Littérature traduite

  • Un élève officier de l'armée austro-hongroise, aspirant écrivain, adresse ses tentatives poétiques à Rainer Maria Rilke et sollicite son avis. De 1903 à 1908, en quelque dix lettres, le jeune homme, alors à la croisée des chemins, hésitant entre la voie toute tracée de la carrière militaire et la solitude aventureuse de la vie d'écrivain, confie à son aîné admiré ses doutes, ses souffrances, ses émois sentimentaux, ses interrogations sur l'amour et la sexualité, sa difficulté de créer et d'exister. Le poète lui répond. Une correspondance s'engage. Refusant d'emblée le rôle de critique, Rilke ne dira rien sur ses vers, mais il exposera ce qu'implique pour lui le fait d'écrire, de vivre en poète et de vivre tout court.

    /> Publié pour la première fois dans son intégralité, cet échange intime ne permet pas seulement de découvrir enfin le contrechamp de lettres qui furent le bréviaire de générations entières, il donne au texte de Rilke une puissance et une portée nouvelles, et invite à repenser la radicalité de son engagement esthétique, mais aussi la modernité frappante de sa vision de la femme.

  • Avant sa mort, survenue le 7 novembre 2016 à Los Angeles, Leonard Cohen a passé de longs mois à reparcourir ses carnets, nombreux et étalés sur des décennies, pour opérer une sélection de textes en bonne part inédits (poèmes, chansons, extraits de ses carnets de notes) qui, accompagnés de dessins marqués par l'autodérision, composent le livre qu'il décide de laisser à la postérité, comme un dernier cadeau plein de vie?: plein de toute sa vie.

    On retrouve bien sûr dans ces pages les thèmes de prédilection de celui qui a commencé sa carrière comme poète et romancier, avant de devenir aussi le musicien mondialement célébré qu'on connaît. Il est question d'amour, de passions, de jalousie et de peur de l'abandon, de flamme jamais éteinte, de sexualité, de relations entre les êtres, du temps qui passe et laisse ses traces, de religion aussi, d'aspiration à la sagesse, d'états dépressifs et mélancoliques toujours teintés d'humour.

  • La fin des années 1970 est difficile pour Leonard Cohen. Deuil de sa mère, séparation d'avec la mère de ses enfants, approche de la cinquantaine. Il opère alors un retour au judaïsme et explore sa relation à l'Éternel, tout en se méfiant de toute religion qui prétendrait à l'exclusivité.

    L'écriture des psaumes l'amène à « renoncer à sa petite volonté » pour entrer dans un dessein plus grand, beaucoup plus grand, qui permet une réunification de l'être en réparant ce qui a été brisé. Il se sauve ainsi du désespoir, et souhaite que ses psaumes en fassent autant pour ses lecteurs.

    Les psaumes contemporains de Book of Mercy (Livre de la Miséricorde) chantent la plainte humaine et passionnée d'un homme à son Créateur. Ancrés au coeur du monde moderne, ces poèmes résonnent avec une tradition de dévotion plus ancienne, biblique notamment.

  • Les Lionnes

    Lucy Ellmann

    Une femme, mère au foyer, traverse la vie quotidienne, dans sa cuisine. L'âge est venu, elle a surmonté un cancer, et dans sa tête elle rumine le monde, ses folies, ses dangers, les fusillades dans les écoles, la crise économique qui fait toujours payer les mêmes, la pauvreté, l'angoisse du lendemain, les équilibres plus que précaires, sa mère décédée d'une longue maladie. Ça se passe dans l'Ohio. Et ça nous parle, de tout, partout.

    Cette femme pense aux diverses tâches domestiques qui l'attendent et sont nécessaires à faire tourner le ménage. Elle s'indigne, contre un président pour le moins inquiétant, ou face au dérèglement de la planète, mais aussi contre la domination patriarcale, l'asservissement des femmes ou l'extermination des Amérindiens. Tout cela roule dans son esprit. Comme des bouts de réalité qui viennent s'entrechoquer. Mais il faut, dans cette cuisine, continuer à pétrir la pâte, mettre le four à préchauffer et ne pas oublier le panier-repas des enfants...

