Presses Universitaires Du Septentrion

  • Le rôle historique du cinéma est de nous avoir donné le visible une seconde fois, en ajoutant le temps à l'image. Il reste pourtant dans tout film une large part d'invisible : c'est elle qui est ici décrite, et explorée.

    Le cinéma en effet nous rend conscients de l'ambiguïté fondamentale de notre relation au visible. Sa force documentaire, comme son jeu inné avec la fiction, lui ont permis de convoquer les invisibles essentiels du monde, et aussi bien, des effets psychiques qui mettent en péril la visibilité du visible. Il nous autorise à croire que nous voyons vraiment quelque chose d'autre que le monde des apparences.

    Ce livre ne fait ni la théorie, ni l'histoire de cette doublure du visible que transporte le cinéma, mais en donne un panorama complet, attentif à ne jamais trancher abstraitement, mais à toujours s'appuyer sur des exemples concrets, et nombreux.

  • Le massacre d'Ascq du 1er avril 1944 a profondément marqué la mémoire et l'histoire de la Seconde Guerre mondiale dans le Nord. Il demeure aujourd'hui un enjeu de transmission mémorielle que l'enseignement scolaire de l'histoire ne peut ignorer. Comment cet événement de la Seconde Guerre mondiale est-il enseigné à l'École ? À quelles difficultés les enseignants sont-ils confrontés ? Plus généralement se pose la question de l'enseignement des traumatismes de l'histoire. Ce livre propose d'abord une mise en perspective historique de cet évènement tragique associant historiens et acteurs de la transmission mémorielle, puis une présentation des pratiques pédagogiques menées par des enseignants des écoles et collèges de Villeneuve d'Ascq lors des commémorations du 75e anniversaire de ce drame. Cet ouvrage donne des clés de lecture d'un événement parfois méconnu et ouvre des perspectives pour que lui soit donné toute sa place dans l'enseignement de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.

  • La règle de droit doit être à la fois contraignante et inspirée par le bien comme le suggèrent le glaive et la balance qui la symbolisent. Des critères précis permettent de distinguer la règle obligatoire de celle qui ne l'est pas et c'est le mérite de l'ouvrage que de les énoncer. Le bien, c'est ce qui est juste. Cette notion est symbolisée par la balance, instrument de mesure qui évoque la pondération, la justesse, l'équilibre, l'égalité et la vérité. La bonne règle de droit est tout entière gouvernée par le mot juste. Elle doit être appliquée avec rigueur. D'où un autre symbole, le glaive, affirmant l'obligation, la sanction de l'état.

    En fait le juriste assume une double fonction, une double mission. Il conseille, oriente les législateurs. Par ses conseils, par ses avis, il montre le chemin du droit, le droit chemin. Mais aussi il sait allier le coeur à la raison. Il laisse ouvert des domaines importants à la libre appréciation du juge, les domaines de l'équité, de la bonne foi, de la loyauté, de la grâce.

    Dans un territoire nouveau, conséquence des progrès de la médecine, celui de la bioéthique, la jurisprudence doit parfois être préférée aux lois, plus exactement l'espace et le temps interviennent. L'espace : le nombre de lois doit, dans ce domaine, être limité. Le temps : la situation est évolutive. Les lois peuvent parfaitement être modifiées en fonction des progrès de la science.

    À la rigueur du droit doivent constamment être alliées la chaleur de la vie, la profondeur de la réflexion. Par son approche éthique de la notion de droit, Xavier Labbée explique à l'étudiant la finalité de la règle, et l'invite à comprendre qu'il faut aimer le droit comme on aime la vie. Aimer le droit, c'est aimer la vérité et c'est vouloir que règne l'harmonie entre les hommes dans la justice et l'équité.

    Professeur Jean Bernard de l'Académie française.

  • Clarifier, discuter et prolonger certains aspects de la grande fresque braudélienne sur la Méditerranée de la première modernité ont été les objectifs majeurs visés par les intervenants. Soixante-dix ans après la publication de cet opus magnum de l'après-guerre, il était devenu nécessaire de le confronter à de nouvelles recherches écrites dans d'autres perspectives. Il en est ainsi de la navigation commerciale, des croisières des flottes militaires et des errances d'une guerre de course qui sont inextricablement liées et parfois confondues. Les auteurs se sont en particulier intéressés à Malte et aux États barbaresques, foyers permanents d'une guerre de course chrétienne et musulmane endémique, ainsi qu'à la question de l'esclavage qu'elle induit.

