Verticales

  • La nuit sauve

    Hélène Frédérick

    La nuit sauve nous plonge dans le Québec profond, auprès d'une bande de lycéens fêtant la fin de leur année d'études au début de l'été 1988.

    Le roman s'ouvre sur le monologue intérieur de Fred, un ado mature et mal dans sa peau.
    Ce soir-là, alors que ses camarades de classe s'ameutent au bord d'un champ, il alimente le feu qui les tiendra en éveil jusqu'au bout de la nuit. Puis c'est au tour de Mathieu de délivrer son point de vue. Lui est fils des propriétaires du terrain et initiateur de la fête, un garçon séduisant, déjà pourvu d'un job à la cannery (conserverie) locale et d'une moto rutilante qu'il fait pétarader entre les rangées de maïs. C'est enfin à Julie de s'exprimer, en toute complicité avec son inséparable amie Sophie. Toutes deux ont beaucoup à dire sur certaines invitées, sur Anélie, une bien-née dont l'arrogante beauté fait tourner les têtes, ou sur Caroline, dont les provocations obscènes excitent des désirs plus troubles.

    En ce mois de juillet 88, bien avant l'ère d'internet, du mp3 et des portables, alors que toute une faune crépusculaire va et vient entre la grange, le brasier et la platine de DJ (vinyles, cassettes), Hélène Frédérick brosse le portrait collectif de jeunes ruraux québécois, à travers les regards de ces trois fortes personnalités : Fred, l'écorché vif, Mathieu, le conformiste contrarié, Julie, la mélancolique jouisseuse. Au fil de leur nuit blanche, les corps tournoient entre deux âges, progressent vers leur prochaine vie d'adulte dans la pénombre. Mais à la tangente des rêveries et des frustrations, on pressent qu'un drame se profile aux confins de ces chemins de terre propices aux bravades entre motards éméchés.

  • Munich, 1918. Hermine Moos, costumière de théâtre, reçoit du peintre Oskar Kokoschka une étrange commande : fabriquer une poupée grandeur nature à l'image exacte d'Alma Malher, sa maîtresse perdue. Tandis que la marionnette prend corps, sa conceptrice note dans un cahier le trouble que lui inspire cette folle entreprise. D'autant que les exigences du « maître » ne semblent connaître aucune limite. Mais au fil de ce journal intime, l'obsédante créature de chiffon cède bientôt la place à l'autoportrait d'une artiste bohème dans une société allemande entre débâcle et révolution. Et la jeune femme qui se dessine alors, modeste et iconoclaste, solitaire et émancipée, nous entraîne dans le libre dédale de ses désirs les plus insoupçonnés. S'inspirant d'une histoire authentique, La poupée de Kokoschka réinvente sa version secrètement féminine au moyen d'une langue émotive et concrète. Une fiction qui interroge, dans l'acte de création comme dans le pacte amoureux, la monstruosité de tout fantasme de possession.

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