Sciences humaines & sociales

  • Toute sa vie, Williams Burroughs n'a cessé d'intervenir, avec une méchanceté et une acuité remarquables, dans les grands débats de son époque. Au fil du temps, ses interventions ont fini par constituer une « mythologie », dont deux familles d'individus occupent les rôles principaux : les « Johnsons » et les « Shits ». Les Johnsons n'attendent qu'une chose, qu'on les laisse vaquer à leurs propres affaires. Les Shits, eux, obsédés par le droit et la raison, prétendent s'ériger en centre autour duquel toute existence doit graviter. À l'heure où les Shits se multiplient, dans la politique comme sur les réseaux sociaux, la mythologie de Burroughs et les plans qu'il a formés pour se débarrasser des emmerdeurs sont plus que jamais d'actualité. La révolution sera Johnson ou ne sera pas.

  • Dans Les Contes de la folie ordinaire, Charles Bukowski dit que les prostituées sont titulaires d'un secret que les hommes ont oublié : la vérité. Jean-Luc Godard relie son obsession du cinéma - art des signes vrais - et de la prostituée en une métaphysique qui lui est propre, que l'on retrouve particulièrement dans son film Une femme coquette.
    Il y joue le rôle du miché de la prostituée, incarnation de la vérité face à la coquette qui, de l'autre côté de la rue, joue à la putain. Lulu, l'opéra d'Alban Berg, adapté de La Boîte de Pandore de Frank Wedekind, tend aux bourgeois et aristocrates autrichiens le miroir de leurs propres fantasmes obscènes, ceux qu'ils gardent à l'abri de leur intériorité, avant de détruire l'objet de leur désir, la belle Lulu. La prostituée, en rendant publique l'hypocrisie de la société bourgeoise sur le point du sexe, lui ôte tout pouvoir. C'est pourquoi on s'attache à la condamner quand, portant des attributs extérieurs de séduction, elle racole dans la rue. DansUlysse, James Joyce montre comment Leopold Blum, en traversant une expérience initiatique, devient un véritable héros : il doit aller chercher Stéphane Dedalus dans le bordel de Bella Cohen. Pour lutter contre les hallucinations - ses désirs secrets - qui l'assaillent, il doit se raccrocher à la vérité de son amour pour sa femme Molly.
    Chester Brown, dans son roman graphique Vingttrois prostituées, révèle que passer un moment avec une putain, c'est passer un moment avec soi-même, comme on passerait un moment face à un miroir.
    On y est nu, confronté à son reflet, obligé de prendre en charge son propre désir.
    À partir de ces exemples, loin d'être tous cités ici, Laurent de Sutter démontre que la rencontre avec une prostituée fait dérailler l'ordre par lequel un homme tente de ne pas s'effondrer à chaque coin de rue. Elle rend impossible la poursuite d'une existence qui prétend être gouvernée par la raison, comme s'il s'agissait d'un dossier à régler.
    Au contraire, la vérité est dans la perte de cette règle. De même qu'elle affole l'ordre social du travail et de l'argent, ou même l'ordre policier de la rue, la prostituée affole l'ordre individuel du sujet.

  • L'Internet modifie profondément les relations personnelles, sociales et politiques. Cette modification passe par un dérèglement des coutumes et aboutit parfois à des symptômes d'ordre psychopathologiques. Les effets peuvent en être bénéfiques et positifs, libérateurs et désinhibiteurs, comme ils peuvent, à l'inverse, être régressifs dans l'excès.
    La virulence de la contagion dans l'espace de l'Internet conduit à rechercher, face aux aspects nocifs de ces dérèglements, de nouvelles règles.
    Ce petit traité a pour objet d'en trouver quelques- unes, dans la lignée des règles pour l'esprit pensées par Montaigne à l'orée de la Renaissance, qu'il s'agit ici d'adapter à un glossaire des principaux domaine de ces nouvelles formes d'expression.
    Le titre de cet ouvrage est un hommage à Raoul Vaneigem qui publia en 1967, un an « avant », un Traité du savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, livre qui eut, sur ces dernières, une grande influence.

