• Charles de Valois, l'un des premiers rois dont il est possible de connaître et d'apprécier la personnalité, n'est pas le prince falot parfois décrit et décrié, se laissant porter par le hasard et par son entourage. Taiseux, obstiné, passablement instruit, il mène la nef royale sur une mer démontée. En près de quarante années de règne (1422-1461), il s'adapte aux circonstances, tire parti des conflits entre les princes, s'appuye sur ses « bonnes villes » et sur la papauté, crée des institutions administratives et militaires efficaces. Autre innovation appelée à une longue postérité, l'apparition publique d'une favorite royale, sous les traits avenants d'Agnès Sorel. Avec Charles VII émerge aussi et enfin une forme de sentiment « national ». La biographie conçue par Philippe Contamine est résolument politique, au sens que prend ce mot précisément à cette époque. Sont ici mis en lumière les pratiques du pouvoir, les mécanismes de son fonctionnement, sa conception et ses représentations.

  • De l'an mil à 1789, la noblesse fut en France une qualité transmise par le sang, dans le cadre, prépondérant sinon exclusif, du mariage chrétien. Spécifiquement, son histoire visait à s'inscrire sous le signe de la reproduction sociale. De?1300 à?1500, le fort sentiment d'identité de ses membres se trouva encore renforcé par l'intervention des hérauts d'armes. Quoique très minoritaires, les nobles persistèrent alors à jouer un rôle central, malgré les crises auxquelles ils furent confrontés et les contestations dont ils furent l'objet.
    Les études ici réunies traitent de ce vaste sujet, l'accent étant mis sur le château, vu de l'intérieur et de l'extérieur, la seigneurie comme source de pouvoir et de revenus et les chevaux «?de nom?». Parmi les activités propres à ce milieu - telle la chasse avec chiens ou oiseaux et plus encore les armes -, les joutes et les tournois, ce sport aristocratique pratiqué dans le cadre de la vie de cour, ne sont pas oubliés.
    Certes, juridiquement et idéologiquement, on est en présence d'une société d'ordres, ce qui aurait dû conduire à un immobilisme structurel. Mais la réalité est plus complexe, comme le montre, au sein des «?bonnes villes?», la place des nobles face aux notables. La noblesse?? Une «?élite?» parmi d'autres, qui, de facto sinon de jure, se renouvelait régulièrement. Ici comme ailleurs, la vie l'emportait sur les principes.

  • Jeanne d'Arc est-elle apparue en son temps comme l'incarnation de la résistance contre l'envahisseur ? A-t-elle été la stratège militaire que la chronique a retenue ? Est-elle morte telle l'image de la sainteté que l'Église a fini par consacrer ? Comment ses contemporains, le roi Charles VII et sa cour qui peinent à la suivre, Henri VI et ses troupes qui la combattent, l'évêque Cauchon qui instruit son procès en hérésie, l'ont-ils perçue ? Comme une folle illuminée, une prophétesse inspirée, une guerrière héroïque ou une figure providentielle ?
    Philippe Contamine revient ici sur l'édification de la légende de la Pucelle d'Orléans. Exhumant archives oubliées et documents inédits, il départage la vérité du mythe et inscrit Jeanne dans son temps, entre les chaos et les fracas de la guerre de Cent ans. Il la restitue à l'univers chevaleresque qui anime l'Europe d'alors. Il en fait la clé d'une fresque culturelle sur la période la plus pré-moderne du Moyen Âge.
    Un tableau vivant, indispensable pour déchiffrer et comprendre l'imaginaire français. Un antidote aux instrumentalisations.

  • La dénomination approximative, quant aux dates réelles de la Guerre de Cent ans, a le mérite de souligner le principal caractère du conflit opposant la France et l'Angleterre à savoir son exceptionnelle longévité. Une telle durée contribue largement à la complexité de ces hostilités. Cet ouvrage s'attache à clarifier les causes, décrire les grandes phases, exposer les conséquences sans les isoler du cadre historique plus général.

  • entre l'histoire de l'etat - défini de façon large comme l'expression d'une domination à caractère plus ou moins public - et l'histoire du ou des pouvoirs, une histoire de la france politique a-t-elle un sens, est-elle même concevable, pour la période médiévale ? le présent livre entend répondre par l'affirmative, non seulement pour la période xiiie-xve siècle, où les notions de classe, de société, de parti, de propagande et d'opinion politiques peuvent être admises sans trop de réserve, mais aussi pour les sept ou huit siècles antérieurs, en recourant à des approches de caractère anthropologique.
    traditionnellement, l'histoire politique de la france médiévale a été centrée sur l'histoire de la royauté française. sans prétendre échapper à cette référence royale, de plus en plus présente au point de dominer la scène à partir de saint louis, on s'est efforcé de briser ce carcan par une approche plus diversifiée des entités politiques qui coexistent au sein du " royaume de france ".


