• Un peu profond ruisseau... Nouv.

    La mort n'a jamais tenu une grande place dans ma vie consciente. Je n'y pense guère et m'en préoccupe encore moins. Mourir au dernier moment, comme disait Céline, avec le courage et la dignité que j'ai vus aux bêtes, avec leur simplicité, voilà ce que je souhaite.
    À l'adolescence, alors que je ne m'en souciais pas davantage, il m'arrivait toutefois de me réveiller en sursaut la nuit avec la pensée qu'il allait falloir mourir un jour. Puis ces réveils disparurent.
    Plus tard, je m'intéressai aux philosophies antiques qui tiennent la mort pour rien, auxquelles faisait écho ce vers de Mallarmé : « Un peu profond ruisseau calomnié la mort. » J'ai récemment failli mourir du coronavirus.
    C. M.

  • ô solitude

    Catherine Millot

    'L'impatience heureuse des commencements. L'horizon est un cercle parfait, la mer est déserte, vide comme la page blanche qui m'attend, comme les jours ´r venir, avec juste le soleil et la mer, et les îles. Et le soleil se lcvera sur la mer, se couchera sur la mer. Je pourrai sortir le matin sur le pont le regarder se lever jusqu'´r ce que l'aube grise devienne la rose aurore, et ensuite me rendormir, tout enclose dans la beauté du jour naissant. Le bonheur se confond avec la mer et le soleil et l'écriture ´r venir, les longues matinées d'écriture, le temps rendu ´r sa liberté.' En empruntant les chemins de la solitude, de la Méditerranée aux îles Lofoten, Catherine Millot nous offre un voyage initiatique : comment artistes et écrivains, naturalistes et fous perçoivent le monde sur la crete des abîmes.

  • « Il fut un temps où j'avais le sentiment d'avoir saisi l'être de Lacan de l'intérieur. D'avoir comme une aperception de son rapport au monde, un accès mystérieux au lieu intime d'où émanait sa relation aux êtres et aux choses, à lui-même aussi. C'était comme si je m'étais glissée en lui.Ce sentiment de le saisir de l'intérieur allait de pair avec l'impression d'être comprise au sens d'être toute entière incluse dans une sienne compréhension, dont l'étendue me dépassait. Son esprit - sa largeur, sa profondeur -, son univers mental, englobaient le mien comme une sphère en contiendrait une plus petite. J'ai découvert une idée semblable dans la lettre où Madame Teste parle de son mari. Comme elle, je me sentais transparente pour Lacan, convaincue qu'il avait de moi un savoir absolu. N'avoir rien à dissimuler, nul mystère à préserver, me donnait avec lui une totale liberté, mais pas seulement. Une part essentielle de mon être lui était remise, il en avait la garde, j'en étais déchargée. J'ai vécu à ses côtés pendant des années dans cette légèreté. »

  • On peut lire La Logique et l'Amour, et autres textes comme un livre sur l'amitié et l'amour, sur ce que la pensée leur doit.

    On y rencontre des êtres et des oeuvres que lient des affinités électives, des solidarités intellectuelles et des influences croisées.

    On y revit les moments d'une époque dont un fameux mois de mai fut le symbole.

    On y retrouve Lacan, Sollers, Bataille, Quignard, Klossowski, Vuarnet, Foucault, Le Brun, Genet, Pachet.

  • " avoir été un jour au monde sans défense et sans réserve, tout abri renoncé, aussi vide que le vide oú se tiennent toutes choses, libre et sans frontières, est une expérience inoubliable.
    C'est aussi une expérience humaine fondamentale qui enseigne à trouver son sol dans l'absence de sol, à prendre appui dans le défaut de tout appui, à ressaisir son être à la pointe de son annihilation. ".

