Sciences humaines & sociales

  • A` la source du malheur franc¸ais, il y a des trai^tres franc¸ais qui portent des pre´noms franc¸ais. Cela fait quarante ans et plus qu'ils abusent de la confiance des e´lecteurs, mentent sur les re´alite´s de la socie´te´, saccagent la nation fragile. Faudrait-il se re´soudre a` regarder la France se de´sinte´grer, sans que les vandales soient inquie´te´s? L'heure des comptes a sonne´ pour les maltraitants de la France mille´naire. Pourquoi pas devant la justice ? Un projet de socie´te´ est a` repenser. Avis aux bonnes volonte´s ! Rien n'est plus puissant qu'une ide´e dont l'heure est venue. Cette ide´e peut se re´sumer en un conservatisme national. Ce concept s'e´labore aussi bien dans les cuisines de la France profonde que dans les think tanks ame´ricains. Une chose est su^re : le peuple en cole`re, qui a e´branle´ le pouvoir macronien, ne se taira pas de sito^t.

  • Lire Simone Weil (1909-1943), Cristina Campo (1923-1977), Mar?a Zambrano (1904-1991), ces « flammes libres », c'est d'abord écouter leur voix, longtemps recouverte par l'obscurantisme de notre époque, celui qui refuse toute lumière autre que celle d'une raison sèche, désincarnée. Leurs oeuvres sont devant nous. Il a fallu du temps pour reconnaître le génie de Simone Weil et de Mar?a Zambrano, dont une oeuvre magistrale, L'Homme et le divin, publiée en 1955 au Mexique, fut refusée par Gallimard malgré le soutien d'Albert Camus, bien avant qu'elle reçoive le prix Cervantès à Madrid en 1988 pour l'ensemble de son oeuvre. Quant à Cristina Campo, on commence seulement à la lire en France, elle qui a si peu publié de son vivant et dont la plupart des écrits, enfouis dans des malles, ont disparu, dispersés par ses héritiers après sa mort en 1977. Ces trois voix ont brûlé, dans les ténèbres du XX e siècle - cette longue nuit de guerres, de totalitarismes, de barbarie où nous errons encore -, de leur désir de vérité et de cette volonté qui consiste à aimer inconditionnellement. Trois femmes, trois voix qui s'entrelacent sans le savoir en une seule flamme dans la nuit où le Verbe se fait silence, dans trois langues vivantes et soeurs, le français, l'italien, l'espagnol. Si différentes dans leur absolue singularité , elles se ressemblent, toutes trois de la lignée d' Antigone, éminente figure du sacrifice, de l'offrande sans concession, de l'amour sans conditions, du « moi » consumé pour accéder à l'être, sans lesquels il n'est pas de révolte authentique. Dans le temps de vie qui leur fut imparti, brève et fulgurante trajectoire de Simone Weil, morte à trente-quatre ans, longue vie de Mar?a Zambrano du début à la fin du siècle, parcours orienté dès la naissance par la maladie, pour Cristina Campo qui ne connut pas la vieillesse, elles ont eu cette capacité si rare de transformer leur vie en destin.
    Toutes trois ont connu l'extrême souffrance, à travers l'épreuve de la maladie, pour Simone Weil et Cristina Campo, ou celle de l'exil pour Mar?a Zambrano, à travers les ruptures, les deuils, aussi. Toutes trois ont vécu dans le monde et hors du monde, hors des modes, hors de l'air du temps. Une parenté les li , de celles que Nietzsche nomme « amitiés stellaires » qui n'ont de lieu que dans l'espace de la pensée, de l'intelligence et de la vérité, perceptible dans leurs thèmes qui se font écho - une écholalie, comme l' écrit André Hirt à propos de Baudelaire, Wagner et Nietzsche - parenté dont Cristina Campo serait la jointure poétique, elle qui découvre La Pesanteur et la Grâce en 1950, oeuvre de Simone Weil qu'elle contribue à importer en Italie, et qui « reconnaît aussitôt dans la philosophe française une soeur. Plus intense, plus brûlante. » On Chacune se reconnaît chacune en l'autre dans une triangulation dont l'enjeu n'est autre que cette mystérieuse activité, « écrire », comme pratique rationnelle du logos et simultanément, expérience mystique.

  • « A douze ans d'intervalle, nous avons assisté à deux événements à la portée symbolique opposée : la chute du Mur de Berlin en 1989 et l'effondrement des Twin Towers le 11 septembre 2001. Le premier a été considéré dans les milieux libéraux comme marquant la fin des totalitarismes et la naissance d'une ère de prospérité et de paix universelle débouchant sur la « fin de l'histoire » (Francis Fukuyama). Le second, tout au contraire, a révélé la puissance du « fanatisme religieux » faisant irruption dans un monde globalisé cherchant à s'unifier par le moyen de la technologie et du commerce. D'un côté, le triomphe de la pensée « rationnelle », de l'autre le spectre des « fous de Dieu ».
    La théologie politique, du même coup, a repris ses droits : au cours de la dernière décennie, des centaines de livres, d'essais, d'articles, de colloques sont venus témoigner de son actualité, qu'il s'agisse des efforts déployés par les Eglises pour échapper à la privatisation intégrale de la foi et reprendre pied dans l'espace public, des débats sur la laïcité et le statut civil des religions, des discussions sur le « matérialisme pratique » et le « désenchantement du monde », mais aussi sur le « retour du religieux », le nouvel essor de l'islam (et de l'islamisme politique), le renouveau charismatique et le développement des sectes d'inspiration évangélique qui, en Amérique latine, exercent aujourd'hui une séduction que l'ancienne théologie de la libération des années 1970 et 1980 a perdue. (...) La question de la pertinence politique du christianisme reste ainsi ouverte, tout comme celle d'une éventuelle levée de l'«excommunication» publique de la religion. On peut la formuler ainsi : si la modernité a pu être définie en termes de sécularisation, la postmodernité doit-elle être comprise comme désécularisation, c'est-à-dire comme un moment où la religion fait retour dans l'espace public sous des formes nouvelles ?»

