Phebus

  • en 1876.
    le ministre de l'instruction publique charge émile guimet d'une mission en extrême-orient qui l'entraînera de l'inde au japon, en passant par shanghai, en compagnie de son ami le peintre félix regamey. huit jours aux indes, publié dans la célèbre revue de géographie le tour du monde, est caractéristique de l'esprit encyclopédique du futur créateur du musée guimet.
    tissé d'exposés archéologiques, de réflexions d'historien, d'esthète et de philosophe, ce classique du voyage orientaliste et humaniste est emblématique du regard porté sur l'inde par le visiteur occidental du xixe siècle.
    a l'heure où l'on " redécouvre " l'inde, ce récit permet de mesurer le chemin parcouru de part et d'autre.

  • Marion Campbell, blonde directrice d'une agence de voyages au Cap, mène une vie assez solitaire, entrecoupée de visites à son vieux père, John. La découverte d'un portrait déclenche en Marion une vague de souvenirs perturbants et confus. Les traits de cette femme noire lui rappellent vivement ceux de Tookie, la bienveillante servante qui s'occupait d'elle enfant. Tookie jouait un rôle peu conforme à celui d'une domestique dans la maisonnée, et notamment auprès de la mère de Marion, la distante et rigide Helen. Marion en a l'intuition: elle ignore quelque chose à propos de sa propre identité et Tookie est l'une des clés de l'énigme... Les hypothèses se bousculent dans sa tête: aurait-elle été adoptéeoe aurait-elle un lien de parenté avec Tookieoe Par le truchement de son émouvante enquête familiale, puis d'un narrateur omniscient adoptant le point de vue de la défunte Helen, et enfin des confessions de John, les secrets du passé sont dévoilés. Dans le contexte de l'Apartheid, les Noirs Helen et John avaient formé le rêve de changer de couleur. Leur carnation particulièrement claire leur aura permis de se constituer après leur mariage une fausse identité blanche: un jeu de dupes qu'ils auront payé le prix fort, rompant avec leurs familles, leurs amis et leur religion, rechignant à faire un enfant, se surveillant sans cesse et nourrissant l'angoisse d'être un jour démasqués. Une vie de mensonges et de cruels efforts qui n'aura valu d'être vécue que pour assurer l'avenir de Marion.

  • Enfin le silence

    Karl-Heinz Ott

    Il est souvent bien plus aisé d'exposer à ses étudiants les impasses du libre-arbitre chez Spinoza que d'exprimer ses désirs profonds dans la vie réelle. Un professeur de philosophie bâlois en fera la traumatisante expérience. Il lui a suffi de rencontrer un inconnu à la gare de Strasbourg, l'Autre dans toute sa dérisoire splendeur, qui se révèlera une misérable et gargantuesque baudruche, incarnation de la fatalité, du Malin et de la folie, pour qu'il sache ce que signifie " être possédé ", pour qu'il n'ose plus dire non ! Le Diable, donc, ivrogne invétéré, obsédé sexuel et menteur délirant poursuit notre professeur, l'accule à l'acte nécessaire, douloureux et libérateur : tuer qui vous empêche d'être vous-même. Le meurtre accompli, le philosophe peut de nouveau goûter au silence, le merveilleux et bienfaisant silence, ce silence auquel aspirent les victimes devenues bourreaux.

  • Enfant adoptée, Isaro a jusqu'à présent mené à Paris une vie d'étudiante insouciante. Mais les nouvelles tragiques que la radio donne régulièrement de son pays d'origine lui apparaissent un jour insupportables. Rattrapée par son histoire, Isaro tente de renouer les fils de son drame originel: le massacre de toute sa famille par une tribu ennemie. Cette démarche qui la mènera jusqu'en Afrique la plonge dans une affliction profonde... Niko est un simple d'esprit au corps aussi harmonieux que sa dentition est monstrueuse. Depuis la fin de la guerre civile qui a ravagé son village, il vit reclus dans une grotte habitée par de grands singes. Dans ce dénuement et cette proximité avec les bêtes, il tente d'oublier les actes qu'il a commis... Deux récits intenses et vibrants de couleurs s'entremêlent pour donner corps à deux personnages saisissants qui se confrontent à la question de la responsabilité, de la culpabilité, de la rédemption et de la mort. Le Passé devant soi se veut la première partie d'un triptyque intitulé "Figures de la vie impossible".

  • La présente réédition (dans une traduction nouvelle) de ce classique absolu de l'aventure vécue est due à l'initiative de nicolas bouvier - qui n'aura pas eu le temps de l'accompagner jusqu'à son terme.
    " ce n'est pas de la littérature, tenait-il à préciser, c'est peut-être mieux que ça... certains livres sont assez forts pour se passer des secours du style. " hiver 1941. une petite troupe de bagnards s'évade d'un camp russe situé tout près du cercle polaire. ils ne connaissent pas grand-chose à la géographie. ils songent " simplement " à gagner à pied l'inde anglaise : le soleil, pensent-ils, leur indiquera au moins la direction du sud.
    Aucun d'eux n'est capable, sur les milliers de kilomètres qu'il leur faut parcourir - ils y mettront deux ans -, de situer le désert de gobi... que plusieurs réussiront pourtant à franchir sans provision d'eau. l'innocence, parfois, est la meilleure alliée du courage...

