Littérature traduite

  • Das kind

    Christine Lavant

    Das Kind relève d'un merveilleux rare et étrange. C'est le récit du séjour d'une jeune fille dans un hôpital ophtalmologique. On y soigne ses yeux, qu'elle a presque aveugles, à cause des scrofules dont son corps souffre et qui feront qu'elle ne pourra jamais montrer qu'une peau malade, stigmatisée. Elle a alors 12 ans. 12 ans : c'est l'âge que décrit ce livre. Et ce livre est écrit dans le langage qu'on a quand on n'a que 12 ans. C'est sans doute la prouesse littéraire de Das Kind (L'Enfant), qu'écrit dans cette langue d'enfant, pour dire des visions et des terreurs d'enfant, des supplications et des espérances d'enfant, il n'emprunte rien à la puérilité de l'enfance, sans pourtant non plus jamais recourir à la lucidité rétrospective de l'adulte. Ni niaiserie ni apitoiement. L'enfant en appelle certes ici à toutes les figures possibles de l'autorité et du salut, mais aucune n'est réelle cependant. Pas davantage le médecin chef que l' " ange fort ", que Dieu même, à la fin. Toutes ces figures merveilleuses n'existent pas comme telles, sans doute, mais par contraste avec le monstrueux sous les traits duquel l'enfant se représente.

  • OEuvre phare de la littérature brésilienne publiée pour la première fois au Brésil en 1967, jamais traduite en français jusqu'à ce jour, PanAmérica est une somme psychédélique qui doit autant au pop art qu'à la beat generation. Une épopée ironique entraînant le lecteur dans un merveilleux comique et cruel. Écrit pendant la dictature et en réaction à l'idéologie nord-américaine dominante, ce récit d'un rythme trépidant met en question les rouages de la société à travers des allégories irrévérencieuses. Un labyrinthe narratif peuplé de figures mythologiques dessinant un monde absurde et chaotique.
    «José Agrippino de Paula a vécu ce qui a constitué la vie de la fin du siècle passé avec une telle froideur et une telle passion qu'il n'est peut-être pas au monde une oeuvre contemporaine de son PanAmérica qui puisse s'y mesurer.
    Le livre est (était déjà en 1967) une façon d'Iliade chantée par Max Cavalera (le chanteur de Sepultura).» Caetano Veloso

  • " La contribution de Rosmarie Waldrop à la poésie américaine post-1945 est impressionnante.
    Auteur, entre autres, de dix livres de poésie et de nombreuses publications en revues, elle est aussi traductrice (notamment de l'oeuvre d'Edmond Jabès) et, en collaboration avec son mari (Keith Waldrop), dirige depuis plus de trente ans la plus aventureuse des éditions indépendantes américaines, Burning Deck. Son oeuvre est internationalement reconnue, particulièrement en France et en Allemagne. Ce qui rend sa réussite plus remarquable encore est le fait que l'anglais n'est as sa langue d'origine et que les Etats-Unis sont son pays d'adoption.
    "

  • Survivant de la Première Guerre mondiale, le protagoniste de La Vache au nez subtil est un être désenchanté, brisé par les tranchées, habité par la mort.
    Il voit le monde avec cynisme et humour, un monde au sein duquel il est à la fois héros et antihéros monstrueux : alcoolique, schizophrène, antipatriotique, obsédé par le sexe... il dresse un portrait à charge de la société et des méfaits de la guerre. Sa rencontre avec Walkyrie, l'étrange fille de 15 ans d'un gardien de cimetière, va lui faire connaître la pureté de l'amour et la mise au ban de l'humanité.
    Ce roman a été publié pour la première fois au Brésil en 1961 ; il est emblématique du mouvement surréaliste littéraire brésilien. C'est une oeuvre fondatrice à l'univers sombre dont le style rappelle celui du Céline de Voyage au bout de la nuit. Jouant de la langue parlée et de la difficulté de la condition humaine, Campos de Carvalho observe les existences qui l'entourent avec une tragique distance et un lyrisme haletant.
    On est emporté par la sincérité des émotions, le refus des compromis d'une écriture brute, organique. Le roman porte le titre d'un tableau de Dubuffet :
    De la vache à celui qui regarde le tableau, n'est pas le plus animal celui qu'on croit...

  • De l'opium d'Istanbul à la fin des années 60 aux expériences communautaires des années 70 en Allemagne, Harry Gelb traverse - en bon alter ego de l'auteur - une séquence historique majeure.
    Cherchant sa voie, il tente de se faire une place dans une société gavée par le miracle économique et travaillée par une multitude de mouvements politiques et alternatifs. De portraits cocasses en tribulations grotesques, de scènes de genre en dialogues irrésistibles, Jörg Fauser n'épargne rien : ni la classe moyenne allemande, ni les apprentis révolutionnaires, ni l'establishment culturel, ni même les velléités de son héros qui souhaite devenir écrivain.
    A la fois sceptique et léger, désenchanté mais pas cynique, Jörg Fauser invente une écriture unique, tissée de désinvolture et de rage, portée par un humour grinçant.

