui ont existé et n'existent plus ? Ces oeuvres perdues gardent parfois une pâle présence. Explorer la perte, c'est prendre en considération ce qui subsiste à peine et pourtant a pleinement existé, les débris, les fragments, les ruines, les conceptions englouties, les productions abandonnées, les restes presque oubliés. Pour nous, perdre est un phénomène nourri d'exemples et de cas. C'est à travers des histoires de perte, aussi bien anecdotes historiques que vignettes légendaires, que nous essayons d'avoir prise sur ce qui manque. Et ces historiettes innombrables, toujours dramatiques, souvent répétitives, sont aussi le matériau imaginatif qui permet d'explorer la face sombre de la mémoire. Les épisodes et les exemples se concentrent sur le moment dramatique de la perte qui a failli avoir lieu, ou qui a malgré tout eu lieu. Ou bien, au contraire, sur les redécouvertes et les retours d'intérêt qui abolissent triomphalement l'oubli précédent. Ces anecdotes mêlent les violences réelles, les destructions mythiques, les altérations multiples du faux et les dégâts profonds dus à l'indifférence. Par elles, l'imagination de la mémoire s'empare du destin obscur qui est à l'horizon des oeuvres.

  • Prophète et lexicographe, homme de la synthèse géniale et du tâtonnement prudent, diderot, dont les salons fascineront ledoux, balzac, baudelaire et tant d'autres, magnifie dans cet ouvrage le deuil somptueux de toute transparence, de toute transcendance.
    Ce texte s'impose par ses dimensions et par la maîtrise du genre dont il témoigne. diderot domine son sujet, il perçoit plus nettement les chemins qui mènent des beaux-arts aux problèmes politiques et à l'interprétation de la nature ; c'est le creuset où se préparent les grandes synthèses des années suivantes.

  • "Ce livre a été conçu comme une suite de conférences pour la BBC. Les versions initiales s'étant avérées trop longues, j'ai dû condenser le texte pour le plier aux exigences du format radiophonique.
    Je rattache l'examen des problèmes philosophiques traditionnels à la recherche actuelle en neurophysiologie, en intelligence artificielle et en science cognitive. J'ai bon espoir que les sciences du cerveau accroîtront la compréhension que nous avons de nous-mêmes. Je suis pessimiste sur l'avenir de l'intelligence artificielle. Mais dans l'un et l'autre cas, je pense qu'il est essentiel pour la philosophie de connaître les résultats positifs et négatifs des sciences particulières.
    Finalement, j'aborde dans ce livre la discussion d'une question plus vaste que celles que la plupart des philosophes spécialisés sont enclins à aborder aujourd'hui : quelles sont exactement les relations qui existent entre nous en tant qu'êtres humains conscients et le reste de l'univers physique ? De quelle façon, s'il se peut, pouvons-nous réconcilier la conception traditionnelle de nous-mêmes donnée par le sens commun avec notre conception scientifique de l'univers ?" (John Searle).


  • l'imagination créatrice n'est pour saint-john perse ni une " puissance trompeuse " ni une fuite dans un ailleurs imaginaire : elle permet d'explorer les profondeurs psychologiques de l'individu et l'infinie variété des hommes " en leurs voies et façons ".
    l'imagination est une faculté libératrice, elle relie l'individu aux puissances de la nature et à la communauté des hommes. aussi le motif d'attribution du prix nobel de littérature à saint-john perse en 1960 pourrait se résumer par ces mots : " cette imagination au déploiement magistral est sa force. " les poèmes, par des analogies ouvertes, des images saisissantes et un rythme puissant, accroissent le désir de vivre, l'exigence intellectuelle, l'émerveillement face au réel et l'amour du monde.
    confrontée à l'évolution scientifique du xxe siècle et au " très grand désordre " de l'histoire, la poésie se dote d'uni peu de magie pour s'éclairer elle-même à la frontière de l'insaisissable ". c'est sur la dimension créatrice et poétique de l'imagination que colette camelin concentre son attention dans ce livre. " l'inertie seule est menaçante. poète est celui-là qui rompt pour nous l'accoutumance.
    " saint-john perse (1887-1975).