  • « Ce qui caractérise le libéral-libertaire, selon Michéa, tient au lien entre ultra- libéralisme, c'est-à-dire recherche illimitée, dogmatique et sectaire du profit, hors de toute forme de règles et de limites (y compris libérales) - un truc, au sens du « truc » du magicien, venu en direct du Far West, quête individualiste en ce qu'elle massacre tout lien social-, mais aussi vision dogmatique, dite « libertaire », de courants politiques s'auto-situant à gauche (ou au centre-gauche/centre-droit) et fondant leurs idées sur des religions telles que celle du multiculturalisme, de l'antifascisme, de l'antiracisme, de la liberté sociétale sans frein et sans limites, ni Limite globale non plus. L'absence absolutisée de la Limite est au coeur d'un monde devenu ruines.
    Je reviendrai sur ce point essentiel. On pourrait dire, mais Michéa ne le fait pas, qu'il existe une sorte d'alliance des liberticides. Qui le sont, liberticides, au nom de la « liberté ». C'est pourquoi tout paraît nous échapper, comme ce qui est liquide justement. Car tout est toujours faux dans le vrai tel qu'il apparaît. Quel meilleur symbole de ce que je viens de dire qu'un Emmanuel Macron président de la « république ». Michéa a raison d'écrire qu'il y a une alliance objective entre les partisans du no border et la partie ultra-libérale de l'oligarchie libérale-libertaire.
    Entre libéralisme économique absolutisé, prétendue libération des moeurs, libéralisme politique, égalitarisme sociétal. Il n'y a donc, en effet, plus de droite ni de gauche. Mais attention, le fait est en réalité circonscrit : il n'y a plus ni droite ni gauche au sein du libéralisme libéral-libertaire.
    C'est de cela dont Macron est le nom. »

  • Et si la fin des temps découlait précisément du recours abusif à la notion d' « apocalypse » pour expliquer toutes nos angoisses ? Car c'est bien plutôt à la paralysie de la pensée qu'à la prise de conscience qu'aboutit ce sempiternel discours sur la fin du monde. L'effet en est décuplé dans un contexte où prolifèrent les instruments de mesure et de prédiction. Impossible d'ignorer ce qui nous menace depuis notre taux de cholestérol jusqu'à la fonte de la calotte glaciaire.
    Dans l'univers technoscientifique qui est le nôtre, il n'est désormais presque aucun domaine, presque aucune réalité qui ne soit affligée d'un expert ou d'un spécialiste, comme une petite chose malade ou mal fichue. Une telle situation engendre un état d'hypocondrie cognitive - qui engendre à son tour une paralysie de la décision et de l'action : l'homme actuel s'en trouve affecté comme nul autre type d'hommes avant lui. Parler de Fin des Temps à l'homme d'un tel monde, c'est non seulement vouloir le clouer dans son lit, mais le plonger dans le coma. Ces impasses sont typiquement modernes et post-modernes, que ce soit dans l'excès d' « ignorance » ou dans l'excès de « savoirs ». Il est donc plus que temps de rendre son sens réel et profond au mot « apocalypse » : révélation, dévoilement.
    Pour cela, tentons un dialogue audacieux entre deux grands esprits de notre temps : René Girard (1923-2015), philosophe français, et Leonardo Castellani (1899-1981), grand théologien argentin . Tous deux sont investis de l'étonnement créateur sans lequel aucune vérité n'émerge, tous deux sont réalistes, profondément psychologues et grands lecteurs. C'est au niveau le plus spirituel et le plus caché de l' apocalypse qu'ils nous mèneront.

  • Mouvement monarchiste tenant d'un «nationalisme intégral», l'Action française a d'emblée placé au centre de son corpus idéologique son opposition au «germanisme». C'est ce qu'analyse Michel Grunewald dans son ouvrage qui a pour point d'orgue la vision maurrassienne du nazisme. Adversaires résolus du Traité de Versailles, Maurras et ses amis considéraient que les concessions consenties par Briand à Stresemann avaient largement favorisé l'arrivée d'Hitler au pouvoir et voyaient dans le nazisme l'aboutissement de l'évolution du nationalisme allemand théorisé par Fichte, dont Maurras avait découvert les écrits en 1895. Dès 1933, très inquiets du fait de la fragilité des relations entre l'Angleterre, l'Italie et la France, les maurrassiens mirent en garde contre la perspective d'une «guerre de civilisation» voulue par Hitler ainsi que contre toute tentative de «front antifasciste», Staline poursuivant selon eux les mêmes objectifs que le «Führer». Soucieux de «la France d'abord» et conscients de l'affaiblissement de leur pays, les maurrassiens acceptèrent les accords de Munich et s'opposèrent en 1939 jusqu'au dernier moment à la guerre contre le Troisième Reich. La défaite de 1940 ne fit que confirmer les pires de leurs craintes. Favorables à l'armistice, dès juillet 1940, dans un geste a priori paradoxal, ils recommandèrent aux Français de s'inspirer des leçons de Fichte prodiguées à la « nation allemande » à l'heure de la domination napoléonienne afin de construire la «seule France», dont le socle aurait été la «Révolution nationale». Soutiens indéfectibles de Pétain, jusqu'en août 1944, les maurrassiens furent les adversaires de Laval qui, selon eux faisait le jeu du «germanisme» auquel une France soucieuse de sa pérennité ne pouvait que s'opposer.

