Sciences humaines & sociales

  • Philippe Artières, historien passionné d'art contemporain et de littérature fragmentaire, laisse dans cet ouvrage libre cours à ses désirs secrets de chercheur, dans une approche de l'Histoire joyeusement savante, personnelle et insolite. Réunissant de courts textes très divers, Rêves d'histoire propose une anthologie de rêveries ou, plus exactement, de " désirs d'histoire " encore non explorées. On y trouvera donc des idées brutes, des pistes incongrues, des domaines de recherche à arpenter, parfois nées à la lecture d'une source ou d'une archive qui révèle son imaginaire potentiel, ces îlots encore vierges qu'aucune carte n'avait encore répertorié.
    Mais l'historien n'est pas romancier à proprement parler, plutôt collecteur de détails, explorateur du plus simple ordinaire. Et s'il ne prétend pas plus emprunter la posture du demiurge que renoncer à l'honnêteté intellectuelle du chercheur, il se fait ici résolument homme de récits. Ou comment raconter l'histoire de la ceinture, des ordonnances médicales, de la tombe de Pétain (le " salaud de Yeu "), des routes, de la banderole, etc.
    Brièvement développées, agrémentées d'allusions autobiographiques et organisées en trois parties (Objets/Lieux/Traces), ces échappées ouvrent autant de champs de recherche dont on se plaît à imaginer la fécondité, parfois vertigineuse - mais souvent à l'état d'ébauche, elles sont inscrites dans la frustration de l'inachèvement. Un exemple parmi d'autres : autour d'une réflexion sur la cloison, procédant par digressions successives, l'auteur propose une histoire croisée du confessionnal, du parloir et de l'hygiaphone - de quoi faire apparaître toute une géographie de la parole dans nos sociétés, ce qui ne nous étonnera pas chez ce foucaldien de la deuxième génération.
    Au terme de ce recueil, Philippe Artières revient dans une postface-manifeste inédite sur toutes ses tentations d'écriture et interroge " cet hybride objet qu'est le récit historique ".

  • Dans ce livre de "mémoires" collectives et personnelles, Raoul Vaneigem évoque, quarante ans après le mouvement des occupations du printemps 68, les prémices de cet "embrasement au coeur multiple" puis sa récupération insidieuse par le spectacle culturel et contre-culturel. Il dresse, à cette occasion, un bilan de sa participation au groupe situationniste, non sans faire la part de certains errements propres à tout projet insurrectionnel, écartelé entre pulsion de mort et instinct de vie.

  • « On travaille trop et on gagne de moins en moins... Après les "réformes", les systèmes d'aide sociale et les primes ont disparu, les heures supplémentaires ne sont plus payées, la corruption a grandi. Nous avons fait grève il y a quelques mois. Les médias n'en ont pas dit un mot. Nous n'avons rien obtenu. (...) De toute façon "les réformes" ne vont pas dans le bon sens ! En haut, elles ont favorisé la corruption des fonctionnaires du parti ; en bas, les inégalités se creusent et les difficultés des conditions de vie s'accroissent. » Mme Meng, ouvrière de Shanghai.

    Ce témoignage rappelle que la Chine d'aujourd'hui n'est pas un monde séparé, mais la caricature bureaucratique du modèle libéral présenté ici comme notre avenir indépassable. Outre Mme Meng, les auteurs ont rencontré sur place et à Paris une trentaine de Chinoises et de Chinois. Cette série d'entretiens sur le vif, réalisés à quelques mois des Jeux olympiques, brosse un tableau saisissant du nouvel « atelier du monde ». Elle montre le vrai visage de la « société harmonieuse » avec sa « croissance à deux chiffres ». On découvrira ainsi le pays de la répression concentrationnaire, des ONG pseudo-écologistes et de la surexploitation généralisée qui menace les millions de paysans déracinés, travailleurs précaires des zones franches et autres victimes de la pollution durable.

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