• Le 23 novembre 1963, à 10h45 GMT, Lee Harvey Oswald abat de trois balles de fusil Carcano le 35ème président des Etats-Unis d'Amérique John Fitzgerald Kennedy. Sept jours plus tard, Lyndon Johnson crée la commission Warren, chargée de faire la lumière sur les circonstances de cet assassinat. Elle rend ses conclusions en septembre 1964 : 888 pages extraites des 26 volumes d'auditions et de pièces à conviction accumulées.
    Pour écrire cette biographie romanesque de Lee Harvey Oswald, Anne-James Chaton a dépouillé les minutes des interrogatoires menés par la commission, ne retenant que les témoins ayant directement connu Oswald ou assisté à l'assassinat, soit 267 entretiens, plus de 10.000 pages. Le roman est exclusivement construit à partir de cette base documentaire. Les informations recueillies par l'examen de cette archive vivante sont méticuleusement prélevées et organisées afin de reconstituer la vie de Lee Harvey Oswald sur la seule base de ces témoignages. Le livre prend la forme d'une biographie mais très vite l'oralité bouscule la narration. Les voix des témoins surgissent dans le texte. Tout s'accélère. Jusqu'à faire entendre les dialogues réels, ceux des témoignages. La dimension sonore du livre s'affirme encore avec la retranscription des enregistrements radios des voitures de police au moment de l'assassinat. Plus le lecteur s'approche d'une fin qu'il sait inéluctable et plus le phrasé du récit se dépouille pour laisser place à la parole vivante des témoins.
    La dernière partie du livre, consacrée aux interrogatoires de polices dans le commissariat de Dallas, tient quasi exclusivement à la restitution des séances d'identification et des débats entre le commissaire de police et l'assassin.
    La biographie a lentement muté en thriller, puis en tragédie. Le réel cède le pas à la possibilité de la fiction.

  • « A-t-on des nouvelles de monsieur de La Pérouse ? » aurait demandé Louis XVI alors qu'il s'apprêtait à mon- ter sur l'échafaud. Nous sommes en 1793 et malgré tous les efforts de l'expédition de recherche dirigée par l'amiral d'Entrecasteaux, il n'y a aucune trace du lieutenant de vaisseau Jean François de Galaup, comte de La Pérouse, parti de Brest le 1er août 1785 pour un voyage d'exploration autour du monde aux commandes de L'Astrolabe et de La Boussole. Le mystère n'a fait que s'épaissir, et ce malgré les enquêtes menées par les députés de l'Assemblée Natio- nale de 1791 jusqu'aux récentes recherches de la gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois.
    L'auteur et performeur Anne-James Chaton reprend l'enquête à zéro, et puisque rien n'a permis jusqu'à pré- sent de résoudre l'énigme, il use d'autres méthodes. L'affaire La Pérouse convoque les journaux de bord de James Cook et de Bougainville, les grands romans d'aventure de mer et de piraterie, de Daniel Defoe, de Robert Louis Stevenson, de Jack London, les maîtres du roman policier comme Agatha Christie et le cinéma des années 60, grands pourvoyeurs d'épopées maritimes. L'auteur puise dans ces oeuvres une multitude d'indices et établit de nouvelles pistes de recherches sous formes d'hypothèses : La Pérouse aura pu subir un empoisonnement alimentaire, une rafale de vent, il aura été victime d'un assassinat ou d'une mutinerie ; il aura été attaqué par un animal marin, une baleine blanche, ou il aura succombé à la tentation d'une robinsonnade...Les 23 hypothèses développées dans le livre sont rythmées par les témoignages des personnages des romans d'aventures, par les géographies maritimes, par les chants de marins. « L'affaire La Pérouse », en prenant le parti de la poésie, apporte un éclairage indéniable à cette troublante affaire et ne manquera pas de faire date dans l'histoire des techniques d'investigations policières.

    Ce texte est à l'origine d'un spectacle sonore créé en novembre 2018 au Théâtre de Montreuil, et en tournée dans plusieurs lieux en 2019.

