Editions Mf

  • La nueva novela est un ouvrage majeur de la littérature contemporaine en langue espagnole. Publié à compte d´auteur par le poète et artiste Juan Luis Martínez en 1977 au Chili, un pays alors sous dictature, La nueva novela n´est pas un recueil de poèmes, c´est un objet d´art, mis en page et fabriqué par son auteur, composé de textes et d´images (collages, dessins, photographies) qui se répondent, dans lequel divers objets sont ajoutés (hameçons, drapeau, papier buvard) et diverses opérations effectuées (comme d´ajourer une page afin d´y produire une transparence locale), nécessitant l´intervention de la main sur chaque exemplaire imprimé. Proclamant la disparation de l´auteur (dont le nom est rayé en couverture), multipliant les références, les jeux intertextuels et les réécritures, La nueva novela est un livre insituable, dont la légèreté apparente dissimule le vide central, celui du signe privé de son sens, qui est aussi celui que creuse la dictature.

  • Le 17 septembre 1969, Tim Harper publie dans le journal de l'Université de l'Iowa un article intitulé « Is Paul McCartney dead ? ». Épaulé par des indices glanés dans les trois derniers albums des Beatles, il y expose une théorie selon laquelle le bassiste du groupe aurait trouvé la mort lors d'un accident de voiture. Les trois autres du groupe se seraient empressés de le remplacer par un imposteur. .Et c'est ainsi qu'apparut cette étrange légende urbaine : une théorie de la conspiration vérifiable au sein d'un message crypté introduit par les conspirateurs eux-mêmes dans leur production pour révéler ce qu'ils cachent à ceux qui ne doivent rien en savoir. Poppermost fait l'exploration de ce phéomène.

  • Le projet Michel, Leila entre dans le cadre du projet des « Microèmes », des tercets qui peuvent ou peuvent ne pas être des haïkus, projet qui se veut « une description du langage et du monde par le langage luimême ». Une grande part de ce travail est consacrée au pronom.
    En effet, il s'agit de créer « la maximum de sens par le minimum de langage, et de différences de langage possibles », le pronom étant à nos yeux le lexème le plus court et le plus riche de sens, car contenant les catégories d'espace et de temps, ainsi que de capacité d'action (mis pour un sujet...). Le projet Michel, Leila se concentre sur les pronoms « il » et « elle ».
    L'idée est de « raconter (si possible) une histoire sans aucune narration ». Comme dans la majeure partie du projet des « Microèmes », une large part est donc donnée à l'imagination du lecteur, qui, comme le veut la tradition critique, doit « compléter le texte par la lecture ». Ainsi, ellipses et raisonnements « bancals » ou à prémisses incomplets sont fréquents dans les « Microèmes », au lecteur de « deviner » le sens complet des tercets ou suites de tercets. Le projet Michel, Leila se veut poétique avant tout, soit par la nature de Microèmes pris isolément, soit dans l'invention que peut faire du tout le lecteur, quant à l'histoire d'amour dont il s'agit.

  • L'ouvrage se propose de montrer le sens qu'il y a à s'orienter, en politique, par affinités, tout en distinguant la logique affinitaire d'une logique identitaire et clanique discriminante, et en questionnant son rapport à la prise en compte de la coexistence non choisie des êtres humains, avec la pluralité de leurs préférences et de leurs genres de vie. Il propose la thèse suivante : c'est paradoxalement l'orientation affinitaire, sensible, consciemment partiale, plus qu'une prétention à s'orienter d'après des raisons, qui est la plus à même de faire une place à la coexistence de la multiplicité, parce qu'elle reconnaît l'absence de principe et donc l'illégitimité de toute prétention à l'uniformisation du monde. Cette problématique conduit à poser la question de la place de la raison dans le domaine politique, à penser le rapport entre pensée logique et sensibilité politique. Par là, c'est aussi une éthique des choix politiques qui est esquissée.

