Littérature traduite

  • Abû Nuwâs a vécu une époque où la religion islamique, n'étant pas menacée, était disposée à transiger.
    On a bien du mal à imaginer aujourd'hui que cette rouvre poétique, d'une audace érotique, satirique et mystique sans égale, ait, à rebours de toute pruderie dévote, reçu les louanges des plus grands esprits de son temps. Plus subversifs que jamais, les vers cinglants de Abû Nuwâs, à la gaité féroce et au tragique serein, semblent de nature à réveiller les peuples arabes de la torpeur morne où ils sont, pour leur malheur, engoncés.
    Mais aussi à entamer l'égocentrisme culturel occidental.

  • Revenue à Beyrouth en 1994, Maya découvre, au cours du tournage d'un documentaire sur la reconstruction du centre-ville, une sacoche abandonnée dans un immeuble en ruine. À l'intérieur, parmi des photos et documents d'avant la guerre civile, le journal posthume d'une certaine Noura, journaliste syrienne en exil, et les lettres d'Istanbul de son amant Kamal. Dès lors, elle se sent investie d'un devoir impérieux : reconstituer l'histoire tragique de ce couple. Son enquête va exhumer de lourds secrets, grâce à Sabah, l'amie de la disparue, mais surtout faire basculer le fragile équilibre de la vie de Maya.
    Avec cette fresque vibrante, Imane Humaydane révèle l'intrication des oppressions patriarcales, confessionnelles et politiques dans ce Moyen-Orient de la fin du XXe siècle. Un puissant désir d'émancipation féminine s'y déploie envers et contre toutes les formes de barbarie.

  • Chants de la nuit extrême

    Al Maari

    Il est difficile d'imaginer univers plus sombre que celui d'Al Maari, immense figure des lettres arabes.
    Perdant la vue dès l'âge de 5 ans et le sens religieux de l'optimisme au moment de l'adolescence. il coupe court à sa légende de génie aveugle en se cloîtrant jusqu'à sa mort dans sa ville natale. Il y sera désormais, selon son expression, captif des deux maisons : la cécité et sa chambre noire d'écriture. La nuit extrême dont parle ce nouvel ?dipe d'Orient inclut les faux-semblants de la réalité, mais aussi la possibilité même de s'orienter spirituellement.
    En regard de chacun de ces brefs poèmes - à mi-chemin de l'aphorisme et, du haïku - on trouvera une calligraphie correspondante : quintessence expressive de l'au-delà du verbe, entre noir et blanc.

  • "Au moment où je devins adolescent, c'est-à-dire sérieux, lui, à soixante-dix ans, devenait excentrique, ou inconséquent, et papillonnant. Nous nous sommes manqués." Dans ce récit conçu comme une hypothèse biographique, La rencontre entre l'auteur et son aïeul se fera de manière posthume. Ce personnage discret ayant traversé le XXe siècle sur le fit, et légèrement à la tangente de sa famille, nourrit le texte de sa propre liberté, laissant à la fiction Le soin de restituer le désordre invisible qui fut au coeur de son existence.

  • Certaines nuits, les bruits dans le lointain et le tambourinement lancinant de la pluie qui cinglait les vitres près de mon lit, m'arrachaient au sommeil.
    Soulevant légèrement la tête, l'oreille aux aguets, je tentais d'évaluer la distance qui me séparait de la zone des bombardements. Dehors la nuit recouvrait tout. Une nuit infinie. Quand les tirs s'intensifiaient, je ne parvenais plus à distinguer le fracas de l'orage du tonnerre des explosions. Les deux se confondaient. Si le ciel pleuvait à verse, les obus me paraissaient plus supportables, comme si, mouillés eux aussi par la pluie, ils s'amortissaient et heurtaient avec moins de brutalité les façades et les habitants des immeubles.

  • Mûriers sauvages est le livre initiatique de Sara, enfant druze élevée sous le joug d'un père-tyran, dans une magnanerie de la montagne libanaise. Tandis que les ouvrières dévident les cocons de soie, Sara remonte le fil de ses origines. Elle n'a de cesse de reconstituer l'image de sa mère, « la maudite », une femme trop libre, qui a quitté la propriété lorsque Sara avait trois ans.
    Mûriers sauvages est le roman d'une double métamorphose : celle d'une jeune femme qui finit par accepter son passé, celle d'une civilisation crépusculaire dont les derniers liens traditionnels lâchent. C'est la chronique délicate d'un être en devenir et d'une famille où se joue le petit théâtre de la grande Histoire.
    Au moyen d'une langue volontiers intime et mélancolique mais toujours à vif, Imane Humaydane-Younes, conteuse des vies suspendues, tisse sous nos yeux la trame d'un Orient au féminin.

