Metailie

  • Vers 1875, à Vigàta, en Sicile, pour l'inauguration du nouveau théâtre, un préfet dresse contre lui tous les habitants en imposant la représentation d'un obscur opéra, Le Brasseur de Preston. Son obstination de Milanais, représentant d'un État étranger aux déraisons siciliennes, met en branle un enchaînement de passions publiques et privées qui aboutit d'abord au fiasco cataclysmique du spectacle, puis à l'incendie du théâtre. Des personnages hauts en couleur dans une histoire riche en mystères et où l'on s'achemine, à travers les orgies du rire et les injustices sociales, d'explosions érotiques en égorgements, vers une fin à l'image même d'une Sicile où la farce, inlassablement, s'accouple à la tragédie.

  • Janvier 1896. Un corps expéditionnaire débarque dans la colonie italienne d'Erythrée. Il est composé de recrues de toute la péninsule, avec leurs histoires, leurs accents, leurs espoirs et leurs mille dialectes : l'anarchiste décidé à porter la sédition, le rêveur d'Afrique qui en mourra, le Major drogué et psychotique, le héros pressé d'affronter le désert, les caporaux cyniques et aussi le brigadier de carabiniers qui s'est engagé pour débusquer parmi les officiers un assassin d'enfants. Sur place, ils vont trouver une population indigène aux langues et aux coutumes bariolées, et des colons entre abrutissement alcoolisé et idéologie du progrès, une Africaine mi-sorcière mi- putain, et une Italienne à la beauté délicate et non moins malfaisante. Entre mille fils narratifs, on verra comment une paire de jumelles entraîne une collision entre les petits trafics des commerçants et les menées des espions du Négus, et l'on suivra le destin singulier d'un berger des Abruzzes au parler si obscur que personne ne le comprend : on l'oublie si souvent qu'il finira comme un des rares rescapés de la catastrophe finale, à cultiver son jardin sur les hauts-plateaux... Car, tandis qu'une petite fille danse interminablement dans la poussière, toutes les trames, les amours pures ou perverses, les projets grandioses et les appétits grossiers convergent vers la terrible bataille d'Adoua, la première grande défaite d'une armée blanche devant des troupes africaines... Carlo Lucarelli, l'un des plus grands auteurs de roman noir italien, livre ici une fresque captivante d'un monde en décomposition qui annonce le nôtre. A la fois roman policier, récit de voyage, roman d'aventure et d'amour, La Huitième Vibration est surtout un grand roman, tout court. "Dès la première page, nous entrons dans l'atmosphère de cette Afrique, faite de chaleur, d¹humidité, de sueur, d¹insectes, d'odeurs, de bruits. (...) Il y a les dialectes des Erythréens, et des langues de tous leurs conquérants (Arabes et autres), mais aussi ceux des Italiens, qui amènent avec eux leurs cultures régionales. Lucarelli réussit à nous  faire percevoir tout cela en mettant en jeu les sens du lecteur à travers une écriture évocatrice d'images et d'odeurs.
    Nous ressentons le malaise du climat, le malaise des regards de la population dont on ne perçoit pas les pensées. Nous entendons les sons d'une terre inconnu, c'est un roman choral où chaque personnage est le personnage principal parce qu¹il raconte son histoire au lecteur." La Reppublica, avril 2008

  • « Je suis fille du vent et du désert. Et cette rose ne mourra jamais ».

    Laura, belle et brillante épouse d'un grand écrivain, disparaît alors qu'elle était sur le point de finir son premier roman. Son mari s'inquiète, la presse s'emballe et toute une ribambelle d'amants en profitent pour dire tout le mal qu'ils pensent d'elle.

    Mais Laura est-elle cette séductrice cruelle et sans cervelle, cette femme calculatrice et superficielle, ce monstre d'égoïsme que décrivent ses amants ? Ou bien un être tourmenté et absolu, avide de spiritualité, chroniquement affligé de crises de mélancolie, de ghibli, comme elle dit, qui l'obligent à se retrancher du monde et des hommes ?

    Le subtil commissaire Maurizi mène une enquête discrète sur les traces d'une femme mystérieuse, fascinée par la fresque de Fra Angelico, Noli me tangere, qui a magistralement orchestré sa propre disparition.