  • David Lloyd George (1863-1945) consacra ses talents incontestables à la poursuite de trois objectifs : le pouvoir, l'argent, les femmes.
    Il créa l'Etat-Providence. Il mena son pays à la victoire lors de la Grande Guerre et négocia le Traité de Versailles avec Wilson et Clémenceau. Le Traité anglo-irlandais qui reconnait l'indépendance de l'Irlande fut également son oeuvre.
    Il parvint à s'enrichir par des moyens parfois douteux : exploitation d'une mine d'or fictive en Patagonie, trafic de titres de noblesse sans compter divers scandales boursiers.
    La fourberie fait partie de son fond de commerce et s'exerce dans tous les domaines : financière, politique ou diplomatique.
    Jeune séducteur irrésistible, il se transformera en vieillard lubrique, d'autant plus obsédé par l'autre sexe qu'il avait été trompé par sa maîtresse.
    Chassé du pouvoir en 1922, il sombre dans l'aigreur et la misanthropie. Il en vient à mépriser tout le monde, hormis Adolf Hitler. A tel point que les Londoniens se posent cette question en 1940 :
    « Lloyd George sera-t-il notre Pétain ? » Triste fin pour un homme qui, d'abord confiné dans l'obscurité galloise, était devenu l'une des personnalités les plus en vue de la vie politique britannique et internationale. Beau sujet à méditer : l'essor et la chute de David Lloyd George.

  • Découvrez Fragments (un peu roussis), le livre de George Steiner. "Y a-t-il un trou noir au coeur de l'être? Ce qui ne peut se conceptualiser ne saurait se dire, ce qui ne peut se dire ne saurait être." En quelques fragments lumineux, dans la tradition d'Héraclite, George Steiner nous conduit au plus profond du paradoxe humain. Question : quelles sont les forces de vie concurrentes à l'oeuvre dans notre monde ?
    Quelle dialectique épineuse s'est donc installée entre tabous et bonnes intentions au point d'éprouver les limites du progrès et de la science ? Que peuvent ainsi les lumières de l'éducation face à la récurrence implacable des continents noirs de l'inégalité ? Que vaut l'idéal de l'amour, aussi éclatant que passager, face aux vertus régulières de l'amitié ? Au-delà de la dualité qui sépare ombre et lumière, gloire et misère, jouissance et connaissance, apparaît peu à peu le dialogue avec les dieux qui arracha à Socrate un chant extraordinaire au moment même de mettre fin à ses jours. Le génie du stoïcisme et le sourire de l'artiste éclairent ces méditations inoubliables en huit aphorismes - sur la lumière, l'amitié, le mal, l'argent, la musique, Dieu et la mort - qu'on lira également comme autant de fragments d'autoportrait.

  • Hospitalisée dans une clinique psychiatrique de Zürich, Sabina Spielrein devient la patiente de Carl G. Jung. Très vite, leur relation prend un tour amical puis amoureux. Mais l'analyste est marié. Rejetée, la jeune femme se tourne alors vers Freud. Une correspondance à trois s'engage, déterminante pour l'avenir de la psychanalyse.

  • Dans cette étude consacrée à la pensée philosophique de Charles Maurras et de ses émules, l'auteur situe l'âge d'or du maurrassisme entre 1899, date de la création de la revue de l'Action française, et 1908, date du lancement du journal. Partant des textes et s'y tenant toujours, Jacques Paugam montre comment en neuf ans, le mouvement va élaborer sa doctrine, établir ses choix et construire une véritable philosophie de l'Etat qui, dans beaucoup de ses aspects, rend un son très actuel. Maurras était-il mal compris ? L'essentiel de sa pensée a-t-il été déformé par les luttes partisanes et les passions politiques ? Jacques Paugam, dans cette brillante exégèse qu'il situe volontairement au-delà des vaines polémiques, réintroduit Maurras dans le passé et le présent de la France et nous permet de mieux distinguer l'apport spécifique de l'Action française à la pensée d'hommes aussi différents que Bernanos, Montherlant, Malraux et le Général de Gaulle.
    Ce livre majeur est réédité à l'occasion du 150 ème anniversaire de la naissance de Charles Maurras le 20 avril 1868.
    A son introduction existante, signée Jean-Jacques Chevalier, membre de l'Institut, s'ajoute une préface inédite de Michel De Jaeghere, directeur du Figaro Histoire, essayiste et historien.

