Pierre-guillaume De Roux

  • Entre mai et septembre 1920, l'écrivain russe suivit la campagne de Pologne en tant que correspondant de guerre pour le journal "Le cavalier rouge". Initialement publiées dans des revues, ces nouvelles, inspirées des événements, décrivent les actions des cosaques de la première armée de cavalerie.

  • Emier véritable essai consacré à Claude Sautet qui vient combler un manque par une lecture approfondie de l´oeuvre sous la plume passionnée et rigoureuse d´un cinéphile hors pair.

  • "Ma dernières séance. Marielle, Broca et Bemondo" ne ressemble à aucun autre livre sur le cinéma. Thomas Morales brouille les pistes et s'amuse avec ces trois "bornes existentielles" et "réalise" un objet littéraire détonnant.

  • «Vous voyez la montagne, ces collines pareilles à des vagues ; vous voyez des bois et des vergers, le grain mûr des champs, les prairies qui dévalent jusqu'à la rivière. Vous me voyez debout à côté de vous ; vous entendez ma voix. Mais je vous dis, moi, que toutes ces choses - oui, depuis l'étoile qui vient de s'allumer au ciel, jusqu'au sol que nous éprouvons du pied -, je vous dis que tout cela n'est que du rêve et des ombres, les ombres mêmes qui nous voilent le monde réel.
    Il y a un monde réel ; mais il est sous cet éclat et sous ces visions, [...] derrière tout cela comme si un voile nous le cachait. Je ne sais si jamais un être humain a soulevé ce voile ; mais je sais que cette nuit, et devant vous et moi, Clarke, il le sera pour d'autres yeux. Peut-être trouverez-vous tout ceci étrange, insensé même : étrange, soit, mais réel ; et les anciens savaient ce que c'est que "lever le voile".
    Ils appelaient cela voir le dieu Pan.» Pour que le voile se déchire devant le «grand Pan», le Dr Raymond va user du scalpel et rien moins qu'inciser le cerveau de Mary, sa protégée. Cette opération chirurgicale renvoie-t-elle seulement à l'une de ces spectaculaires expériences dont raffola le XIXe siècle, à la fois scientiste et spirite ? Ou bien s'agit-il de convoquer quelque chose de plus archaïque et autrement plus redoutable - de questionner notre capacité à soutenir le regard de la divinité ? C'est de toute façon l'effroi qui est au rendez-vous : au drame de la jeune Mary va succéder une longue série d'événements aussi troublants que terribles.

  • Ce "faux journal" , composé d´après des faits exacts, retrace le voyage de Chopin et de George Sand de Majorque à Nohant, entre février et juin 1839. Rédigé par Chopin, il fait se superposer le récit des événements avec celui de l´écriture de son oeuvre majeure que constituent les 24 Préludes, conçus pour partie à Majorque et achevés, dans leur totalité, sur l´île. Il est donc aussi un journal de création.

  • L'Anthologie classique (le Shijing) rassemble les 305 poe`mes - chansons populaires, odes pour les ce´re´monies de cour, odes religieuses -, se´lectionne´s et ordonne´s, selon la tradition, par Confucius (551-479 av. J.-C.), dont la doctrine politique et sociale fut e´rige´e en religion d'E´tat et marqua profonde´ment la civilisation chinoise. Ezra Pound voyait dans le confucianisme un ve´ritable « code de la vie » et une possibilite´ de renou- vellement pour l'Occident. Apre`s Les Entretiens de Confucius (ou Analectes), le poe`te ame´ricain traduit donc les odes confuce´ennes au temps de sa de´tention a` l'ho^pital St. Elizabeth's. Sa connaissance du chinois peut sembler rudimentaire : il suit l'enseignement de son mai^tre Fenollosa, et ses solutions ne sont pas exemptes de fantaisie. Toutefois, Pound accorde une importance particulie`re au travail de traduction et voit dans la concordance des langues un crite`re majeur de civilisation. Il pre´fe`re par conse´quent toujours la restitution d'une inflexion vivante au strict respect de la syntaxe. Une approche non conventionnelle mais efficace, qu'avait remarque´e Simon Leys : « Pound ne savait gue`re le chinois ; ses interpre´tations sont quelquefois loufoques... mais Pound a fait preuve d'une infaillible intuition des rythmes de l'original... son oreille ne se trompe jamais, et dans ce domaine il nous administre une lec¸on exemplaire. »

