• Le dossier sauvage

    Philippe Artières

    Sous ce titre énigmatique, Philippe Artières se met en scène dès les premières pages, recevant un dossier cartonné intitulé « Vies sauvages » qui semble avoir été constitué par Michel Foucault. Cette collection inédite contient des liasses de documents sur des individus s'étant retirés du monde au XIXe et au XXe siècle. On assiste au dépouillement progressif du dossier dont la plupart des pièces sont reproduites intégralement. Parmi ces photocopies et notes manuscrites du philosophe, trois sous-chemises recèlent une matière plus abondante : des articles de presse et un rapport de l'Académie royale de médecine de 1865 relatifs à Laurent, alias le « Sauvage du Var » qui fit alors l'objet d'un engouement médiatique et scientifique ;
    Les notes, manifestes et témoignages (partiellement traduits de l'anglais) à propos d'un mathématicien américain, alias TJK, parti se réfugier dans les forêts du Montana au début des années 1970 ; enfin, le portrait d'un ermite en soutane de la fin du XIXe siècle qui, isolé dans les monts du Forez, y fut assassiné par Ravachol.
    Que recherchait Foucault en rassemblant ces trois figures d'époques et de motivations si différentes ? Pour celui qui pratique depuis longtemps la fouille des sources foucaldiennes, ces cas d'étude sont à la fois familiers et surprenants. Ils vont faire ressurgir dans la mémoire de l'auteur un homme des bois ayant marqué sa jeunesse : Jean. Au cours de ses études universitaires, Philippe Artières a en effet consacré à ce marginal vosgien un récit fragmentaire qui, s'il ne fait pas partie du corpus d'origine, s'y intègre tout naturellement.
    A ce stade de la lecture, on commence à s'interroger sur le degré de réalité de ce dossier posthume. Michel Foucault en est-il le compilateur initial ou est-ce plutôt un « rêve d'histoire » qu'on doit à Artières ?
    Enquête documentaire, récit introspectif et jeu de pistes fictionnel, Le dossier sauvage se lit comme un roman d'aventures au pays des archives.

  • Annoncer, militer, célébrer, revendiquer, dénoncer...

    La banderole s'infiltre partout. À la fois document et geste, on l'aperçoit dans les gradins des stades, agitée par les supporters, ou brandie par des fidèles dans des processions religieuses. Mais de Nancy à Santiago, de Londres à Gdansk, la banderole et sa puissance graphique sont surtout mises au service des villes en révolte.

    Quel pouvoir peut avoir une parole silencieuse ? Comment cet instrument politique est-il mis en scène ? Quel avenir peut-on imaginer pour la banderole à l'heure où les formes de l'écrit se renouvellent ?

    En explorant la plasticité incroyable des messages contestataires, Philippe Artières démontre qu'en filigrane de l'histoire de la banderole se dessine celle, captivante, des luttes sociales aux XXe et XXIe siècles.

  • « Ce que je me rappelle bien, c'est que le soir, au lit, avant de m'endormir, je me représentais en train de tuer ou de faire souffrir de jeunes garçons [...] alors ma «verge» grossissait [...] et il me semblait que je jouirais véritablement et que je serais soulagé dès que je pourrais réaliser ce que je me représentais?».

    Jean-Marie Bladier, 17 ans, a écrit ces lignes dérangeantes après avoir étranglé et décapité, le 1er?septembre 1905, dans la forêt de Raulhac (Cantal), l'un de ses jeunes camarades âgé de 13 ans, Jean Raulnay. L'assassin, encouragé par des médecins de l'époque, dont le célèbre professeur Lacassagne, a rédigé une «?sidérante?» autobiographie. Bladier y décrit avec une inédite minutie l'histoire de son état mental, au point que les experts, dans leur rapport sur ce cas de «?sadisme sanguinaire congénital?», n'hésitèrent pas à le citer, parfois longuement.
    Comment comprendre ce fait divers de la France des débuts du xxe?siècle, tiraillée entre archaïsme et modernité, catholicisme, traditions rurales et laïcisme républicain?? Comment lire en historien ce double acte de tuer et d'écrire?? Comment interpréter la puissance de cette écriture si incommodante??
    Exhumant de précieuses archives, Philippe Artières se confronte à la figure oubliée de cet élève du petit séminaire destiné à la prêtrise avant de commettre ce meurtre. Il propose une autre manière d'écrire l'histoire du crime et des sexualités, à la croisée de l'histoire et de l'anthropologie.