  • Né en Bucovine en 1936, Norman Manea a été déporté dans un camp de concentration en Transnistrie, en 1941, comme l'ensemble de la population juive de cette région. Ses grands-parents y périront. A son retour, en 1945, il est fasciné par l'utopie communiste. mais s'aperçoit très vite de la réalité cruelle, perverse et tragi-comique de ce régime totalitaire. Dès lors, la littérature se présente à lui comme un véritable refuge. Poussé à l'exil en 1986. d'abord à Berlin-Ouest, puis à New York, il se voit privé de son dernier asile et seul ancrage, sa langue. A l'occasion d'un séjour en Roumanie en 1997, le temps se décloisonne : la mère est morte entre-temps. mais les fantômes du passé viennent croiser ceux du présent, entre réalité et hallucination. Ce somptueux roman évoque soixante ans de ténèbres. ce qui n'empêche pas un humour parfois burlesque. L'auteur explore un " je " aux multiples facettes pour faire revivre un destin individuel débarrassé des clichés de victimisation de la mémoire collective ; il offre un fulgurant autoportrait entre terreur et beauté, qui dévoile une époque chaotique et sanglante.

  • Slumberland

    Paul Beatty

    Un roman inclassable, sorte d'épopée musicale décalée et drôle, sur fond de racisme latent.
    Le DJ Ferguson Sowell, surnommé DJ Darky, a créé le beat parfait. Mais pour parachever sa Joconde sonique, il a besoin d'une dernière touche de génie qu'un seul homme est en mesure d'apporter : Charles Stone, un jazzman d'avant-garde, alias « le Schwa ».

    Il n'y a qu'un problème : depuis plusieurs décennies, plus personne ne sait où se terre le Schwa. Jusqu'au jour où Darky entend la bande-son sublime et épatante d'une cassette vidéo porno arrivée par la poste. Son mystérieux expéditeur n'a laissé qu'un seul indice : le bar Slumberland, à Berlin. Convaincu qu'une telle musique ne peut qu'être l'oeuvre du Schwa, Darky s'envole pour l'Allemagne à la recherche de son maître spirituel et artistique. Il ne tarde pas à se perdre dans l'écheveau irréel des rues berlinoises durant la période qui précède et suit la chute du Mur, et se met à ruminer sur la race, le sexe, l'amour, les dieux teutons, la grandeur et la décadence de l'homme noir, tout en tâchant de retrouver la piste du Schwa et de comprendre le monde en pleine mutation qui l'entoure.

  • En rentrant d'une soirée bien arrosée, oedipa Maas, jeune femme de vingt-huit ans, reçoit un courrier d'un certain Metzger, avocat. La lettre lui apprend qu'elle est l'exécutrice testamentaire d'un ex-petit ami, Pierce Inverarity, magnat californien de l'immobilier. Afin d'honorer ses dernières volontés, oedipa quitte sa ville pour San Narciso et s'installe dans un motel. Elle y fait la connaissance de Metzger qui l'épaulera dans ce qui devait être une simple formalité.

    Sauf que le legs est étrange : en plus d'usines et de biens immobiliers, son ex possédait une collection de plusieurs milliers de (faux) timbres. Et fortuitement, d'étranges coïncidences surviennent : dans le bar « Le Scope » qui semble être le seul lieu animé de San Narciso et qui est rempli d'ouvriers travaillant dans une usine de Pierce Inverarity, oedipa et Metzger rencontrent un jeune spécialiste de l'histoire des Postes depuis le XVIe s., un postier qui fait sa tournée de courrier en nocturne, trouvent des messages secrets dans les toilettes du bar. À cela s'ajoutent la découverture d'un trafic d'os humains ainsi qu'une pièce de théâtre du XVIe traitant des Postes illégales. Tous ces signes sans connexion apparente seront le point de départ d'une enquête dans laquelle les personnages déjantés plongent dans le smog californien et dans un espace-temps.