  • " Longtemps, j'ai cru que c'était leur jouissance qui m'attirait. Je ne voyais pas que c'était leur liberté. C'est Mme Guyon qui m'éclaira, son naturel sans ambages, son style étincelant qui coule de source. Grâce à celle qui connut les sombres prisons de l'Ancien Régime où l'on disparaissait sans procès et parfois sans retour, j'ai appris comment nommer cette liberté inconnue, peut-être à jamais perdue, dont je cherche les clefs. En français, cela s'appelle "le large". Les mystiques sont des gens qui prennent le large, voilà ce qu'elle m'a enseigné."

  • L'art n'est pas la revanche de l'impuissance, mais la mise en oeuvre d'un désir qui rejoint sa source. Si chacun est écrit par ses rêves et ses symptômes, l'écrivain est celui qui ajoute l'acte à la lettre dont tous subissent la marque. Fils de ses oeuvres, il invente le chiffre de son origine.
    C'est le travail de la lettre, de ce qu'elle dérobe à ce qu'elle restitue, que Catherine Millot, psychanalyste, s'est attachée à suivre dans les oeuvres de Proust, Colette, Flaubert, Sade, Hofmannsthal, Joyce, Mallarmé et Rilke, montrant comment l'écriture s'accomplit à donner corps par le style à des objets étranges, comme un regard ou une voix.
    Regard dont À la recherche du temps perdu explore les facettes à travers les ravages de l'asthme, de la jalousie et du sadisme. Regard au coeur de l'expérience «mystique» du poète, épiphanies joyciennes ou Erlebnisse rilkéennes, ouvrant l'espace d'un monde où l'intime devient extime, là où seul l'écrit peut nouer, aux confins du langage, la jouissance du corps et celle des mots.

  • « Ce sont de belles âmes, si l'âme veut dire le courage à supporter l'intolérable de son monde. C'est à leur manière d'y faire tête que les amis se reconnaissent, disait Lacan. Ainsi les ai-je toutes trois choisies : ce sont des amies. Avec chacune je me suis embarquée comme pour une traversée, me laissant transporter sans savoir vers quel port ou quel naufrage. J'ai connu avec elles de grands bonheurs, mais aussi d'amères déceptions et des chagrins sans consolation.

    [...] Guyon, Weil, Hillesum nous serviront-elles de guide vers le pays respirable, le pays du réel dont elles eurent la passion ? » C.M.

    Trois femmes exceptionnelles, trois vies marquées par l'expérience mystique. Chacune emprunte le long chemin du délaissement de soi, du dénuement, du renoncement à toute forme de satisfaction, pour parvenir à une parfaite « indifférence », une disposition à ne pas faire de différence, apprendre à tout accueillir avec la même générosité désintéressée, au-delà du bien et du mal.

  • Freud anti-pedagogue

    Catherine Millot

    Dès avant les découvertes liées à celle de la sexualité infantile, Freud avait appelé de ses voeux une réforme de l'éducation en raison de l'importance qu'il accordait à l'influence de la morale dans la genèse des névroses.
    C'est par l'éducation, et l'anathème qu'elle jette sur la sexualité, que les familles de la société bourgeoise s'assurent de la chasteté des adolescents avec les risques et les conséquences sur la vie sexuelle ultérieure que cela comporte. C'est donc avant tout l'éducation qu'il serait souhaitable de transformer. La psychanalyse pourrait dévoiler à l'éducateur les principes de son pouvoir et peut-être l'accroître tout en lui montrant ses erreurs, lui permettant ainsi une action mieux concertée.
    Freud eut, en effet, un moment l'espoir de substituer à l'éducation de son temps une pédagogie libératrice fondée sur la psychanalyse. Cependant, sa conception même des conflits inconscients et l'antinomie, surtout reconnue dans les dernières années de sa recherche, entre la satisfaction des pulsions et toute entreprise d'organisation civilisée de la vie sociale, le conduisirent à abandonner sa quête.
    Catherine Millot retrace l'histoire de cette recherche d'une nouvelle pédagogie et de son échec. Elle montre, tant d'un point de vue théorique que technique (la pratique thérapeutique), ce qui s'oppose définitivement et avec de fortes raisons à toute idée de pédagogie psychanalytique.

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