  • A partir de 1967, Michel Foucault s'essaye à un répertoire d'actions plus classique sous la forme de signature de pétitions, appels et autres lettres ouvertes. Le présent volume en donne à lire les principaux, que Michel Foucault cosigna jusqu'à sa mort prématurée en 1984. Un portrait méconnu du philosophe apparaît à travers ces textes, le dessinant à la fois attentif à ce qui survient en France mais aussi aux quatre coins du monde.

  • À la fin des années 1960, l'opposition à la guerre du Vietnam, au racisme et à l'injustice sociale se radicalise aux États-Unis, avec le soutien de nombreux artistes. Le 9 septembre 1971, une révolte éclate à la prison d'Attica dans l'État de New York. Immédiatement, les détenus, en majorité noirs, font entrer journalistes, photographes et observateurs. Pour la première fois, une mutinerie est ainsi suivie de l'intérieur. Au bout de quatre jours, l'assaut est donné. La révolte se solde par quarante-trois morts et des dizaines de blessés.
    L'événement a un écho immense, entraînant enquêtes et mobilisations :
    Attica devient un symbole de la lutte contre l'arbitraire. C'est cette histoire, à la fois artistique et politique, que met en lumière le livre. Elle renvoie aux conflits raciaux qui traversent toujours les États-Unis et à la situation dramatique de ses prisons. Elle engage aussi à porter plus d'attention aux conditions de détention comme aux discriminations qui existent en France aujourd'hui.
    Outre documents et images d'archives, le livre rassemble des photographies et oeuvres graphiques d'artistes tels que Cornell Capa, Emory Douglas, Faith Ringgold, Martha Rosler, Stephen Shames, ou Frank Stella. Il comprend également six essais d'historiens de différentes disciplines ainsi qu'une introduction et un récit des événements par Philippe Artières, historien, directeur de recherches au CNRS et responsable de l'ouvrage.
    L'historienne de l'art Elvan Zabunyan consacre son essai à l'engagement des artistes américains au cours des années 1960-1970. Se plaçant du côté du « pouvoir », l'historien de la photographie Thierry Gervais analyse la manière dont Newsweek, Time ou Life rendent compte des événements tandis que, du point de vue opposé, l'historienne du cinéma Nicole Brenez revient sur les films militants réalisés à cette époque. Les historiens de la musique Jedediah Sklower et Emmanuel Parent resituent les différents morceaux consacrés à Attica dans l'évolution des musiques populaires aux Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.
    Deux essais de spécialistes de l'histoire africaine-américaine complètent cet ensemble. Le livre s'ouvre sur un panorama de la situation politique et de la contestation aux Etats-Unis, au tournant des années 1960-1970, écrit par Caroline Rolland-Diamond, professeure à l'université Paris-Ouest ; il se conclut avec un texte de Tom Holt, professeur à l'université de Chicago, sur le lien entre la prison et la discrimination raciale aux Etats-Unis.
    En proposant cette diversité de points de vue, Attica, USA, 1971 espère permettre aux lecteurs français à la fois de découvrir un événement exceptionnel et une histoire dont les échos sont encore sensibles aujourd'hui.

  • Catalogue de l'exposition Images en lutte - La culture visuelle de l'extrême gauche en France (1968-1974), présentée au Palais des Beaux-arts, Paris (21 février - 20 mai 2018).

    Les années 1968 en France sont le théâtre d'une formidable production visuelle, portée par les utopies révolutionnaires. Pendant cette période (1968-1974), militants et artistes d'extrême-gauche oeuvrent pour inventer de nouvelles formes d'expressions visuelles en lien avec les luttes collectives. Images en lutte raconte cette extraordinaire rencontre entre l'art et la politique qui débute et se referme à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, de l'Atelier Populaire en 1968 aux réunions du FHAR et du MLF en 1974.

