Sciences humaines & sociales

  • Bienvenue dans le monde de la politique d'identité, qui, d'Amérique jusqu'ici, est en passe de devenir notre horizon commun. Selon la bonne nouvelle identitaire répandue chaque seconde par le brouhaha de la communication et le babil des «réseaux sociaux», nous agissons, vivons et pensons en tant que catégories, au besoin croisées (par exemple homme blanc juif, LGTBQIA) et volontiers blessées.

    Comme le révèle son expérience américaine et préfiguratrice, qui diffuse à partir du foyer des universités, la politique d'identité conforte l'avènement d'un despotisme démocratisé, où le pouvoir autoritaire n'est plus entre les seules mains du tyran, du parti ou de l'État, mais à la portée d'êtres manufacturés et interconnectés que traversent des types de désirs totalitaires. Cet ordre mondialisé est une dictature moralisatrice qui distribue les prébendes en fonction du même, qui remplace le dialogue par le soliloque plaintif et la vocifération, qui interdit, qui censure l'inattendu - dont les arts - au nom du déjà-dit et des comme-nous.
    Malgré son succès grandissant, une telle entreprise peut encore être défaite, à condition, du moins, d'en vouloir comprendre les manifestations contemporaines.

  • Non, tout n'est pas politique.
    Il faut sans doute vivre en compagnie des autres, avec des lois, des pouvoirs nous formant et déformant, dans la garantie de la subsistance commune. Sauf que cela, ce sont les conditions, les niveaux de vie dont la chose publique s'occupe, et souvent si mal - quand il nous reste à rendre nos existences vivables. Le meilleur espoir est alors le jour passant à travers les remparts de la Cité, par des failles de plus en plus difficiles à discerner.
    Pour préparer l'insurrection de vivre, ne comptons guère sur la " représentation nationale ", les lois du marché, la technologie, les comportements citoyens, ni non plus les derniers mouvements de rébellion. Sans abandonner la malheureuse nécessité de la lutte (elle a certes son utilité), sachons, de plus, donner à la politique le congé qu'elle mérite. Voici une provocation singulière, lancée vers d'autres ; une invitation à repenser les prétendues " fins " de la politique, mais indépendamment d'elle.

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