  • Voici le récit d'une vie brûlante, écrit à la hâte dans sa cellule par une jeune femme de vingt-neuf ans qui se doute qu'elle va mourir : « Si je raconte tout cela avec tant de franchise, c'est parce que je m'attends de toute manière à être fusillée. » Elle le sera en effet, en juin 1931, au « camp à destination spéciale » des îles Solovki, quelques mois après son mari le poète Alexandre Iaroslavski.

    « Étudiante pleine de rêves », ainsi qu'elle se définit elle-même, Evguénia, vite dégoûtée par la dictature des bolchéviks, se convainc que le monde des voyous forme la seule classe vraiment révolutionnaire. Elle décide de vivre dans la rue et de devenir une voleuse, à la fois par conviction politique et aussi par un goût du risque qu'elle confesse. Loin de l'imagerie héroïque de la « construction du socialisme », c'est le Moscou et le Léningrad des marginaux, enfants des rues, ivrognes, prostituées, vagabonds, qu'elle nous fait découvrir dans une langue sans fioritures.

  • J'ai longtemps laissé croire que ma mère était encore en vie. Je m'évertue désormais à rétablir la vérité dans l'espoir de me départir de ce mensonge qui ne m'aura permis jusqu'alors que d'atermoyer le deuil.

    Après vingt-trois ans d'absence, Alain Mabanckou retourne à Pointe-Noire, ville portuaire du Congo. Entre-temps, sa mère est morte, en 1995. Puis son père adoptif, peu d'années après. Le fils unique ne s'est rendu aux obsèques ni de l'un, ni de l'autre.
    Entre le surnaturel et l'enchantement, l'auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années de l'enfance et de l'adolescence dans ses lieux d'origine.
    Au moment de repartir, il se rend compte qu'il n'est pas allé au cimetière. Sans doute était-ce inutile. Car c'est ce livre qui tient lieu, aussi, de tombeau. Et de résurrection.

  • V.

    Thomas Pynchon

    Le héros de cette étrange et fantasque aventure littéraire, intitulée V., se nomme Stencil. Herbert Stencil, né en 1901, est membre d'un groupe d'artistes pseudo-bohèmes, qui se fait appeler la Tierce des Paumés. Son père est mort en 1919 dans d'obscures circonstances alors qu'il enquêtait sur des soulèvements dans l'île de Malte. De temps en temps, Stencil lit quelques passages du journal intime laissé par son père. Ce n'est qu'en 1945, à une terrasse de café à Oran, qu'il tombe sur quelques lignes énigmatiques évoquant "V.", qui l'intrigue au point de partir à sa recherche : est-ce une femme qui a vécu au XIXe siècle au Caire ? Sa quête l'emmène dans les égouts de Manhattan, dans les débris d'un bombardement allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, à Paris et dans d'autres contrées du monde plus ou moins connues. Et si V. n'était finalement qu'une simple clé qui expliquerait le chaos mondial ? En tout cas, voici ce qu'en dit l'auteur : " Ce que sont pour le libertin les cuisses ouvertes, ce qu'est un vol d'oiseaux migrateurs pour l'ornithologue, ce qu'est la tenaille pour l'ajusteur, voilà ce qu'était pour le jeune Stencil la lettre V. "