    Cet ouvrage s'ouvre par les affiches de l'Atelier Populaire et présente pour la première fois de nombreux projets ainsi qu'un reportage photographique sur l'occupation de l'Ecole. Des dossiers sont consacrés aux luttes, aux soutiens, aux révolutions, à la libération sexuelle... Il rassemble des peintures, des photographies, des sculptures, des installations, des revues, des tracts, des affiches politiques, des extraits de films et des photographies relatifs à ce moment d'agencements singuliers.

  • Philippe Artières, historien passionné d'art contemporain et de littérature fragmentaire, laisse dans cet ouvrage libre cours à ses désirs secrets de chercheur, dans une approche de l'Histoire joyeusement savante, personnelle et insolite. Réunissant de courts textes très divers, Rêves d'histoire propose une anthologie de rêveries ou, plus exactement, de " désirs d'histoire " encore non explorées. On y trouvera donc des idées brutes, des pistes incongrues, des domaines de recherche à arpenter, parfois nées à la lecture d'une source ou d'une archive qui révèle son imaginaire potentiel, ces îlots encore vierges qu'aucune carte n'avait encore répertorié.
    Mais l'historien n'est pas romancier à proprement parler, plutôt collecteur de détails, explorateur du plus simple ordinaire. Et s'il ne prétend pas plus emprunter la posture du demiurge que renoncer à l'honnêteté intellectuelle du chercheur, il se fait ici résolument homme de récits. Ou comment raconter l'histoire de la ceinture, des ordonnances médicales, de la tombe de Pétain (le " salaud de Yeu "), des routes, de la banderole, etc.
    Brièvement développées, agrémentées d'allusions autobiographiques et organisées en trois parties (Objets/Lieux/Traces), ces échappées ouvrent autant de champs de recherche dont on se plaît à imaginer la fécondité, parfois vertigineuse - mais souvent à l'état d'ébauche, elles sont inscrites dans la frustration de l'inachèvement. Un exemple parmi d'autres : autour d'une réflexion sur la cloison, procédant par digressions successives, l'auteur propose une histoire croisée du confessionnal, du parloir et de l'hygiaphone - de quoi faire apparaître toute une géographie de la parole dans nos sociétés, ce qui ne nous étonnera pas chez ce foucaldien de la deuxième génération.
    Au terme de ce recueil, Philippe Artières revient dans une postface-manifeste inédite sur toutes ses tentations d'écriture et interroge " cet hybride objet qu'est le récit historique ".

  • Cet ouvrage cherche à montrer comment l'écrit devient l'objet d'un nouveau regard policier au tournant des XIXe et XXe siècles. L'auteur s'intéresse à la manière dont les écrits, dotés tout à coup d'une puissance subversive, deviennent un objet d'attention privilégié pour les policiers dans l'espace urbain ; ceux-ci se mettent à lire les affiches, à noter et effacer les graffitis ou les billets illicites, à décrire avec moult détails les fragments d'écriture trouvés sur les murs ou dans les lieux publics...
    De cette véritable invention de l'écriture dangereuse, naît et se développe un savoir policier sur l'écriture absolument inédit, différent de celui, contemporain, des médecins et de leur clinique.

  • Prison Saint-Paul de Lyon, il y a tout juste un siècle. Sur un petit cahier d'écolier, un détenu écrit. Il raconte sa vie, cette existence qui l'a mené là, entre les quatre murs d'une cellule. Page après page, il fait le récit de ses errances, de ses déroutes et de son long parcours vers le crime. Cette autobiographie, ce criminel la rédige, comme neuf autres codétenus le feront après lui, non pour lui-même, mais pour un destinataire prestigieux : le célèbre criminologue Alexandre Lacassagne. Le professeur de médecine légale a en effet un projet fou : celui de rassembler des archives de la déviance, de constituer une encyclopédie vivante du crime à partir des seuls récits autobiographiques produits par des criminels. Maîtres-chanteurs, apaches, parricides, dépeceurs, prostituées ont ainsi écrit en quelques années un Livre des vies coupables, resté jusqu'alors inédit.