    Construit comme un kaléidoscope de dialogues, articles, lettres qui tentent tour à tour d'approcher l'insaisissable Laura, ce court roman est un formidable hommage à une femme libre et à la possibilité qu'a tout un chacun de se réinventer radicalement.

  • 1844 : dans la péninsule italienne partagée entre le royaume de Sardaigne et du Piémont, les provinces du Nord aux mains des Autrichiens, le centre occupé par les États du pape et le Sud, Sicile comprise, sous la férule réactionnaire des Bourbons de Naples, un désir d'unification et de démocratie monte de toute la société. Cette année-là, en Calabre, une expédition de partisans se heurte à l'indifférence des paysans qu'ils voulaient soulever, à la répression bourbonienne et à la trahison du bandit Calabrotto. Le jeune Lorenzo di Vallelaura, noble vénitien déserteur de l'armée autrichienne, arrache au bûcher Striga, une sorcière muette, génie des nombres qui sera pour toujours son ombre bienfaisante. Face au peloton d'exécution, Lorenzo accepte de devenir un traître à la solde de l'Empire austro-hongrois. Plus tard, à Londres, placé auprès de Mazzini, l'un des trois futurs pères de la patrie italienne, il sera mêlé à un demi-siècle d'intrigues entre puissances européennes, marqué par des attentats, des complots et des soulèvements aux quatre coins de la Botte. Face à lui, Von Aschenbach, chef des services secrets autrichiens, homosexuel tourmenté, et son homologue piémontais Vittorelli, cynique pourtant fasciné par l'autre grande figure du Risorgimento, Cavour. Autour de lui, Striga, qu'il retrouve aux côtés de Terra di Nessuno, l'héroïque guerrier sarde, et toute une société londonienne extravagante et géniale, le peintre Rossetti, l'aristocrate exténué Chatam et la très belle et très désirée lady Cosgrave, ardente adepte de la Cause. Le chemin de Lorenzo et des autres croisera aussi bien celui de Garibaldi que ceux de mafieux, de camorristes, de bandits anglais et de terroristes français. Tandis que dans les coulisses agissent Karl Marx, Victor Emmanuel II ou Napoléon III, nous sommes transportés de révolutions en réceptions somptueuses, de tavernes milanaises en sordides prisons napolitaines, des rues de Palerme en flammes aux chais du marsala, des bordels anglais aux ghettos de Rome et aux laboratoires où s'inventent les premières machines à calculer.
    Faisant ici montre d'une puissance créatrice qui le porte encore plus loin que son chef-d'oeuvre Romanzo criminale, Giancarlo De Cataldo brasse les langues, les dialectes, les saveurs, les légendes et les chansons pour nous restituer horreurs et splendeurs d'une époque encore en résonnance profonde avec la nôtre. Maniant l'ironie de l'essayiste et la science du feuilletoniste, il sait nous attacher aux destins individuels d'une nuée de personnages, historiques ou romanesques, à leurs ambiguïtés, leurs vilénies et leurs grandeurs, jusqu'à leurs fins amères, absurdes ou apaisées. A travers eux, nous assistons à la naissance de cette grande nation moderne, l'Italie, accouchée par les complots de politiciens, de terroristes et de mafieux.

  • A une semaine de son mariage avec Francesco, la belle et brillante Giovanna est assassinée par son amant et le crime maquillé en suicide. Avec l'aide d'un carabinier désabusé et de la meilleure amie de la morte, Francesco, jeune avocat promis à un brillant avenir, cherche la vérité. A sa suite, nous découvrons les secrets peu reluisants du triomphe d'une caste d'industriels, dans l'une des régions les plus riches et les plus dynamiques de l'Italie, le Nord-Est, la Padanie. Avec son cortège de pollution clandestine, de délocalisations sauvages, de trafics en tous genres, l'illégalité diffuse qui a permis l'accumulation de tant de richesse a corrompu jusqu'aux notables les plus à l'abri du soupçon. Jusqu'à des personnes très proches de Francesco...
    /> Comme toujours chez Carlotto, l'intrigue se fonde sur une documentation sans faille.
    Massimo CARLOTTO est né à Padoue en 1956 et vit à Cagliari. Il est l'auteur de nombreux romans, dont six sont traduits en France : La Vérité de l'alligator, En fuite, Arrivederci amore, Le Maître des noeuds, Rien, plus rien au monde et L'Immense Obscurité de la mort. Certains ont été adaptés au cinéma.
    Marco VIDETTA est né à Naples en 1956 et vit à Rome. Il est scénariste de cinéma et de télévision, il écrit ici son premier roman.

