Seuil

  • La lecture fondamentaliste des textes sacrés les fige dans une vérité immuable. L'approche historico-critique, elle, écarte la question de la vérité du texte au profit d'un savoir sur lui. Mais elle neutralise alors les questions de sens, et par là ne peut, malgré ses prétentions, être un rempart contre le fondamentalisme. Au-delà de cette opposition, ce livre propose une lecture spirituelle de la Torah, qui ne laisse pas gagner le désarroi et se montre aussi sérieuse que la science.
    Cette lecture se déploie comme un dialogue : le lecteur pose aux versets des questions morales, politiques ou métaphysiques, qui mettent en jeu son existence ; et pour approcher la vérité que recèle le texte, il tente d'y déchiffrer l'énigme de sa propre vie. Les versets deviennent des paroles qui lui sont adressées, ici et maintenant. La Torah est donc éternelle parce que son sens est sans cesse renouvelé, non parce qu'il est fixé à jamais. De même, son étude ne consiste pas en une appropriation affective et fantaisiste, ni en un envol oublieux du réel.
    Lire la Torah est un travail d'interprétation exigeant autant qu'une sortie de soi. Et il s'agit de s'élever autant que d'élever le monde, donc de dépasser l'inaction à laquelle nous condamnerait une lecture seulement symbolique ou littérale : la Torah parle bien de notre présent, et ne donne pas de solutions.

  • Argent, sexe, travail sont indissociablement des sources de satisfaction et de souffrance, parce qu'ils ne nous satisfont jamais - comme tels, ils intéressent particulièrement le bouddhisme. Mais c'est essentiellement parce qu'on les oppose à la vie spirituelle que Trungpa s'y arrête, pour précisément montrer l'erreur d'une telle opposition : il s'agit de mener une vie réelle en se reliant réellement aux situations, dans l'état d'être où l'on est, d'« unir l'air et la terre », de réaliser le caractère sacré de la vie, y compris de ses activités quotidiennes - le travail que nous avons pris l'habitude de subir, le sexe étouffé par les conventions et les schémas moraux, l'argent objet d'avidité et moyen de contrôle, et pourtant nécessaire. Trungpa montre ainsi que la créativité est la clé du travail, que celle du sexe est la communication (et même que toute communication est sexuelle) et que l'argent est un moyen de prendre conscience de la façon dont nous utilisons notre énergie : aucune mièvrerie dans ses enseignements, mais une alliance de réalisme et de respect de la vie. Trungpa nous incite en quelque sorte à accepter et à créer : accueillir le quotidien avec un esprit ouvert, créatif, respectueux, en étant prêt à l'utiliser comme une partie intégrante de notre développement.

  • Comment donner le goût du paradis ? La question peut paraître fantasque, au mieux, poétique. Elle est en fait fondamentale, et recouvre une réalité très concrète. Car le paradis n'est en rien l'ajournement de la joie ou d'un devenir meilleur. Il n'est pas le rêve d'une vision béatifique chargée de camoufler ou d'oublier une réalité sans espérance. Il n'est pas un arrière-monde. Le goût du paradis, c'est la pression de la joie, ici et maintenant. L'annonce du paradis transfigure le monde présent. Avec la violence d'un déchirement, d'une irruption : on tue le Christ parce qu'il annonce le Royaume. C'est sans doute parce que le paradis est insuffisamment prêché que le christianisme a tendance à se réduire à un moralisme. Mais réfléchir au paradis, c'est aussi récuser l'idée d'un paradis terrestre, c'est empêcher l'utopie et sa pente totalitaire : la société parfaite est produit de l'enfer, elle résulte de la volonté de temporaliser l'espérance. Devenir meilleur, trouver la joie, se fait sous la pression du paradis ; pas en tentant, tel l'ange qui veut atteindre la béatitude par ses propres forces, de réaliser le paradis sur terre. Et refuser le paradis, est-ce possible ?...

  • Quel est le sens des fêtes chrétiennesoe Depuis quand les célèbre-t-onoe Comment se sont imposés les rites propres à chacune ?
    De l'Avent à la Toussaint, en passant par le Carême, Pâques, l'Ascension, et d'autres fêtes encore, au sens, voire au nom, souvent oublié, ce livre explore la signification des célébrations chrétiennes et raconte comment celle-ci a peu à peu été fixée dans des cérémonies. Date de la fête, liturgie, contenu des prières et des chants : tous ces éléments ont une histoire qui a répondu au double souci d'exprimer un aspect de la foi et de l'enraciner dans la pratique des fidèles. C'est l'occasion de montrer comment I'Eglise christianisa certaines festivités païennes. C'est l'occasion aussi de rendre compte des débats qui animèrent les Pères de l'Eglise, chaque célébration leur permettant d'approfondir les dogmes précisés lors des grands conciles.
    En montrant la cohérence du chemin spirituel parcouru tout au long du calendrier chrétien, cet ouvrage offre une vision d'ensemble des croyances, des images et des rites propres au christianisme, auquel il constitue une excellente introduction.