    Philippe Artières a retrouvé ces manuscrits éparpillés dans le fonds Lacassagne de la bibliothèque municipale de Lyon. Il en a reconstitué la genèse, en montrant comment ces textes s'inscrivent dans l'histoire paradoxale de l'écriture en prison et comment ils participent du développement de la criminologie à la fin du XIXe siècle. Mais l'historien se fait aussi passeur et donne à lire ces étranges vies. Il faut écouter avec lui ces voies sorties du mitard de l'histoire, entendre ces murmures, fragiles traces des peines et des émotions de ces infâmes ordinaires, accepter cette plongée dans le monde d'en bas pour appréhender ce que Michel Foucault appelait le " marmonnement du monde ".

  • Miettes propose un panorama alternatif de l'année 1980 en exhumant un choix de petites annonces tirées du supplément Sandwich de Libération. Ces messages a priori sans lendemain, quarante ans plus tard, sont aussi matière à de surprenantes fictions de soi, dont les préoccupations entrent en résonance ou font contraste avec notre temps. À ces petits pavés textuels, Philippe Artières adjoint d'autres documents bruts portant sur la même période - compte rendu de la Banque de France, bulletins météorologiques, relevés des événements sismiques -, autant d'«archives sans qualité» qui viennent renseigner cette appréhension infra-ordinaire du passé. Par l'entremêlement de ces sources et la variation de leur mise en page, ce recueil protéiforme offre une expérience de lecture ludique dessinant en creux une histoire polyphonique et intimiste de notre proche XXe siècle.

  • Philippe Artières découvre un jour dans le grenier d'une maison de vacances une liasse de documents relatant un drame familial survenu le 12 octobre 1925 à Rome : un de ses grands-oncles, jésuite, meurt assassiné en pleine rue par un soldat fou. Il se porte alors candidat à la Villa Médicis et le voilà in situ, prêt à partir sur les traces infimes qu'a laissées l'assassin, Bambino Marchi, dans une prison, un hôpital, des archives et des dossiers médicaux. Le narrateur invente des voix pour faire revivre cet hommes et d'autres anonymes, et va jusqu'à enfiler une soutane, entrant ainsi dans le personnage de son aïeul dans les rues de Rome, assistant à des messes, se plongeant dans les querelles jésuites de l'époque, et surtout se glissant dans la folie de l'assassin. Philippe Artières agence les fragments de cet épisode familial en reconstituant les instants de cet événement traumatique replacé dans son cadre historique (l'Italie fasciste des années 1920-1930). Il devient le biographe romancier de ces passants du passé car les archives ne sont pas toujours celles qu'on croit, ni forcément définitives.

  • Au cours des décennies 1970 et 1980, Michel de Certeau a proposé d'introduire les théories psychanalytiques dans le travail de l'historien. De nombreux livres et articles ont salué l'originalité et la fécondité de son oeuvre. Ce volume tente de penser, après ce moment "Certeau", la présence, aujourd'hui, de la psychanalyse dans les études historiques. Partant du constat que la psychanalyse ne constitue plus aujourd'hui la discipline miroir avec laquelle les sciences sociales ont longtemps dialogué, il est apparu nécessaire d'interroger cette distance, et de demander à une génération de chercheurs comment ils envisagent aujourd'hui cette relation. Au moment où se constituent les archives de la psychanalyse, alors que la figure de l'historien à la première personne domine, et tandis que les travaux sur les archives ne cessent - l'air de rien - de s'approprier un vocabulaire très largement analytique, reposer la question de ce voisinage a semblé utile pour mieux comprendre comment s'écrit l'histoire aujourd'hui.

    Selon des modalités d'écriture très diverses, les neuf contributeurs de ce dossier ont ainsi accepté de se livrer à un exercice singulier. Archéologues, archivistes, historiens du contemporain ont repris au sérieux cette question de la psychanalyse en posant noir sur blanc la manière dont elle travaille leurs recherches : ainsi est-elle tantôt objet, tantôt outil, mais elle apparaît parfois aussi comme l'enjeu central de la quête historienne.

