Seuil

  • " Je me suis imaginé que Vermeer était fasciné par le mystère de la naissance et de la croissance - une croissance très lente, presque statique - d'une perle.
    Elle grossit et mûrit pendant des années dans la coquille autour d'un noyau grand comme un grain de sable, à une vitesse qu'il est permis d'appeler temps arrêté. " Le journal de Gustaw Herling est une suite de contemplations et de pauses sur l'art, la littérature, le mal, la politique. Promenades dans une Italie intemporelle, de Venise à Capri, en passant par Sienne, Parme et surtout Naples où il vit depuis une quarantaine d'années.
    On entendra dialoguer Henry James, Stendhal, Flaubert et tant d'amis ou de maîtres polonais. On s'arrêtera devant les chefs-d'oeuvre de Rembrandt, du Caravage, de Ribera, de Vermeer. On tentera de comprendre le rôle de l'écrivain sur terre.

  • New York.
    1979. Prise d'otages à Téhéran. Un narrateur, double de l'auteur, veuf à quarante-quatre ans, erre dans la nouvelle Babylone à la recherche d'une nouvelle vie. Lui aussi est comme pris en otage, par les femmes qui l'aiment, et l'on ne sait plus si c'est lui, ou elles, qui mène le jeu. Elles ? C'est d'abord l'épouse trop tôt disparue, à laquelle il écrit des lettres d'un romantisme fiévreux. C'est ensuite Flora, la belle hippie de Central Park, avec qui il se livre à un ballet érotique dont il nous révèle cruellement les ficelles intellectuelles.
    C'est enfin Chryssorroé, la riche admiratrice qui finance sa tournée de conférences en Amérique. Sur un ton trivial et dans une prose savante, l'auteur manie le sarcasme et l'autodérision pour mieux laisser libre cours au lyrisme amoureux. Le prix des sentiments est fixé par celui qui les provoque. Un grand roman de séduction et de lucidité, troublant comme un parfum masculin.

  • être un homme

    Olivier Charneux

    «J'ai treize ans. L'enfance ne veut pas finir. En rentrant de l'école où je m'efforce de jouer les gros bras, je fais rouler mes petites voitures. Suis-je le seul de mon âge à m'amuser encore de ces jeux enfantins ? Je ne sais pas. On parle d'autres choses avec les copains. On se croit entre hommes. C'est quoi être un homme ?» Je poursuis dans ce livre le récit, commencé avec L'Enfant de la pluie, de tout ce qui constitue l'homme de trente-sept ans que je suis aujourd'hui : ma famille, les rencontres déterminantes, ma sexualité, les deuils, le théâtre, les voyages, l'écriture.

  • La rive orientale, c'est l'autre côté du Rio de la Plata.
    A Buenos Aires, on appelle ainsi l'Uruguay. Un inspecteur des douanes, qui n'est pas nommé. ira un jour là-bas trouver le mystère de sa naissance et découvrira en lui-même la capacité d'écrire. Profonde méditation sur l'écriture et l'identité, ce livre s'inscrit dans une entreprise poétique de réflexion sur la langue, la perception du monde, la filiation, l'origine. Autour du personnage énigmatique qui est au centre de l'histoire, sa femme Clara, sa belle-mère Clarita et deux frères, Fabain et Alvaro, tous deux frappés par des destins tragiques.
    L'enquête mystérieuse au terme de laquelle le douanier se trouve dans un Montevideo intemporel est accompagnée du texte qu'il écrit : chronique imaginaire des pionniers du XVIe siècle.

  • « Au fond, les livres sont des plaidoyers par lesquels les écrivains demandent qu'on les gracie. Désespérément, ils apportent l'une après l'autre les preuves de leur valeur, de l'unicité de leur oeuvre, de l'énormité de leur labeur, et ils les brandissent deavnt l'univers, ils les haussent jusqu'au ciel pour les présenter au Juge suprême, et ils s'accrochent à l'esppoir insensé d'être épargnés.
    Et voilà que la première personne s'est encore volatilisée, mécontente, sans doute d'être intégrée à un groupe quelconque, fût-ce à celui, très honorable, des écrivains, pourtant c'est bien ma propre lutte que je décrivais là, et ma propre défaite, mais ma première personne se révolte contre toute identification, elle est seule et elle entend le rester, elle se complaît dans sa solitude, qui est la plus fière et la plus triste des conditions. » C'est à un voyage à l'intérieur de sa tête que nous invite l'auteur, dans un récit fantasmatique et méditatif, où s'entremêlent réflexion, fable et rêve.