  • Spinoza et Vermeer sont nés la même année, en 1632, mais le rapprochement qu'établit entre eux Jean-Clet Martin n'a rien à voir avec l'anecdote biographique, et ils auraient pu naître à cinq siècles de distance ou sur deux planètes éloignées que leur secrète et intime parenté n'en serait pas moins réelle. Affaire de forme, de manière, de regard, d'obsession peut-être - pour la modulation de la lumière, pour l'infinie multiplicité des variations de l'unité profonde des choses. Au concept spinozien de Dieu, substance unique constituée d'une infinité d'attributs, répond ainsi, dans L'Astronome de Vermeer, le rayon illuminant de mille feux le globe terrestre.
    Jean-Clet Martin, dans cet essai philosophique libre, forme légère donnée à une interrogation profonde, interroge l'éternité telle qu'elle se présente quand elle rencontre le temps. Il contemple les concepts de Spinoza et médite la lumière de Vermeer pour approcher la réalité de ce qui dépasse toute réalité, et en donner, avec la modestie que nécessite toute entreprise hardie, l'abrégé, le bréviaire.

  • Les textes qui composent ce premier volume de la série Circonstances sont parmi les plus tranchants que l'actualité pouvait inspirer à un philosophe. Tout ce qui y est analysé, pensé et écrit est à cent lieux de tout ce qui, consensuellement, s'analyse, se pense et s'écrit au sujet des mêmes événements. Analyse de l'emploi incontesté du mot « terrorisme », au sujet du 11 septembre 2001 ; analyse de la pratique électorale et de la démocratie d'apparences au sujet de la dernière élection présidentielle française ; analyse du mot « guerre » au sujet de l'intervention contre la Serbie dans le conflit ouvert par la situation au Kosovo.

    Depuis Platon, on sait que la philosophie n'a rien affaire des péripéties politiques. Parce que, disent les philosophes depuis celui-ci, les péripéties politiques, même tragiques, ne constituent pas un événement au sens philosophique (parce qu'ils ne sont porteurs d'aucune vérité nouvelle). Il y a pourtant des vérités dans ces péripéties, il y en a du moins dans la façon dont celles-ci sont consensuellement analysées ; et c'est par là que la philosophie peut revenir vers la politique, par là que Badiou l'y fait revenir.

  • Que peut la philosophie sur la politique ? Rien, entend-on partout. Au contraire, dit Alain Badiou, la philosophie ne cesse pas de rencontrer la politique, rencontres qui sont autant de ces « circonstances » dont est formé le présent volume. Comme le précédent, celui-ci rappelle que, pour le philosophe, une circonstance n'est pas forcément ce qui fait la une des journaux. Qu'au contraire, c'est lui qui décide de l'importance de ce qui arrive. Autrement dit, qu'il s'agisse, comme c'est le cas ici, de la guerre en Irak, de la querelle du foulard, de l'art contemporain ou des rapports de l'Allemagne et de la France, philosopher consiste à éclairer la distance entre la pensée et le pouvoir (savoir si l'on peut la franchir), à marquer la valeur de l'exception (savoir si l'événement porte à la rupture) ; en dernière instance : à choisir.