  • Des routes ; accrochage

    Philippe Artières

    • Pauvert
    • 12 Septembre 2018

    La piste, le chemin, la route, l'autoroute ont progressivement, depuis l'Antiquité, quadrillé les territoires. Ces lignes ont tracé au fur et à mesure un réseau de communication entre les villes. Elles ont dessiné ainsi dans l'espace de nouveaux paysages. Cette histoire est connue, de même que celle des pratiques de représentation qui l'accompagne : des cartes aux plans.
    Pourtant, si on se place dans la perspective de l'infra-ordinaire, chère à Georges Perec, si on envisage la route comme un dispositif, alors elle apparaît comme un lieu inconnu.
    Convoquant la littérature, la psychanalyse, le cinéma, la photographie et même les manuels de conduite, ce livre montre comment la route, loin d'être un simple moyen de se rendre d'un endroit à un autre, devient ce lieu en soi, avec son régime propre d'inscriptions, des inscriptions qui ont le pouvoir extraordinaire de construire des espaces nouveaux, propices à la fiction.
    N'est-ce pas sur la route qu'Oedipe croisa son père sans le reconnaître, et qu'une banale querelle de priorité l'amena à commettre son geste fatal, donnant ainsi naissance à l'un des mythes les plus révélateurs de notre inconscient  ?
        Philippe Artières, Directeur de recherche au CNRS, à l'EHESS (Paris), ancien pensionnaire de la villa Medicis à Rome (section Littérature), a notamment publié une série d'ouvrages sur l'histoire contemporaine de l'écriture dont La Clinique de l'écriture (La Découverte poche, 2013), mais aussi plusieurs récits dont Vie et mort de Paul Gény (Le Seuil, 2013) et Miettes. Une histoire ordinaire de l'année 1980 (Verticales, 2016).

  • Le 12 octobre 1925, le Père Gény est assassiné dans une rue de Rome.
    Accompagné de deux photographes, Noëlle Pujol et Andreas Bohlm, Philippe Artières a reconstitué la dernière journée de ce philosophe jésuite, qui avait ses entrées au Vatican et qui est mort dans un banal fait divers.
    Le résultat est, après Le Dossier Bertrand, un nouveau « Jeu d'histoire », qui se compose en quatre parties :
    - le récit de l'événement ;
    - une biographie illustrée de documents d'archives ;
    - un roman photos ou plutôt une mise en scène photographique où l'auteur tient le rôle du Père Gény ;
    - une synthèse qui propose une analyse de la démarche et de la méthodologie et un questionnement sur ses enjeux historiques et esthétiques.
    Des jeux d'enfants au cinéma, des jeux de rôle grandeur nature aux arts plastiques, et, bien sûr, de la police criminelle à l'archéologie, Philippe Artières interroge la pratique de la reconstitution, entre réalité et fiction, entre jeu théâtral et expérimentation.
    C'est la façon dont l'histoire s'écrit, se compose et se recompose qui est ici décryptée.
    La figure de l'historien est au centre de cette reconstitution.
    Et, avec l'impertinente pertinence qui le caractérise, P. Artières interroge les motivations des historiens : « Qu'êtes-vous en train de chercher sur vous-même en travaillant sur les hommes et les femmes du passé ? Quelle est cette part d'ombre que vous traquez dans les liasses, les livres et autres imprimés ? »

  • Ce texte est composé de trois histoires contemporaines entremêlées et inscrites dans un même territoire : la Lorraine. La première histoire est naturelle, c'est celle de la forêt, celle qui couvre les contreforts du massif vosgien. Elle démarre à la Révolution française en traversant les trois guerres avec l'Allemagne voisine pour s'achever par la tempête de 1999. Ce récit se focalisera sur un massif particulier de Meurthe-et-Moselle.
    La deuxième histoire est sociale, c'est celle du bassin houiller lorrain lors d'un événement isolé : la longue grève que menèrent plusieurs milliers de mineurs du 1er mars au 4 avril 1963 et qui annonça le début de la fin de l'exploitation du charbon en Lorraine. Il s'agit d'une chronique minutieuse de ces 35 jours de lutte. La troisième histoire est intime : il s'agit de la biographie d'un enfant, Horace, né le 3 août 1962 et mort le 22 mars 1965.
    Elle se situe à quelques kilomètres de Forbach, à Valmont. Ce dernier récit est un journal construit comme un album photographique qui s'achève par la disparition tragique de l'enfant.