  • Pour le dire un peu brutalement, et pour la rime, le Petit Remplacement c'est le changement de classe, le Grand Remplacement c'est le changement de race. Plus pre´cise´ment, le Petit Remplacement c'est le changement de classe de re´fe´rence culturelle (passage de la bourgeoisie a` la petite bourgeoi- sie), le Grand Remplacement c'est la substitution ethnique (passage des indige`nes aux alloge`nes). Le Petit Remplacement c'est le changement de culture. Le Grand Remplacement c'est le changement de civilisation. Le Petit Remplacement c'est le changement d'histoire. Le Grand Remplacement c'est le changement de peuple. Le Petit Remplacement c'est le changement de sens. Le Grand Remplacement c'est le change- ment de sang. Le Grand Remplacement n'est rendu possible que par le Petit. Toutefois il l'acce´le`re a` son tour. L'interaction est re´ciproque. Ils peuvent d'ailleurs se combiner a` merveille - dans la musique, en particulier, ou la danse (la Fe^te de la Musique a` l'E´lyse´e, par exemple, en 2018, c'e´tait a` la perfection les deux remplacements en un seul).
    On a re´uni dans ce recueil six essais parus se´pare´ment depuis le de´but du sie`cle : La Dictature de la petite bourgeoisie (Privat, 2005, Chez l'auteur, 2016); La Grande De´culturation (Fayard, 2008, Chez l'auteur, 2018) ; De´civilisation (Fayard, 2011, Chez l'au- teur, 2018) ; Les Inhe´ritiers (Chez l'auteur, 2012 ; nouvelle e´dition, 2018) ; La Civilisation des pre´noms (Chez l'auteur, 2014 ; nouvelle e´dition, 2018) et Le Mot «musique» (Chez l'auteur, 2018). Ce volume-ci, on l'aura compris, est le livre fre`re du Grand Remplacement.

  • Regards de Moscou sur la crise syrienne ! Ce livre expose très précisément la « lecture russe » de la crise syrienne. On y comprend les raisons et les motivations des engagements militaires et diplomatiques de Moscou dans la guerre civilo-globale de Syrie. Globale, car elle fait interagir quatre dynamiques de conflictualité : 1) Washington contre Moscou ; 2) Riyad contre Téhéran ; 3) Ankara contre les Kurdes ; 4) enfin, les jihadistes « globaux » (Al-Qaïda) contre les jihadistes « locaux » (Organisation Etat islamique - Dae'ch).

    La bataille d'Alep (été 2016 - décembre 2016) et ses conséquences cristallisent le point culminant de ce grand jeu de conflits régionaux et internationaux. La bataille pour la reconquête de cette ville (la deuxième du pays, mais en réalité la capitale économique) par les autorités syriennes s'est effectuée dans la cadre d'un accord russo-turc. Plusieurs tentatives et consultations russo-américaines afin de résoudre le « problème d'Alep » avaient échoué. L'auteur met en lumière les blocages du « groupe restreint » des États engagés - Russie, États- Unis, Iran, Qatar, Arabie Saoudite, Turquie -, montrant ainsi les enjeux et les dynamiques d'un nouvel ordre proche et moyen-oriental en train d'émerger.

    L'auteur instruit une critique raisonnée et argumentée des initiatives de l'ONU pour « sauver » Alep. Sous prétexte de défendre les « droits de l'homme » et pour des considérations « humanitaires », les Nations unies ont cherché à endiguer les opérations antiterroristes menées par l'armée syrienne et les forces progouvernementales avec le soutien de l'armée russe. Pourquoi et comment l'ONU a-t-elle ainsi cherché à sauver les rebelles qui occupaient la partie orientale de la ville ? Quel furent alors les objectifs et l'agenda en creux, sinon caché de l'ONU ?

    Enfin, place à la diplomatie ! La libération d'Alep est examinée aussi du point de vue des mécanismes de coopération internationale entre les acteurs régionaux et internationaux. C'est la partie prospective de l'ouvrage, indiquant - dans le domaine de la résolution des conflits - les perspectives susceptibles de ramener paix et stabilité dans cette région stratégique.

    A l'issue de ce processus, le système actuel des relations internationales ne sera plus le même. Le Yalta régional qui résulte - d'ores et déjà - de la bataille d'Alep et de ses conséquences géopolitiques inaugure un nouvel ordre international, de nouvelles donnes rebattant les cartes, non seulement aux Proche et Moyen-Orient, mais aussi en Méditerranée, en Asie centrale et en Afrique !

  • La Grande rafle du Vél'd'Hiv' (16 juillet 1942) a entraîné la déportation au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau de plus de 13.000 Juifs, dont plus de 4000 enfants. Elle symbolise tragiquement la participation du régime de Vichy - dit « Etat français » - à la politique de persécution et d'extermination des Juifs d'Europe mise en oeuvre par l'Allemagne nazie. Les faits sont établis de manière incontestable : l'arrestation des Juifs de Paris, exigée par l'Allemagne, ordonnée par le gouvernement de Vichy, a été exécutée par la police française. La responsabilité de ces trois acteurs de la tragédie est engagée. Celle de la France, en revanche, affirmée par Jacques Chirac dans son discours du 16 juillet 1995 et réaffirmée par ses successeurs est beaucoup plus discutable.

    L'Etat français représentait-il la France ? La France se trouvait-elle à Vichy ? L'auteur revient sur cette polémique toujours actuelle en historien soucieux de s'en tenir à la simple vérité.

