• Anne-Sarah K.

    Mathieu Simonet

    Nous avons fait notre coming out ensemble.

    Au collège, quand nous nous sommes rencontrés, Anne-Sarah n'osait pas porter d'appareils auditifs ; moi, je n'osais pas avouer que j'aimais les garçons. À vingt ans, nous nous sommes affichés. Nous avons appris à faire de nos hontes des forces intimes et politiques. Ensemble, nous sommes devenus juristes. Anne-Sarah a créé la première permanence juridique en langue des signes. Ensemble, nous sommes devenus écrivains. Un soir, pendant l'apéritif, Anne-Sarah m'a appris qu'elle allait perdre la vue. Je ne l'ai pas crue.

    « Je me souviens qu'on hurlait de rire quand elle me racontait ces histoires. Hurler de rire était la seule preuve tangible que le handicap ne nous touchait pas, resterait un accessoire, un gadget dans notre amitié.

    On n'utilisait jamais ce mot «handicap» ; il était tabou. » Mathieu Simonet est avocat. Il a écrit plusieurs romans publiés au Seuil. Ancien artiste associé aux Ateliers Médicis, il a réalisé un documentaire consacré à Anne-Sarah Kertudo.

  • Barbe rose

    Mathieu Simonet

    Après La Maternité, consacré à sa mère, Mathieu Simonet reconstitue dans ce nouveau livre la personnalité de son père écrivain, piégé par la folie. Dans une alternance de scènes assez romanesques et souvent drôles et émouvantes (avec les psychiatres, avec le père bien entendu ou la mère), extrêmement bien dialoguées, mais aussi d'extraits de correspondance de son père avec Jean Cayrol, de fragments de ses journaux et de ses romans inachevés, l'auteur sonde ce père schizophrène et entreprend de donner forme, de son vivant, à l'ouvre virtuelle qu'il n'aura jamais publiée. Du reste, il se résigne à n'avoir aucune image globale et cohérente de cette figure paternelle et poursuit son entreprise littéraire, à travers ce manifeste pour une écriture fragmentaire et intime, en rendant compte des rapports complexes, d'amour et de rivalité, entre père et fils. Et il se demande, au fond, si cette esthétique de la fragmentation, qui le poursuit jusque dans sa vie personnelle et professionnelle, il ne la tient pas de ce père, attachant et insaisissable. Il lève un mystère de plus sur la personnalité de cet homme angoissé et bienveillant, tolérant et inquiet, trop fantasque pour être classé dans une catégorie quelconque en s'interrogeant sur son appartenance à l'ordre mystique de la Rose-Croix.

  • "Que je meure dans quinze jours ou dans six mois, ça vous fera autant de peine. A moins de tous vous trucider, je ne vois pas comment vous empêcher d'être tristes." L'auteur raconte l'agonie de sa mère, à un stade très avancé d'un cancer généralisé. Il dialogue régulièrement avec elle. Elle analyse l'approche de sa mort en toute conscience. D'autre part, comme pour construire un bouclier autour de lui, autour de sa propre souffrance de fils voyant la dégradation de sa mère, qui doit être hospitalisée dans un établissement de soins palliatifs, l'auteur questionne différentes personnes - infirmière, prêtre, spécialiste de la morgue, médecin, personnel accompagnant, autres malades en stade terminal - sur la mort.
    Qu'en ressort- il ? Non pas un simple témoignage, mais une sorte de combat avec les mots dits et les mots écrits autour d'une mort annoncée.

  • Les carnets blancs

    Mathieu Simonet

    • Seuil
    • 11 Février 2010

    Il s'agit d'un projet littéraire très singulier : l'auteur, avocat, tient depuis son enfance des carnets intimes, où il raconte ses relations familiales et sentimentales. Ses carnets, il les détruit, de diverses manières, en les donnant à  des artistes pour qu'ils en fassent des sculptures, à  des vidéastes, à  des cuisiniers, à  des amis. Mais il en retient, avant destruction, quelques éléments, pour constituer ce livre qui est tout à  la fois une sorte de reliquat de sa vie intime, sauvée de la destruction et un objet artistique en soi. Il revient donc sur toute sa vie (puisque ses carnets, il les a commencés à  douze ans), où ses parents, sa grand-mère, ses amants (il est gay) sont au premier plan. Sa mère surtout, qui est en train de lutter contre un cancer des os. Son père qui est schizophrène, mais parfois, entre deux crises, assez présent affectivement.
    Sa grand-mère, qui meurt. Et différents autres personnages : un ami qui monte le film de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, avec Catherine Deneuve. Ou l'écrivain Olivier Bouillère (publié chez POL). C'est beaucoup plus qu'un journal intime, c'est une sorte de happening autobiographique, avec des histoires drôles, avec un témoignage assez exceptionnel sur la maladie de sa mère, avec une grande liberté de ton sur la sexualité d'une nouvelle génération. Il s'intéresse à  Sophie Calle, ce qui n'étonnera pas. On pense aussi à  Annette Messager. Il a trente-six ans. Il a réduit un de ses carnets en 467 fragments, 467 comme le nombre des éditeurs français, auxquels il a envoyé un de ces fragments en proposant ce projet. On est en présence de quelque chose d'assez remarquable. C'est une manière de concevoir le discours de soi qui me semble très intéressante. Et il y a un ton, à  la fois léger, émouvant, juste, politique, intime. C'est bien entendu la « génération blog », mais avec, derrière, une intelligence et une sensibilité très aiguës.

  • "Hier, j'ai complètement oublié la fête du Beaujolais nouveau qui avait lieu à Bogotá. C'est un signe. Quant à l'insécurité dont tu me parles... Que dire ? Elle est là, présente ; peut-être me tombera-t-elle dessus un jour. Mais pour le moment, je me sens comme protégé par les fantômes qui veillent à La Candelaria. Et la prudence ne me fait pas défaut." (Marc Beltra) En décembre 2003, Marc Beltra a disparu à la frontière du Pérou, du Brésil et de la Colombie.
    Aujourd'hui, personne ne sait avec certitude s'il est vivant ou mort. Une enquête de plusieurs années, menée par la Brigade criminelle de Paris, n'a pas permis d'élucider le mystère de sa disparition. L'avocat de la famille, Mathieu Simonet, auteur de deux romans publiés au Seuil, a écrit ce livre à partir de divers témoignages, notamment du journal de Françoise, la mère de Marc, qui s'est installée en Colombie pendant deux ans pour tenter de retrouver son fils.

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