  • L'appel du navire

    Boris Pahor

    Italie du nord, époque mussolinienne. Après avoir perdu ses parents et sa soeur dans un accident de voiture, Ema, une jeune fille slovène, quitte le Karst, l'arrière-pays de Trieste, pour chercher un travail de secrétaire en ville. Sa soeur, qui n'a pas su résister à l'attrait de l'idéologie fasciste, devait se marier avec un beau gymnaste italien en chemise noire. Trieste n'est guère hospitalière pour la petite provinciale appartenant à la nationalité honnie. Elle trouve quelque appui chez une parente qui a tendance à se réfugier dans la religion pour survivre. Logée dans une mansarde miteuse et arpentant les rues sans relâche, Ema se fait régulièrement aborder par les marins et soldats en mal de plaisirs charnels. Elle en arrive presque, dans son désespoir et le désir de sortir de la misère, à céder à leurs avances... et à finir, comme bien des jeunes filles de son espèce, prostituée. Son destin va basculer un soir où, seule sur la jetée, elle est abordée par un jeune homme qui s'avère être slovène. Mais il est beaucoup plus mûr et sûr de lui, c'est un vrai Triestin, un intellectuel, et surtout, il appartient à un réseau de résistance au fascisme. Peu à peu, il va entraîner Ema à sa suite, la délivrant de son apathie, et faire naître en elle des sentiments d'amour.

  • à louer

    Gary Indiana

    On est à New-York, à la toute fin du XXe siècle. Danny - est-ce bien son prénom ? - est étudiant en architecture, mais aussi serveur à l'Emerson Club, et prostitué. C'est à l'Emerson Club justement qu'il rencontre ses clients, dont Sandy Miller, romancière de quarante ans, célèbre, obsédée par le sexe et atrocement pingre. Dans ce monde régi par l'alcool et la drogue, Danny vit tout de même une relation stable avec Chip. On peut parler d'une histoire d'amour. Mais Chip, "garçon à louer" comme lui, va l'amener à rencontrer des êtres pervers, maléfiques, et ayant mis sur pied un trafic d'organes. L'Enfer est à leur porte, l'Enfer est là. Lorsque son amant sera sauvagement assassiné, Danny n'aura plus qu'à fuir New-York, son passé, son métier, toute une vie, afin de sauver sa peau. Glaçant.

  • Discordances

    Jocelyn Lieu

    Jocelyn Lieu, nouvelle arrivée dans le paysage littéraire anglo-saxon, a choisi, pour écrire les six nouvelles de Discordances, un style épuré, sans artifice. Presque toutes mettent en scène des femmes ayant des origines chinoises. Elles seront tôt ou tard amenées à se pencher sur leur passé, sur celui de leurs parents, à percevoir ce que signifie être façonnée par deux cultures, à redessiner leur place dans le monde. Que ce soit Abi Leong, publicitaire new-yorkaise soudain confrontée au racisme, Angel, amoureuse de Luke et sans doute plus encore de Paul, Diane, qui auprès de son amant, juif hanté par la Shoah, découvre quelle force destructrice peut avoir le passé, ou Mar Lau qui, par la rencontre d'un homme et d'une parente mis au banc de sa famille, découvrira peu à peu qui elle est.

  • Après A marche forcée de Slavomir Rawicz (Phébus, 2002), remise au jour dans une nouvelle traduction, enfin fidèle et complète d'un autre classique de l'aventure vécue, publié il y a un demi-siècle et qui bouleversa l'Europe de l'après-guerre.
    En août 1944, Clemens Forell, infortuné bidasse allemand enrôlé sous la bannière du Reich, laisse derrière lui femme et enfant pour aller se battre sur le front russe. Un an plus tard, capturé par l'Armée Rouge, il se voit refuser le statut de prisonnier de guerre et écope d'une condamnation à vingt ans de bagne car il s'agit de fournir en main-d'oeuvre les terribles mines mises en exploitation au-delà de la Kolyma, près du détroit de Béring.
    Après trois longues années passées sous terre, dans des conditions effroyables, Forell parvient à s'évader et entame une odyssée terrestre dont il ne mesure pas d'abord l'impossibilité. Il ne sait qu'une chose : il doit faire route vers le sud-ouest, sans faiblir.
    Il connaîtra le froid de la toundra, la faim, les loups, la trahison des compagnons de hasard, le découragement, la peur la peur surtout. Mais aussi les rencontres inespérées, les inconnus qui prennent des risques pour lui venir en aide et l'amitié d'un chien qui le consolera de tout. Au bout de trois ans et deux mois de marche, quatorze mille kilomètres d'errance traquée (il ignore le russe et se trouve toujours à la merci d'une dénonciation), il parviendra à franchir la frontière de l'Iran, secouru jusqu'au bout par quelques âmes courageuses sensibles à sa détresse (parmi lesquelles ironie de l'Histoire un Juif allemand exilé en terre musulmane).
    Une aventure parfaitement inhumaine, ramenée comme par miracle aux dimensions de la simple humanité.

  • Le barbacot ? C'est ainsi que vos ancêtres, parmi lesquels les boucaniers de l'île de la Tortue, désignaient le monumental gril de plein air sur lequel ils faisaient tout rôtir à la braise et que les Américains ont abusivement mondialisé sous le nom de barbecue.
    Raymond Buren (« le Brillat-Savarin belge », selon le chef Jacques Manière), esprit encyclopédique et curieux mais surtout « écrivain de la haute espèce » (Raymond Dumay dixit), nous propose ici un tour du monde historicogéographique de l'art de cuisiner sur la braise, de la plus lointaine préhistoire jusqu'à nos jours, d'Homère à Curnonsky, de la Caraïbe à la Pampa, de la Polynésie à l'Afrique des forêts, de l'Inde Moghole au Caucase (pays du chachlik) et jusqu'à notre vieille Europe qui a toujours pratiqué cette très ancienne façon de faire, même si on l'a un peu oublié.

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