  • Appeau

    Uspudo

    Nous suivons les aventures de Turtifli Lenboise. Il sort des eaux, invente des mots, chante d'admirables comptines et multiplie les rencontres et les aventures.
    Dans le style d'un Lewis Carroll contemporain qui ne renoncerait à aucun néologisme et ne dédaignerait pas l'argot, Appeau emporte le lecteur dans un tourbillon de récits instantanés qui sont autant de visions poétiques : des nouveaunés grandissent dans un cinéma devant le film de leur vie, Luc et Lucie s'aiment malgré les circonstances, Al Sirobule se fend d'une préface « traduite de l'étranger par un local », on croise un mage « délusionniste » et une vache nommée Doris.
    Mais Turtifli Lenboise retombe toujours sur ses pieds.
    D'une inventivité verbale constante, ce petit roman semble né de la rencontre entre un poète pratiquant les cadavres exquis et un musicien de free jazz.
    A lire à haute voix et à plusieurs.

  • Ouvrage passionnant et novateur, Le Conflit des perceptions est le premier essai d'Elsa Boyer. Elle y entreprend, en partant des jeux vidéos et de la réalité virtuelle, de penser la question de la perception artificielle. Elle montre en relisant la phénoménologie husserlienne, Jacques Derrida et Bernard Stiegler que c'est la perception elle-même que ces pratiques nous obligent à repenser. Fourmillant d'exemples empruntés aux pratiques artistiques et vidéoludiques contemporaines, Le Conflit des perceptions soulève avec une rare puissance philosophique des questions auxquelles nous sommes quotidiennement confrontées.
    Le texte est accompagné d'une préface de Catherine Malabou, philosophe, auteur de nombreux livres dont Que faire de notre cerveau ? (Bayard, 2005) et La Grande Exclusion avec Xavier Emmanuelli (Bayard, 2009).

  • Héros

    Denis Jampen

    Né en 1956 dans le Jura Suisse, Denis Jampen meurt à Bangkok en 2006. En 1975, à Paris où il est rédacteur pour la revue Minuit, il commence l'écriture de Héros. Ce texte ne sera, jusqu'à ce jour, jamais publié. Denis Jampen avait alors dix-neuf ans. Cette précision importe tant le livre est choquant par ce qu'il met en scène : cinq «guerriers» bivouaquant dans un parc, à l'intérieur d'une ville conquise, dans laquelle ils commettront viols et assassinats. La «guerre» ici décrite, en l'absence de tout ancrage référencé, est de tous les lieux et de toutes les époques. Mais, plus que son sujet, aussi noir et perturbant soit-il, c'est sa phrase qui retient immédiatement l'attention du lecteur : enchevêtrée, saccadée, sans cesse interrompue et sans cesse relancée, elle donne à ce texte une beauté saisissante. Quarante après son écriture, Héros n'a rien perdu de sa puissance de sidération.

    Le texte est suivi d'une postface de l'écrivain Arno Bertina, auteur, notamment, de trois livres aux éditions Verticales (dont Je suis une aventure, paru en 2013).

  • Est

    Marie Gil

    Réécriture contemporaine de la quête duGraal, Est nous plonge dans la vie d'un Lancelot d'aujourd'hui.

    Le monde se délite, le monde arthurien en particulier. Lancelot, accusé d'être responsable de cette déréliction, est blessé à mort dans un tournoi ; il finira ses jours sur un lit de campagne, dansune petite maison des bois.

    Suite de variations sur la vie de Lancelot du lac, Est est aussiun fascinant exercice d'écriture. Du « il » au « je » en passant parle « tu », chaque partie de ce récit fragmentaire nous rapproche du héros égaré. Combats et quête posent le décor impossible à situer de cette version désenchantée du mythe dont la force est de nous plonger peu à peu dans l'intimité mélancolique d'un Lancelot devenu le narrateur de son histoire : le journal de ses dernières heures rythme toute la fin du livre.

    Est est bien une version du mythe, et non son adaptation contemporaine.Un récit légendaire dans un monde qui ne croit plus aux légendes. La quête est vaine, le Graal n'est qu'un objet dont on peut retracer l'histoire, mais Lancelot ne fut jamais aussi vrai que dans cette immobilité acceptée comme un destin.