  • Converti au catholicisme mais demeuré Anglais, c'est-à-dire excentrique, l'écrivain Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) se fait une certaine idée de la rédemption chrétienne à l'ère du romantisme décadent qu'il exècre :
    « Hérétique, c'est-à-dire excentrique par rapport à son centre anglican, lui-même hérétique et excentrique par rapport à Rome dont il s'est détaché, Chesterton oppose à l'éternel contradicteur Satan l'Homme Ordinaire, celui qu'il appelle le Common Man, autrement dit l'homme créé par Dieu, pécheur promis à la sainteté, alors que l'homme moderne, modelé sur le patron du dandy-luciférien est au contraire celui qui cherche à afficher sa différence.
    Il opposera donc la classe moyenne, dont il est issu et dont il se veut être le massif et incontournable porte-parole, à l'excentricité périphérique du dandysme d'Oscar Wilde.
    La décadence se produisant quand l'esthète prend le pas sur le croyant et que le « Beau », détaché du Bien et du Vrai croit pouvoir cavaler seul jusqu'aux bords brumeux du Néant. » D'où une vie de combat, de grosse bagarres et d'aventures inénarrables :
    « Un récit de Chesterton, c'est toujours une aventure exceptionnelle et flamboyante. Comment !
    L'ordre, la raison, le bon sens auraient-ils des ailes ! Alors qu'une opinion courante veut que plus le héros est grand, plus il se confond avec tout le monde, plus il se fond dans la grisaille ambiante, plus il a de chances d'atteindre à l'universalité, Chesterton, lui, croque des types fantastiques, des excentriques, des lunatiques au sens propre du terme. Pour ces héros si actifs, si ardents, le monde est avant tout un champ de bataille où les bons repoussent perpétuellement les mauvais, l'esprit aussi tranquille que des guerriers entrant au Walhalla, car ces méchants sont de telle sorte qu'on n'en peut faire autre chose que de les boxer ou les pendre. »

  • La dignité humaine, ou de la personne humaine, constitue un des éléments les plus typiques, dans le monde contemporain, de ce que John Rawls a nommé un « overlapping consensus », un consensus par recoupement, une valeur raisonnablement partagée sur laquelle est censée pouvoir s'édifier la collaboration sociale. Cette notion a connu une grande fortune après la fin de la Seconde Guerre mondiale, par opposition, et en réponse, aux crimes massifs commis au cours du conflit, puis, sans cesser d'être invoquée, elle s'est trouvée entraînée dans divers affrontements idéologiques au point de perdre beaucoup de sa signification consensuelle.
    La notion de dignité a une histoire philosophique et théologique propre, et traverse aussi bien la période prémoderne que l'ensemble de la modernité, aujourd'hui parvenue en sa phase tardive. Cette dernière, aussi nommée postmoderne, se caractérise notamment par le caractère instable des concepts, leur relativité et leur aptitude à changer fréquemment de contenu, mais en même temps elle permet souvent de révéler, tant dans la théorie que dans l'utilisation pratique qui en est faite, le sens profond que la modernité entendait leur donner à l'origine.
    D'autre part, comme pour d'autres notions ayant une dimension politique et juridique, la dignité en général, et la dignité humaine en particulier ont dans le monde occidental - berceau initial et espace principal de leur emploi - un double lien avec la philosophie d'inspiration gréco-latine et avec la théologie chrétienne. Ce lien a connu les vicissitudes liées au développement de la pensée moderne et à sa rupture avec l'intelligence chrétienne du monde, au point de voir formuler une équivocité conceptuelle entre dignité chrétienne et dignité moderne, les mêmes mots ne désignant pas les mêmes réalités ; puis, surtout depuis le concile Vatican II, il a semblé que les deux parties dans ce long et tumultueux débat en venaient à parler la même langue, cueillant ainsi les fruits des efforts de certains intellectuels catholiques, au premier rang desquels Jacques Maritain et John Courtney Murray.
    Toutefois, et comme on l'a dit plus haut, l'évolution même de la modernité semble bien avoir rendu caducs ces tentatives de conciliation, fournissant ainsi non seulement l'occasion, mais aussi entraînant la nécessité de revenir aux sources originelles pour éviter de sombrer dans la confusion des langues.
    L'ouvrage qui suit résulte d'un travail collectif, mené à l'initiative de Bernard Dumont, directeur de la revue Catholica, avec le concours de Miguel Ayuso, professeur de droit constitutionnel à l'Université pontificale Comillas de Madrid, et de Danilo Castellano, professeur émérite de philosophie du droit à l'Université d'Udine. La diversité d'origine de ceux qui y ont participé sera certainement reçue comme significative d'une même perception du besoin de clarification qui vient d'être évoqué. Chacun a creusé un sillon déjà parcouru dans ses propres travaux.