  • La photographie au théâtre propose une approche nouvelle des relations entre théâtre et photographie qui montre que l'histoire du théâtre moderne et contemporain est intimement liée à la naissance et au développement du média photographique, partenaire essentiel ou source d'inspiration majeure dans des démarches de création d'artistes comme Konstantin Stanislavski, Etienne Decroux, Jean Genet, Thomas Ostermeier ou Romeo Castelluci par exemple.

  • Filmer l'écrivain, est-ce filmer une vie, un statut institutionnel, une parole ? L'émission littéraire ou la critique filmée sur internet ont-elles pour but de rapprocher le public de littérature ? La dimension patrimoniale et didactique du film sur la littérature, la starisation liée à l'incarnation des auteurs semblent dominer les discours cinématographiques et télévisuels. Peut-on alors parler de critique ? Ou avons-nous affaire à la constitution d'un pur objet de culture ? Les études ici rassemblées témoignent qu'un discours critique est en jeu dès lors que le cinéma ou la télévision engagent un geste de mythification ou de démystification. L'ouvrage mettra également en avant les ressources propres dont le film dispose pour explorer ce qui apparaît comme au coeur de l'expérience littéraire : la production d'effets qui dépassent le fonctionnement linguistique et relèvent de la matérialité de l'écrit, du corps, de la naissance des images, des rythmes et des sons et par-dessus tout sans doute, comme le cinéma, d'une méditation sur le temps et la mémoire.

  • Anthony Mann. Arpenter l'image est le premier ouvrage en français qui propose une analyse des films majeurs de l'un des plus importants réalisateurs hollywoodiens classiques, Anthony Mann (1906-1967). Celui-ci s'est investi dans les genres les plus importants de l'art cinématographique: film noir, western, film de guerre, péplum. Les auteurs visent, à travers ces analyses, à réfléchir l'image cinématographique et à contribuer à une philosophie de l'image.
    C'est que l'ambition de Mann est bien réelle: il s'obstine, tout au long de sa carrière, à comprendre ce qu'est l'image et l'action qu'elle donne à voir. Mann raconte et s'efforce de comprendre en même temps, à même ses images, ce que c'est que de narrer en image, ce qu'est une action qui est de part en part image. Mann arpente les images qu'il compose.

  • Comment habite-t-on à l'ombre des cathédrales et des châteaux ? Une vingtaine de chercheurs apportent des réponses originales à cette question en montrant, exemples à l'appui, comment on conçoit, construit, occupe, transforme une maison en ville et à la campagne, du XIIe au XXe siècle, dans le nord de la France. Terres d'échanges mais aussi de conflits souvent fatals au bâti ancien domestique, ces régions qui furent à la pointe de l'innovation architecturale retrouvent ici la place qu'elles méritent dans un panorama de la recherche sur la maison ancienne, en particulier médiévale, en plein renouvellement. Ce livre y contribue grâce à la diversité de ses approches qui empruntent à l'histoire, l'histoire de l'art et l'archéologie autant qu'à la littérature et aux cultures visuelles. Il offre au passage, sous la plume des meilleurs spécialistes, un bilan et des perspectives de découverte d'un patrimoine d'une étonnante diversité et adaptabilité à son environnement naturel et humain.

  • Les oeuvres de réalisateurs tels que Hou Hsiao-hsien, Tsai Ming-liang, Ang Lee ou Edward Yang ont d'ores et déjà acquis leur place dans l'histoire du septième art. Mais au-delà d'elles, que sait-on du cinéma taiwanais ?
    Quelles ont été les principales étapes de son développement ? De quel contexte historique, social, culturel et politique est-il le produit ? Que nous apprend-il sur le pays qui l'a vu naître et grandir ?
    C'est à ces questions que ce livre se propose de répondre. Offrant la première synthèse large en français sur ce sujet, ses pages présentent l'évolution du cinéma taiwanais, des débuts aux dernières sorties, éclairant au passage les tensions historiques qui en traversent à tout moment le développement.
    Les présentations en fin d'ouvrage de vingt-cinq réalisateurs viennent compléter cette traversée historique, invitant le lecteur à la découverte de classiques incontournables, mais aussi d'oeuvres méconnues de ce cinéma d'une richesse étonnante.