  • Automne 1919. Trois figures légendaires de la littérature anglophone, C.S. Lewis, J.R.R. Tolkien et Robert Graves font connaissance à l'université d'Oxford avec le déjà mythique T.E. Lawrence. Ce dernier va les aider à surmonter le traumatisme de la guerre et les mener vers la réalisation de leurs oeuvres. Une galerie de personnages offrant une description humoristique des moeurs oxfordiennes.

  • Une épidémie de suicides s'empare de la colonie italienne d'Érythrée : le sort des indigènes n'intéresse guère, mais quand on découvre le corps du marquis Sperandio, propriétaire des terres et pionnier enthousiaste, pendu au plus haut sycomore d'Afelba, les autorités s'émeuvent. Aussitôt le capitaine des carabiniers royaux Colaprico et Ogbà, son Sherlock Holmes abyssin, accourent.

    Nos deux enquêteurs s'égarent dans des fausses pistes à dos de mulet, du port de Massaoua aux hauts plateaux d'Asmara : il faudra bien scruter la terre rouge. Une vieille sorcière, un étrange chien féroce, une princesse noire, d'anciennes amitiés, deux sales types qui cachent bien leur jeu et des métaphores à base de piment viennent épaissir le mystère. Les agioteurs mafieux ne sont pas loin, le temps des hyènes a commencé.

    Cupidité des colons, hostilité des soldats, racisme crasse font de ce court polar un petit bijou du genre, drôle, efficace et diablement sensuel. Il n'y manque ni le recours aux langues locales de la corne de l'Afrique et de la botte italienne, ni la morale finale comme on l'aime. Une réussite.

  • Alors que les juges Falcone et Borsellino viennent d'être assassinés en Sicile, le commissaire Scialoja renoue avec l'amour de sa vie, Patrizia, l'ex-prostituée. Scialoja a succédé au Vieux à la tête d'une structure secrète, jamais nommée et toujours redoutée parce qu'elle possède des archives sur les manoeuvres occultes et criminelles de certains dirigeants italiens depuis cinquante ans. Il entame des négociations avec la mafia pour éviter des attentats-massacres. Mais Stalin Rossetti, ancien des réseaux anticommunistes reconverti dans le trafic de drogue, a ranimé un réseau para-étatique né de la guerre froide pour le contrecarrer. Et tandis qu'Angelino Lo Mastro, étoile montante de la mafia, rêve de jouer son propre jeu aux dépens des vieux boss ; que Pino Marino, l'impitoyable tueur, tente d'arracher Valeria à la drogue ; que Maya, héritière d'un empire économique, découvre les compromissions mafieuses de son époux ; tandis que les juges de Milan entament l'opération Mains propres et que Berlusconi annonce son entrée en politique, de puissants explosifs déguisés en tommes de Parmesan arrivent dans la péninsule...
    Giancarlo De Cataldo nous livre ici une nouvelle tranche de l'histoire secrète de l'Italie contemporaine qui fait penser autant à Balzac qu'à Ellroy, et donne aux attentats qui ensanglantèrent le pays en 1992-1993 des coulisses d'une effrayante vraisemblance.
    Giancarlo De Cataldo est né en 1956. Magistrat à Rome, il est parmi les écrivains de tout premier plan de sa génération et l'un des plus lus. Il est entre autres l'auteur de Romanzo criminale.