  • Avec la récente édition de la Correspondance d'Héloïse et Abélard *, le public dispose d'un manuel de dissection de l'amour. Il devrait rendre service autant à ceux qui sont avancés qu'aux débutantes. Car il vient au secours de tous ceux qui voudraient aller plus outre, vers l'insolite. Il suit une par une ou presque les mille tranches découpées dans le texte. Cette technique permet, par des renvois fréquents, le réassemblage des divers éléments, comme si le livre, numérisé dans la main, se prêtait à la déconstruction de l'affaire. Des commentaires surgissent qui s'entrecroisent de partout. Des notes replacent la discussion de détail dans le bas des pages. L'affaire Abélard qui est le drame d'Héloïse est ainsi démontée. Le public ne tarde pas à se rendre compte qu'en effet il pourrait s'agir d'une monstrueuse structuration. Elle aurait kamikaze portant l'obus de la grossesse cherché à exterminer dans l'oeuf la nouvelle philosophie et, du même coup, à couvrir des pratiques sexuelles dérivées poussant dans des chapelles réservées. Aurait-elle réussi ? La réponse est au bout de la lecture et de la réflexion. Les détails, extraits des manuscrits, troublent et font scandale. L'auteur parle franchement des rapports de la chair et de l'esprit. Il a des mots durs pour la justice et les violeurs, drôle d'équipe. Avec des mots de tous les jours et d'autrefois, de façon que lecteurs et lectrices ne perdent pas leur temps à jouer à la lecture. Il n'hésite pas à vouer un culte de dulie à qui sont, à ses yeux, sainte Héloïse et saint Pierre Abélard. Ils ont été chastes et ils ont mauvaise réputation. Voilà qui ne saurait suffire à les excommunier. Elle, pornteen et lui baiseur de première, voilà ce qu'on en a fait. Comme on lira, rien de plus alléchant et moderne ! Quoi de plus provocateur alors que de rempoigner un démontage en règle de ce schéma simpliste ? Pour tenter d'élucider certains points de caractère et de circonstances, l'auteur n'hésite pas à puiser largement dans une autre Correspondance, celle retrouvée de deux amoureux, eux-mêmes en proie à l'adoration et aux appréhensions de l'amour. * Abélard Héloïse Correspondance. Lettres I VI. Edition bilingue numérotée. Traduction française et Texte latin (François d'Amboise 1615) en regard.

  • Pourquoi Yves Bonnefoy, écrivain athée, recourt-il si souvent à des mots marqués par le christianisme ou des mythes plus anciens ? Ce livre n'est pas à la recherche d'une religiosité qui serait demeurée impensée dans son oeuvre mais montre qu'il s'efforce de retenir du religieux le mouvement de la transcendance, qui permet à la parole poétique d'aller de nos représentations linguistiques à ce qui se tient en deçà de toute langue, l'ici et maintenant depuis lequel nous parlons à autrui. Ce livre étudie le dialogue du poète avec l'histoire des religions, son souci de demeurer dans la parole et son refus de la mystique, son élaboration patiente d'une catégorie du divin qui permette de tisser entre ceux qui se parlent l'horizon d'une terre seconde, plus transparente. Le guide choisi pour avancer vers cet horizon est Kierkegaard et sa notion de « reprise », dont Yves Bonnefoy se sépare ensuite, comme la poésie se détache du religieux.

  • La réception de Rimbaud est traditionnellement envisagée sous l'angle du mythe, qui la ramène à une erreur d'interprétation collective. Le présent ouvrage entend réinterpréter un ensemble de grands textes consacrés à celui que Mallarmé appelait le « passant considérable » à l'aune d'une notion plus vaste, positive, propre à rendre compte de la naissance, de l'affermissement et de l'enrichissement extraordinaire de cette réception : le rimbaldisme. Celui-ci y est envisagé, dans une triple perspective théorique, historique et poétique, comme une langue critique de la modernité, fruit d'un dialogue intime entre l'oeuvre et ses lecteurs, et dont les avatars sont ici étudiés des grandes heures du symbolisme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

  • L'auteur, du 2 décembre 2000 au 2 août 2003, a consigné ses réflexions sur des événements historiques (Napoléon, Sophie Scholl (1921-1943)...), des faits d'actualité (l'ex-Yougoslavie, l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne) et des moments plus personnels comme ses impressions à la lecture de la poésie d'Eva Diamant. Avec un long poème en prose Les transformants féminins.

  • En partant de la définition que Michel Foucault donne de la clinique, cet essai propose de relire un certain nombre d'oeuvres fantastiques de la fin du XIXe siècle (Maupassant, Lorrain, Lermina, Villiers, mais aussi Zola), en s'interrogeant sur ce qui permet de les cataloguer comme « fantastiques ». La naissance de la clinique est en effet traditionnellement rattachée à l'esthétique réaliste, à laquelle elle fournit une méthode, un objet (la pathologie), et un système d'explication. L'hypothèse avancée est alors que le fantastique fin-de-siècle relève d'une optique particulière (le « fantastique réel ») puisant dans la clinique un certain nombre de ses règles poétiques : le principe de Broussais (la continuité du normal et du pathologique), le principe de Baillarger (le primat de l'involontaire), et le rôle de l'analyse (devenue principe morbide de déliaison).