  • Hyperrectangle

    Aden Ellias

    Sotie* subtile dont le narrateur nous fait suivre le fil de malicieux déraisonnements que l'on découvrira appuyés d'un gai savoir retourné comme peuvent l'être un gant ou une opinion, Hyperrectangle parodie non sans gravité les procédés de ce que l'on a nommé « autofiction » dans la production littéraire française.
    Cette pratique et le quasi-genre dont elle s'auréole parfois s'en trouvent littéralement démantelés. En une unité de temps et de lieu fantasque, Hyperrectangle dynamite ainsi le thème du jeune écrivain qui ne nous épargnerait aucun détail de sa vie amicale, intellectuelle ou sexuelle.
    L'invention formelle y est mise au service d'une dissection comique radicale du contemporain. Dans le même mouvement se trouve renouvelé le questionnement le plus profond et le plus ancien sur le pouvoir de la littérature et sur ses fins.

    Nos parents d'Éléonore Dupin habitent en province, dans le Massachusetts, près des criques. Ils sont encore ensemble et tout ce qu'il y a de plus vivants, et j'ajoute plutôt contents d'exister pour que le portrait psychologique soit rapidement complet. On ne les voit pas souvent à Paris et Madrid flamboyant, mais on s'écrit, on se téléphone, on va les voir à pied à cheval ou en canoë quand nos activités nous en laissent le temps. J'ai sans doute omis de spécifier qu'Éléonore Dupin oeuvre dans le psychiatrique, en tant qu'infirmière de nuit, et que moi aussi bien sûr, en tant qu'Albert Camus.

  • Livre instrument ; livre à lire, jouer, écouter ; livre manuel de sonorisation du monde ; livre script d'actions musicales à faire chez soi et chez les autres ; livre manuel de torture sonore ; livre à détourner le cours des choses prévisibles ; livre d'instruments impossibles et peu probables ; livre à déclamer dans les rues des grandes villes ;
    Livre à dire au milieu des forêts ; livre à murmurer sur les places des villages ; livre à changer le monde ; livre à sons ; livre à partitions ; livre à gestes et à fictions ; livre dont vous êtes les musiciens.

  • L'axe de cendre

    Marie Gil

    Louis revoit, vingt ans après, un visage de femme croisé dans l'enfance, et comprend trop tard qu'il a manqué son destin. Il écrit l'histoire de cette rencontre, et nomme la femme Cendre. Il le fait avec détachement, comme déjà mort, dans un style froid. Car si les faits sont extraordinaires, il ne les comprend qu'au fil de la narration, et le dessin complet, celui de sa vie, ne se forme qu'au fil des pages, toujours trop tard. Son écriture ramène ainsi, par impossibilité de voir le sens, l'idéal dans le quotidien :
    L'idéal d'un amour enfantin toujours vivant, le retour de cet amour dans sa vie, accompagné de la figure d'un ami disparu, comparables à l'apparition de cet enfant qui ramènera l'Âge d'or. Tous ces signes merveilleux traités avec dédain convergent dans une photographie découverte par hasard, qui réunit les trois personnages. Sa découverte entraîne le dénouement.

  • Ce livre part d'une question : si la perception et le langage objectivent le monde, si l'imagination le structure, si le savoir l'ordonne, comment décrire, nommer ou même percevoir ce qui se fait jour quand le langage s'absente, la perception vacille l'imagination défaille et le savoir se dérobe ? Comment dire, montrer ou faire entendre ce qui mine et réfute l'ordre des choses, le réel immuable, le sensible administré ? Pour répondre à cette question, François J. Bonnet nous entraîne dans une enquête qui traverse la philosophie et les sciences humaines, mais aussi la littérature, le cinéma et les arts visuels. Car il ne suffit pas d'analyser et de comprendre la puissance ordonnatrice de nos représentations, il faut encore interroger les oeuvres et les artistes qui ont fait l'expérience de ces moments où elles se sont fissurées, laissant place à l'angoisse et au vertige. L'infra-monde dessine en creux une autre histoire, souterraine et inquiétante, une histoire où tout est brume, chaos et tourbillons.

  • Noé est un livre choral et coloré : chaque voix est aussi une couleur que l'on peut suivre d'un bout à l'autre de l'histoire extraordinaire qu'il raconte. Le héros, Noé, est un adolescent amnésique qui va retrouver son identité en voyageant à travers ses vies antérieures. On remontera ainsi bien sûr jusqu'au déluge. Il fera d'innombrables rencontres étonnantes mais seules quelques voix l'accompagneront jusqu'au bout du voyage. Livre musical et mystique, polyphonique, à chanter autant qu'à lire, Noé est un chef-d'oeuvre inclassable et éblouissant.

empty