  • D'un objet de scandale, sans emploi, sans vocation précise, Colette aura tiré un personnage d'excentrique, puissant et cohérent dans son excès même. » Le principe : Réhabiliter la Marquise de Morny, personnage de la Belle Époque, qui fi t scandale en p p q y renonçant à son sexe et en affi chant son goût pour les femmes. Sous la plume élégante et attentive de François-Olivier Rousseau, elle acquiert l'héroïsme des éternels conspués. L'honnêteté foncière, le désintéres- sement et une profonde mélancolie triomphent peu à peu du cocktail de vices que la légende noire lui a prêté.
    « La Chevalière » errante Sa longue liaison avec Colette lui valut de fi gu- rer dans son livre Le Pur et l'impur sous les traits de « La Chevalière ». En fait, celle qui se faisait aussi appe- ler « Max » ou « Oncle Max » n'avait aucun goût pour la mauvaise publicité qu'attire le scandale. Un réfl exe qu'elle doit sans doute à sa naissance : la fi lle du duc de Morny, frère adultérin et principal conseiller de Napoléon III, a reçu l'éducation d'une dame. Sa mère, Sophie Troubetzkoï, lui, a cependant, ouvert une voie en se construisant un personnage construit de toutes pièces. Si elle accueille avec enthousiasme la rumeur qui en fait la fi lle naturelle du Tsar Nicolas 1 er , elle ne pro- nonce ainsi jamais le nom de la simple ballerine qui lui sert de grand-mère, maternelle : la fameuse Madame Saki. Une contradiction qui a peut-être éveillé le goût pour la bohème de Missy. Mal aimée de cette mère trop jolie qui lui reproche un « nez de tapir », orpheline de père à un âge encore enfantin, Mathilde est aussi un enfant de la débâcle de 1870 qui laissera la France profondément aff aiblie. Les deux autres guerres qu'elle connaîtra ne suffi ront malheureusement pas à assurer l'aff ranchissement dont elle rêve. Mariée au Marquis de Belboeuf dès 1881 pour en divorcer en 1903, Missy rompt pourtant très vite avec les convenances. En 1886 elle emménage, seule, au numéro 1 de la rue Pierre- Charron, dans un immeuble dont les fenêtres donnent sur la place d'Iéna. Elle commence à porter le pantalon et à fumer le cigare. Sensations garanties : « Habituée des terrasses des cafés, elle y aurait parrainé l'invention d'un breuvage panaché, genre mêlé-casse, baptisé en son honneur un « marquise »... Elle aurait inspiré des romans à Catulle Mendès et à Rachilde, et une haine inexpiable à Jean Lorrain. » C'est sa fortune qui lui permet toutes ses excentricités bien qu'au fond Missy soit d'une intelligence moyenne, assez brave, sans éclat.
    Elle aura une liaison avec Liane de Pougy, courtisane en vue, tâtera de la sculpture sans conviction, claquera beaucoup d'argent en aventures et ne sera fi nalement acceptée de personne, ni de la bonne société ni des femmes qui suivent son mode de vie. Nathalie Barney lui reproche de chercher à « imiter l'ennemi », l'homme.
    « Pour la société d'alors, construite sur le préjugé d'une hiérarchie entre les sexes, il est un délit d'usurpation, la protestation abusive d'une appartenance à une condi- tion supérieure. » Soudain Missy a dépassé les 40 ans.
    « Les frasques de ses premières années de célibataire, « les petites débauches » évoquées dans Fantasio, ces soupers savoureux, dont ses rez-de-chaussée succes- sifs étaient le théâtre, où les convives se battaient à coups de roses et s'enlaçaient selon les préférences de sexe, ne sont plus qu'un souvenir incertain dans l'hété- roclite légende du Paris « fi n de siècle ». » Devenue clubman, associée à Alfred Edwards, le directeur du Matin, elle patronne l'éclectique Cercle des arts et de la mode, situé villa d'Eylau, une impasse dans l'avenue Victor-Hugo. C'est là que va se produire la rencontre avec Colette, celle qui l'initiera au mimo- drame, celle qui va la révéler au grand jour. Le scandale du Moulin rouge, en 1906, qui voit Missy monter sur les planches pour la première et la dernière fois, mar- quera à jamais le point de non-retour avec les siens...

  • Fondateur de l'école de psychologie analytique souvent confondue avec la psychanalyse freudienne, Carl Gustav Jung (1875-1961) a commencé à s'intéresser aux gnostiques dans les années 1910-1915 durant lesquelles il rompit avec Freud (1913) et vécut une « confrontation à l'inconscient » dont il fit le récit dans le fameux Livre Rouge, et qui donna une signification nouvelle à la seconde partie de son existence et de son oeuvre. Considérées comme des hérésies par les premiers auteurs chrétiens, les gnoses dont l'origine est incertaine (Iran, Égypte, Judée, Syrie) proposaient une vision du salut plus proche des Mystères antiques que du christianisme, même si certaines d'entre elles se disaient chrétiennes. Passionné par cette littérature décriée et mal connue, Jung pensa trouver chez les gnostiques les premiers explorateurs de l'inconscient confrontés sans le savoir au monde des archétypes qui leur aurait inspiré leurs visions et leurs mythes. Comme les alchimistes plus tard, les gnostiques ont ainsi accompagné Jung dans l'élaboration de sa psychologie qui emprunte à la gnose l'idée qu'une connaissance révélée et salvatrice puisse restituer une plénitude et un sens à la vie désorientée de l'homme contemporain.

  • « Il est urgent de proposer un horizon serein afin d'inscrire le Gabon dans une dynamique de croissance saine et forte pour que ce pays devienne une zone de prospérité capable d'entraîner à sa suite l'ensemble de l'Afrique centrale. Reste à définir les modalités d'une telle stratégie » Raymond Ndong Sima.