  • Maurice Blanchot, Jean Starobinski, Yves Bonnefoy, Hubert Damisch, Michel Deguy, Gérard Genette, Daniel Oster et Louis Marin, Jean-Louis Leutrat, Georges Didi-Huberman sont les « sujets » de ce livre. Le principe qui aura présidé à leur réunion est à rechercher dans l'interrogation à laquelle ils ont été soumis : quelle pensée sur l'art, la peinture, les images chacun nous laisse-t-il ? La tâche que je me suis assigné à chaque fois aura été d'abord de reconstruire, sous l'angle toujours de cette même question, la problématique de chacun. Des « figures de la pensée », ces auteurs en sont bien, dès lors que chacun aura manifesté le souci, par la publication, de dire quelque chose qui fasse avancer la réflexion que chacun de nous tente de construire à travers son dialogue avec les autres. Mais, par cela même que la pensée se dit, ne se trouve-t-elle pas vouée à réfléchir sa propre opération ? Si tant est qu'elle le puisse, ce ne peut être jamais qu'à la faveur de longs détours, non pas face à face, mais par figures. Les « figures de la pensée » sont donc aussi, et d'abord, celles que dessine la pensée, entre méditation et médiation, lorsqu'elle se trouve face à l'art, à la peinture, aux images.

  • A l'aide d'exemples tirés de la correspondance de Hölderlin, d'extraits de la composition de son roman Hypérion ou L'ermite de Grèce, cet essai montre de quelle façon la question du style demeure essentielle chez l'écrivain, et étudie son rapport à la pensée de philosophes tels que Platon, Spinoza, Fichte, Kant, etc.

  • Alors que la première édition de ce livre était en fabrication, François Cheng a publié des ouvrages importants.
    Depuis, il a continué à approfondir sa méditation tandis qu'en poursuivant sa propre réflexion, Madeleine Bertaud a compris qu'à plus d'un titre elle s'était trompée dans ses analyses. Des corrections et de nombreux compléments devaient donc être apportés. Comme en 2009, elle invite à consacrer une " lecture d'accueil " à l'oeuvre de l'académicien, très soudée autour d'une question majeure : l'homme, sa place dans l'univers, sa condition.
    Elle espère aussi faire tomber des idées reçues qui n'ont que trop duré : écrivain français, et non pas " francophone ", François Cheng a bien été et reste, entre la Chine et son pays d'accueil, un " passeur " exceptionnel. Mais le véritable artiste, l'authentique poète dont la vocation remonte à l'adolescence, est un créateur, ce qui signifie tout autre chose.

  • Goûta son " ton de fabuliste "), Georges Perec ou Claude Lévi-Strauss, ses romans et ses réfexions sur la littérature ont marqué les générations d'après-guerre. Roland Barthes put ainsi écrire que " dans l'art de Calvino et dans ce qui transparaît de l'homme en ce qu'il écrit, il y a - employons le mot ancien - une sensibilité.
    On pourrait dire aussi une humanité, je dirais presque une bonté, si le mot n'était pas trop lourd à porter : c'est-à-dire qu'il y a, à tout instant, dans les notations, une ironie qui n'est jamais blessante, jamais agressive, une distance, un sourire, une sympathie." Aussi importante soit-elle, l'oeuvre de Calvino n'a été jusqu'ici que peu étudiée en France. Le présent livre pallie cette lacune et propose un parcours éclairant, autour de la notion de paradoxe, toujours centrale, permettant de comprendre pourquoi, selon Calvino, " les fables sont vraies ".