  • « C'était l'époque de l'essor économique et culturel slovène, ce qui ne faisait l'affaire ni de la municipalité de Trieste ni de certains milieux nationalistes, c'est pourquoi l'avenir de la ville ne s'annonçait pas radieux. Néanmoins les Slovènes de Trieste avaient fondé de nombreuses institutions et ils se défendaient aussi si quelque bande fanatique s'attaquait à eux au retour d'un de leurs cercles de lecture.
    Guglielmo, blond, élancé, de nature réservée, enleva le k final de son nom de famille et se mit à fréquenter les irrédentistes. Il ne s'adonna probablement pas à leurs rixes urbaines, il s'inscrivit à l'École polytechnique de Vienne et fut bientôt appelé au service militaire. Ne voulant pas servir sous les ordres de la capitale autrichienne haïe, il jeta son uniforme aux orties et franchit la frontière. Psychiquement instable, il était obsédé par une seule idée, comment réveiller le coeur de Trieste et allumer chez ce peuple commerçant la flamme de la révolte ? Il voulait se sacrifier, donner l'exemple, scandaliser si nécessaire ; et au moment de son arrestation à Ronchi, il répéta avec ostentation que sa bombe était bien destinée à l'empereur François Joseph qui devait venir à Trieste en 1 882. Il l'affirma encore résolument devant le tribunal afin d'être condamné comme, en quelque sorte, un coupable qui aurait déjà lancé la bombe.
    Oui, voilà des choses bien connues, me disais-je tout en constatant que ma façon de voir ce jeune homme avait changé. Il est vrai qu'il avait abandonné sa consonne finale, me disais-je, mais il n'avait pas pu rejeter, avec elle, ce qui était archétypique dans la lignée de Jozefa Marija, cette tendance à l'idéalisme et à la recherche de l'universalité. Le jeune homme avait transmis l'aspiration de la petite communauté maternelle à dépasser son cadre étroit à un groupe de fanatiques qui rêvaient de liberté et luttaient contre le puissant empire. C'est ainsi que dans la crypte qui lui est dédiée, là où la corde a serré sa nuque, il y a la statue d'un homme nu qui est un martyr pour la communauté italienne et, pour la communauté slovène, un cas typique de ses nombreuses pertes, tragiques et pitoyables à la fois.
    J'ai évidemment pensé à Franc Kavs, un jeune homme de Tolmin, à sa ceinture bourrée d'explosifs, qui aurait dû libérer la population de la dictature fasciste lors de la visite de Mussolini ; mais Kavs avait un idéal de liberté bien différent. Il ne fut pas pris avant l'attentat, il y renonça de lui-même car l'explosion aurait ôté la vie à des écoliers venus saluer le grand chef. Malgré cet acte profondément éthique, Kavs fut condamné à mort puis gracié ; mais le juge italien, comme avant lui son collègue autrichien, le condamna ensuite sur sa seule intention. »