  • Qui est Wu Ming ? Depuis huit ans, sous ce pseudonyme qui signifie " anonyme" en chinois, un groupe de cinq jeunes auteurs creuse un sillon profondément original dans la littérature italienne. Tout en menant une activité multimédia intense, Wu Ming a écrit plusieurs best-sellers aux sujets ambitieux, brassant des dizaines de personnages réels ou imaginaires, embrassant des époques charnières de l'histoire mondiale : de 54 à Manituana, qui vient de sortir avec un succès foudroyant. Quatre des cinq ont publié, avec succès également, des ouvrages individuels gardant la signature Wu Ming assortie d'un numéro. Pour commencer, les éditions Métailié publient deux d'entre eux. Sans renoncer à son bien-aimé walkman, Marco, aspirant super-héros, abandonne la ville-Babylone pour vivre dans une caverne avec l'ambition de ne fonder rien moins qu'une nouvelle civilisation, quelque part sur les monts de l'Apennin. Mais la forêt est décidément très peuplée. De gangsters albanais, culturistes nazis, chasseurs, braconniers, carabiniers " survival ", d'immigrés besognant sur le gigantesque chantier qui menace la vallée. Et d'écologistes qui ont choisi la méthode de la hache pour combattre l'Humanité, principale ennemie de la planète. Marco irait bien ailleurs fonder sa société troglodytique, mais la rencontre d'une belle barmaid, qui cherche son saint-bernard avec une baguette de sourcier, et de Sydney, clandestin nigérian, va l'entraîner sur une pente toujours plus dangereuse, vers un chenil où se déroulent d'étranges combats.
    Avec un sérieux farcesque, une belle et discrète sensibilité à la nature, ce récit pose, sans avoir l'air d'y toucher, quelques questions essentielles pour le millénaire qui vient. WU MING 2 est l'un des membres du collectif Wu Ming réunissant cinq jeunes auteurs italiens dont les romans collectifs ambitieux, best-sellers en Italie, ont été traduits en de nombreuses langues.

  • Ça commence par une scène terrifiante de roman noir, quelque part dans les Marais Pontins, ça se poursuit par un bref essai sur les limites de la prostitution et le rapport au corps des jeunes femmes de l'époque berlusconienne, puis on passe à la chronique de moeurs ironique chez les "people" italiens.
    C'est dans ce milieu à la fois puissant et dérisoire que se déroulent les bizarres manoeuvres d'approche d'un spéculateur financier de haut vol à l'égard du narrateur.
    Jouant sur tous les registres, Walter Siti, l'un des plus grands auteurs italiens vivants, nous attache aux destins croisés d'un fils du petit peuple romain, obèse dans son adolescence, génie des mathématiques, devenu "bankster" milliardaire, et d'une mannequin qui gère avec maestria le capital de son corps pour protéger son âme. S'appuyant sur une connaissance approfondie aussi bien des mécanismes et du jargon de l'économie numérisée que sur une intime pratique du parler populaire romain, l'auteur nous fait découvrir comment la fameuse zone grise entre les mafias et la haute finance tend à devenir de fait la finance tout court. A travers une galerie de personnages complexes et attachants - dont l'auteur lui-même - nous sommes transportés au coeur de ces guerres quotidiennes qui nous concernent tous, dont les champs de bataille sont le sexe et l'argent.
    Résister ne sert à rien a obtenu à une écrasante majorité le Premio Strega, plus important prix littéraire attribué en Italie.

  • « À Massaoua quand il fait chaud - et il fait toujours chaud - on peut entendre les rêves des autres ».
    Dans l'air brûlant du soir, au coeur de la colonie italienne d'Érythrée, une fille des rues, mi-sorcière mi-putain, séduit un soldat de garde. Un peu plus tard, dans le palace Albergo Italia, un homme est retrouvé pendu : suicide ou meurtre ?
    On retrouve ici l'atmosphère étouffante et hallucinée de La Huitième Vibration, avec un très pittoresque duo d'enquêteurs aux prises avec un classique problème de chambre close : Colaprico, le carabinier qui n'aime pas monter à cheval, et Ogbà, son adjoint abyssin, Sherlock Holmes qui s'ignore. Colaprico aura bien besoin d'Ogbà pour échapper aux pièges de Margherita, l'aventurière rousse, d'une horde d'assassins terrifiants, d'un faux géologue et vrai agent secret.
    Avec l'habileté consommée du styliste et la maîtrise du grand raconteur d'histoires, Lucarelli entrelace les scènes burlesques et les moments magiques et parfumés, pour nous offrir à la fois un très plaisant polar digne des grands ancêtres et un tableau historique aux couleurs puissantes.