  • « La situation intellectuelle, en France aujourd'hui, est très marquée par d'inlassables discussions autour du statut qu'on accorde au mot « juif » dans les partages de la pensée. Il s'agit sans doute des soupçons, à partir de quelques faits indubitables, et de quelques autres controuvés, concernant le « retour » de l'antisémitisme (avait-il jamais disparu ?). Mais il s'agit de bien plus que cela. Il s'agit de savoir si le mot « juif » constitue, oui ou non, un signifiant exceptionnel dans le champ général de la discussion intellectuelle publique, exceptionnel au point qu'il serait licite de lui faire jouer le rôle d'un signifiant destinal, voire sacré. L'argumentaire fondamental renvoie évidemment à l'extermination des juifs d'Europe par les nazis et leurs complices. Dans l'élément idéologique victimaire qui constitue l'artillerie de campagne du moralisme contemporain, cette extermination sans précédent vaut paradigme. Elle soutiendrait à elle seule la nécessité, morale, légale et politique, de tenir le mot « juif » hors de tout maniement ordinaire des prédicats d'identité, et de l'installer dans une sorte de transcendance. Une autre voie d'accès est historique. Elle prétend établir que le « problème juif » définit l'Europe depuis au moins l'époque des Lumières, en sorte qu'il y aurait continuité criminelle entre l'idée que l'Europe se fait d'elle-même et l'extermination nazie. Il y aurait en outre continuité entre cette extermination et l'hostilité européenne à l'État d'Israël, attestée par le soutien constant aux Palestiniens. Une conséquence de tout cela serait une légitime méfiance à l'égard de tout ce qui est arabe, car, du soutien aux Palestiniens à la mise en cause de l'État d'Israël, de cette mise en cause à l'antisémitisme, et de l'antisémitisme à l'extermination, les conséquences devraient être tenues pour bonnes. Je voudrais, dans Circonstances, 3, documenter, autant que faire se peut, une position tout à fait irréconciliable avec ces assertions. Le point clef est évidemment que je n'accepte nullement l'idéologie victimaire. Que les nazis et leurs complices aient exterminé des millions de gens qu'ils nommaient « juifs » ne constitue aucune légitimation nouvelle du prédicat identitaire concerné. Il est encore moins rationnel de prétendre trouver dans les chambres à gaz nazies de quoi conférer à l'État colonial d'Israël, installé au Moyen-Orient (et non en Bavière.), un statut dérogatoire à celui que depuis des décennies on confère à tous les États coloniaux. J'ajoute qu'il est insupportable d'être taxé, par qui que ce soit, d'antisémite, du seul fait qu'on ne conclut de l'extermination ni à une valorisation singulière du prédicat « juif », ni à une tolérance spéciale quant aux exactions israéliennes. Je propose que nul n'accepte plus, publiquement et intimement, ce genre de chantage politique. Une variante abstraite de ma position consiste à remarquer que, de l'apôtre Paul à Trotski, en passant par Spinoza, Marx ou Freud, l'universalisme créateur ne s'est étayé du communautarisme juif qu'en créant un nouveau point de rupture avec lui. Il est clair qu'aujourd'hui, l'équivalent de la rupture religieuse de Paul avec le judaïsme établi ou de la rupture rationaliste de Spinoza avec la synagogue est la rupture politique avec l'État d'Israël, non dans son existence empirique, ni plus ni moins impure que celle de tous les États, mais dans sa prétention identitaire fermée à être un « État juif » et à tirer de cette prétention d'incessants privilèges, singulièrement quant il s'agit de fouler aux pieds ce qui nous tient lieu de droit international. Une autre approche généralise le propos. On soutiendra que toute intrusion, dans la détermination politique, d'une position centrale des prédicats identitaires conduit au désastre. Ce devrait être la vraie leçon tirée du nazisme. Car ce sont après-tout les nazis qui ont, les premiers, avec un rare esprit de suite, tiré toutes les conséquences d'une mise en exception radicale du signifiant « juif » - au vrai, seule manière pour eux de donner quelque consistance, par le massacre industriel, au prédicat symétrique, « aryen », dont la particulière vacuité les obsédait. Une conséquence plus immédiatement d'actualité est qu'on ne saurait exalter le signifiant « palestinien », ou « arabe », plus qu'on ne consent à le faire du signifiant « juif ». Il en résulte aussitôt que l'issue légitime du conflit au Moyen-Orient ne saurait être l'exécrable institution de deux États barbelés. L'issue est la création d'une Palestine laïque et démocratique, soustraite à tout prédicat, et qui, à l'école du juif Paul déclarant qu'au regard de l'universel il n'y a plus « ni juif, ni grec », ou que « la circoncision n'est rien et l'incirconcision n'est rien non plus », attesterait qu'il est parfaitement possible d'établir dans ces terres un lieu où il n'y a plus « ni arabe, ni juif ». Il y faudra, sans doute, un Mandela régional. Les documents rassemblés sont de dates, de formes et de provenances très différentes. On doit les lire comme constituant une trajectoire qu'un point-limite unifie : l'universalisme comme devenir d'un sujet qui n'ignore pas, mais outrepasse, les particularismes ; qui n'accorde à personne, du point de cet outrepassement, le moindre privilège ; et qui n'intériorise aucune injonction à sacraliser des noms communautaires, religieux ou nationaux. »

  • LA REVUE LITTERAIRE T.10

    Collectif

    Retrouvez tous les sommaires de La Revue littéraire sur www.leoscheer.com/catalogue, et en format numérique.


  • Invite, en se fondant sur la relecture de«Fragments d'un discours amoureux»de Roland Barthes et de«La volonté de savoir»de Michel Foucault, à prendre du recul par rapport à la psychanalyse pour pouvoir repenser l'amour, l'amitié, le plaisir, etc.


  • Un essai sur l'intérêt philosophique de Michel de Montaigne pour les animaux. La professeure de littérature analyse ses écrits afin de sa réflexion sur le rôle de la sensibilité dans la compréhension du monde.

  • Un cinéphile découvre, sur le tard, l'opéra, sous la seule forme de DVD.
    Il savait que le cinéma s'est toujours défini par opposition au théâtre ; il découvre que, syntaxe musicale oblige, le cinéma est une gigantesque répétition des procédés de l'opéra. Pendant trois ans, il n'interroge plus son rapport à la seconde vie de l'opéra, le cinéma, qu'à travers le visionnage de plusieurs versions des mêmes opéras, chroniqués pour des magazines réels ou imaginaires.
    Le présent livre est un florilège de ces chroniques.

