Sciences humaines & sociales

  • Sur Shoah de Claude Lanzmann réunit plusieurs interventions sur cette oeuvre sans précédent. Interrogeant la généalogie du mot «Shoah», le texte d'ouverture est une réflexion sur l'accueil fait à l'événement dans le champ de la philosophie, de la figure de l'homme des camps, à cet accent exclusif porté à l'entreprise même d'extermination des Juifs. Le film fait l'objet de trois traversées du monde de Shoah. Il y est question de la persistance de l'événement pour nos consciences, de son actualité à la fois déchirante et contestée, puis de la quête de Lanzmann, qui, à l'instar du Dante de L 'Enfer, recueille les traces d'un monde anéanti. La dernière partie interroge l'agir dans l'univers concentrationnaire, et la redéfinition que ce mot reçoit de l'horizon de mort dans lequel il est prononcé.

  • « Dans un ouvrage récent au titre insolite - Portées du mot "juif" - le philosophe Alain Badiou propose quelques thèses radicales. Il définit Israël comme un État racialiste, colonial et génocidaire, il conseille au peuple juif d'oublier le génocide dont il a été l'objet pendant la dernière guerre, il explique que le mot "juif", en tant qu'il assume une position d'exception, trouve son sens final dans la métaphysique hitlérienne. Nous voici donc face à un nouveau carnaval philosophique puisque tout y est à l'envers : l'État d'Israël est décrit comme un État antisémite, le film Shoah de Claude Lanzmann devient un film nazi, le véritable juif est celui qui rompt avec ce nom, le vrai juif c'est le Palestinien, c'est saint Paul, c'est Badiou lui-même, etc. Un carnaval philosophique d'une inquiétante étrangeté. Ou plutôt d'une inquiétante familiarité tant Alain Badiou, en donnant une formalisation philosophique à ce qui pourrait n'être qu'une fantasmagorie personnelle, entre en résonance avec le bruit de fond de l'époque et des propagandes.
    Comment interpréter cette position dans le champ politique et philosophique contemporain ? Quelles significations donner à l'extrême violence de ces thèses ? À quelles transformations, à quels plis, à quels accidents de l'histoire de la pensée associer le livre de Badiou dans la rumeur contemporaine sur la criminalité de l'État d'Israël et désormais, grâce à lui, sur la criminalité du mot "juif" lui-même ? » Éric Marty.

  • Le 16 novembre 1980, le philosophe Louis Althusser, dans un moment de démence, assassinait sa femme Hélène par strangulation.
    Chaque terme de cet énoncé possède un sens précis et pourtant, pris ensemble, ils constituent une énigme : énigme pour le meurtrier lui-même, pour ses disciples, pour ses lecteurs, ses amis, ses ennemis et ses contradicteurs. En 1985, Althusser écrivit très vite une longue autobiographie qui ne parut qu'après sa mort. oeuvre sans précédent dans l'histoire de la philosophie pour un acte sans précédent de la part d'un philosophe, un meurtre.
    Ce livre n'a pas pour objet d'être une monographie supplémentaire sur le " cas Althusser " : ce qui fait la profondeur de l'énigme et du meurtre, c'est leur force d'interruption et de désordre dans nos habitudes de pensée. Mieux : une interruption de la pensée elle-même. Là commence peut-être alors, au croisement de la folie et de la politique, du meurtre et de la philosophie, de l'époque et de la biographie personnelle, une autre façon d'écrire l'histoire d'un passé encore très récent.

  • Cet ouvrage prolonge, à partir de deux questions, une réflexion entamée en 2003 avec la parution de " jean genet à chatila ".
    La première est celle du tabou, structure constitutive de la transaction imaginaire que genet impose à son lecteur. la seconde : celle de l'engagement politique que la logique perverse, présente dans son oeuvre, renverse et déploie en pur semblant. a la croisée de ces deux textes, ce qui est en jeu c'est à nouveau l'antisémitisme de genet dans toute sa singularité et au revers d'une écriture dont la violence - opaque, entêtée, destructrice - n'est neutralisée par aucune catharsis, par aucune transaction compensatrice avec le monde, sinon celle précisément du tabou.
    La question antisémite posée dans ce livre, loin d'être une chasse aux sorcières dont genet serait le gibier, vise tout simplement à le lire, si le lire vraiment c'est l'ouvrir à une vérité que d'une main il tente d'écrire quand de l'autre il s'efforce de l'aveugler, si le lire ne peut s'accomplir sans lui faire, d'une certaine manière, violence, et s'il est vrai que cette violence est la seule empathie que son écriture supporte et à laquelle elle aspire.
    E. m.

  • Critique et violence

    Eric Marty

    • Hermann
    • 12 Septembre 2014

    La violence de l'acte critique suppose une histoire, des concepts, une pathologie, une rhétorique, une philosophie. Y compris dans ses excès, cette violence peut avoir également une ambition fondatrice, contenir un désir de vérité, aspirer à une régénération du champ où s'exerce sa puissance polémique. Il s'est donc agi d'explorer la violence critique dans tous ses sens et dans toute son ambivalence comme interrogation retournée sur le geste critique lui-même, dans sa plus grande amplitude, pour approcher au plus près, dans son détail comme dans sa nature, ce qui se joue dans l'exercice des facultés de juger.

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