  • " Dites-vous bien qu'il n'y a plus de héros mécaniques.
    De demi-dieu de la technologie. C'est le rebours Moyen Age. Maintenant, c'est l'artisanat de la douleur qui frappe. Des mains sales éventrent les trains et les métros des cités européennes. Vos bêtes fantômes meurent et renaissent dressées transfigurées sur les écrans. Légions de coléoptères. Organisation minuscule insectes carapaces. Pour eux, une seule déclinaison possible : habiter à l'intérieur de l'ennemi, " Donner une langue aux déracinés.
    Aux vaincus. A ceux que l'on a levés pour construire nos villes et nos machines. Ils sont les fils des colonies et de l'esclavage. Les oubliés de l'histoire, au coeur de l'Occident. L'heure des comptes a sonné.

  • paru en 1795, voilà réédité un très grand classique de jean paul richter (1763-1825), plus connu en france sous le nom de jean paul.
    tout roman des origines est aussi l'histoire d'une initiation, et c'est une semblable expérience que vit le jeune victor lorsqu'il découvre qui est son véritable père et à quel point la réalité peut être trompeuse. dans cette aventure " aux chemins qui bifurquent ", comme aurait pu l'écrire borges, notre héros va rencontrer l'amour en la personne de clotilde et le savoir sous l'égide d'un philosophe à la sagesse orientale.
    mais hespérus est surtout un roman d'une liberté inouïe. il marie l'encyclopédisme à la philosophie, le picaresque au voyage sentimental, la fantaisie à la gravité et, ce faisant, atteint une modernité qui ferait pâlir les prétendues audaces littéraires de certains de nos contemporains... l'oeuvre de richter a été louée par schiller, schumann, nerval en leur temps et, plus près de nous, par thomas bernhard.
    l'un de ses sommets revoit ici le jour, après soixante-quinze ans d'oubli, dans la superbe traduction d'albert béguin. elle est préfacée avec autant de ferveur que d'érudition par linda lê.

  • Partant de la conception de Descartes de l'homme comme un corps-machine avec une âme, Alexander Bard et Jan Söderqvist développent une philosophie ultra-matérialiste de l'ère informationnelle en se fondant sur les neurosciences et tentent de démontrer la nécessité ontologique du réseau dans le développement humain. Darwin aurait ainsi prophétisé l'avènement du Net comme moyen de survie de l'homme s'il avait connu les développements actuels des sciences comme nos deux auteurs.

  • Vif-Argent, orpheline privée de repères, est recueillie par Pew, le gardien aveugle du phare de Cap Wrath, tout au nord de l'Ecosse.
    Les histoires que lui raconte le vieil homme deviennent pour elle des cartes à déchiffrer - cartes de l'amour et du désir, de la perte et de la reconnaissance. Jeanette Winterson nous livre une fable envoûtante sur la violence des passions humaines et la quête infinie du bonheur : dans ce monde maritime austère et tourmenté, les phares comme les fables sont des " chaînes de lumière ", qui libèrent des obstacles du réel et des entraves du passé.

  • Eloge de l'amour et de la femme aimée, Lady One (anagramme de Yolande), la poésie de Breyten Breytenbach lie lé désir amoureux et la dureté des hommes à une nature envisagée de manière visionnaire. Héritier des surréalistes, peintre autant que poète, Breytenbach mêle ses expériences personnelles en Afrique du Sud et son engagement politique, non dénué d'amertume et d'ironie. Ses images, sensuelles ou terrifiantes, sont celles d'un univers marqué par la violence, la douleur de l'emprisonnement et l'exaltation de la beauté du monde.


  • Les nouvelles technologies de l'information et de la
    communication changent notre vie. Une mutation
    historique est en cours. L'État-nation, la démocratie,
    l'égalitarisme, l'humanisme et le bien commun, toutes
    ces belles idées vivent leurs dernières heures.
    Le pouvoir se déplace des moyens de production, des
    chaires universitaires ou des cabinets parlementaires
    vers la capacité de création, de tri et de traitement
    de l'information. Une nouvelle classe dominante
    émerge. Ce sont les «netocrates», la nouvelle élite
    de l'après-capitalisme. Ils mènent déjà le monde, et
    vous ne le savez pas encore.
    Par-delà le bien et le mal, dans une complète indifférence
    aux positions idéologiques périmées et aux
    clivages intellectuels fossilisés, Les Netocrates, best-seller
    mondial déjà traduit en douze langues, enfin
    disponible pour le public francophone, nous force
    à regarder en face l'évolution la plus intense et la
    plus rapide que l'humanité ait connue depuis ses
    origines.
    Vous avez le choix : enfouir la tête dans le sable ou
    lire Alexander Bard et Jan Söderqvist.


  • Le duel

    Peter Weiss

    Peter Weiss, l'un des plus grands écrivains allemands de l'après-guerre, n'ignore rien du sentiment d'exil engendré par l'opacité sanglante du monde et la prolifération des mécanismes répressifs. Dans ce récit, encore inédit en France, il témoigne d'un univers qui ne redoute ni l'outrance ni la digression ; un univers empli d'une violence qu'il s'agit, sans cesse, de contrer.

  • Volare

    Chiara Zocchi

    Ne convient pas aux personnes allergiques aux phrases de ce type : Je descends l'escalier.
    C'est même l'escalier qui monte sous moi. Il dort. Il est bouche ouverte, dans le fauteuil. Ses lunettes ne sont pas aperçues que ses yeux sont fermés, et elles grandissent inutilement les lettres du livre qu'elles ont devant elles. Je sors doucement. S'il ne me manquait que dans la tête, bien sûr que je pourrais emplir le vide par le raisonnement, mais comment faire raisonner un doigt ? Mais comment faire raisonner un genou ?

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