Seuil

  • C'est un terrain vague, au milieu d'un lotissement de maisons pour l'essentiel réservées à des militaires. Au fil des ans, les enfants du quartier en ont fait leur fief. Ils y jouent au football, la tête pleine de leurs rêves de gloire. Nous sommes en 2016, à Dely Brahim, une petite commune de l'ouest d'Alger, dans la cité dite du 11-Décembre. La vie est harmonieuse, malgré les jours de pluie qui transforment le terrain en surface boueuse, à peine praticable. Mais tout se dérègle quand deux généraux débarquent un matin, plans de construction à la main. Ils veulent venir s'installer là, dans de belles villas déjà dessinées. La parcelle leur appartient. C'est du moins ce que disent des papiers « officiels ».

    Avec l'innocence de leurs convictions et la certitude de leurs droits, les enfants s'en prennent directement aux deux généraux, qu'ils molestent. Bientôt, une résistance s'organise, menée par Inès, Jamyl et Mahdi.

    Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s'insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe.

    A travers l'histoire d'un terrain vague, Kaouther Adimi explore la société algérienne d'aujourd'hui, avec ses duperies, sa corruption, ses abus de pouvoir, mais aussi ses espérances.

  • Nos richesses

    Kaouther Adimi

    En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est de choisir, d'accoucher, de promouvoir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l'égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d'un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres c'est aussi la sacrifier aux aléas de l'infortune et de l'Histoire.

    En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n'éprouve qu'indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre un local poussiéreux, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

  • La narratrice, une algérienne trentenaire, vit et travaille à Paris depuis quelques années. Ici, tout et tous devraient la séduire, pourtant, elle se retrouve souvent au petit matin sur un banc de la rue des Martyrs, auprès de Clotilde, "femme sans maison" qui parfois accepte de parler d'elle. Qui raconte l'amour et la douleur de l'amour. Assise à son côté, la jeune femme compte les pierres dans sa poche, les pierres suivent ses pensées, lui permettent d'égrener les obligations de la journée à venir.
    La plus désagréable est-elle de se retrouver au bureau à feindre le bonheur dans une ville étrangère ? Ou de répondre aux coups de fil incessants de sa mère qui se désespère de la savoir encore célibataire ? Ou bien la perspective de revenir en Algérie pour le mariage de sa soeur avec l'image détestable des gens qui quittent leur pays sans remords pour vivre là-bas ? A moins que le plus difficile, le plus obsédant, soit de devoir accepter le manque sidérant des amis d'enfance, de la révolte permanente contre un état autoritaire et absurde, de la lumière d'Alger aveuglante et enveloppante.

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