  • Selon certains philosophes, espérer serait au mieux une consolation, et il conviendrait de l'abandonner au profit d'une sérénité plus forte que les malheurs. Mais dénoncer la vanité de tout espoir est-il si sage ? Comment comprendre que, même dans des situations terribles, l'espoir déserte rarement tout à fait le coeur humain ? Pourquoi cette insistance de l'espoir à surprendre jusqu'aux partisans d'une lucidité qui le récuse ?
    Espérer, c'est discerner au coeur du tragique et de la tentation du désespoir, ce qui peut nous y soustraire. C'est aussi résister à la pensée que la nécessité régit ce qui advient. L'espoir n'est ni une compensation ni une consolation. Plus profondément, il espère une réparation du présent. Surtout, il atteste surtout une ouverture de la finitude humaine sur ce qui l'excède. Espérer, c'est s'avancer vers ce qu'on ne voit pas et ce qu'on ne prévoit pas mais qui, déjà, nous affecte. Dans le cadre biblique, l'espoir se fonde sur une promesse qui ne concerne pas uniquement l'avenir humain et le sens de l'histoire. Il ouvre une perspective eschatologique relative à un monde qu'aucun oeil n'a vu. La question " as-tu espéré ? " nous sera d'ailleurs posée après notre mort, selon le Talmud. Espérer apparaît alors comme une vertu des plus exigeantes.

  • La vie chrétienne est l'apprentissage d'un amour : aimer comme Dieu nous aime. Expérience intime, ce pèlerinage suit pourtant des étapes repérables, même si elles ne sont jamais chronologiques. Et parce que la quête de Dieu est inséparable de la façon dont Dieu se donne à l'homme, l'ouvrage s'attache à comprendre comment, à chacune d'elles, Dieu agit en l'homme, comment il suscite et fortifie le désir d'être avec lui et comment l'amour est, réciproquement, accueilli et donné. Autour du thème concret de la soif spirituelle, qui constitue le fil rouge du livre, des notions telles l'incarnation de Dieu en la personne du Christ, l'expérience de la Croix, la communication par l'Esprit, la communion des saints, le salut sont éclairées, offrant une vision d'ensemble accessible de la foi chrétienne, par ailleurs illustrée dans des références régulières aux figures spirituelles de la tradition.
    Et sur le chemin qui sépare et unit tout à la fois les hommes de Dieu, sont traitées ces questions qui paraissent sans réponse :
    Qu'est-ce que Dieu représente pour l'homme ? Qu'est-ce qu'implique la quête de Dieu ? Qu'est-ce que signifie la capacité qu'a Dieu d'accueillir l'homme, avec ses défauts humains ? Qu'est-ce qu'une relation vivante à Dieu ?
    Un texte à la fois pédagogique et sensible, dont le parcours ménage une tension à l'image du chemin spirituel.

  • Quelle place peut-on reconnaître à la musique dans la quête spirituelle ? L'interrogation est ici abordée de façon nouvelle dans la mesure où la musique n'y est pas considérée d'abord comme un art, mais comme un fait anthropologique capital : le chant et la danse sont fondés sur notre capacité de parler et de marcher. Aussi la musique chante et danse notre rapport au monde sous le mode du sentir et non du connaître. La quête spirituelle est envisagée à même cet enracinement existentiel. Loin de se tourner vers un " au-delà " fantasmé, elle cherche et trouve son chemin dans l'expérience rythmique, le travail sur le matériau musical. Peut-on alors établir une parenté entre le chemin qu'emprunte en nous la musique et celui qu'emprunte le Verbe en son périple d'incarnation tel que l'entend la tradition évangélique ?Cette quête spirituelle revêt des allures différentes selon les grands moments stylistiques que le livre traverse au rythme d'oeuvres emblématiques, de Bach à Messiaen en passant notamment par Monteverdi et Mozart. Mais c'est dans sa confrontation avec la violence du monde que la musique révèle la puissance paradoxale de sa fragilité, capable de libérer l'oreille d'un imaginaire trompeur. Une oreille ainsi pacifiée peut se laisser surprendre par l'appel de l'Ouvert, quand d'aventure pour elle le lointain se fait proche.

  • La passion croissante du public pour les techniques de méditation orientales pourrait laisser penser que l'Occident n'a pas développé cette pratique. Pourtant, la tradition méditative du christianisme est aussi ancienne que lui, et ne fut pas réservée aux mystiques. Des pères du désert à la prière du coeur des orthodoxes, en passant, entre autres, par Ignace de Loyola et les splendides oraisons du XVIIe siècle, ce livre s'interroge sur la nature profonde de la méditation chrétienne et ses différentes formes, prières, oraison, exercices spirituels - toutes manières de se tourner vers l'Absolu. Quelle recherche dirige la méditation : celle du vide ? de la plénitude ? Est-elle synonyme d'ascèse ? Quand et comment la pratique-t-on ? L'enseigne-t-on ? Méditer est-ce contempler ? comprendre ? Comment esprit et corps interagissents-il ? Quel rôle y joue la respiration, dans une religion où l'Esprit n'est autre que le Souffle divin ? Quel est celui l'image, sachant que l'homme a été créé " à l'image de Dieu " ? Ou encore celui de l'écriture ? Autant de questions réfléchies dans cet essai qui se déroule lui-même comme une lumineuse et magnifique méditation sur le christianisme, reflétant ainsi la nature même de la méditation chrétienne. En effet, parce que la foi n'est jamais livrée clés en main, la méditation chrétienne est d'abord méditation du christianisme ; et parce que la foi a pour objet non quelque chose, mais la personne du Christ, elle est méditation sur lui.