  • " La première fois que J'ai entendu parler d'un lieu nommé Auschwitz, d'un camp appelé Skarzysko-Kamienna, d'autres camps portant le nom de Treblinka, Czestochowa, Bergen-Belsen, d'un shtetl Szydlowiec où mon père était né, je devais avoir trois ans et demi.
    Il me semblait comprendre que, dans ces endroits-là, désignés également comme " K.Z. ", " camp de travail ", " camp de concentration", "camp d'extermination ", des gens appelés " Allemands ", ou encore " bandits nazis " par mon oncle Israël, emmenaient les Juifs pour les tuer, loin des regards des autres hommes. " Myriam Anissimov veut précisément reporter sous les regards des hommes ces années-là.
    Qu'est devenu l'oncle Israël, qui écrivait en yiddish des lettres si déchirantes au père de Myriam ? Et comment a disparu l'autre oncle, Samuel, frère de sa mère ? Maintenant que les années ont passé, l'enfance resurgit. Le " home pour internés " de Suisse, l'atelier de confection de Lyon, le village des Pyrénées et aussi New York : la mémoire est partout, la menace de l'oubli est partout. La littérature a cette force de résistance au temps.
    Grâce à la précision de l'enquête, grâce à l'exigence du coeur, grâce au style. A travers les images bouleversantes ou drôles, à travers la vie qui continue malgré les appels de Sa Majesté la Mort.

  • « Entre le jour de son arrivée et le jour où il a su que le délateur Mikhaïl, à son tour détenu, se trouvait au gisement, Ottavio Manucchi avait effectivement interrogé sept cent soixante-trois mille deux cent soixante-seize personnes de toutes catégories. Puis, au gisement lui-même, encore deux cent quarante-huit personnes, avant d´arriver jusqu´à lui, le délateur Mikhaïl, la hantise de ses jours et de ses nuits, son obsession aliénante, sa prison de chaque instant, en même temps que cette part irréductible de liberté qui avait été la sienne et lui donnait un air somnambulique qui me fascinait. Manucchi avait pourtant aussi peu de chance de retrouver le délateur albinos que, comme le disait toujours Tarass Erdman, "un éclat de météorite n´en a de te tomber précisément entre les deux yeux".
    Et c´était arrivé. »

  • " Et la fenêtre près de la Seine, dont les eaux se jettent dans l'Atlantique et dans un autre fleuve, le Rio de la Plata, au bord duquel je suis née.
    Sur l'une de ses rives, Buenos Aires, ma ville, sur l'autre, Montevideo, la ville de ma mère : deux villes en une au bord d'un fleuve aussi vaste que la mer, dont les teintes brunes, roses, mauves, bleues, changent selon la lumière. " Une femme se souvient de sa jeunesse et, contemplant le paysage tantôt urbain, tantôt marin, médite sur le destin des souvenirs, sur le sacré, sur Dieu, sur les anges, sur l'écriture, sur l'enfance.
    Mais aussi sur des rencontres et des oeuvres. Marguerite Yourcenar à qui elle rendit visite à Mount Desert et l'ombre de Borges. Et toute la littérature argentine, depuis les épopées gauchesques jusqu'au tango. Et la peinture, miroir de la poésie.