  • De 1971 à 1980, Michel Marmin a été le critique, parfois âprement controversé, de Valeurs actuelles et du Figaro. Après deux décennies consacrées à d'autres travaux - notamment sa participation comme scénariste à plusieurs films de Gérard Blain -, ce défenseur intraitable du cinéma d'auteur, qu'il préfère appeler « cinéma de création » (par opposition au « cinéma de consommation »), est revenu à ses premières amours. Ce sont ici vingt années de découvertes ou de redécouvertes dont Cinéphilie vagabonde offre la chronique souvent intempestive, car définitivement rebelle à l'air du temps.
    Dans cette chronique, Michel Marmin s'élève également contre la domination des multinationales américaines, dont les conséquences sont l'affaiblissement des cinémas nationaux, des cinémas nourris par une culture nationale, et, par voie de conséquence, l'extension à la planète entière d'une « monoforme » cinématographique. Laquelle n'a d'autre but que de coloniser les cerveaux, et d'imposer le modèle de société hollywoodien et le mode de développement capitaliste.
    Tels sont les deux axes majeurs de ce livre qui, par ordre alphabétique, propose au lecteur des vues originales sur des cinéastes contemporains comme Joël Séria, Ken Loach, Leos Carax, Wim Wenders, Jean Marboeuf, Robert Guédiguian,ou Bruno Dumont, sans oublier une indispensable révision de « classiques » comme Jean Renoir, Luis Buñuel, Éric Rohmer, Kenji Mizoguchi, Robert Bresson, Alexandre Astruc, Charles Chaplin ou Michelangelo Antonioni.
    Enrichi par des vues pénétrantes sur le cinéma muet (Louis Feuillade), le cinéma de télévision (Stellio Lorenzi) ou le cinéma de cape et d'épée (Riccardo Freda), le nouveau livre de Michel Marmin joint à une radicalité esthétique assumée un éclectisme rafraîchissant. Et les amoureux de la meilleure littérature y trouveront leur compte, de grands écrivains ayant eu partie liée avec le 7e Art ayant fait l'objet d'articles particuliers - Roger Nimier et Roger Vailland en l'occurrence.

  • Sous forme de lettre, une interpellation adressée au Président de la République par le grand journaliste d´investigation Gilles Gaetner.

  • Lire Simone Weil (1909-1943), Cristina Campo (1923-1977), Mar?a Zambrano (1904-1991), ces « flammes libres », c'est d'abord écouter leur voix, longtemps recouverte par l'obscurantisme de notre époque, celui qui refuse toute lumière autre que celle d'une raison sèche, désincarnée. Leurs oeuvres sont devant nous. Il a fallu du temps pour reconnaître le génie de Simone Weil et de Mar?a Zambrano, dont une oeuvre magistrale, L'Homme et le divin, publiée en 1955 au Mexique, fut refusée par Gallimard malgré le soutien d'Albert Camus, bien avant qu'elle reçoive le prix Cervantès à Madrid en 1988 pour l'ensemble de son oeuvre. Quant à Cristina Campo, on commence seulement à la lire en France, elle qui a si peu publié de son vivant et dont la plupart des écrits, enfouis dans des malles, ont disparu, dispersés par ses héritiers après sa mort en 1977. Ces trois voix ont brûlé, dans les ténèbres du XX e siècle - cette longue nuit de guerres, de totalitarismes, de barbarie où nous errons encore -, de leur désir de vérité et de cette volonté qui consiste à aimer inconditionnellement. Trois femmes, trois voix qui s'entrelacent sans le savoir en une seule flamme dans la nuit où le Verbe se fait silence, dans trois langues vivantes et soeurs, le français, l'italien, l'espagnol. Si différentes dans leur absolue singularité , elles se ressemblent, toutes trois de la lignée d' Antigone, éminente figure du sacrifice, de l'offrande sans concession, de l'amour sans conditions, du « moi » consumé pour accéder à l'être, sans lesquels il n'est pas de révolte authentique. Dans le temps de vie qui leur fut imparti, brève et fulgurante trajectoire de Simone Weil, morte à trente-quatre ans, longue vie de Mar?a Zambrano du début à la fin du siècle, parcours orienté dès la naissance par la maladie, pour Cristina Campo qui ne connut pas la vieillesse, elles ont eu cette capacité si rare de transformer leur vie en destin.
    Toutes trois ont connu l'extrême souffrance, à travers l'épreuve de la maladie, pour Simone Weil et Cristina Campo, ou celle de l'exil pour Mar?a Zambrano, à travers les ruptures, les deuils, aussi. Toutes trois ont vécu dans le monde et hors du monde, hors des modes, hors de l'air du temps. Une parenté les li , de celles que Nietzsche nomme « amitiés stellaires » qui n'ont de lieu que dans l'espace de la pensée, de l'intelligence et de la vérité, perceptible dans leurs thèmes qui se font écho - une écholalie, comme l' écrit André Hirt à propos de Baudelaire, Wagner et Nietzsche - parenté dont Cristina Campo serait la jointure poétique, elle qui découvre La Pesanteur et la Grâce en 1950, oeuvre de Simone Weil qu'elle contribue à importer en Italie, et qui « reconnaît aussitôt dans la philosophe française une soeur. Plus intense, plus brûlante. » On Chacune se reconnaît chacune en l'autre dans une triangulation dont l'enjeu n'est autre que cette mystérieuse activité, « écrire », comme pratique rationnelle du logos et simultanément, expérience mystique.

