Verticales

  • Fragmentation d'un lieu commun regroupe cent textes brefs, segments d'un travail d'éducatrice pénitentiaire et traces de ceux que jane sautière a rencontrés de part et d'autre des barreaux (détenus, surveillants, collègues).
    " je vous contiens et je vous déverse. choisir les mots par lesquels cela s'énonce est une liberté considérable, plus haute que les murs qui vous enferment encore ", dit-elle. ecrit dans une langue d'une extrême densité, ce livre n'est pas une solution technique, administrative aux problèmes de l'enfermement, mais une inscription contre l'oubli.

  • Mort d'un cheval dans les bras de sa mère propose un rapprochement incongru entre l'animal et l'humain. On découvrira dès la première scène du livre l'anecdote donnant naissance à ce titre énigmatique, qui est aussi la ligne de fuite et de conduite du texte.Du cheval au chat, en passant par le corbeau, le chien, le lapin, le rat, le cafard, les animaux comestibles ou domestiques, sauvages ou imaginaires, réels ou symboliques... tout un bestiaire intime s'offre à nous en dix chapitres fragmentaires. La démarche introspective de Jane Sautière échappe à l'écriture linéaire et préfère la ligne brisée des souvenirs.Depuis le cheval du titre jusqu'au petit chat du dernier chapitre, le récit explore « les bêtes de [sa] vie ». Sous sa plume, mammifères et insectes du quotidien prennent tous de l'importance. Stèles pour ses nombreux chats morts ou disparus, mais aussi pour la souris tuée par un piège qu'elle a posé, ces portraits impressionnistes deviennent des récits d'enfance - notamment en Iran, au Cambodge - et d'autres scènes de « domestication » dans un contexte occidental et urbain de sa vie adulte. Du passé resurgira surtout la mère du titre, la sienne, ayant porté par deux fois dans ses bras un enfant mort, une tragédie qui hantera la famille. Refusant la malédiction maternelle et la scène de pietà qui l'accompagne, c'est peut-être par la ruse de l'adoption des animaux, et aussi par le naturel attachement aux captifs du système pénitentiaire (où elle fut éducatrice), qu'elle choisit l'accueil des autres, animaux ou humains, et de l'animal en nous.Peut-on être la mère d'un animal ? Comment éviter de regarder cet être d'une autre espèce sous un angle anthropomorphe ? D'hospitalité, de deuil et de maternité il est partout question dans Mort d'un cheval. D'amour voire de dépendance aussi lorsque le siamois devient l'enjeu d'une rupture amoureuse... Par ce prisme de l'éprouvé et au moyen d'une langue ouvragée, d'une composition rythmée, Jane Sautière aborde les confins de l'humanité avec un oeil tendre et acéré.

  • " Je voudrais interroger l'ahurissant mystère de ne pas avoir d'enfant comme on interroge l'ahurissant mystère d'en avoir. "

  • Dressing

    Jane Sautière

    De notre naissance à notre mort, ce n'est pas un bref compagnonnage que celui du vêtement. Tous les jours, à toutes occasions, solennelles ou ordinaires, sans qu'on en garde le plus souvent la moindre conscience, nous vivons dans cette coque ou ce pelage. Le vêtement couvre et aussi souligne genre, condition sociale, usages et, bien sûr, mortalité. Au travers de l'exposition d'une penderie, il ne s'agit pas tant de théoriser, mais de joindre, de laisser voir endroit et envers, le vêtement comme récit de son porteur.
    Je me souviens avoir particulièrement aimé le travail d'un artiste exposant l'envers de broderies, qui recouvraient un secret dissimulé dans la toile du canevas. J'aimerais qu'il en soit ainsi dans ce livre, un aller-retour du visible et du caché, de la matière au commentaire.

empty