  • " C'est au début de la morte saison que mon père s'est tué.
    J'avais cinq ans. La fête foraine était à nos portes. La fête foraine de Charleville-Mézières. Le bruit des manèges m'appelait, la musique aussi, la voix des forains dans les haut-parleurs, l'attrait de la vitesse et des tournants. Un besoin d'envolée. Partout dans les rues, dans les avenues, sur les places, les manèges s'étaient posés comme des planètes, promesse de futurs bonheurs. "

  • " Nous regardons du coin de l'oeil des phénomènes inexplicables, nous faisons semblant de ne pas les avoir vus, nous lisons chez quelques écrivains audacieux des histoires de fantômes de personnes disparues, les considérant comme des fantasmes, fruits d'une imagination malade, refusant de mettre en danger notre " bon sens ", de nous laisser pousser dans une autre dimension, au-delà du seuil de la " réalité tangible et vérifiable ".
    Nous traversons la vie avec un oeil exagérément écarquillé, l'autre aveugle, voilé d'une taie. Est-ce suffisant pour voir ? Non, cela ne l'est pas. " Entre l'Italie des siècles passés, celle qui fascinait Stendhal, et la Yougoslavie d'aujourd'hui déchirée par la guerre, l'écrivain polonais promène en trois nouvelles un regard tour à tour lucide et épouvanté sur le comportement mystérieux de l'humanité.
    Dans un passionnant entretien avec Edith de la Héronnière, il introduit naturellement le lecteur à son univers poétique et tourmenté, si proche encore du fantastique des Anglais romantiques et du désespoir dostoïevskien.

  • " L'homme est entré, harnaché de la panoplie du tueur, musette sur l'épaule, fusil en bandoulière.
    Il tenait par les pattes un lapin mort. " Ainsi éclate, soudaine, la passion de Marie Ordinaire pour Paco. Elle est ethnologue et bourgeoise, il est forain et analphabète. Pour lui, elle quittera tout, tentera de s'oublier jusqu'à se détruire. Est-ce de l'amour ? Est-ce le désir d'être aimée ? Après quelques années, il n'est pas simple de revenir sur une passion. Il faut retrouver la force de l'illusion, le goût de la vie, le besoin de partager.
    Anne Gallois, avec émotion, humour et vivacité, nous entraîne dans un récit qui se révèle aussi une profonde réflexion sur l'amour, sur la famille, sur la société des marginaux.

  • Peut-on passer de l'analyse de la passion dans la Recherche à la passion vécue dans le Marseille d'aujourd'hui ? Le jeune Azdi et ses amis méditerranéens sont-ils la réplique contemporaine des jeunes filles en fleurs ? Sous les yeux de Paul Barbera, universitaire encore naïf qui débarque à Marseille pour aider son oncle dans son entreprise de rénovation d'immeubles, une petite bande de garçons devient aussi étrange et dangereusement fascinante que la bande des jeunes filles de Balbec. Par un étonnant tour de force, Agnès Clerc montre qu'on peut retranscrire parfaitement le langage parlé des adolescents du Midi et ne pas abandonner pour autant la profondeur des réflexions proustiennes. Elle prouve aussi qu'une femme peut comprendre la passion qu'un garçon inspire à un homme.

  • Cela se passe à Chicago, de nos jours, entre un campus universitaire, quelques bars de nuit et des cellules où des condamnés attendent l'exécution. Il y a un petit dragon qui ne veut plus manger, il y a un jeune et très bel étudiant qui milite contre la peine de mort, il y a les «jeux» provocateurs de la narratrice et de son compagnon adolescent. Entre le combat contre la dernière barbarie de la culture américaine et les luttes de la passion amoureuse, l'auteur réfléchit à certaines vérités que l'on préfère le plus souvent cacher : «La vérité n'est pas douce - on ne peut pas vouloir la caresser.» Elle est rêche comme la peau du dragon.

  • Oriana, tel est le nom qui se cache sous la mystérieuse signature d'orchidée sauvage, au bas des poèmes que retrouve claudio, jeune dessinateur publicitaire.
    Fouillant dans les archives de la bibliothèque nationale, il procède alors à une enquête que viennent troubler ses nuits agitées et sa vie sentimentale, bouleversée par le départ impromptu de son compagnon. mais, au-delà d'une intrigue qui dévoile des secrets menacés par l'oubli et nous fait découvrir un mythe littéraire de l'uruguay, nous lisons une réflexion sur la fin d'une culture. une aventure intérieure qui n'exclut pas la passion, la recherche d'un spectre qui aurait pu être un hétéronyme féminin de fernando pessoa errant dans la ville d'isidore ducasse.

empty