  • Ce livre est né d'un séminaire intitulé French Theory Today - An Introduction to Possible Futures, donné à la Public School de New York en 2010 et consacré à cinq philosophes français : Catherine Malabou, Bernard Stiegler, Mehdi Belhaj Kacem, Quentin Meillassoux et François Laruelle.
    La perspective dans laquelle se place son auteur est celle d'un outsider étranger au contexte français, aux querelles de clocher de l'élite philosophique parisienne ainsi qu'à l'antique genèse de ses factions politiques. Sous le nom de «nouveaux réalistes », il ne s'agit donc pas de repérer l'émergence d'une nouvelle école mais de faire apparaître, en respectant la singularité de chaque auteur, des chemins de pensée qui témoignent d'un intérêt renouvelé à l'égard de la vérité. L'auteur rassemble ici, entre ontologie, redéfinition de l'objet et critique du capitalisme, quelques-uns des thèmes les plus significatifs du discours d'aujourd'hui. Il démontre qu'à la crise de la théorie succède la recherche d'autres logiques pour d'autres mondes.
    La question désormais décisive de la philosophie pourrait se formuler ainsi : êtes-vous du côté du réel ou du côté de l'histoire ?

  • Ça y est, nous y sommes ! La Revue littéraire est à nouveau disponible ! Lancée en 2004 par Léo Scheer, elle avait vu sa parution mise entre parenthèses suite à une restructuration de la maison d'édition. Pour autant, elle n'avait jamais cessé de dire ses coups de coeur ou de griffes, dans un blog (le blog de la RL) hébergé sur le site internet des Éditions Léo Scheer. La revue revient donc aujourd'hui sous une forme inchangée de sa version papier, mais avec une nouvelle équipe de chroniqueurs très hétéroclite, composée de romanciers, de blogueurs, de critiques, d'enseignants, d'étudiants.
    Pour ce second acte de naissance avec le no 55, nous avons décidé de mettre à l'honneur la rentrée littéraire 2014. Comme un hommage à la littérature. La plupart des livres recensés dans les pages qui suivent sont déjà disponibles en librairie. Nous espérons que vous trouverez, à travers nos regards, de quoi vous orienter parmi la masse publiée, comme chaque année, à cette période.
    Bien évidemment, tous ne sont pas répertoriés dans ce numéro, mais nous avons tenu à vous offrir un panel le plus éclectique possible. Et si nous devions nous baser sur notre échantillon, il en ressort une qualité littéraire certaine : 2014 est un bon cru. Nous en profitons pour remercier les maisons d'édition qui nous ont fait confiance et soutenus en nous faisant parvenir leurs nouveautés de la rentrée avant ou pendant l'été.
    Dans ce nouveau numéro, outre des notes de lecture, vous trouverez un entretien de la rédaction avec Nicolas d'Estienne d'Orves ; un bel échange entre traducteurs : Pierre Malherbet et Sika Fakambi ; une critique du premier roman de la journaliste Nelly Kaprièlian sur Greta Garbo, accompagnée de la traduction inédite d'un article datant de 1929 et signé par la Divine elle-même ; et un article sur le phénomène Stephen King, à l'occasion de la sortie américaine de son dernier opus, Mr Mercedes (à paraître en France chez Albin Michel).
    Nous vous laissons découvrir tout cela, en vous souhaitant bonne lecture !