  • Quand, comment et sur quoi se fonde l'engagement de la puissance publique dans le choix du recours et de la justification de la démolition dans un contexte de crise du logement en France ? Quels arguments sont mis en avant, quelles stratégies les acteurs déploient-ils pour quels résultats attendus ? L'objectif de ce travail de recherche collectif est de contribuer, à partir de l'étude d'un vaste corpus textuel, à expliciter ce qui fonde l'action locale et ses discours. Cet ouvrage questionne les discours des acteurs décisionnaires et les formes des opérations de rénovation urbaine. Il analyse d'une part les conceptions de l'espace portées par ces opérations et interroge d'autre part les logiques de l'action sur lesquelles elles reposent. La rénovation urbaine marque ainsi le retour de l'espace comme outil stratégique de et en politique. En s'attaquant à des questions urbaines et sociales fortes, l'ouvrage contribue notamment à redéfinir les contours et les relations entre les réseaux d'acteurs (élus, praticiens, bailleurs) aux différentes échelles territoriales.

  • Les transformations culturelles, territoriales, sociales et économiques de l'Europe entre 1914 et 1945 furent le résultat de deux guerres mondiales se superposant à la modernisation et à la course au pouvoir mondial. Global dans son approche, d'une lecture facile, L'Europe d'une guerre à l'autre : 1914-1945 étudie de façon systématique les décisions prises par les dirigeants ainsi que les tendances développées par les sociétés sur un territoire allant de l'Irlande à la Sibérie, sans oublier les pays scandinaves, ibériques, baltes et balkaniques.

    En plus des sujets habituellement traités - la guerre, la Révolution russe, la Shoah, les dictateurs, les traités de paix et la Grande Dépression -, l'ouvrage apporte des lumières sur un vaste éventail de questions, telles que les colonies, la religion, l'aide humanitaire, les mouvements féministes transnationaux, la propagande, les changements démographiques, l'européisme, le rôle des États-Unis et les marchés du travail. Pris ensemble, ces développements forment la base de l'Europe d'aujourd'hui.

  • L'habitat participatif est traité dans cet ouvrage par une articulation d'approches avec l'objectif d'inscrire l'analyse dans un cadre à même de nourrir la réflexion sur l'urbanité. De la sorte, il est appréhendé autant par une sociologie de la ville, en tant que rapport à l'espace et à autrui, que par une prise en compte de l'action publique et des aspirations à limiter les processus d'individualisation propres à nos sociétés contemporaines. Il est le fruit d'une équipe constituée en 2013 pour répondre à un appel à projet Recherche-citoyen qui associe le CLERSÉ (UMR 8019-Université de Lille-CNRS), Éco Habitat Groupé et le CEREMA dans un dispositif soutenu par la Région portant sur le thème de L'habitat participatif, essor de nouvelles formes de rapport à la ville. La dynamique des trois partenaires repose sur l'ambition d'aborder à nouveaux frais, et par une analyse distanciée, les questions fondamentales attachées à cette forme d'habitat que bon nombre de ses usagers définissent par l'aspiration à participer ainsi pleinement à la vie de la cité. Partant de la volonté de combiner recherche, engagement militant et expertise, sans confondre les registres de réflexivité, il est écrit à plusieurs mains pour traiter de ces différentes dimensions.

  • Cet ouvrage collectif veut montrer que, contrairement à l'idée reçue, Mai 68 a exercé une influence à la fois rapide, profonde et durable sur la littérature. Non seulement les écrivains se sont engagés dans l'action à l'instar de Blanchot ou Duras, mais le mouvement a inspiré aux romanciers, poètes et dramaturges, témoins ou acteurs de Mai, une écriture contemporaine ou quasi contemporaine de l'événement, ainsi que le prouvent les exemples de Merle, Lainé, Gary, Heidsieck, etc.