  • Vice caché

    Thomas Pynchon

    Shasta, l'ancienne compagne du détective privé Doc Sportello, vient lui demander de l'aide : elle craint pour la vie de son amant, le milliardaire Mickey Wolfmann. Dans le même temps, Tariq Khalil, membre d'un gang noir américain, fait également appel aux services de Investigations LSD, l'agence de Doc Sportello : il recherche un ancien copain de prison, un certain Glen Charlock, appartenant au service d'ordre de Mickey Wolfmann. Doc mène l'enquête et se retrouve seul témoin de la scène de crime où Glen Charlock est retrouvé mort. Il est aussitôt suspecté par le flic Bigfoot d'être l'assassin. Entre- temps, Mickey Wolfmann a mystérieusement disparu.À mesure que plusieurs enquêtes s'ouvrent, jalonnées de joints roulés et fumés, les choses se compliquent. Il va être question d'un bateau de contrebande, le Croc d'Or, de surfeurs défoncés au LSD, de bikers néo-nazis, et de toutes sortes de personnages déglingués.Inherent Vice est à la fois un roman psychédélique californien et la chronique de la fin inexorable d'une période, avec pour toile de fond l'affaire Charles Manson (assassinats en 1969, jugement en 1971) et les émeutes du quartier noir de Watts à Los Angeles. Les années 1960 du rêve hippie laissent la place aux années 1970 de la paranoïa, du retour à la peur, au contrôle et à la cupidité.

  • L'action se déroule à New York, entre mars et septembre 2001, dans le moment d'accalmie entre l'éclatement spectaculaire de la bulle Internet et l'effondrement des tours jumelles. Maxine, femme new-yorkaise d'une quarantaine d'années, est une inspectrice des fraudes qui a perdu sa licence officielle pour avoir un peu trop bien conseillé un client véreux. Elle n'a pourtant pas remisé son pistolet, ni arrêté d'enquêter. La voilà embarquée malgré elle dans une aventure haletante et dangereuse : comment se fait-il que la start-up du très louche Gabriel Ice n'ait pas bu le bouillon alors que l'ensemble du marché du Net s'est brutalement dégonflé quelques mois auparavant ? D'où viennent les capitaux colossaux qui circulent sur les comptes en banque de Gabriel Ice ? Qu'a-t-elle réellement découvert dans les sous-sols de la villa du magnat du Web ? Maxine, aidée par une ribambelle de personnages décalés, va plonger dans le monde pas si virtuel d'Internet, le Web Profond, cette interzone quasi inaccessible, que seul un initié peut vous aider à pénétrer.

    Nombre de messages téléphoniques se sont accumulés sur le répondeur, souffleurs anonymes, télémarketeurs, et même quelques appels en rapport avec les affaires en cours. Après un tri à la réécoute, Maxine donne suite au coup de fil anxieux d'un lanceur d'alerte à propos d'une société de l'industrie du snack située par là-bas, dans le New Jersey, qui a secrètement négocié avec d'anciens employés de Krispy Kreme l'achat illégal des paramètres top secret de température et d'humidité de la « proof box », la chambre de fermentation, du fournisseur de donuts, ainsi que des photographies non moins confidentielles de l'extrudeuse de beignets, lesquelles toutefois semblent être des Polaroid de pièces détachées d'automobiles prises il y a des années dans le Queens, traitées avec Photoshop, un peu à la va-comme-je-te-pousse, qui plus est. « Je commence à me dire qu'il y a quelque chose de louche dans cette transaction », la voix de son contact un peu tremblante, « voire pas réglo du tout. »

  • Contre-jour

    Thomas Pynchon

    Avec ce roman planétaire et foisonnant qui débute par l'Exposition universelle de Chicago, en 1893, pour s'achever au lendemain de la Première Guerre mondiale, à Paris, Pynchon réussit son oeuvre la plus ambitieuse et la plus émouvante.
    S'attachant à dépeindre aussi bien les luttes anarchistes dans l'Ouest américain que la Venise du tournant du siècle, les enjeux ferroviaires d'une Europe sur le point de basculer dans un conflit généralisé, les mystères de l'Orient mythique ou les frasques de la révolution mexicaine, l'auteur déploie une galerie de personnages de roman-feuilleton en perpétuelle expansion - jeunes aéronautes, espions fourbes, savants fous, prestidigitateurs, amateurs de drogues, etc. -, tous embringués dans des mésaventures dignes des Marx Brothers. Au coeur du livre, la famille Traverse : Webb, mineur et as de la dynamite, exécuté sur ordre du ploutocrate Scarsdale Vibe ; ses enfants, tous hantés par la mort de leur père, certains bien décidés à le venger, d'autres déjà avalés par les contradictions du siècle naissant. Et gravitant autour d'eux, tels des astres égarés, quelques figures hautes en couleur, qui toutes ont un compte à régler avec le pouvoir.
    Veillant sur ce " petit monde ", quelque part dans les airs : les Casse-Cou, bande de joyeux aéronautes qui, avec le lecteur, suivent non sans inquiétude la lente montée des périls. Empruntant avec jubilation à tous les genres - fantastique, espionnage, aventure, western, gaudriole -, rythmé par des incursions dans des temps et des mondes parallèles, écrit dans une langue tour à tour drolatique et poignante, savante et gourmande, Contre-jour s'impose comme une épopée toute tendue vers la grâce.