  • Apocalypse (1924), essai publié de façon posthume en Italie, en 1931, car trop subversif pour l'Angleterre de l'époque, est méconnu en France. Il n'a été traduit en français qu'une fois, tant bien que mal, par Fanny Deleuze, en 1978 (Éditions Balland).
    Ce texte vigoureux, unique en son genre, consacré à l'Apocalypse de Jean (dernier livre du Nouveau Testament) est un peu le testament du grand écrivain anglais. D'un ton tantôt grave, tantôt humoristique, vindicatif ou familier, il est écrit des deux mains, des deux cerveaux : du gauche, celui de l'érudit, et du droit, celui du poète visionnaire. Très au fait de la science biblique et ésotérique de son temps, D.H. Lawrence en donne une synthèse critique éblouissante, serrée, parfois contestable mais toujours captivante et provocante, menée comme un roman policier : du labyrinthe apocalyptique, il s'agit d'extraire la substantifique moelle, vivifiante pour tous hic et nunc, chrétiens ou non. Cette moelle, il la découvre, et nous l'offre : c'est une vision renouvelée, fraîche et "viride", du cosmos et des liens entre les hommes.
    Car ce petit livre très vivant, plein d'élan, d'une audace admirable, réussit une chose fort rare : démystifier sans désenchanter. Il déconstruit, certes, mais reconstruit du même geste.
    L'Apocalypse, Revelation en anglais, devient un révélateur de maintes contradictions qui se trouvent au coeur de la conception européenne et chrétienne de l'Histoire.

  • Lisez les nouvelles de ce recueil, sans doute le plus remarquable de tous ceux qu'a déjà signés Michel Lambert.
    Son thème majeur, la solitude, y est traité avec une maîtrise jamais égalée auparavant. De quoi est-il question ? De coeurs brisés, de deuils, de trahisons, d'échecs cuisants ou de secrets de famille... Choses déjà racontées mille fois, dira-t-on. La force mystérieuse et invincible qui monte de ces nouvelles vient d'ailleurs. Elle s'explique par l'art infiniment subtil du dévoilement et du retardement auquel l'auteur a recours pour traduire l'ineffable de la solitude, un drame dont on ne se débarrasse pas en se confiant simplement à une âme compatissante. La solitude épouse, ici, la consistance fuyante des nuages : peuplée d'ombres dont la nature et la forme fantastiques explosent tout à coup pour introduire un autre sentiment connexe au mal être : la terreur. Qu'on ne s'y trompe pas. Le registre de Michel Lambert demeure celui du réalisme, servi par une minutie d'observation et un rare instinct de la montée en crise et des variations psychologiques les plus infimes, quasi météorologiques. Qui mieux que Michel Lambert parvient à ancrer dans le quotidien le plus banal, l'irruption de la fatalité la plus singulière, exprimé par un style soudain magique ? Écoutez les conversations qu'il nous rapporte. Des conversations de tous les jours, qui se poursuivent entre des regards et des gestes, eux aussi, familiers à notre mémoire. Sauf qu'il s'y cache cette troisième présence, brouillant la ligne, celle du double et du doute : quand le personnage se regarde trente ans en arrière et renie tout bas l'être qu'il a été. Aucun secret ne nous est révélé en ligne droite. La solitude s'appuie, ici, sur un réseau de relations complexes, mise en scène d'une manière qui, toujours, obéit au sens de la désorientation et pour cause... La qualité quasi photogénique rendue à l'énigme des personnages frappe peu à peu le regard. Quand leurs silhouettes d'êtres égarés, seuls sur Terre, se détachent tels des fantômes en avance sur leur propre mort. Entraînés par le flux continuel qui animent les grandes villes, ils lèvent aussi les yeux vers le ciel et c'est alors qu'apparait toute la dimension de l'oeuvre lambertienne : quand ce moment d'éternité se fixe, comme en surimpression, divin et consolateur, au-dessus de la solitude si misérable à l'échelle humaine.