  • Des rues de Milan aux montagnes de Calabre, des hauteurs du Piémont aux faubourgs de Naples et de Palerme, des écrans berlusconiens aux chambres d'immigrés, ce livre nous emmène visiter le Bel Paese, ce « Beau Pays » comme l'Italie officielle aime s'appeler elle-même. Mais, sous cette Italie-là, s'en dévoile une autre, hilarante et tragique, violente et poétique. Un pays comme le nôtre et pourtant semblable à nul autre.
    Le trafic d'ordures ou d'influences, les crimes mafieux ou policiers, les zones d'ombre de l'Histoire et celles de l'actualité : les thèmes et les codes du polar, qu'ils passent par le récit ou bien par l'analyse, apparaissent comme les mieux à même de rendre compte de l'Italie d'aujourd'hui. Les treize auteurs de roman noir qui nous servent ici de guides appartiennent à la part la plus dynamique et créative de la littérature transalpine contemporaine. À travers mille registres, du plus grave au comique le plus déchaîné, en explorant tous les genres, du conte fantastique à la satire en passant par la nouvelle policière la plus classique, on découvre un pays rongé par la corruption, le décervelage consumériste, la misère et la criminalité. Un pays où s'affirme pourtant la puissance des forces de la création et de la révolte : ce livre en est, parmi d'autres, un exemple.

  • A la fin du xixe siècle, les frontières entre le nord du Mexique et le Texas varient au gré de la politique, des alliances des chefs de guerre et des défaites des armées sudistes. La Coulée de feu raconte, depuis la frontière avec les États-Unis, l'émergence, sur trois décennies, de la nation mexicaine. S'y entrecroisent les destins de dizaines de personnages de toutes conditions, emportés dans le tourbillon des guerres et des révolutions, comme Marion Gillespie, la veuve fatale partagée entre son rôle de mère et un désir éperdu d'ascension sociale, ses enfants Christine et Rupert ; William Henry, soldat sudiste devenu tueur au service du général Porfirio Díaz, futur Président et dictateur ; Santos Cadena, le bandolero au grand coeur ; Heraclio, le séduisant chef de bande ; Margarita Magón, petite paysanne à la larme facile qui se transformera en révolutionnaire. Tous nous font suivre trente ans d'histoire politique contradictoire et éclairent leur signification.

    La virtuosité du conteur nous fait sentir aussi bien la complexité de situations, où, par exemple, les Indiens sont massacrés au nom du progrès et de la démocratie, que le ridicule au coeur même des grands moments historiques, avec les rites grotesques de la cour de Maximilien, ou des épisodes guerriers aussi lamentables que sanglants.

    Valerio Evangelisti révèle l'étendue d'un talent dans lequel l'impressionnante érudition est au service d'un point de vue acéré, ironique mais jamais cynique, sur les passions humaines

  • Tandis que don Gino, vieux parrain d'un clan calabrais, chemine à l'aube vers son jardin de montagne, ses petits-fils traversent la France vers Fleury-Mérogis. Ils vont réaliser la spectaculaire évasion d'un groupe hétéroclite : Mister B., ancien marine au Vietnam, Andreï, ex-tueur russe, Hakim, trafiquant druze, Kismi Urruela, terroriste basque.
    Le même jour, Jeremy Biren maquille en suicide le meurtre de son amant. Il travaille pour son père Bobby, qui dirige American Taste, holding internationale de produits de luxe et paravent d'un très puissant réseau de narcotrafic.
    Les évadés, qui ont tous un compte personnel à régler avec Bobby Biren, vont lui livrer une guerre sans merci.
    L'affrontement se déroule dans cette zone grise entre pouvoirs officiels et crime organisé, où nul ne peut se prétendre innocent. De la Crète à la Nouvelle Angleterre en passant par la Colombie, dans les coulisses ensanglantées de la haute couture ou sur les sentiers de l'Aspromonte, dans les bateaux qui irriguent l'économie noire, c'est à une véritable épopée du crime contemporain que nous convie un de ses plus fins connaisseurs. Il arrive, avec son talent de conteur et la sobriété de son style, à nous faire sentir que, même au plus noir des activités humaines, l'amour et l'amitié peuvent encore frayer leur chemin, et parfois l'emporter.