  • La guerre au moyen-âge

    Philippe Contamine

    • Puf
    • 5 Novembre 1999

    Quatrième de couverture Aux yeux du public, la dimension guerrière du Moyen Âge occidental est d'une évidence massive. Dans cette perspective largement partagée, l'espace médiéval, la société médiévale apparaissent dominés l'un par le château-fort, l'autre par le chevalier. La présente synthèse, visant à évoquer la guerre en tant que phénomène social et fait de mentalité à travers tout un millénaire, ne prétend pas remettre en cause cette vision mais la nuancer, la compléter. Elle s'interroge sur la profondeur de la rupture que les différentes vagues de o grandes invasions » ont entraînée dans le domaine militaire, soupèse les forces et les faiblesses des armées carolingiennes, rappelle le contexte guerrier qui a entouré et en grande partie conditionné la féodalité, examine les changements dans la conduite de la guerre qui ont accompagné et suscité la croissance de l'État. De ce survol ressort l'image d'un Moyen Âge inventif, complexe et mobile, où s'exerça un art militaire moins fruste qu'on ne l'a parfois pensé. Les rapports entre guerre et christianisme font l'objet d'une attention particulière. Même si la conception chrétienne cautionna non seulement l'idée de guerre juste parce que nécessaire mais aussi l'idée de guerre sainte forgée dans l'exaltation de la lutte contre les forces du Mal, elle eut aussi le sens et le souci de la paix, ce qui devait aboutir chez plusieurs courants hétérodoxes aux notions clairement exprimées de pacifisme et de non-violence.

  • Durant la majeure partie du XVe siècle, en Occident, les royaumes et les peuples, les princes et les aristocraties subirent de violentes turbulences. La France, en particulier, en fut à ce point de connaître un moment deux rois concurrents. Que Charles de Valois, devenu Charles VII, l'ait emporté pour finir n'était pas écrit d'avance. Il eut à répondre à au moins trois défis : se faire obéir, construire sa légitimité, l'emporter militairement. Dieu, Jeanne d'Arc, le beau Dunois et Jacques Coeur contribuèrent sans doute à les relever. Mais Charles, l'un des premiers rois dont il est possible de connaître et d'apprécier la personnalité, n'était pas le prince falot parfois décrit et décrié, se laissant porter par le hasard et par son entourage. Taiseux, obstiné, passablement instruit, il sut mener la nef royale sur une mer démontée. En près de quarante années de règne (1422-1461), il s'adapta aux circonstances, tira parti des conflits entre les princes, s'appuya sur ses « bonnes villes » et aussi sur la papauté, créa des institutions administratives et militaires efficaces. Innovation appelée à une longue postérité, l'apparition publique d'une favorite royale, sous les traits avenants d'Agnès Sorel. Avec Charles VII émerge aussi une forme de sentiment « national ». La biographie conçue par Philippe Contamine est résolument politique, au sens que revêt ce mot précisément à cette époque. Sont ici mis en lumière les pratiques du pouvoir, les mécanismes de son fonctionnement, sa conception et ses représentations.

  • Après tant d'écrits historiques et littéraires sur Jeanne d'Arc, dans toutes les langues (car sa célébrité est internationale), l'état des sources, riches et complexes, et la curiosité des lecteurs appelaient une mise au point documentée et argumentée.
    Le "cas Jeanne d'Arc" exige en effet une approche multiple : impossible à son sujet de se contenter de réponses toutes faites ou réductrices. Pour nous permettre de mieux appréhender cette figure si singulière, cet ouvrage restitue l'environnement matériel et mental d'où elle a surgi - un tissu serré dont la trame est faite de malheurs et d'espérance. Ce livre s'attache de la même façon à examiner le "mystère de la vocation" et à relater le bref temps de la gloire, d'Orléans à Reims, suivi par les échecs, l'incompréhension, la prison, le procès et la mort par le feu.
    A l'évidence l'intervention, décisive, de Jeanne d'Arc bouleversa les calculs et les projets politiques de ses contemporains : il était logique qu'en un siècle où l'on croyait universellement à l'intervention de Dieu dans l'histoire des royaumes et des peuples, le débat politique s'appuie ou débouche sur un débat théologique. Tel est le fondement des procès de Jeanne d'Arc, illustrés par deux documents majeurs qui ont été conservés : celui relatif à la condamnation (1431), le plus émouvant, et celui concernant l'annulation de cette condamnation (1455-1456), le plus surprenant.
    Extraordinairement contrasté, le destin de Jeanne d'Arc fut aussitôt compris comme étant lié à l'histoire "providentielle" du royaume de France et de ses "Rois Très Chrétiens". D'où l'attention que "la Pucelle" ne cessa de susciter -, une attention faite d'admiration mais aussi, de façon minoritaire, de scepticisme et de raillerie.