  • Dans l'univers de Proust, le modèle d'Albertine était un homme, et le personnage d'À la recherche du temps perdu a le goût des femmes comme des hommes. Par un savant effet de superposition, Albertine finit d'ailleurs par se confondre avec l'autre grand amour de Marcel dans le roman : Gilberte. Cela valait la peine de démêler les fils, et de faire un point à la fois drôle, décapant et subtil sur cette figure complexe de l'amour dévorant. Anne Carson s'y emploie, par brefs fragments, dans un livre intense qui constitue le bréviaire de tout proustien, et qui donne envie aux autres de lire la Recherche.

  • L'homme qui apprenait lentement c'est évidemment Thomas Pynchon lui-même. Il s'en explique longuement dans l'introduction avec à la fois humilité et minutie. Ces cinq nouvelles tissent d'invisibles fils qui relient divers personnages, des actions, des situations dont la complexité forme comme des "noeuds" dans son oeuvre.
    Pynchon nous propose des apperçus des événements majeurs de cette époque : le rock, la guerre, le mouvement de la beat generation, et aborde des grandes thématiques scientifiques qu'il dévelloppera par la suite dans ses romans, notamment les lois de la thermodynamique et plus précisément, celle de l'entropie.

  • Vineland

    Thomas Pynchon

    Vineland est un territoire imaginaire, situé en californie du nord : c'est le pays des grands séquoias rouges.
    La jeune prairie, qui a quatorze ans en 1984, moment où se dénoue l'histoire, recherche sa mère, frénési gates, personnage mythique des mouvements radicaux des années 70. mais le grand personnage du livre, c'est le persécuteur des gauchistes, brock vond, le procureur fédéral, obsédé sexuel délirant, qui rêve de rafler une fois pour toutes les " rouges " réfugiés dans les vallées de vineland : anciens du mouvement, fumeurs de joints, ex-hippies, funambules communistes, bûcherons anarcho-syndicalistes.
    Le livre est un immense flash-back ludique dans l'histoire de la gauche américaine, un lent glissando mélancolique - sur fond de blues à l'harmonica et de rock and roll frénétique - dans les archives poisseuses du pays : c'est le temps de la paranoïa et de la trahison.

  • Le destin de la Yougoslavie aurait-il changé, et son unité aurait-elle été préservée, si Faruk Hadzibegic avait marqué son pénalty décisif, en quarts de finale de la Coupe du monde de football contre l'Argentine de Maradona, le 30 juin 1990, à Florence ? C'est ce que le capitaine de son équipe, natif de Sarajevo, aurait tendance à penser, lui qui porte sur ses épaules l'inconsolable remords d'avoir vu son tir retenu par le gardien.
    Et c'est ce que tout le monde lui dit ou rappelle, lorsqu'il retourne au pays, lui qui s'est depuis longtemps établi en France. Mais les signes de fracture de l'ancienne fédération socialiste maintenue à flot par Tito étaient déjà nombreux, dix ans après la mort du dirigeant. Les virages des stades étaient chauffés à blanc par les slogans identitaires, et un match entre le Dynamo Zagreb et l'Etoile Rouge de Belgrade avait déjà mis le feu aux poudres.
    Croates et Serbes portaient le même maillot dans ce Mondial italien, mais pour la dernière fois. Bientôt, les supporters de football deviendraient les miliciens d'une guerre civile où les nationalismes s'affronteraient dans le sang et sous les bombardements. Spectatrice impuissante, l'Europe a perdu beaucoup de son âme dans cette guerre récente, lointaine et pourtant si proche. Au bout de son pied, c'est plus qu'un ballon qui attendait Hadzibegic : c'est un morceau de la grande Histoire.