  • Comme son chapitrage l'indique, Elle regarde passer les gens propose une traversée du XXe siècle, avec entre autres séquences : « les années folles », « la grande dépression », « la montée des fascismes », « la conquête de l'espace » ou « la libération sexuelle ». Derrière ces intitulés empruntés à nos manuels scolaires se profilent treize femmes hors du commun qui ont marqué l'imaginaire de leur époque. Chacune verra exposé par le menu un moment crucial (ou fatal) de son existence avant de laisser place à la suivante. Mais en disciple de Georges Perec, l'auteur s'est aussi soumis à une contrainte radicale : entamer toutes les phrases par l'emploi du même pronom personnel, un « elle » lancinant qui maintient tout du long l'anonymat des figures qu'il recouvre. Les « héroïnes » successives du livre s'avancent donc masquées sans que la narration marque un temps d'arrêt au passage de l'une à l'autre. D'où le trouble qui s'ensuit face à cette égérie unique déployant des identités multiples.
    On reconnaîtra assez vite les plus célèbres de ces icônes - qu'il s'agisse de Camille Claudel, de Mata Hari, de Rosa Luxembourg, d'une star de cinéma américaine des années 60, d'une icône du rock ou d'une dame de fer -, comme par inadvertance, au détour de ce grand serpent de mer biographique. Anne-James Chaton a en effet choisi d'aborder ses personnages dans leur quotidienneté la moins spectaculaire, et cela à l'aide d'une écriture pointilleuse, factuelle, infra-ordinaire. Au jour le jour, les voilà toutes réduites à la somme détaillée de leurs faits, gestes et habitudes, toutes traitées sur un même plan. Ici, aucune visée hagiographique ni démystificatrice à l'égard de ces femmes d'exception, mais une exigence continue : trouver la plus simple expression de leurs vies matérielles, au plus près de leurs rapports immédiats à l'argent, à la création, à l'amour ou à la politique. À la tangente de leur renommée, elle sont saisies au présent millimétrique de leurs activités, déplacements et rencontres, à l'image d'un journal intime rédigé par une main étrangère.

  • Ce livre, au titre évocateur, regroupe plusieurs textes, chacun proposant la vie d'un homme illustre écrit par un autre homme illustre. En son et en mots, et au gré de techniques de composition propre à chacune de ces vies (que ce soit celle de l'écrivain, ou celle du sujet), prendront successivement corps l'Empereur Tibère (par Suétone), Christophe Clomb (par Jules Verne), Richard Wagner (par Nietzsche), Jésus (par Ernest Renan), Dante (par Boccaccio), Descartes (par Adrien Baillet), Napoléon 1er (par Stendhal), Sigmund Freud (par lui-même), James Joyce (par Italo Svevo), et Margaret Thatcher (par Hugo Young). Ici, ce sont les tics de langage, les mises en pages, les récurrences stylistiques qui font portrait.

  • Questio de dido

    Anne-James Chaton

    La ville de naples renferme un trésor inestimable: le manuscrit de l'énéide de virgile serait emmuré dans les contreforts du château de l'oeuf.
    Les hommes ont oublié cette légende. une femme s'en souvient : la reine de carthage. enfuie des enfers, la belle didon arpente la cité parthénopéenne à la recherche du précieux texte. la souveraine déchue espère trouver dans les vers du poète latin les raisons qui causèrent sa perte. et, pourquoi pas, les moyens qui, par delà les siècles, lui permettraient de recouvrer son amour perdu. mais l'ombre du troyen énée plane encore sur les bassi de la ville.
    Et les dieux modernes savent aussi, à l'instar de leurs ancêtres, s'amuser des vies de leurs contemporains. tour à tour documentaire, intrigue policière et roman d'aventure, questio de dido d'anne-james chaton revisite le drame antique et nous plonge dans la naples d'aujourd'hui, celle des napolitains. l'enregistrement de questio de dido, qui accompagne cette publication, a fait l'objet d'un acr (atelier de création radiophonique) diffusé sur france culture en juillet 2007.

  • Propriété privée, travail, capital, ouvrier et capitaliste, prix et profit: que disent ces mots ? Qu'expriment-ils des hommes, de leur rapports sociaux et de leurs liens avec le monde ? Que les individus en usent pour décrire leur réalité personnelle et collective, cela ne va pas de soi.
    Cette langue de l'économie qu'ils parlent quand ils veulent de l'objet et de leur activité, de l'autre homme, dire l'essentiel, elle ne leur est pas innée. Ils l'ont apprise. Ils ont appris à dire marchandise, plutôt qu'objet, travail au lieu d'activité, propriété privée pour désigner une étendue de terre. Pour ces hommes, l'autre sens possible de ces mots s'est effacé. L'autre, voilà aussi ce qui s'annonce avec l'effacé.
    Autant dire qu'au moment où nous le nommons, il aura déjà disparu. Il a été, voilà notre seule certitude. A.-J. Chaton livre, ici, une nouvelle lecture des fameux "Manuscrits" dits de 1844 du jeune Marx (Karl).

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