  • Dans cet espace géopolitique européen, de 1280 à 1780, divisé en de très nombreuses puissance souveraines, on peut parler de présence endémique de la guerre (comme de la même manière, on peut parler de présence endémique de la peste du milieu du XIV au milieu du XVII siècle)accompagnée de poussées fulgurantes, parfois prolongées d'épisodes guerriers. En dehors de ces périodes, l'ombre menaçante de la guerre planait sur la vie des Etats et des peuples, ils y songeaient et souvent s'y préparaient. Table des matières Préface des éditeurs de la collection, IX Introduction par Philippe Contamine, 1 Chapitre 1 - Liens politiques et militaires dans le système des États italiens (XIIIe-XVIe siècle), par Maria Nadia Covini, 9 L'organisation militaire des cités-États et des signorie urbaines, 10 Les compagnies d'aventure : un intermède perturbé, 22 La guerre et la formation des États régionaux, 28 Le système des États italiens, 31 Le système italien et le système européen, 38 Chapitre 2 - Les types d'armée en Espagne au début des temps modernes, par Luis A. Ribot Garcia, 43 La fin des guerres " nobles ", 54 Le siècle des mercenaires, 57 Les entrepreneurs et intermédiaires militaires, 61 Service forcé : prisonniers, quotas, milices, 65 Les origines de la conscription, 72 La révolution bureaucratique, 73 La montée des armées " d'État ", 75 La nation en armes, 80 Chapitre 3 - Les États et leurs marines de la fin du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle, par Jaap R. Bruijn, 83 Les marines et leur dimension, 83 Marines officielles et irrégulières (vers 1585 - vers 1650), 88 La course aux marines permanentes, 101 Continuité et liberté d'action ou intervention de l'État (1713 - vers 1780) ?, 110 La réaction tardive des Pays- Bas et le facteur humain (vers 1780-1790), 118 Remarques conclusives, 120 Chapitre 4 - Les hommes, l'argent, les moyens (Danemark, Finlande, Norvège, Suède, XVIe-XVIIIe siècles), par Jan Lindegren, 123 Introduction, 123 Le problème, 124 Les hommes, 126 L'argent, 140 Les moyens, 150 Guerre et ressources, 156 Chapitre 5 - États, routes, guerre et espace, par Jean Meyer, 167 Communiquer et transmettre, 173 Fortifications et frontières, 178 Les routes et la maîtrise de l'espace intérieur, 186 Le rôle de l'État dans la maîtrise intellectuelle de l'espace, 190 Conclusion, 195 Chapitre 6 - Un contrôle étatique croissant. Les usages de la guerre du XIVe au XVIIIe siècle :
    Rançons et butins, par Philippe Contamine, 199 La fin du Moyen Age : l'âge d'or des rançons privées, 201 La fin du Moyen Age : réglementer la prise et la répartition du butin, 211 La fin du Moyen Age : éléments de comparaison, 214 Les Temps Modernes : persistance de l'appropriation privée du butin, 219 Les rançons à l'époque moderne : un enjeu qui recule en même temps qu'il s'étatise, 226 Chapitre 7 - L'État moderne et la " société militaire " au XVIIIe siècle, par Bernhard H. Kroener, 237 Société militaire et stratification sociale : les officiers, 240 Les sous-officiers dans le champ de tension entre officiers et simples soldats, 251 La " racaille " : les classes militaires inférieures, 254 L'armée et les Lumières : le rôle de l'armée dans les calculs politiques des puissances européennes à la veille de la Révolution française, 264 Chapitre 8 - " Pro Deo et patria Mori " : le patriotisme sanctifié en Europe, 1400-1600, par Norman Housley, 269 Chapitre 9 - Les artisans de paix face à l'État. La diplomatie pontificale et le conflit franco-anglais au XIVe siècle, par Françoise Autrand, 305 Pour une histoire de la paix, 308 La diplomatie avignonnaise face aux États, 318 Paix et souveraineté, 327 Chapitre 10 - La guerre et le droit des gens dans l'Europe du XVIe au XVIIIe siècle, par Heinz Duchhardt, 339 Bibliographie, 365 Index des noms propres, 397 Les auteurs, 413

  • La guerre de cent ans Nouv.