  • Giorgio Pellegrini, l'antihéros de Arrivederci amore, ancien combattant des luttes sociales des années 70 devenu impitoyable criminel, possède désormais tout ce dont il avait rêvé : une épouse qu'il manipule au gré de ses caprices sadiques et un luxueux restaurant, rendez-vous de tous ceux qui comptent dans sa cité du Nord-Est italien.
    Il gère aussi, avec l'aide de son avocat, le député Brianese, un réseau d'escort-girls pour les politiciens affairistes qui mettent la région en coupe réglée. Mais découvrant que l'avocat l'a grugé, il retrouve ses instincts de voyou brutal pour tenter d'obtenir réparation. Mal lui en prend : l'avocat le fait placer sous la domination de la 'ndrangheta, la mafia calabraise. Pour lui échapper, ses instincts de grand fauve calculateur, même avec l'aide de trafiquants maltais et d'un malfrat russe, suffiront-ils ?Écriture sobre, ironie froide, précision documentaire : avec son talent si singulier, Carlotto réussit une fois encore à nous passionner pour le destin de personnages très peu recommandables tout en nous plongeant au coeur des trafics politico-mafieux de l'industrieuse Vénétie, ce monde pourri qui ressemble tant au nôtre.

  • Mars 1999, Kosovo. Les bombes pleuvent sur Pristina, la ville est encerclée par les Serbes, personne ne bouge. Dans les rues les milices ont carte blanche.
    Trois jeunes femmes sont coincées dans un appartement, à attendre. Plus d'électricité, plus d'eau, plus de téléphone. À la télévision, la propagande bat son plein. Vivre ou mourir, ça n'a plus grande importance, mais on voudrait que ça arrive vite.
    À l'étranger, les exilés kosovars sont isolés au milieu de gens insouciants et futiles, dans le monde de l'abondance et des crèmes antirides. Ils regardent à la télé cette « petite guerre parfaite », une guerre propre et sans bavures qu'on mène depuis le ciel à coups de délicates frappes chirurgicales.

    Dans un style sobre et intense, Elvira Dones donne la version des assiégés, qui écoutent tomber les bombes envoyées par leurs sauveurs.

  • Années 70. Dans la cour d'une prison, un garçon de vingt-cinq ans sauve la vie d'un autre jeune homme, objet d'une tentative d'assassinat. La victime est le neveu d'un chef mafieux. Pour le sauveur, Pietro Proietti, dit "le Libanais", c'est le départ d'une fructueuse carrière criminelle. Le "boss" lui offre en effet de participer à un très fructueux trafic de drogue mais, pour cela, le Libanais va devoir trouver de l'argent... Dans sa quête de fonds, il va tomber amoureux d'une belle bourgeoise gauchiste, Giada, à laquelle il cache le buste de Mussolini qui orne son appartement. À la tête de sa bande de toujours, ce groupe d'enfants des rues avec lesquels il a grandi, il se lance dans un enlèvement...
    Situé, dans la chronologie romanesque, avant Romanzo criminale, ce bref et vigoureux récit nous fait retrouver Dandy, Buffle et tous les autres personnages de la grande saga du crime à Rome telle que Giancarlo De Cataldo nous l'avait offerte. Pour les nombreux lecteurs de la foisonnante oeuvre centrale, Je suis le Libanais éclairera des arrière-fonds restés jusque-là mystérieux, et tout particulièrement la personnalité énigmatique du chef de bande. De par sa profession de magistrat, De Cataldo peut s'appuyer sur une connaissance approfondie du roman vrai de la criminalité romaine. Grâce à ses talents de feuilletoniste hors pair, il en tire de la vraie littérature.