  • D'autres vies

    Imane Humaydane

    Nous sommes au milieu des années 1990 à Mombasa, au Kenya. Myriam, Libanaise druze d'une quarantaine d'années est « une femme sans habitudes, en résidence provisoire ». Elle décide d'aller à Beyrouth, un court séjour, précise-t-elle, et non un retour définitif. Il y a longtemps que la guerre civile a cessé - mais est-ce jamais vraiment fini ? - et cela fait près de quinze ans qu'elle a quitté son pays natal. Il lui faut désormais solder les comptes du passé, s'occuper de la maison dont elle est l'unique légataire et revisiter l'histoire familiale : Salameh, son père devenu à moitié fou, Nadia, sa mère cloîtrée dans un mutisme complet, son frère Baha mort sous les bombardements, ainsi que le destin de ses grands-parents et de l'oncle Yussef. D'autres épreuves attendent Myriam : retrouver son amie Olga -éphémère amour de l'adolescence - qui est atteinte d'une grave maladie, faire le deuil de la passion de sa vie, Georges, l'homme qui devait la rejoindre à Adélaïde, peu après son départ pour l'Australie en 1980, et qui fait partie des milliers de disparus durant le conflit fratricide.
    Très vite, la narratrice se pose la question : combien de vies a-t-elle vécues, de Beyrouth à Adélaïde puis à Mombasa ? De l'idylle inachevée avec Georges au mariage de raison avec Chris - un médecin-chercheur anglais qu'elle a suivi au Kenya-, avant la rencontre décisive à l'aéroport de Dubaï avec Nour, un journaliste quinquagénaire américain qui se rend à Beyrouth à la recherche de ses racines... et avec lequel tout semble pouvoir recommencer.
    Dans une langue délibérément moderne et sobrement poétique, l'auteur porte un regard documentaire sur Beyrouth, raconte les changements de l'ancienne ville martyre, ses quartiers, les cafés de Hamra qui disparaissent et les enseignes de prêt-à-porter qui les remplacent. Son héroïne retranscrit les débats animés de ses anciens amis sur la « gestion » de la guerre et l'amnésie, sur la légitimité de ceux qui partent et de ceux qui restent.
    D'autres vies est un roman d'exil, de mémoire, de culpabilité. Un roman sur la difficulté d'aimer, d'enfanter, d'oublier, de faire le deuil tant que la guerre imprime encore sa marque. Sur ce que l'on perd en s'expatriant, mais aussi sur ce que l'on croit recouvrer à l'heure du retour.

  • Paroles de l'ombre

    Street Voice

    Au début des années 1990, des sans-logis de la ville de Baltimore (États-Unis) ont fondé un journal de rue, Street Voice, périodique gratuit qui compte aujourd'hui 80 numéros.
    Phénomène rare, ce journal sans visée caritative ni commerciale est entièrement écrit par ceux qui vivent en marge de l'American dream : chômeurs, homeless, junkies, etc. Il constitue une somme de témoignages sous-tendus par une critique sociale radicale, d'une authenticité exceptionnelle. Paroles de l'ombre est constitué d'un choix d'une cinquantaine de textes et d'une quinzaine d'illustrations en noir et blanc mettant en relief toutes les facettes de cette riche expérience de presse alternative.
    Paroles de l'ombre est précédé d'une préface de Curtis Price, principal initiateur de Street Voice.
    L'ensemble de ces textes ont été choisis et traduits de l'américain par Gaëlle Erkens.

  • Cette anthologie réunit des textes inédits de douze écrivains libanais de langue soit arabe soit française invités par le Centre national du livre à sillonner la France pendant l'automne 2007. Nouvelles, extraits de romans, poèmes, bande dessinée, autant d'invitations à nous faire découvrir les mille et une facettes de la littérature libanaise contemporaine.
    Les douze auteurs du présent recueil ont en commun d'avoir vécu de près ou de loin la guerre civile qui a endeuillé le Liban entre 1975 et 1990. Chacun de leurs textes porte donc la trace, même décalée ou en filigrane, de cette récente tragédie. Selon les multiples sensibilités de ce berceau de la culture moyen-orientale, nourrie de communautés confessionnelles si diverses, la littérature libanaise d'aujourd'hui offre un lieu de mémoire à un pays parfois tenté par l'oubli de lui-même.
    Comme le souligne Mohamed Kacimi dans son avant-propos, cette anthologie annonce l'émergence d'une narration intimiste, d'un style qui sans renier sa tradition poétique semble moins porté au lyrisme et d'une génération d'auteurs femmes qui « bousculent la langue, les représentations et les tabous ».