  • Il s'agit d'une publication exceptionnelle, dans la mesure où elle réunit sous une même couverture deux célèbres auteurs allemands qui comptent parmi les plus connus du public français.
    Ernst Jünger, avec ses témoignages poignants sur les combats de la Première Guerre mondiale (Orages d'acier, La guerre, notre mère), a commencé à se faire connaître en France dès les années 1930. Francophile et francophone (il était l'un des auteurs préférés de François Mitterrand), ses ouvrages ultérieurs, depuis Sur les falaises de marbre jusqu'à Eumeswil, pour ne rien dire de ses Journaux (Soixante-dix s'efface), publiés chez Gallimard, l'ont ensuite imposé comme l'un des plus grands écrivains du siècle dernier.
    Le juriste Carl Schmitt, auteur plus controversée, dont la pensée a été introduite en France après la guerre par Raymond Aron et Julien Freund, est lui aussi connu dans le monde entier, grâce notamment à son célèbre essai sur La notion de politique, à sa Théologie politique, sa Théorie du partisan, etc. Depuis sa mort, plus de 600 livres lui ont à ce jour été consacrés.
    Jünger et Schmitt se sont connus tout à fait à la fin des années 1920. Ils ont alors entamé une correspondance suivie, restée jusqu'ici totalement inédite en France, qui s'est poursuivie jusqu'en 1983, deux ans avant la mort de Carl Schmitt. Ernst Jünger est quant à lui décédé en 1998, à l'âge canonique de 102 ans !
    Entamée sous la République de Weimar, poursuivie sous le IIIe Reich, puis après la fondation de la République fédérale allemande, la correspondance entre les deux auteurs porte bien entendu sur leur vies personnelles, mais aussi sur la politique, la littérature et l'actualité, apportant ainsi une foule d'informations et de renseignements inédits qui projettent sur leur temps et sur leurs oeuvres respectives un éclairage souvent décisif.
    L'une des périodes les plus intéressantes et évidemment celle de l'Occupation, époque à laquelle Ernst Jünger était, comme on le sait, en poste à l'état-major allemand à Paris, tandis que Carl Schmitt, après s'être brièvement rallié au régime nazi (de 1933 à 1936), vivait à Berlin dans une sorte d'exil intérieur. La confrontation de leurs opinions, tout comme l'évocation de leur rencontre dans la capitale parisienne en 1941, apportent beaucoup à l'histoire politique contemporaine, et même à l'histoire tout court.

  • « J'ai vécu. J'ai vu. C'est un des maigres avantages du métier de journaliste. Mais quelques satisfactions quand même. Car j'ai pu parfois mépriser les grands de ce monde que j'ai croisés. Sans pour autant - il me faut être honnête- avoir le courage de leur dire en face.
    Il m'est arrivé aussi de rencontrer des anonymes: mes plus belles rencontres. De ces moments fugitifs, j'ai fait des croquis. Des instantanés qui contiennent toujours une part de vérité sans être bien sûr toute la vérité.
    Parmi ces moments, Rocard, Victor Fay, Chirac, Giscard, Mitterrand, Cohn-Bendit, Kaczynski, Walesa, le Grand Rabbin de Pologne, un Tchèque inconnu, Marguerite Duras, Amine Gemayel, Max Théret, Pierre Lazareff, Jean-Pierre Chevènement et quelques autres...
    Certaines rencontres ont plus marqué ma mémoire que d'autres : Jean-Marie Le Pen poursuivant deux Arabes un tesson de bouteille à la main ... Jacques Chirac déshabillant goulûment une fille du regard...
    Arafat faisant ripaille... Walesa protégeant le Juif Michnik contre les antisémites de son camp... Marguerite Duras buvant et buvant encore et sombrant dans l'alcool.
    Tous m'ont donné quelque chose. Mais le meilleur, c'est ce que j'ai volé : un regard, des phrases, des attitudes.
    Pour les évoquer, j'ai parfois été brutal, fréquemment moqueur, rarement admiratif. Je les ai figés tels qu'ils me sont apparus. Souvent une photo dit mieux les choses qu'un long discours. Des instantanés.
    Je ne pense pas être prétentieux en écrivant que dans ces pages défilent cinquante ans de notre Histoire contemporaine.»