  • De l'écharpe des suffragettes aux poitrines nues des Femen, des slogans étudiants de Mai 68 écrits en lettres rouges au drapeau de Solidarnosc, du portrait de l'homme tombé « pour la cause du peuple » aux slogans d'Act Up projetés sur les murs de la ville, la banderole peut prendre mille et une formes. Instrument politique s'adressant au pouvoir pour revendiquer ou dénoncer, appelant au ralliement à une cause ou simplement informatif, cet objet à la plasticité incroyable est de tous les soulèvements populaires du XXe et du XXIe siècle. Une histoire matérielle et incarnée des luttes contemporaines.

  • Prendre au sérieux l'idée de contemporanéité, faire se télescoper ce qui coexista et se risquer à produire un collage qui donnerait à voir, en un même livre, les écrits d'une carmélite et ceux de criminels, en un même chapitre les lettres de menaces envoyées par d'anonymes anarchistes et les lettres d'intercession écrites au front par les poilus, en une même page les commentaires des théologiens et ceux des graphologues de l'affaire Dreyfus. Produire par ce montage une biographie collective d'un moment de notre histoire sociale et politique. Laïciser Thérèse pour montrer qu'elle fut certes la fille de saint Jean de la Croix et Thérèse d'Avila, mais également, le fruit de la société française des lendemains de la Commune, le véritable monument de papier de la IIIe République. En suivant Thérèse au fil de ses petits papiers, c'est une vie de rien qui se dévoile, une existence comme en dehors de l'histoire et qui pourtant va s'y inscrire par l'écriture. Là est sans doute le plus remarquable à plus d'un siècle de distance : l'extraordinaire destin de la figure de Thérèse Martin ne tient pas dans son exceptionnalité mais dans son caractère profondément ordinaire ; elle apparaît comme une passionnante figure pour comprendre l'histoire de l'écriture depuis les années 1880 jusqu'à aujourd'hui. C'est une plongée au milieu des archives minuscules, dans les boucles de l'écriture de la jeune carmélite morte en 1897 que l'ouvrage nous propose, dressant un portrait polyphonique de la petite sainte.

  • Eminent professeur de médecine légale à Lyon, Alexandre Lacassagne s'est donné pour visée, à la fin du siècle, d'étudier le phénomène criminel sous ses différents aspects : en comprendre l'histoire, la fréquence, mais aussi identifier ses auteurs, saisir leurs personnalités et leurs meurs.
    Il a ainsi constitué une formidable collection de documents et d'objets divers glanés dans les prisons (carnets de tatouages, dessins sur papier à cigarette, poèmes, lettres, chansons, dictionnaire d'argot...) et encouragé les détenus à la rédaction de cahiers et de récits autobiographiques. Ces traces exceptionnelles en disent long sur le quotidien de la détention et sur l'expérience de l'exclusion sociale.
    Mais elles disent aussi la démarche singulière d'un homme qui, en maître d'écriture, a permis à ces prisonniers d'exprimer une multitude d'émotions: un rêve, une crainte, une peur. Ainsi invitait-il ceux qui étaient l'objet de tant d'écrits - des juges et des avocats, des experts, des journalistes, de l'administration pénitentiaire - à être pour la première fois sujets d'écriture et scripteurs de leur propre histoire.

  • Une décennie durant, entre 1966 et 1976, la société française est secouée par un mouvement inédit. Des milliers d'hommes et de femmes contestent l'ordre établi. La société en modifiant durablement son imaginaire, le politique devient l'affaire de tous... Et l'histoire de 68 court toujours...