    Avec un sous-sol particulièrement riche, une faune et une flore variées, une importante couverture forestière, le Gabon est un pays favorisé par la nature. Pourtant son économie est en berne, son climat social orageux. D'aucuns incriminent les cicatrices laissées par la manière dont Omar Bongo Ondimba a exercé le pouvoir pendant les quelque quarante années qu'il a passées à la tête de l'État. Mais force est de constater que six ans après sa brutale disparition, la situation, loin de s'améliorer, s'est au contraire dégradée. Et ce en dépit de l'ambitieux projet de société porté par le président de la République élu en 2009 et dont le mandat expirera en 2016. Où donc gisent les raisons profondes de cette morosité ? Raymond Ndong Sima, qui a été Premier ministre de février 2012 à janvier 2014, tâche de répondre à cette question dans cet ouvrage clair et synthétique. Chapitre après chapitre, il met à jour les dysfonctionnements qui, en grippant les rouages institutionnels et économiques de son pays après l'indépendance, ont affecté son développement. Son propos ne se borne pas au diagnostic : observant avec lucidité le contexte intérieur aussi bien que mondial, il énumère des remèdes susceptibles d'endiguer le mal. L'ordonnance est sévère mais en suivre les prescriptions semble bien être d'une nécessité vitale.
    Après le virage manqué de 2009, ce sera là tout l'enjeu des prochaines élections présidentielles. Pour que celles-ci soient enfin le point origine de l'émergence gabonaise, il faudra remettre au coeur des choix politiques ces réformes que des appétits excessifs de pouvoir ou de profits ont, depuis trop longtemps, réduites à l'état de voeux pieux.

  • Un penseur russe serait-il en avance de plus d'un siècle sur les questions du multiculturalisme et de l'identité ? Le malentendu est source de vérité, en voici une nouvelle preuve ! Aisance, liberté de ton, grâce narrative, humour, font de ces lettres de petites scènes philosophiques où rigueur dialectique et fantaisie s'allient pour clarifier des sujets qui, plus de cent ans après, brûlent toujours.
    Intrépide, Soloviev prend le beau risque de tout mettre sur le tapis : la viabilité du christianisme, le rôle de la Russie, Nietzsche et Tolstoï, l'Islam, la guerre, le fondement de l'éthique. Pari tenu : cet homme avait atteint l'unité d'esprit. Une entrée stimulante dans la pensée de Soloviev, et dans la pensée russe en général : une pensée qui n'est pas sèchement conceptuelle, mais qui prend en compte l'ensemble de la personne, et fait éclater le formalisme occidental.

  • "[II s'agit d'] unir les coeurs des différentes classes de cette grande nation encore plus étroitement au Trône et à ces institutions sous lesquelles elles ont le bonheurde vivre" (William E. Gladstone), William Ewart Gladstone (1809-1898), quatre fois chancelier de l'Echiquier, quatre fois Premier ministre, grand tribun populaire, champion des masses opprimées, fut-il réellement le chantre du progressisme comme les historiens se plaisent à le décréter ? Certes, c'est à la force visionnaire et à la poigne exceptionnelle de cet austère mais opiniâtre bourreau de travail que le Royaume-Uni doit d'être entré dans l'ère du libéralisme économique qui sonne tour à tour l'assainissement drastique des finances publiques, l'élargissement de l'électorat au plus grand nombre et la modernisation de l'administration, où triomphera désormais le principe de méritocratie dans le processus de recrutement des fonctionnaires.
    Certes, rien ne semble arrêter la soif de réformes du têtu mais ardent Gladstone. Sa volonté d'accorder un pouvoir et une Eglise autonomes à l'Irlande lui attirera l'opprobre général et lui vaudra même la réputation de "dangereux incendiaire" auprès de la reine Victoria. Et, de fait, le brillant fleuron d'Eton, pétri de culture classique, espoir des plus conservateurs en 1830, n'est-il pas devenu, soixante ans plus tard, un radical pur et dur : celui que tous surnomment "the People's William", acclamé à travers tout le pays, ô combien redouté à Westminster ? Mais sous ces apparences se dissimule une tout autre vérité...
    Carseule la foi chrétienne a porté Gladstone dans ses convictions et ses combats. S'il prête une attention continuelle aux revendications populaires, c'est unique- ment au nom de la "Providence", principe divin, qui seule permet de maintenir l'équilibre des institutions en anticipant les crises majeures. Un devoir que William Gladstone a rempli au-delà de toutes espérances. Quitte à briser sa propre majorité parlementaire et à défier toute logique de parti, risque que n'eût jamais pris Benjamin Disraeli, son grand rival.
    Quitte à terroriser la chambre des Communes, des heures durant, par sa stature d'orateur immense, perpétuellement survolté, virtuose des dossiers les plus retors, défenseur des causes les plus exigeantes... Cette première biographie française rend à Gladstone une envergure chrétienne souvent passée sous silence et témoigne de la complexité du colosse victorien au gré d'un passionnant récit tout en suspense et en coups d'éclat.

  • Voici un témoignage de premier plan à l'occasion du cinquantième anniversaire des événements de Mai 68.
    Etudiant en philosophie à la Sorbonne, l'écrivain Olivier Germain-Thomas a d'abord été séduit par la poésie des slogans. Quand le mouvement est devenu politique, il a vigoureusement pris parti pour de Gaulle contre ses camarades. Après être intervenu dans des amphithéâtres et alors que tout semblait perdu, il a participé à l'organisation de la manifestation du 30 mai qui a mis fin à la brocante.
    Le récit ne s'arrête pas là. Concernant le passé, il y aura de Gaulle en Espagne (juin 1970) puis la découverte aux Archives Nationales d'un document sur François Mitterrand et le régime de Vichy.