  • La poésie partage avec la mystique une même relation à l'ineffable, le recours aux symboles et à l'ambiguïté du langage. Elle permet de suggérer des réalités spirituelles que la raison ordinaire ne peut formuler. Ainsi développe-t-elle les thèmes doctrinaux du soufisme avec la subtilité nécessaire. Ainsi les maîtres soufis y expriment-ils les paradoxes vécus au cours de leur voyage initiatique. Mais la poésie n'est pas qu'un lieu d'expression mystique et de profusion de sens : elle ouvre l'âme humaine aux divers aspects et degrés de l'expérience intérieure ; plus encore, elle constitue le moule dans lequel celle-ci peut s'incarner. Cela tient à ce qu'elle entrelace les deux voies complémentaires pour cheminer vers Dieu : évocation de la Beauté et gnose. Mais aussi au fait que les poèmes transmis ont été inspirés aux cheikhs, comme le Coran a été révélé à Muhammad. En réactualisant la parole primordiale, le poème conduit donc à la réalisation majeure de l'humain : l'union à Dieu.
    Alors que les Dîwân, recueils poétiques, sont des mondes en soi opposant des modalités d'accès aux intrus, ce livre, poèmes commentés à l'appui, nous en fournit des clés. On comprend ainsi comment la poésie soufie, qui vise à éveiller les consciences par le paradoxe et l'illumination, échappait au mode de pensée normatif des docteurs de la Loi et a provoqué leur censure.

  • - L'enseignement fondamental du Bouddha, destiné à mener l'homme à la libération, est contenu dans ce qu'on appelle les Quatre Nobles Vérités : la vérité de l'existence humaine, à savoir la souffrance ; les causes de la souffrance ; la possibilité de sa cessation ; le chemin vers sa cessation.D'une radicalité désarmante, ces vérités, qui fondent toutes les formes du bouddhisme, ont donné lieu à de multiples commentaires. Chögyam Trungpa en offre ici un qui tranche avec ceux qu'on a pu lire : à sa façon provocatrice, directe et intransigeante, il révèle la profondeur d'un enseignement qui pourrait paraître décevant de simplicité. Avec humour, il sait le mettre en jeu, et en scène, dans chaque situation de notre vie quotidienne moderne où l'angoisse et les multiples moyens de la fuir entretiennent le cercle de la souffrance. S'attardant sur la pratique de la méditation, il interpelle le lecteur sur l'urgence de quitter la prison que sa pensée produit.

    - Figure de la nouvelle génération tibétaine, Chögyam Trungpa (1939-1987) a su présenter au grand public occidental, sous une forme moderne, les enseignements traditionnels du bouddhisme, particulièrement du Tantra. Aux États-Unis, il a fondé l'institut Naropa et le programme d'apprentissage Shambhala. Son oeuvre est en grande partie traduite au Seuil.

  • La libido est désormais un secret de polichinelle. Rien n'est moins inconscient, rien ne s'affiche davantage. Il ne faut pourtant pas se leurrer. La libération sexuelle pourrait bien être une ceinture de luxure aussi cadenassée que la moyenâgeuse ceinture de chasteté. Parce qu'il est ramené au plaisir, au mieux à la « petite mort », on ignore le lien du sexe avec la joie, car la joie est exigeante, et elle exige qu'on renonce aux plaisirs mesquins. La psychologie conçoit le sexe comme ressort afin de ne pas voir, ce qui est beaucoup plus embarrassant, le sexe comme mystère. L'hypersexualisation actuelle pourrait même cacher une haine du sexe. Haine du sexe comme marque de notre condition charnelle. Haine du sexe dans sa sexuation. Haine du sexe dans sa fécondité. Et nous ramener paradoxalement à un dualisme où la raison, au lieu de se mettre à l'écoute de la chair, en fait le matériau de son fantasme et s'élève au-dessus de ses déterminations. Comme à ses premiers siècles, le christianisme se retrouve alors aujourd'hui dans la situation singulière d'avoir à chanter la gloire du corps, la spiritualité de la chair, et à lui redonner sa dimension spirituelle. En analysant successivement la spécificité de la sexualité humaine, dont l'enjeu, à travers l'enfantement, serait la question du salut ; le couple et la signification de l'union charnelle; celle de la naissance, qu'on obscurcit souvent au profit d'un projet parental qui fait de l'enfant le produit d'un désir, cet essai montre en quoi la sexualité nous dépasse et tente de saisir son mystère ultime.

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