  • Petit-fils de don Lou, chef de clan mafieux sur la côte Est des States, Lou Sciortino a appris très tôt ce regard triste qu'il faut montrer à tous au moment de tuer, mais ce qu'il préfère, c'est produire d'invraisemblables films de série B. Tony, lui aussi parent de mafieux, tient un salon de coiffure où se pressent les mégères de la haute société de Catane, mais ses vraies passions sont les tenues voyantes et les babbequiou, les grillades-parties dans son jardin. Nick, son voisin, aimerait continuer à jouer tranquillement de la guitare malgré le braquage sanglant auquel il vient d'assister. Valentina, Mindy et les autres, jeunes femmes médisantes et impudiques, ne rêvent que de contrarier les desseins des parents et les lois de la famigghia, la famille, le clan. La situation est grave : considérant que Cosa Nostra n'est plus capable de faire régner l'ordre, le vieux Don Mimmo, qui tient une échoppe minuscule, s'est acheté une arbalète... La guerre menace, entre les cousins de Sicile et ceux d'Amérique qui viennent de débarquer, entre les producteurs de films et les négociants en pâte d'amande, entre la mafia des villes et celle des champs. Il faudra rien moins que l'alliance des grands-pères et des petits-enfants pour que la paix revienne et que les amours fleurissent... Servi par une écriture constamment allègre et nourrie de dialecte ou d américanismes à la sauce sicilienne, avec ses innombrables personnages truculents et émouvants, ses caïds engoncés dans la respectabilité, ses tueurs lubriques, ses starlettes cyniques, ses demoiselles joyeusement méchantes, le livre d'Ottavio Cappellani trame mille histoires en une tragicomédie hilarante et terrible comme la vie même.

  • Pjota, enfant de la misérable Albanie des années 80, raconte sa vie. Comment il se retrouve très jeune au service de Razy, le fantasque chef d'une mafia albanaise qui assure avec l'Italie le trafic de drogue et de femmes destinées à la prostitution. Les violences terribles auxquelles il est confronté, les épreuves féroces auxquelles on le soumet. Surnommé (le génie de l'Albanie), il conserve dans une grotte secrète des amas de livres dont il tire son savoir et son écriture, l'un et l'autre à la fois très élaborés et pleins d'émouvantes lacunes
    où se trahit son âge. Mais il fait son chemin chez les bandits car il s'est montré inégalable dans le coulage des hors-bord chargés de drogue.
    Pjota réussira à fuir son pays et le monde des truands, mais ce sera pour être confronté à celui de la prostitution et à l'impossibilité d'une assimilation dans ce pays si confortable qui ne veut de lui que s'il consent à rester dans son rôle.

  • Dégoûté par la mesquinerie et la vulgarité de sa famille petite-bourgeoise, Roberto se met au service de Cardano, un artiste bohème marié à l'une des filles d'une grande famille de Naples.
    Tandis que "l'artiste" l'abreuve de discours nourris de la littérature décadente de la fin du XIXe siècle, il découvre les projets monstrueux des Negromonte, un clan d'entrepreneurs rapaces : transformer Naples tout entière en parc de loisir, s'approprier musées et monuments, faire de tout Napolitain un comédien jouant les Napolitains pour le plus grand plaisir des touristes et le plus grand bénéfice du clan.
    Mais avec l'aide d'une fillette en guenilles, Andrea, le cadet de la famille, fomente une révolte. Banquets gargantuesques, délires mêlant culture populaire et raffinement littéraire, résurgence du passé d'une ville-monde, carnaval des gueux : ce livre-maelström, entre fantastique et réalisme social, tend un miroir à notre époque. Les lecteurs l'y reconnaîtront, à peine déformée, avec ses grimaces les plus dangereuses et les plus effrayantes.

  • Marco Ferri, hooligan devenu policier pour combattre la Fureur qui gronde en lui, entre dans l'équipe de Mastino, adepte des solutions expéditives et ultra-violentes, et bientôt responsable d'une unité antiterroriste. Dantini, le mentor bien-aimé de Marco, est assassiné. Tout a été préparé pour que le meurtre soit imputé à Guido, un jeune anarchiste qui doit mourir en même temps que sa cible, mais le garçon survit. Il est pris en charge par Lupo, le chef des Affaires internes, qui pressent derrière le crime la main d'un vieil ennemi, le Commandant. Sous les ordres de celui-ci, Mastino met en scène un énorme attentat islamiste. Entre ces hommes et leurs jeux de pouvoirs circulent Daria, la brillante assistante de Lupo, et Alissa, impitoyable tueuse marquée d'une fêlure d'enfance qui fera tout basculer.
    Corruption généralisée et individus intègres, manipulations géopolitiques et guerres de civilisations : voici, dans une Italie crépusculaire et un Belleville de légende, une plongée dans les coulisses du monde contemporain comme nous y a habitués l'auteur de Romanzo criminale. Où tout l'enjeu sera de donner une forme à cet inégalable outil de gouvernement : la peur.