  • A` la source du malheur franc¸ais, il y a des trai^tres franc¸ais qui portent des pre´noms franc¸ais. Cela fait quarante ans et plus qu'ils abusent de la confiance des e´lecteurs, mentent sur les re´alite´s de la socie´te´, saccagent la nation fragile. Faudrait-il se re´soudre a` regarder la France se de´sinte´grer, sans que les vandales soient inquie´te´s? L'heure des comptes a sonne´ pour les maltraitants de la France mille´naire. Pourquoi pas devant la justice ? Un projet de socie´te´ est a` repenser. Avis aux bonnes volonte´s ! Rien n'est plus puissant qu'une ide´e dont l'heure est venue. Cette ide´e peut se re´sumer en un conservatisme national. Ce concept s'e´labore aussi bien dans les cuisines de la France profonde que dans les think tanks ame´ricains. Une chose est su^re : le peuple en cole`re, qui a e´branle´ le pouvoir macronien, ne se taira pas de sito^t.

  • « Ce qui caractérise le libéral-libertaire, selon Michéa, tient au lien entre ultra- libéralisme, c'est-à-dire recherche illimitée, dogmatique et sectaire du profit, hors de toute forme de règles et de limites (y compris libérales) - un truc, au sens du « truc » du magicien, venu en direct du Far West, quête individualiste en ce qu'elle massacre tout lien social-, mais aussi vision dogmatique, dite « libertaire », de courants politiques s'auto-situant à gauche (ou au centre-gauche/centre-droit) et fondant leurs idées sur des religions telles que celle du multiculturalisme, de l'antifascisme, de l'antiracisme, de la liberté sociétale sans frein et sans limites, ni Limite globale non plus. L'absence absolutisée de la Limite est au coeur d'un monde devenu ruines.
    Je reviendrai sur ce point essentiel. On pourrait dire, mais Michéa ne le fait pas, qu'il existe une sorte d'alliance des liberticides. Qui le sont, liberticides, au nom de la « liberté ». C'est pourquoi tout paraît nous échapper, comme ce qui est liquide justement. Car tout est toujours faux dans le vrai tel qu'il apparaît. Quel meilleur symbole de ce que je viens de dire qu'un Emmanuel Macron président de la « république ». Michéa a raison d'écrire qu'il y a une alliance objective entre les partisans du no border et la partie ultra-libérale de l'oligarchie libérale-libertaire.
    Entre libéralisme économique absolutisé, prétendue libération des moeurs, libéralisme politique, égalitarisme sociétal. Il n'y a donc, en effet, plus de droite ni de gauche. Mais attention, le fait est en réalité circonscrit : il n'y a plus ni droite ni gauche au sein du libéralisme libéral-libertaire.
    C'est de cela dont Macron est le nom. »

  • "L'angoisse du devenir hante les récits de Saint-Exupéry. Lorsque le pilote dans son avion (Vol de nuit) connaît l'angoisse de ne plus atterrir parce qu'il s'est perdu, parce qu'il a dérivé, parce que désormais il ne voit plus rien et qu'il comprend qu'il vit ses dernières minutes avant une panne sèche qui le précipitera en mer, il vit aussi l'épreuve suprême. Soudain il comprend. Il devient. Il n'échoue pas dans le désespoir ni dans le cri de détresse.
    Il est allé jusqu'au terme de son voyage personnel. Lorsque le pilote de Terre des hommes se prépare à mourir sous la mitraille, il n'éprouve pas la peur moite de ceux qui voient arriver leur dernière heure. Il goûte le moment comme l'apothéose de sa vie, comme l'instant le plus intense de sa vie, dût-il en être le dernier : "Je suis vivant. Je suis encore vivant. Je suis toujours vivant" Telle est la grande affaire : conjurer la mort." Cette splendide initiation à l'oeuvre de Saint-Exupéry traverse les silences de l'écrivain et les plaies du combattant, nous confronte au défi du monde, et réalise une véritable mystique du courage aux accents uniques.