  • « Été 1981. J'ai quatorze ans. Mahmoud al-Taqi inscrit mon nom dans le registre avant de m'accompagner au dépôt. On me remet une paire de rangers, un uniforme kaki, une "tornade rouge" (l'insigne du Parti) à mettre sur l'épaule, une ceinture avec trois chargeurs, deux grenades et une kalachnikov, dont l'extrémité du canon - acier russe, 11 mm de diamètre - était sciée. Je suis affecté aux Forces centrales d'intervention du Parti social nationaliste syrien à Beyrouth. Le salaire est de 600 livres libanaises et un paquet de cigarettes par jour. »

    Yasser Arafat m'a regardé et m'a souri est le journal d'un combattant précoce durant cinq années de guerre civile libanaise, le livre cicatriciel d'un ex-enfant-soldat. Bref récit fragmenté, à l'écriture blanche et visuelle, il entraîne le lecteur sur les talons d'un gosse qui vit d'abord la guerre comme une escapade, ce qui le conduit à éprouver la part la plus irréelle du réel. C'est aussi le texte brut et pacifié d'un poète qui s'engage dans la prose sans rien renier des puissances secrètes de sa langue.

  • « On travaille trop et on gagne de moins en moins... Après les "réformes", les systèmes d'aide sociale et les primes ont disparu, les heures supplémentaires ne sont plus payées, la corruption a grandi. Nous avons fait grève il y a quelques mois. Les médias n'en ont pas dit un mot. Nous n'avons rien obtenu. (...) De toute façon "les réformes" ne vont pas dans le bon sens ! En haut, elles ont favorisé la corruption des fonctionnaires du parti ; en bas, les inégalités se creusent et les difficultés des conditions de vie s'accroissent. » Mme Meng, ouvrière de Shanghai.

    Ce témoignage rappelle que la Chine d'aujourd'hui n'est pas un monde séparé, mais la caricature bureaucratique du modèle libéral présenté ici comme notre avenir indépassable. Outre Mme Meng, les auteurs ont rencontré sur place et à Paris une trentaine de Chinoises et de Chinois. Cette série d'entretiens sur le vif, réalisés à quelques mois des Jeux olympiques, brosse un tableau saisissant du nouvel « atelier du monde ». Elle montre le vrai visage de la « société harmonieuse » avec sa « croissance à deux chiffres ». On découvrira ainsi le pays de la répression concentrationnaire, des ONG pseudo-écologistes et de la surexploitation généralisée qui menace les millions de paysans déracinés, travailleurs précaires des zones franches et autres victimes de la pollution durable.

  • " Quand de nouvelles senteurs dans Beyrouth me prévenaient de l'approche de l'été, j'étais impatient de monter à Deir-el-Kamar, là où le ciel était toujours pur, les arbres chargés de cigales, la terre riante dans sa barbe d'insectes.
    Enfant, j'étais loin de me douter que mon petit pays caché derrière un éventail de collines recelait tant de merveilleux. J'en pris conscience quand une dame m'offrit une gravure détaillée de ses paysages. C'était une vieille eau-forte qui envoûta notre maison. De fines lignes tracées à la pointe d'acier paraissaient avoir communiqué quelque alchimie secrète à un papier jauni par le temps. Elle avait été dessinée au XIXe siècle par un voyageur anglais depuis la terrasse de mes aïeux architectes à Deir-el Kamar, face au palais de Beiteddine, ce palais féerique et enchanteur accroché aux parois du roc.
    " Cet ouvrage est une invitation au voyage au coeur de ce berceau du monde dont parlait Gérard de Nerval. C'est aussi un regard sur l'Histoire du Liban à travers les textes, les récits, les itinéraires de ceux qui le sillonnèrent et qui contribuèrent au XIXe siècle à en faire la terre d'asile des Romantiques. Fady Stephan nous entraîne dans une épopée poétique et polyphonique où opère cette magie de l'Orient qui plus tard fascinera également les Surréalistes.

  • Unless

    Hélène Monette

    Dans le monde en marche, dans la ferveur sans motif, autour du sourire de la misère, dans lauréole des colères, au bord de linacceptable, il y a Unless. Une fleur aux mains coupées. Deux pétales, un cur pompier, un cerveau carreauté. Involontaire pour empiler les cadavres, mais mobilisée. Une enchaînée. Dans le jardin des clowns grimaçants. Dans la constellation du Faux. Sur la terre de Caïn. Ce nest pas Maybe, ce nest pas Perhaps, cest Unless.

  • La faille

    Damon Galgut

    Aux abords d'une ville côtière d'Afrique du Sud, un fugitif assassine un pasteur, puis endosse les vêtements de sa victime.
    Condamné à assumer toutes les conséquences de cette supercherie tragique, il va au devant d'une rédemption impossible. Face à lui, le capitaine Mong, un policier, humain, trop humain, et Valentine, un métis et bouc émissaire idéal. Ces trois personnages, fragiles et ambigus, nous entraînent dans une carrière abandonnée, cette " faille blanche "qui , à l'image de leur intériorité respective, donne le vertige.
    La cinéaste Marion Hänsel a adapté ce roman. Son film, La Faille, sortira au printemps 98.

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