  • Les textes inédits de Marilyn Monroe, écrits entre 1943 et 1962.
    Tout un univers intérieur pour découvrir l'autre face de l'icône.

  • Noir

    Robert Coover

    Phil M. Noir, détective privé, est le rejeton le plus désaxé de New London. Trench-coat défraîchi, menton mal rasé et clope au bec, il écume les ruelles les plus glauques de la ville pour élucider les affaires troubles de ses clients, telle celle de cette veuve en voilette noire et toute en jambes dont le mari s'est fait tuer dans un règlement de comptes. De bar en bar et d'informateur en informateur, il glane des tuyaux pour coincer le meurtrier. Lorsque la veuve se fait refroidir et que le corps est dérobé à la morgue, Noir refuse de lâcher l'affaire, malgré les exhortations de sa très efficace assistante, Blanche, et tous les passages à tabac que truands et policiers lui font subir.

  • Cet ouvrage se présente comme un manuscrit retrouvé d'Al-Mutanabbî, poète et philosophe arabe (915-965), dont la vie aventureuse et rebelle a été abrégée par une mort accidentelle. Ses oppositions aux régimes tyranniques, ses insolences à l'égard de tous les pouvoirs (politiques et religieux) le conduisent en prison et il est souvent contraint de s'exiler, de pays en pays (passant de la région occupée actuellement par l'Irak, à ce qui deviendra l'Iran). A travers ce personnage réel, mais aussi mythique du Xe siècle, Adonis exprime ses propres positions sur l'Histoire du monde arabe, sur les différentes formes de pouvoir arbitraire, contre le lien de la religion et du pouvoir politique. Mais il ne s'agit évidemment pas d'une oeuvre didactique, ni d'un essai. Il s'agit d'une longue épopée où s'entremêlent des évocations d'événements historiques réels mais décrits sous une forme lyrique et poétique, des commentaires actuels (sous forme de fausses annotations philologiques) et des dénonciations des régimes actuels, jamais nommés, mais aisément reconnaissables. Comme le dit Houria Abdelouahed, sa traductrice, dans sa préface :
    "Cette langue d'une grande puissance poétique est mise par la puissance du monarque, ombre de Dieu sur terre, au service de l'assassinat, de l'extermination et la dissolution de l'humain. Et les poètes vont rivaliser, pendant des siècles, dans l'art de tisser les images les plus terrifiantes sur l'art sanguinaire d'un monarque puisant sa légitimité dans le sacré. Violence et langue deviennent indissolublement liées. Comment s'opère une humanisation face à l'horreur ?"

  • Un homme sans nom marche dans le désert américain.

    Il va successivement croiser un pianiste chauve dans un saloon où claquent les coups de revolver, une tribu indienne se livrant à des sacrifices humaines, ou encore la fascinante reine des bandits, toute vêtue de noir, qui l'entraînera dans une course folle en diligence. Quant à l'amour, il faudra choisir entre la chanteuse de bar aux cheveux orange, aux seins outrageusement exhibés, et l'institutrice austère au chignon serré.

    Parfois tout se brouille et ces figures disparaissent, tout comme cette ville fantôme qui ne cesse d'apparaître, de le rattraper puis et de se diluer dans le morne horizon. Série de mirages, hallucinations ? Peut-être que l'objet de la quête n'est pas là où on l'attend.

    Robert Coover revisite le genre du western pour en repousser très loin les limites, dans une langue débordante d'inventions et avec l'humour qu'on lui connaît.

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