  • Le Bureau de coton est à la fois un portrait de famille - celle du peintre, installée à la Nouvelle-Orléans - et la peinture de l'univers inédit du commerce américain en cette fin de XIXe siècle. Ces hommes au travail, l'artiste les saisit en mille détails, dans leurs gestes multiples et minuscules pour donner à voir l'incroyable atmosphère de ces lieux. Surtout, cet instantané recèle un étonnant mystère que porte la grande tache blanche en son centre. Philippe Artières mène une enquête autour des visions du peintre : le risque des affaires, la ruine de sa ramille, les conditions des Noirs aux Etats-Unis sont autant de moments d'histoire sons le pinceau de Degas.

  • Cherchant à réinstaurer un rapport souvent distendu entre sciences humaines et institution culturelle, le Centre Pompidou a invité l'historien Philippe Artières à intervenir à l'intérieur du musée durant toute l'année 2017 qui correspondait aux quarante ans de l'institution. Le projet imaginé par l'auteur est de créer un Bureau des archives populaires destiné à constituer une archive vivante du musée.
    Installé au milieu du forum, Philippe Artières, revêtu de sa blouse grise, est assis derrière son bureau en carton. Tel un archiviste, il attend les visiteurs qui s'assoient en face de lui pour recevoir leurs souvenirs, enregistrer leurs propos et témoignages, récupérer d'éventuels documents qu'il range soigneusement dans une boîte, tout en leur demandant de signer un droit de diffusion. Dans ce véritable petit théâtre de l'archive, il montre à voir le travail de l'archivage :
    Déposition, inventaire, restitution.
    À mi-chemin de la performance artistique et du théâtre de poche, toute l'entreprise de Philippe Artières est de rendre publics la geste et le temps long de la recherche. Une manière d'assister en direct au travail de l'archiviste d'ordinaire caché dans les bibliothèques, mais aussi de rendre hommage au travail de l'historien.

  • De 1850 à 1914, les médecins constituent l'écriture des déviants en un objet de vérité.
    En lisant les écritures ordinaires, ils découvrent des objets inquiétants : des écrits qui échappent à leurs grilles de lecture, des signes graphiques qui semblent témoigner du caractère anormal de leur scripteur et enfin des gestes graphiques qui révèlent des pathologies jusqu'alors inconnues. On entreprend de décrypter les écrits des déviants pour identifier leurs caractéristiques. On tente de repérer, dans la graphie, des signes indiquant le degré de normalité du scripteur.
    On observe le geste graphique afin d'isoler des pathologies propres au mécanisme de l'écriture. Les médecins font entrer l'écriture au laboratoire. On y photographie le produit graphique et on éprouve sa conformité par des substances chimiques. Enfin, devant l'engouement pour la graphologie, la médecine s'efforce de clarifier les grilles de lecture graphologique.
    Ce savoir induit plusieurs modifications dans la société du tournant du siècle : l'expertise est repensée, l'enseignement de l'écriture est renouvelé et sa pratique professionnelle modifiée. à partir d'événements comme le récit de la visite d'un patient à l'hôpital ou la description de l'invention d'une machine, cet essai, le premier livre de son auteur, initialement publié en 1998 aux Empêcheurs de penser en rond cherche, à montrer comment et pourquoi la médecine s'est saisie de l'écriture pour opérer un nouveau partage entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le naturel et l'artificiel, le normal et le pathologique.

  • Émile Nouguier, jeune « Apache » de la Belle Époque, souteneur, chef d'une bande de voleurs, attiré par les thèses anarchistes, est incarcéré pour meurtre à la prison Saint-Paul de Lyon et condamné à mort. En 1899, il rencontre le professeur Alexandre Lacassagne, fondateur de la criminologie française qui, accompagné de ses étudiants, rend souvent visite aux détenus. À la demande du professeur, qui remarque son goût pour l'écriture et souhaite comprendre les motivations profondes des délinquants, Émile Nouguier entreprend de rédiger son autobiographie et couvre alors à l'encre noire plusieurs cahiers d'écolier. Philippe Artières nous fait découvrir cette oeuvre surprenante et, dans un commentaire éclairant, met en relief l'intérêt de ce texte majeur pour l'histoire de la déviance sociale.
    />

empty