  • David Lloyd George (1863-1945) consacra ses talents incontestables à la poursuite de trois objectifs : le pouvoir, l'argent, les femmes.
    Il créa l'Etat-Providence. Il mena son pays à la victoire lors de la Grande Guerre et négocia le Traité de Versailles avec Wilson et Clémenceau. Le Traité anglo-irlandais qui reconnait l'indépendance de l'Irlande fut également son oeuvre.
    Il parvint à s'enrichir par des moyens parfois douteux : exploitation d'une mine d'or fictive en Patagonie, trafic de titres de noblesse sans compter divers scandales boursiers.
    La fourberie fait partie de son fond de commerce et s'exerce dans tous les domaines : financière, politique ou diplomatique.
    Jeune séducteur irrésistible, il se transformera en vieillard lubrique, d'autant plus obsédé par l'autre sexe qu'il avait été trompé par sa maîtresse.
    Chassé du pouvoir en 1922, il sombre dans l'aigreur et la misanthropie. Il en vient à mépriser tout le monde, hormis Adolf Hitler. A tel point que les Londoniens se posent cette question en 1940 :
    « Lloyd George sera-t-il notre Pétain ? » Triste fin pour un homme qui, d'abord confiné dans l'obscurité galloise, était devenu l'une des personnalités les plus en vue de la vie politique britannique et internationale. Beau sujet à méditer : l'essor et la chute de David Lloyd George.

  • « - Si vous voulez, je peux faire l'amour... Lundi... Vous donnerez juste un peu plus d'argent... » Sa voix restait aussi fermée que son visage, et tout aussi terne que lorsqu'elle évoquait la Transnistrie. Sans doute avait-elle deviné dans quelle solitude je vivais, depuis ma sortie de l'hôpital, ou Léonore lui en avait-elle parlé pour la décider à travailler chez moi. Elle ne me proposait rien de plus qu'un complément de service : elle était de ces femmes qui, nées dans un pays arriéré, comme on disait à Siom, où les meilleurs d'entre nous considéraient cette arriération sans amertume, comme une fatalité historique, ont très tôt appris que savoir satisfaire un homme est le plus sûr moyen d'accéder, faute de bonheur, à une forme de tranquillité. Pour Yelizeveta, il s'agissait d'améliorer le fruit de son travail. Léonore m'avait dit qu'elle avait été mariée à un homme brutal, qu'elle avait divorcé et vivait, dans une lointaine banlieue, avec un fils âgé d'une quinzaine d'années pour lequel elle avait les faiblesses d'une mère seule et se sacrifiait, avait-elle ajouté en usant d'un verbe qui me paraît caractériser la femme tout entière - cette dimension sacrificielle étant particulièrement sensible dans le domaine sexuel, où la nature de l'appareil génital féminin rend possible sa soumission au temps sexuel de l'homme, pourtant infiniment moins vaste et riche en sensations que celui de la femme, l'homme n'étant, sous cet aspect comme en bien d'autres domaines, qu'un roi au sceptre en forme de hochet. (...) Nulle femme ne m'a pourtant mieux compris, intuitivement, sans pour autant s'intéresser à moi, à mon histoire, à ma qualité d'écrivain, ma maladie seule paraissant la soucier (...)»

  • « Dans toute l'oeuvre du grand écrivain Boris Pahor, Trieste occupe une place fondamentale, générique même ; sa ville est pour lui le lieu de rencontre intime du Karst et de la mer, le carrefour des langues, des cultures et des civilisations, fruit de brassages immémoriaux sur le continent européen. Trieste a aussi prédisposé Pahor à assister au déchirement de l'Europe : il en rend compte en 2006 dans Trg Oberdan, publié en allemand sous le titre Piazza Oberdan et repris en 2018 par les éditions Pierre-Guillaume de Roux sous le titre Place Oberdan à Trieste.
    Le discours romanesque de résilience de Boris Pahor se double d'essais militants. Il rejoint en cela le parcours de Stéphane Hessel qu'il rencontrera à plusieurs reprises. En particulier en 2012 à Paris (...) » Guy Fontaine «Et si c'était à refaire - chemins de Boris Pahor», dirigé par Guy Fontaine (Les lettres européennes) a été spécialement édité à l'occasion des 105 ans de Boris Pahor, le chantre de la cause slovène, écrivain mondialement réputé, rescapé des camps auquel on doit l'universel Pèlerin parmi les ombres.
    Ce livre d'hommage célèbre l'esprit de résistance et de mémoire.
    Il rassemble de nombreuses contributions dont les plus célèbres sont signées Guy Fontaine, René de Ceccatty, Claudio Magris et Stéphane Hessel (entretien inédit avec Boris Pahor).
    Enfin le recueil contient trois nouvelles de l'auteur slovène : Le Berceau du monde, Mirage chez Hadès et Vol brisé.