  • Après maintes études consacrées à l'histoire politique et militaire de la France et de l'Angleterre pendant la guerre de Cent Ans, il était opportun de confronter les deux pays, les deux peuples, dans leur existence quotidienne.
    A la lumière des faits, il apparaît qu'en dépit des obstacles linguitiques, des rancunes, des injures prodiguées de part et d'autre, les Anglais débarquant en Normandie, en Bretagne et en Guyenne pour défendre leurs possessions continentales ou tenter de s'emparer du royaume des Valois, et les Français emmenés prisonniers outre-Manche n'avaient pas l'impression de se trouver en terre étrangère. Par leur outillage, leurs techniques, leur façon de vivre le temps, de maîtriser l'espace, de se nourrir et de se vêtir, leur conception de l'organisation sociale, les deux protagonistes ne pouvaient que se sentir très proches - cette parenté même expliquant, sans les justifier, les ambitions conquérantes des Plantagenêts.
    Durant la période envisagée ici, la vie quotidienne, tout en évoluant peu, fut affectée par une série de grandes catastrophes : guerres, famines, épidémies. Mais tandis que les Français n'en ressentirent à peu près que les aspects négatifs, les Anglais, mettant à profit les circonstances, améliorèrent dans une certaine mesure leur niveau de vie, affirmèrent leur puissance économique, leur originalité culturelle et religieuse, éprouvèrent pour la première fois, la satisfaction d'appartenir à un grand peuple.

  • Quelles spécificités accorder, à travers une période allant du XIe au XVIIIe siècle, aux hommes et aux terres du Sud, pour employer l'expression ici retenue, étant donné que ces terres et que ces hommes se situaient aussi, et de plus en plus, dans la mouvance du royaume de France ? Les études réunies dans le présent ouvrage entendent répondre à cette question, soit directement, soit indirectement. Pour ce faire, toutes manières de documents sont mises en oeuvre, selon des perspectives analytiques, ou, plus rarement, synthétiques, qui ressortissent à l'histoire institutionnelle, fiscale, sociale, économique, militaire et diplomatique. Comment en particulier passer sous silence l'émergence à la fin du XIIIe siècle puis l'utilisation à des fins diverses du binôme langue d'oc-langue d'oïl ? Sans surprise, on constate que l'histoire du Midi (de la France) ne peut être isolée de l'histoire parallèle des espaces qui l'entourent, elle se déroule largement au même rythme. Il n'empêche que cette histoire a aussi sa tonalité, sa saveur, plus ou moins affirmées ou revendiquées selon les périodes et les circonstances. Autrement dit, les Méridionaux du Moyen Âge et des temps modernes furent à la fois fils de leur temps et fils de leurs pères.

  • S'il s'écoule plus d'un siècle entre 1337 et 1453, bornes chronologiques traditionnellement retenues à propos de la "guerre de Cent ans", cette expression approximative a le mérite de présenter immédiatement le principal caractère du conflit opposant la France et l'Angleterre : son exceptionnelle longévité.
    Une telle durée contribue largement à la complexité de ces temps d'hostilité, dont cet ouvrage s'attache à clarifier les causes, décrire les grandes phases, et exposer les conséquences, sans les isoler de leur cadre historique plus général.

  • Cet ouvrage analyse la construction au fil des siècles d'un nouvel ordre étatique et la poursuite d'une recherche d'identité par adaptation successive des aristocraties aux nouvelles réalités politiques.

  • Les seize textes réunis dans ce volume par l'un des spécialistes majeurs de l'histoire médiévale traitent de l'évolution des pouvoirs dans l'espace français au cours des deux derniers siècles du Moyen Âge de façon à la fois variée et précise : historiographie, iconographie, lexicographie, approche quantitative des phénomènes, étude de textes didactiques et de documents d'ordre diplomatique ou administratif.

  • Le présent volume, qui embrasse plus de douze siècles, n'est pas une histoire de la guerre - encore moins de la violence - à l'intérieur d'un espace destiné, progressivement, à devenir la France. Il n'est pas non plus une simple histoire des armées françaises. Il se veut une histoire générale de la France sous son aspect militaire, et donc, en un sens, une histoire de ce qu'il est convenu d'appeler l'identité française.

    D'où l'articulation du livre, mettant à dessein l'accent sur le déroulement chronologique. D'où aussi le choix de l'avènement de Clovis, premier roi franc chrétien, comme point de départ. La mort de Louis XIV, immédiatement précédée par un essai de pacification dans le cadre européen, constitue le point d'arrivée, avant la période de tranquilité relative qui caractérise pour la France le " beau " XVIIIe siècle.

    Entre ces deux dates, des phénomènes majeurs sont intervenus, intéressant directement la chose militaire : la féodalité, le rôle croissant de l'argent - ce qu'Alain Bouchart, au début du XVIe siècle, appelait " le sang politique " (avec comme résultat le mercenaire)-, la génèse de l'Etat moderne, mais aussi l'apparition de l'artillerie à feu, lourde d'incalculables conséquences.

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