    S'interrogeant ensuite sur le monde d'aujourd'hui, l'auteur prend de la hauteur pour en analyser des lignes de force : l'uniformisation et la question des religions en s'appuyant notamment sur sa bonne connaissance de l'Asie. Il fustige la lâcheté de l'Europe face à la culture américaine. Il revient sur « la mission de la France » en éclairant l'oeuvre de haine entreprise par certains : haine de la France, de la langue française, haine de la nature, du silence, de la spiritualité...

  • Parmi les écrivains de nos jours qui jouent un rôle important dans le renouveau des formes littéraires, Yasmina Reza est certainement la plus atypique. Actrice, auteur de théâtre, romancière et scénariste, jouée et traduite dans le monde entier, avec une vingtaine de livres à son actif, Yasmina Reza représente une énigme artistique qui ne pouvait pas laisser indifférent L'Atelier du roman. Quel est le fil conducteur de cette création multiforme, quel est le noyau esthétique de cette oeuvre qui se déploie dans le temps en alternant différents registres artistiques ? Ce n'est pas parce que nous connaissons la réponse que nous posons la question. Les questions de cet ordre servent à familiariser le lecteur avec les oeuvres surprenantes et novatrices faites pour durer comme celle de Reza. Articles, entre autres, de Pascale Roze, Florent Georgesco, Philippe Djian, Agathe Novak-Lechevalier, Alice Bouchetard et Lakis Proguidis.
    Dans ce même numéro, à part les nouvelles romanesques du monde entier dont se chargent nos chroniqueurs, figureront des critiques sur Joseph Conrad, Stefan Zeromski, Jean Dutourd et Akira Mizubayashi, le tout parsemé des dessins humoristiques de Sempé, dont le rire n'est pas étranger au rire cruel et amical de Yasmina Reza.

    Revue trimestrielle fondée en 1993 et dirigée par Lakis Proguidis, L'Atelier du roman se consacre à la critique et à la réflexion sur le roman et sur son rapport au monde.
    On y trouve : des critiques, des entretiens, des nouvelles, des débats...

    L'Atelier n'est pas une revue universitaire juxtaposant des textes de spécialistes mais, comme son nom l'indique, un lieu où se rencontrent les romanciers et où ils discutent librement de leur art.
    Jusqu'à aujourd'hui, plus de 500 écrivains du monde entier ont contribué à la revue. Entre autres, Milan Kundera, Günter Grass, José Saramago, Ernesto Sabato, Fernando Arrabal, Philippe Muray, Michel Déon, Kenzaburô Ôé, Benoît Duteurtre, Jean-Philippe Domecq, Michel Houellebecq, Philip Roth, Carlos Fuentes, François Taillandier, Olivier Maulin, Bernard Quiriny, Juan Goytisolo, Morgan Sportès, Richard Millet, Dominique Noguez, Vincent Delecroix, Pierre Lepape et Yasmina Reza.
    La revue est illustrée par Sempé.

  • Ce portrait du Premier ministre britannique (1804-1881) retrace l'itinéraire politique d'un personnage aussi talentueux qu'excessif qui parvint à la plus haute fonction alors que rien ne l'y prédestinait : naissance juive, absence de fortune personnelle et de propriété terrienne. Il est ici présenté comme un dandy libertin, un romancier d'oeuvres polémiques et un orateur redoutable.

  • "Notre béguin pour les voitures fantasques, les actrices racées, les plats en gelée, l'odeur saturée des chais, les romans amers des Hussards, les films d'Audiard, le profil d'une lycéenne aperçue dans un jardin public, toutes ces choses dérisoires et essentielles qui rendaient la vie si piquante disparaîtraient. Qui se souviendrait après nous des Alfa Giulia enchantant la Riviera, du charme vénéneux de Porfirio Rubirosa, des comédies mélancoliques de Philippe de B., des larges lunettes de Monica V., des seins conquérants de Sophia L.
    Ou du sourire mauresque de Claudia C. ? Notre alphabet du coeur. Nous savourions ces derniers instants et protégions jalousement les images fugaces de nos glorieuses années comme le plus précieux des trésors. Nous ignorions tous les profanateurs de notre nostalgie qui nous encerclaient, nous enserraient." Thomas Morales ne se contente pas de nous livrer, clefs en main, le panthéon d'une très longue jeunesse, la malle aux trésors éblouissante d'où jailliraient soudain non-stop tous les livres, toutes les B.D., les émissions de télé et les films culte qui ont marqué notre imaginaire depuis les fifties jusqu'aux eighties.
    En artiste-né, c'est carrément le frisson qu'il nous donne. Quand il fait crépiter en rafales le portrait d'un monstre sacré et, crevant l'habituel décor de carton-pâte où il végète, ouvre à notre mémoire tout un horizon inattendu où les moindres gestes résonnent tout à coup si juste qu'on les croirait proches à nous toucher. Voyez ce que Thomas Morales fait de l'accent d'Arletty, des cavales de Jean-Paul Belmondo, du sexe chez Tinto Brass ou de cette satisfaction qui fait subitement ressembler l'académicien Maurice Druon à un homme de la Renaissance.
    En subtil metteur en scène qui ne néglige ni les coups de génie ni les petits riens de l'existence, Thomas Morales remet toujours tout en place et fait tourner le monde, "notre" monde !

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