    Dans ce livre sont analysés en outre la place prise par Mai 68 dans l'imaginaire littéraire des générations antérieures (Leiris, Aragon, Malraux) et postérieures (Quintane, le collectif Inculte) ainsi que le rôle joué par Mai 68 dans une série de mutations littéraires, telles que l'émergence d'une écriture féminine revendiquant sa spécificité (Duras, Rochefort), ou la structuration institutionnelle de genres jusque-là réputés mineurs comme la science-fiction ou le roman noir.

    Contributeurs : Nathalie Barberger, Jean-Marc Baud, Simon Bréan, Geneviève Brisac, Stéphane Chaudier, Maxime Decout, François Dussart, Jean-Louis Jeannelle, Matthieu Rémy, GaëlleThéval, Anne Wattel, Nelly Wolf.

  • L'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris en avril 2019 a fait renaître les polémiques sur la conservation du patrimoine architectural. Le débat avait déjà fait rage, à la suite du romantisme, au XIXe siècle, ainsi qu'après les deux guerres mondiales, y compris parmi les écrivains. L'inscription de l'architecture dans le discours littéraire est l'un des domaines de recherche privilégiés de Joëlle Prungnaud, où elle a renouvelé le regard de la critique sur la modernité fin-de-siècle. Cet intérêt pour le rapport qu'entretiennent architecture et littérature est né de son travail sur le genre gothique et la décadence. Les contributions contenues dans ce volume rendent ainsi hommage aux travaux et réflexions de Joëlle Prungnaud en s'intéressant, à travers des exemples précis du début du XIXe à la fin du XXe siècle, aux fonctions que peuvent avoir des éléments architecturaux dans des oeuvres littéraires provenant des différentes cultures européennes.

  • En mai 1920, à l'occasion de la tenue à Lille d'une Exposition internationale pour la renaissance des régions libérées, Georges Lyon, recteur de l'académie de Lille demande aux enseignants de répondre à un questionnaire, à leurs élèves de rédiger une composition française sur le thème de leurs souvenirs de la guerre et de faire le récit d'un épisode dramatique dont ils auraient été le témoin ou l'acteur. Ce sont les 152 compositions produites par les élèves des six arrondissements du département du Nord aux deux tiers occupés par les Allemands qui sont ici publiés. Conservées dans les fonds de La Contemporaine (Nanterre), elles n'ont jamais été exploitées systématiquement faute d'une publication, accompagnée d'un appareil critique.
    Témoignages directs d'enfants pour certains, d'adolescents pour d'autres, elles ne sont pas une vision de la Première Guerre mondiale « par le petit bout de la lorgnette ». Elles rassemblent les souvenirs de jeunes témoins qui ont connu la mobilisation de membres de leurs familles. Le choc de l'invasion allemande avec ses pillages et ses exactions, le froid, la faim, les représailles les bombardements aériens... C'est ce qui fait de ces textes des documents attachants et surtout précieux pour saisir l'expérience de la guerre par de jeunes enfants. En même temps, ils mettent en lumière le rôle de l'École dans la construction de la mémoire de la Première Guerre Mondiale.En mai 1920, à l'occasion de la tenue à Lille d'une Exposition internationale pour la renaissance des régions libérées, Georges Lyon, recteur de l'académie de Lille demande aux enseignants de répondre à un questionnaire, à leurs élèves de rédiger une composition française sur le thème de leurs souvenirs de la guerre et de faire le récit d'un épisode dramatique dont ils auraient été le témoin ou l'acteur. Ce sont les 152 compositions produites par les élèves des six arrondissements du département du Nord aux deux tiers occupés par les Allemands qui sont ici publiés. Conservées dans les fonds de La Contemporaine (Nanterre), elles n'ont jamais été exploitées systématiquement faute d'une publication, accompagnée d'un appareil critique.
    Témoignages directs d'enfants pour certains, d'adolescents pour d'autres, elles ne sont pas une vision de la Première Guerre mondiale « par le petit bout de la lorgnette ». Elles rassemblent les souvenirs de jeunes témoins qui ont connu la mobilisation de membres de leurs familles. Le choc de l'invasion allemande avec ses pillages et ses exactions, le froid, la faim, les représailles les bombardements aériens... C'est ce qui fait de ces textes des documents attachants et surtout précieux pour saisir l'expérience de la guerre par de jeunes enfants. En même temps, ils mettent en lumière le rôle de l'École dans la construction de la mémoire de la Première Guerre Mondiale.

