Sciences humaines & sociales

  • « Il fut un temps où j'avais le sentiment d'avoir saisi l'être de Lacan de l'intérieur. D'avoir comme une aperception de son rapport au monde, un accès mystérieux au lieu intime d'où émanait sa relation aux êtres et aux choses, à lui-même aussi. C'était comme si je m'étais glissée en lui.Ce sentiment de le saisir de l'intérieur allait de pair avec l'impression d'être comprise au sens d'être toute entière incluse dans une sienne compréhension, dont l'étendue me dépassait. Son esprit - sa largeur, sa profondeur -, son univers mental, englobaient le mien comme une sphère en contiendrait une plus petite. J'ai découvert une idée semblable dans la lettre où Madame Teste parle de son mari. Comme elle, je me sentais transparente pour Lacan, convaincue qu'il avait de moi un savoir absolu. N'avoir rien à dissimuler, nul mystère à préserver, me donnait avec lui une totale liberté, mais pas seulement. Une part essentielle de mon être lui était remise, il en avait la garde, j'en étais déchargée. J'ai vécu à ses côtés pendant des années dans cette légèreté. »

  • " avoir été un jour au monde sans défense et sans réserve, tout abri renoncé, aussi vide que le vide oú se tiennent toutes choses, libre et sans frontières, est une expérience inoubliable.
    C'est aussi une expérience humaine fondamentale qui enseigne à trouver son sol dans l'absence de sol, à prendre appui dans le défaut de tout appui, à ressaisir son être à la pointe de son annihilation. ".

  • Freud anti-pedagogue

    Catherine Millot

    Dès avant les découvertes liées à celle de la sexualité infantile, Freud avait appelé de ses voeux une réforme de l'éducation en raison de l'importance qu'il accordait à l'influence de la morale dans la genèse des névroses.
    C'est par l'éducation, et l'anathème qu'elle jette sur la sexualité, que les familles de la société bourgeoise s'assurent de la chasteté des adolescents avec les risques et les conséquences sur la vie sexuelle ultérieure que cela comporte. C'est donc avant tout l'éducation qu'il serait souhaitable de transformer. La psychanalyse pourrait dévoiler à l'éducateur les principes de son pouvoir et peut-être l'accroître tout en lui montrant ses erreurs, lui permettant ainsi une action mieux concertée.
    Freud eut, en effet, un moment l'espoir de substituer à l'éducation de son temps une pédagogie libératrice fondée sur la psychanalyse. Cependant, sa conception même des conflits inconscients et l'antinomie, surtout reconnue dans les dernières années de sa recherche, entre la satisfaction des pulsions et toute entreprise d'organisation civilisée de la vie sociale, le conduisirent à abandonner sa quête.
    Catherine Millot retrace l'histoire de cette recherche d'une nouvelle pédagogie et de son échec. Elle montre, tant d'un point de vue théorique que technique (la pratique thérapeutique), ce qui s'oppose définitivement et avec de fortes raisons à toute idée de pédagogie psychanalytique.

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