• Un jeune homme fait une enquête sur un intellectuel mort une quinzaine d'années plus tôt et qui a la particularité de n'avoir rien publié de son vivant. Cette figure de l'intégrité, de l'exigence littéraire, est un personnage qui a existé : Roberto Bazlen, dont les écrits retrouvés ont paru à titre posthume. Mais il s'agit d'un prétexte car du véritable Roberto Bazlen peu de chose sera dit, bien que le narrateur interroge minutieusement toutes les personnes qui l'ont connu. Parmi elles, deux femmes qui vont revivre une amitié demeurée intense dans leur souvenir. De Trieste, l'enquêteur est conduit par sa recherche à Londres, à Wimbledon dont le stade vide va jouer le rôle de révélateur.

    Ce roman symbolique, singulier, plein de charme et d'intelligence, a immédiatement frappé des écrivains comme Alberto Moravia, Ferdinando Camon et Italo Calvino.

  • L'oreille absolue

    Daniele Del Giudice

    • Seuil
    • 6 Février 1998

    Les personnages de ce livre sont animés par une nécessité inquiétante : leur monde imaginaire bascule dans l'action, brouillant toute frontière entre le fantasme et la réalité pratique.


    C'est ainsi qu'un morceau de musique perdu dans l'éther constitue un mobile d'un homicide sans assassin ; violer la mort devient admissible grâce à la persuasion. , à la séduction du discours ; dans une nouvelle lancée sur le réseau, le récit précis et cruel de la lutte corps à corps de deux femmes franchit la fiction en devenant expérimentation directe du mal ; une nuit napolitaine encanaillée s'enfonce dans la géométrie sans issue d'une machine de sépulture du xviiie siècle ; une ancienne forteresse, presque un objet magique, convoque des corps en bataille et une vraie victime à l'époque de la pure virtualité ; enfin, le passage d'une comète transforme l'observation en amour érotique.


    Chacun des personnages de ces six histoires est obsédé par une manie qui le dépasse. la richesse des langages s'unifie dans le sentiment et dans la sensation physique, dans l'omniprésence du corps, selon le parcours annoncé par l'un des héros : " j'aimerais vous conduire jusqu'au point où l'on cesse de comprendre, où l'on cesse d'imaginer ; je voudrais vous conduire là où l'on commence à sentir.
    " dans les récits de del giudice, l'écriture gouverne une histoire où les premiers à être impliqués - à garder leur souffle suspendu - sont le narrateur et le lecteur, pions du suspens, héros du désir et du pari avec la mort. c'est justement de ce pari, de l'ironie qu'il requiert, que naît l'aventure.

  • Un homme voyage vers « le Sud le plus profond et radical », lAntarctique, de Santiago du Chili à Punta Arenas, jusquà « une autre planète, un corps céleste habité par des millions de pingouins, impeccables et gauches martiens ». Il explore ce paysage hypnotique et indifférent, ce sud gelé qui conserve dans ses neiges éternelles et ses glaciers les histoires de ceux qui lont habité, de ceux qui ont tenté de le rejoindre : hommes aventureux au destin souvent tragique qui ont connu le désespoir, la peur, lemprisonnement dans les glaces, et parfois la folie. Daniele Del Giudice raconte ce périple dans la nuit polaire de lhomme et du monde. Par un travail de marqueterie, à la limite entre la vie et la littérature, lauteur reconstitue une « hyper-expédition » qui relie entre eux des épisodes de voyages historiquement réalisés, en refaisant leurs parcours sur les sentiers du monde et sur ceux de lécriture. En jouant sur la diversité des perspectives et des voix, il nous offre un « horizon mobile ».Ce sont des lieux, des histoires, des jours, des années, des ères géologiques qui résistent à la perspective linéaire du simple récit. Une géométrie naturelle millénaire qui cristallise toutes les mémoires. Un monde simultané dont ce livre est le chant. « À chaque horloge un fuseau, à chaque fuseau un fil, le long des fils les histoires sombrent, elles sombrent jusquà toi qui es arrivé entre-temps là-bas pour les regarder den dessous. Par nature, lHistoire nest quune écriture sous une forme différente ».

    Le romancier Daniele Del Giudice vit à Venise. Ses livres sont publiés au Seuil et traduits en une quinzaine de langues.


  • « Rabat, Maroc, deuxième semaine d'automne.

    Hier j'ai assisté, pour la première fois, à une transaction commerciale concernant le temps. Ou plutôt, j'ai perçu, je crois, un échange de ce genre dans une petite boutique, une échoppe sur le versant occidental de la Médina où l'on arrive par la rue des Consuls ; je fais allusion par là à ma sensation personnelle d'avoir assisté à un événement simple, celui d'un homme qui vendait du temps à un autre homme. » Le narrateur reste hanté par cette scène, et, de Rabat à Stavanger, en Norvège, il part à la recherche d'une explication. Y-a-t-il réellement un commerce du temps et quelles sont les personnes qui le pratiquent ?

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