  • Accompagner la migration de Michelangelo Frammartino de Milan à l'arrière-pays calabrais signifie être convié dans un univers cinématographique où le champ humain fourmille de ses hors-champs environnementaux. Dans les créations de ce réalisateur italien peu connu et étudié en France, un berger semble se transformer en chevreau à sa mort, des esprits végétaux envahissent un village et les objets quotidiens sont animés par des forces terrestres imprévisibles. À l'intérieur de ce monde rural où les présences vivantes se multiplient et se manifestent à notre regard, nous commençons à interroger le rapport entre notre attention et les milieux que nous habitons, mais aussi la relation entre les problèmes écologiques et l'expérience cinématographique. Ces questions ne pourront affleurer pleinement dans l'analyse des formes et des pratiques de Frammartino que grâce au dialogue avec les voix d'autres disciplines (d'Ernesto De Martino à Anna L. Tsing, en passant par Giorgio Agamben) et la compagnie des images d'autres cinéastes (de Sharunas Bartas à Alice Rohrwacher).

  • Si les textes sur la diplomatie culturelle sont assez conséquents, très peu concernent la production et la diffusion des films. Les activités sur la promotion et diffusion du cinéma par les établissements culturels français sont également quasiment absentes de nombreuses études consacrées à l'histoire du cinéma. Cet ouvrage comble cette lacune grâce au projet de recherche qui en est à l'origine: Exporter et soutenir le cinéma dans le contexte des Instituts français et des Alliances françaises. En analysant les dispositifs de diffusion et promotion, la programmation et les publics sollicités, l'ensemble des contributions permet d'établir un premier bilan sur la vie des salles de cinéma des Instituts français et des Alliances françaises ainsi que sur leurs activités hors les murs. D'abord indice du rayonnement unilatéral de la culture française, ensuite vitrine de la "diversité culturelle", l'histoire des activités des IF et AF en matière de cinéma est certainement complexe. Nous avons préféré la restituer avec toutes ses contradictions et fait le choix d'exposer la variété des discours à travers les documents émanant des institutions, les récits à la première personne de leurs représentants, les études de chercheurs affirmés ainsi que les textes de jeunes doctorants.

  • « Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même ». Et si ce constat dressé par Marcel Proust pouvait également s'appliquer à ce lecteur collectif qu'est l'espace de réception, dans le cadre d'un transfert culturel littéraire ? L'observation de la diffusion, de la réception et de la traduction de l'oeuvre de Proust au Brésil permet d'appréhender les mutations culturelles que connaît le pays dans la première partie du XXe siècle. On découvre que cette oeuvre importée y est lue en rapport avec les différents espaces culturels du pays, et on comprend alors de quelle manière À la recherche du temps perdu devient dans ces Brésils un classique littéraire.En partant de la circulation littéraire, on mesurera le rapport des élites brésiliennes avec les interlocuteurs fantômes que sont durant la période la France et sa vie culturelle.Cette circulation de Proust est un révélateur qui offre une radiographie des milieux intellectuels brésiliens du premier XXe siècle.

  • Segundo de Chomón (1871-1929) est l'un des maîtres incontestés des premiers trucages cinématographiques et des débuts de la mise en couleurs des images animées. Néanmoins, ce pionnier espagnol est bien plus que cela et l'importance de son oeuvre aurait sans doute été mieux étudiée sans l'ombre portée de Georges Méliès. Si Chomón a pu s'inspirer du célèbre prestidigitateur français dans certains de ses films à trucs, il s'en distingue toutefois clairement par son exploitation magistrale du tour de manivelle, des ombres chinoises et du mouvement inversé. Par ailleurs, il reste l'un des rares à avoir réussi le passage entre le cinéma monstratif des films à trucs des années 1900 et le cinéma institutionnalisé des années 1910. Les trucages de ses premières scènes à trucs chez Pathé frères deviendront effets spéciaux dans les films narratifs dont il assurera l'exécution, tel Maciste alpino de Giovanni Pastrone en 1916. Cet ouvrage propose de revisiter son oeuvre et de comprendre les mille et un visages de ce formidable pionnier du cinématographe, truqueur, coloriste et cinématographiste.