  • Soit quatre brillants rejetons des mafias du monde entier (un Indien, un Italien, un Russe, et la jeune héritière d'une famille de banquiers suisses), riches, beaux, cyniques, éduqués dans les meilleures écoles, tous diplômés en économie. Censés succéder à leurs pères à la tête des plus grandes organisations criminelles, ils décident de s'affranchir des aînés et du poids des traditions, en rompant, souvent très violemment, avec leur camp. Ils veulent aller vite, très vite, au moins aussi vite que l'argent. Le vieux folklore du code d'honneur ne les intéresse guère, ils méprisent les rivalités entre bandes et la violence gratuite, mais ne sont pas pour autant portés sur les bonnes oeuvres : experts en blanchiment d'argent et tours de passe-passe financiers, ils pratiquent le crime global - trafic d'organes, de bois radioactif, corruption, collusion avec les services secrets - sans jamais se salir les mains.
    Des forêts de Tchernobyl aux chantiers navals d'Alang, en passant par les caveaux des banques suisses, les jeunes ambitieux du Dromos Gang ne reculent devant rien et méprisent les frontières. Par un étrange concours de circonstances, c'est à Marseille, plaque tournante du crime européen, qu'ils se retrouvent pour faire leurs premières armes. Face à eux, le commissaire Bernadette Bourdet, alias B.B. Pas précisément élégante ni subtile, cette fan de Johnny Hallyday aux méthodes peu orthodoxes dirige une brigade un peu spéciale, aux limites de la légalité, qui doit tenir sous contrôle tous les trafics de la capitale phocéenne.
    Dans ce roman au rythme effréné, Massimo Carlotto met en scène avec férocité l'affrontement entre le crime "traditionnel" et les nouvelles mafias en col blanc. Le lecteur chercherait en vain des raisons d'espérer ; ballotté de hangar sordide en hôtel de luxe, il n'aura pas le temps de souffler.
    Le Souffle court est le premier volume d'une trilogie sur les nouvelles mafias.

  • Le narrateur, arrêté, regarde ses empreintes digitales posées devant lui sur une feuille. Il n'en faut pas plus pour qu'on y soit : dedans. L'histoire d'un homme dont la voix saisit sur-le-champ par sa capacité à décrire avec des mots simples et percutants les réalités sociales les plus brutales, les états d'âme les plus nuancés. Un voyage à rebours, qui commence par une interpellation et s'achève le jour où son père lui apprend à monter à vélo. La prison, l'école, la rue : l'auteur raconte la force des amitiés enfantines, les solidarités des miséreux, les destins écrasés, les faibles qui tapent sur plus faibles encore. Matons et taulards, immigrés et galopins rebelles, ses personnages nous parlent de nos pulsions profondes. On n'avait jamais lu le monde carcéral ainsi raconté, sans apitoiement, avec un laconisme sans égal pour dévoiler l'absurdité des règles et faire sentir, jusque dans les pires moments de la vie, sa puissante poésie.

    Serveur dans un restaurant à Rome, Sandro Bonvissuto a publié ce récit remarqué dans une des plus grandes maisons d'édition italienne. Le contraste entre la réalité populaire dont il parle et qu'il connaît si bien, et le style épuré, refusant le pittoresque, qu'il utilise, n'est pas pour rien dans la séduction qu'il exerce.

  • Naples est une ville-monde, fabuleuse et hors normes, qui depuis des siècles enfouit dans son sous-sol ce qui la gêne.
    Les héros de ce livre, obsédés par l'amour et leur jeunesse finissante, sont précipités dans un univers en ruines où tout ne semble fonctionner que grâce au désordre. Fous de Rimbaud, de Jim Morrison, de Nietzsche et de Baudelaire, ils cherchent la vraie vie, l'énergie secrète de la terre dans les bas-fonds de Naples. Leur recherche de la vérité et d'une vie libérée du travail se heurte à un peuple ivre de nourriture et d'argent, dévoré par la criminalité et comme possédé par un carnaval perpétuel.
    Les jeunes gens de ce roman picaresque dansent devant une impressionnante galerie de portraits populaires ou ésotériques, une danse macabre dans l'attente d'une Apocalypse qui ne vient pas.

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