    Myriam Thibault et Lilian Auzas Les contributeurs : Sophie ADRIANSEN (auteur, bloggeuse et critique littéraire), Hafid AGGOUNE (romancier), Lilian AUZAS, (romancier), Francesca B. (journaliste), Mounir BELHIDAOUI (critique littéraire), Lucille BION (étudiante en lettres modernes appliquées), Antoine BÖHM (directeur de la revue Theoria et chercheur en philosophie, philologie et politique), Camille BORDERIE (étudiante en lettres), Clément BOSQUÉ (agrégé d'anglais, romancier, critique littéraire et directeur d'établissement social),Lize BRAAT (éditrice et traductrice), Alma BRAMI (romancière), Morgan CARIOU (aphoriste), Thibault COMTE (étudiant en lettres), Angie DAVID (éditrice et romancière), Fabrice DEL DINGO (romancier et critique littéraire), Pierre DUCROZET (romancier et critique littéraire), Jérôme ENEZ-VRIARD (romancier et critique littéraire), Armelle FAVRE (étudiante en lettres et en philosophie), Guillaume FÉDOU (chanteur et romancier), Eli FLORY (agrégée de lettres, enseignante et essayiste), Laure GAUTHIER (agrégée d'allemand, maître de conférences à l'université de Reims et auteur), Kevin JULIAT (bloggeur critique littéraire et romancier),Jean-François LATTARICO (agrégé d'italien, professeur à l'université Lyon 3, Arnaud LE GUERN (romancier, éditeur, biographe et critique littéraire), Marie-Magdeleine LESSANA (psychanalyste, auteur et essayiste), Thomas LOUIS (bloggeur critique littéraire et étudiant en lettres), Alexandre MACÉ-DUBOIS (journaliste et nouvelliste), Emmanuelle MAFFESOLI (romancière), Abeline MAJOREL (critique littéraire et directrice du réseau d'experts Chroniques), Pierre MALHERBET (traducteur de l'allemand), Danielle MAUREL (animatrice de débats littéraires et d'ateliers d'écriture), Claudio MORANDINI (italien, romancier et critique littéraire), Myriam THIBAULT (romancière), Alexandra VARRIN (romancière), Alexandre WÄLTI (suisse, étudiant en langues et journaliste).

    © Éditions Léo Scheer, 2014

  • Ce livre porte sur la vérité en histoire et le statut moderne du témoignage.
    La crise de la représentation provoquée par les événements génocidaires du XXe siècle n'a pas épargné l'histoire en tant que discipline scientifique. II est en effet possible, sans déroger aux règles de celle-ci, de nier méthodiquement l'existence des chambres à gaz ou la réalité de la destruction délibérée des Arméniens de l'Empire ottoman au début du siècle passé. Dès lors, la possibilité et les modalités de la restitution des faits, qui ont toujours été au coeur de la réflexion historiographique, ne sont pas les seules à être aujourd'hui sujettes à caution.
    Marc Nichanian en fait la démonstration, en s'appuyant sur les réflexions menées et suscitées par Lyotard, Agamben, Antelme, Derrida, Hayden White et par les penseurs arméniens de la Catastrophe au XXe siècle. L'est l'existence du fait historique en tant que tel qui est désormais remise en cause, depuis que les différentes machines génocidaires, puissamment relayées par ce que l'auteur appelle ici la " perversion historiographique ", ont fait de la destruction de la réalité leur ambition propre.
    Ceci conduit naturellement au débat sur la signification du droit face à l'histoire et à une interrogation insistante sur ce qui permet à l'historien (et non par exemple au juge ou au législateur) de se poser comme le " gardien des faits ".

  • L'exceptionnelle exigence intellectuelle et littéraire de l'oeuvre de Maurice Blanchot n'est plus à démontrer. Sa pensée politique, cependant, est peu connue : les textes et déclarations réunis ici pour la première fois ont en effet été écrits pour des revues, éphémères ou parfois confidentielles, et signés par plusieurs (pour témoigner d'un mouvement collectif) ou par personne (pour que tous puissent s'en sentir responsables).
    Si marqués que soient tous ces textes par le refus (titre du premier d'entre eux, paru en 1958), ils n'en constituent pas moins l'une des formes les plus hautes de l'affirmation : affirmation de la possibilité de penser en commun, de penser communautairement la possibilité d'une existence politique recommencée.
    « Refuser n'est jamais facile, écrit Blanchot, nous devons apprendre à refuser et à maintenir intact, par la rigueur de la pensée et la modestie de l'expression, ce pouvoir de refus que désormais chacune de nos affirmations devrait vérifier. »

  • Aux prétentions scientifiques d'une certaine sociologie qui, dans un souci de rationalisation toujours plus systématique de la société, voudrait voir coïncider ses modèles théoriques avec les comportements humains, ce livre oppose une tout autre conception: la théorie comme productrice de fictions.
    Ici, la réflexion, au lieu de prendre pour objet une supposée réalité sociale cachée derrière l'apparence des faits, s'élabore avec ce qui advient comme réel et qui se donne à voir comme tel. Sans chercher à la juger ni à la corriger, elle se fait accompagnatrice de la vitalité de l'existence collective; elle en devient la forme exubérante, l'exploratrice scrupuleuse et enjouée de ses ruses comme de ses excès.
    Étrangères à tout moralisme et à toute finalité utilitaire ou gestionnaire, ces fictions théoriques ouvrent une voie inhabituelle à la connaissance et à la reconnaissance de ce qui passe aux yeux des experts pour une «incongruité», qu'elle soit celle des événements ou celle du sens commun.

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