    Cet ouvrage est issu d'un colloque organisé en novembre 2017 par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et "Les Arts trompeurs. Machines. Magie. Médias".

  • "Grand récit" du cinéma polonais des origines à nos jours. La narration historico-cinématographique suit ici une voie chronologique classique : des premières séances de cinéma organisées en 1896 sur le territoire polonais (précédées par des phénomènes antécédents dans le domaine de la culture audio-visuelle) aux films réalisés en 2013 où cet ouvrage s'achève. Les films populaires des années 1930, l'École polonaise 1955-1962, le cinéma de l'inquiétude morale - tous les phénomènes de l'art, de la culture et aussi de l'industrie cinématographique sont traités sous tous les angles.

    On trouvera ici une analyse des films de fiction, des films d'animation et des documentaires les plus remar-quables ainsi qu'une présentation des biographies des cinéastes et des contextes les plus importants - tout ça dans le cadre d'un discours historique homogène. De plus, chacun des douze chapitres est organisé selon un principe basé sur des épisodes successifs de la culture nationale. Ainsi ce sont cent vingt ans du cinéma qui sont décrits comme une part importante de la culture nationale des Polonais.

  • Voici vingt-cinq façons de rendre compte des mémoires des empereurs romains Trajan et Hadrien (98-117 et 117-138 de notre ère). Elles nous offrent de multiples variations et angles d'approche pluridisciplinaires, et se placent sous le patronage illustre de l'oeuvre de Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien (1951). Elles participent de surcroît à la commémoration des mille neuf-cents ans de la mort du vainqueur des Daces et des Parthes et de l'arrivée au pouvoir de son fils « adoptif », prince philhellène que la romancière avait élu, afin d'aborder les rapports entre mémoires humaines et Histoire. La littérature des périodes ancienne, médiévale, moderne et contemporaine est convoquée par les études ici rassemblées, tout autant que les arts et les nombreuses formes de représentations et illustrations des aventures humaines de ces deux princes placés naguère en tête de cet âge d'or de l'histoire romaine, le fameux siècle des Antonins, revisité depuis à toutes les époques qui se sont succédé.

  • Près de trente ans après sa disparition, la RDA est toujours présente au cinéma et à la télévision, notamment grâce à Good Bye, Lenin ! et La Vie des autres qui ont profondément marqué l'image que l'on se fait de la chute du mur de Berlin et de l'Allemagne communiste. Et pourtant ces succès internationaux n'ont jamais fait l'unanimité auprès de la population de l'ex-RDA. Comment alors expliquer qu'ils aient cristallisé la mémoire filmique et conduit à occulter une production tout aussi importante que variée ? Que nous disent aujourd'hui ces fictions, documentaires ou séries à propos des débats identitaires et mémoriels qui animent l'Allemagne depuis l'unification ? Comment certains films échappent-ils aux images figées et quasi iconiques de la RDA et de la société postsocialiste ?

    Cet ouvrage, qui propose une approche franco-allemande et donne la parole à des chercheurs et des professionnels, dresse le premier bilan en langue française sur la nature et l'évolution de cette production.

  • Tant les thèmes abordés par Pierre Michon que sa manière d'écrire se caractérisent par un refus de la ligne droite, de l'approche directe. Il faut détourner le regard du centre pour s'intéresser à la périphérie : petites gens, province, gestes de l'écriture qu'on aurait de prime abord jugés inintéressants. Si Michon décline l'obliquité sous ses formes les plus variées, c'est afin d'en proposer, d'une façon elle-même oblique, une théorie.
    Les grands thèmes, les enjeux véritables ne peuvent s'appréhender qu'en partant du détail, de la périphérie, de la digression. Obliquement, Michon nous dit le monde de façon bien plus percutante qu'une approche frontale ne saurait le faire. Mieux, Michon nous invite à cette gymnastique de l'esprit. Il s'agira donc de débusquer, dans la rigueur de ses phrases, les effets obliques du dire, de dépasser l'imposture de l'écrit pour atteindre la constellation essentielle de la vie même.

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