  • S'il est une clé qui donne accès au coeur même des idées politiques de Diderot, si mal connues encore, c'est bien l'ensemble des seize petits textes écrits par le philosophe en 1772 et aussitôt diffusés sous le titre de «Fragments politiques échappés du portefeuille d'un philosophe».
    Les thèmes de ces « fragments » sont très divers, et même disparates : le fondement de la morale, le caractère de l'homme sauvage, l'homosexualité (le « goût antiphysique ») des indigènes de l'Amérique, mais aussi et surtout la critique féroce du « despote juste et éclairé », la mise en cause du modèle chinois prôné par les physiocrates.
    La plupart de ces fragments constituent des jalons essentiels dans la réflexion philosophique et politique de Diderot. Le fragment « Sur la Russie » prend à cet égard une importance toute particulière : reprenant des idées de Hume, de Golitsyn et de Sanches, ce texte devient le noyau même des idées politiques du philosophe sur la Russie - qui ont été jusqu'à présent, et bien à tort, très largement sous-estimées -, et plus généralement sur la façon dont un peuple barbare peut être transformé en peuple civilisé.
    Destinés à la seconde édition de l' « Histoire des deux Indes » de l'abbé Raynal (1774), ces « fragments » nous ont été également conservés dans un manuscrit original, sous une forme qui permet de documenter de façon précise la pratique de l'« écriture fragmentaire » à laquelle Diderot s'est souvent adonné dans sa collaboration à l'ouvrage de Raynal.

  • Qu'Yves Bonnefoy ait e te lecteur d'Alfred Jarry et du plus e rotique de nos grands poe tes, Gilbert Le ly, est un fait peu connu et cependant capital a plusieurs titres. A celui de la compre hension ve ritable de sa conception de la poe sie, tout d'abord, qui traverse en les inte grant toutes les forces du de sir ; ensuite, au titre de la reconnaissance du ro le central que joue dans le processus cre ateur ce qu'avec la psychanalyse on a pris l'habitude de nommer sce ne primitive : c'est-a -dire l'un des fantasmes dits originaires dont les cre ateurs seraient pre cise ment ceux qui s'en saisiraient pour le re e laborer en faisant oeuvre. L'essai passe ainsi d'une lecture de Jarry a une autre de Lely toutes deux centre es sur le ro le moteur de l'affrontement a leur propre sce ne primitive. Or, cette hypothe se, dont Patrick Ne e cre dite l'interpre tation d'Yves Bonnefoy en l'entrelac ant a sa vision personnelle de ces deux auteurs, vient de trouver une e clatante confirmation dans une sorte de trilogie re cemment publie e, Deux sce nes et notes conjointes, ou Yves Bonnefoy aborde directement sa sce ne primitive.

  • Mettre en suspens les « qualités » que nous attribuons aux oeuvres : c'est à cette seule condition qu'il sera possible de dégager ce qu'elles font ou nous font comme ce que nous en faisons à la fois, leur effectivité, leurs effets, leurs usages. Que l'oeuvre opère, c'est donc ce sur quoi insiste ce livre, si l'on veut bien entendre par là qu'elle travaille avec tout ce que recouvrent les données complémentaires du « matériau » et du « contexte », deux termes évidemment discutables. L'oeuvre, forme en travail, est un opérateur de transformation. Poser que l'oeuvre opère, c'est faire porter la question sur le partage entre l'oeuvre et ce qui conditionne sa production et sa réception ; c'est mettre l'accent sur les opérations formelles et sémantiques qui sont au travail dans nos pratiques symboliques, ces manières de faire, aussi bien que dans les oeuvres ; c'est se demander, enfin, ce que ces espaces opératoires partagés font à ces « sciences » des oeuvres que sont la poétique et l'esthétique. Les opérations de l'oeuvre sans qualités n'ont l'air de rien du tout. C'est justement par là qu'elles peuvent nous en apprendre beaucoup sur les oeuvres et sur nous-mêmes.

  • « [...] que la douleur donne à toute créature / Une voix pour gémir », s'exclame Lamartine dans les Méditations poétiques. Une voix pour gémir : c'est à cette voix plaintive, celle de l'élégie, soupir sensible, que le présent essai voudrait prêter l'oreille, pour en décrire et interroger les vibrations, pour en comprendre les enjeux tant anthropologiques qu'historiques, idéologiques et esthétiques ; pour, d'une certaine façon, contre les idées reçues qui n'entendent là que babils geignards, pleurnicheries amoureuses, pâmoisons métaphysiques, complaisances doloristes, lui donner raison. C'en est fini de l'élégie poudrée d'avant 1789. Sentinelles de la douleur, premier volet d'un triptyque, décrit les mutations du genre élégiaque et envisage l'élégie comme une énergie dont la voix s'élève, enfle et se diffuse à toute la poésie en des temps où s'opère un vaste travail de deuil, d'une ampleur inégalée peut-être depuis les grandes tristesses des guerres de religion : la Restauration. Elle est la voix de l'époque. Portrait de l'élégiaque en vigie sonore, écho d'une douleur historique, sociale ou familiale.

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