  • Publié dans l'hebdomadaire Gringoire en trois livraisons du 31 août au 14 septembre 1939, Le Faux Belge n'est pas à proprement parler un inédit de Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945), mais une nouvelle qui constitue l'essentiel de l'épilogue du roman Gilles (paru en décembre 1939), auquel seront ajoutées une dizaine de pages qui mènent le personnage à l'acmé de sa destinée sacrificielle. Ce texte ne fut guère connu que de quelques spécialistes de Drieu (ses biographes Pierre Andreu et Frédéric Grover ou encore Jean Lansard, son meilleur bibliographe) mais, apparemment oublié depuis, il n'a jamais fait l'objet d'une publication en volume et est même absent de l'appareil critique de la Pléiade regroupant plusieurs oeuvres de Drieu !
    Le Faux Belge met en scène un certain Walter, prétendument professeur de chimie belge en vacances durant l'été 1936 (Guerre d'Espagne) à Barcelone alors qu'il est en réalité un agent fasciste infiltré. Suite à un sombre quiproquo, Walter embarque par erreur en direction des Baléares, dans un petit avion où sont présents deux communistes, le juif Cohen et le Français Escairolles. L'avion est forcé de se poser à Ibiza. Ignorant si l'île est aux mains des rouges ou des blancs, les passagers concluent sur la plage un pacte d'entraide mutuelle quelle que soit la configuration de forces politiques en présence. Puis ils partent à la rencontre des autochtones...

  • Ce livre n'est pas une re´flexion de plus sur le pourquoi et le comment de la situation actuelle, il re´pond a` une ne´cessite´. Face aux dangers mortels qui nous environnent : re´chauffement climatique, pousse´e de´sordonne´e de l'islam, mate´rialisme de´chai^ne´, perte du sens de la vie... il propose une voie nouvelle qui, base´e sur les pre´ceptes de la sagesse universelle et la vision rec¸ue par l'auteur un jour d'inquie´tude, ouvre a` tous un chemin d'espe´rance commun.

    Appuye´ aussi sur l'e´tude du passe´, les enseignements scientifiques les plus re´cents et les changements radicaux a` venir dont la conque^te spatiale fait partie, l'ouvrage pre´sente en conclusion aux hommes d'aujourd'hui une perspective d'unite´ indispensable si l'humani- te´ veut e´viter les terribles conflits qui se profilent.

    Une courte annexe permet enfin au lecteur d'ame´liorer au quotidien la pratique spirituelle de sa vie au travers de la me´ditation, de la prie`re et des actes.

  • Cela peut arriver n'importe où.
    Dans le froid et la pluie d'hiver. Par une chaude après-midi d'été. En pleine ville. Au bord de la mer. Tout près d'un casino ou encore un jour de carnaval où tous déambulent, parfaitement méconnaissables... Soudain quelqu'un vous bouscule et vous voilà nez à nez avec l'être qui a détruit votre existence : le rival qui vous a pris votre fiancée, le père qui ne vous a pas aimé, la maîtresse que vous avez rejetée.
    Vous brûlez d'en venir aux mains. Mais non, vous pressentez que tout se jouera autrement. Au-delà de la haine, de l'angoisse et du remords. Autour de vous, la vie continue à suivre son cours : des musiques s'échappent des bars, des voitures accélèrent, des rires résonnent. Et vous pressez l'allure, histoire d'échapper au fantôme du passé qui s'attache à vos pas. Une course-poursuite qui durera toute la nuit.
    Jusqu'à échanger enfin un regard, une parole de compassion au point du jour. Neuf nouvelles en forme de déambulations sur le thème des retrouvailles.

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