• Les carcasses

    Raymond Federman

    Est-ce que tout finit quand on meurt ? Non ! Trop vide, trop triste pour le grand fabulateur Federman qui, sans donner dans la " méta-pata-physique ", invente un système très organisé - quoique exubérant - de transmutation : les êtres vivants sont des carcasses circulant sans cesse de la vie à la mort - et vice versa -, se transmutant indéfiniment en humains, animaux, plantes ou objets divers.
    S'ensuivent des aventures cocasses et rocambolesques nous permettant d'observer les révoltes qui agitent la zone des carcasses - conçue comme une sorte de purgatoire-entrepôt - mais aussi de suivre la destinée de carcasses historiques ou particulièrement malchanceuses en matière de transmutation... Livre impertinent entre fable et science-fiction, Les Carcasses est à la fois une ode à la vie teintée de burlesque et un livre profond, intensément federmanien.

  • Quand Raymond - raconteur - relate sa vie à un écouteur professionnel - Federman -, il dessine une existence foisonnante en quelques scènes : une enfance désargentée, une vie nourrie d'étreintes et de conflits, le jazz qui exalte l'Amérique et ses complexités. Sa famille, sa judéïté incarnent l'histoire personnelle et collective avec ses vivants - oncles et tantes honnis, partis en 1942 sans Raymond et les siens - et ses morts : mère, père et soeurs « changés en savonnettes et abat-jour » par l'« Énormité Impardonnable ». Et la tante Rachel, vivante mais exilée, ayant fui dès avant la guerre son enfance orpheline. Rachel la sublime, la fortunée, de retour elle aussi, libre et amoureuse.

    Quand Federman écoute Raymond, le raconteur ne cesse d'explorer l'espace de liberté entre réel et imaginaire, ce lieu de la fiction où sont convoqués figures inventées et personnages existants : Céline, Francis Ponge, Charlie Parker, Max Jacob, Doubrovsky, Diderot... points de repère dont l'influence n'est présente qu'autant que Federman s'en démarque pour composer son oeuvre propre, récit rhapsodique cousu de souvenirs et de morceaux de bravoure délectables.

  • à qui de droit

    Raymond Federman

    L'histoire de deux enfants séparés par la guerre et qui, des années plus tard, toujours sur fond de guerre et de violence, entreprennent de se retrouver en tentant de reconstruire l'absence. Un texte grave tout en nuances pour dire la guerre, la séparation, l'histoire et ses atrocités, la vie dans sa proliférante beauté. Après trente-cinq ans de séparation, Sarah attend son cousin qui, comme elle, a survécu à la grande rafle qui lui a volé sa famille, et reconstruit sa vie.
    « Voilà comme je vois cette histoire... D'un côté, une terre de fausse représentation où le cousin de Sarah vit depuis trente-cinq ans. De l'autre, une terre de fausses promesses, un morceau de désert plein de mirages, où Sarah vit son propre exil depuis le même nombre d'années. Et, entre les deux, comme mis entre parenthèses, le pays où les deux cousins sont nés et où s'est commise une impardonnable atrocité durant la guerre... »
    Effaçant dates et noms de lieux, le narrateur tâtonne à la recherche du récit le plus simple et le plus vrai possible.
    Dépouillement du récit, traitement à la fois ludique et poignant du temps du souvenir et des lieux de mémoire, le tout raconté par un narrateur qui dans sa quête créatrice cherche le consentement d'un interlocuteur fantôme:
    À qui de droit est un lamento polyphonique où un homme qui se dit « cinglé, toxicomane du mot » tente sans relâche d'écrire l'indicible, de donner une réalité verbale à l'absence.

  • Pas besoin de savoir où mène la file d'attente pour s'y glisser... D'ailleurs, avec sa verve habituelle, Raymond Federman nous y introduit illico presto ! Au début, on pouvait se faufiler dans la queue à peu près n'importe où. Avec une drôlerie toute beckettienne, Raymond Federman déroule une queue leu leu baroque, burlesque, longue comme les mille et une nuits. Elle paraîtra même infinie tant, du rire aux larmes, c'est toute la condition humaine qu'on explore ici, joyeusement. Pour accompagner ce texte bilingue, la typographie et la mise en page ont épousé les méandres d'une tradition avant-gardiste dont l'auteur de Quitte ou double (Al dante) s'est fait, outre-Atlantique, le héraut. Traduit de l'américain et adapté par Stéphane Rouzé. Raymond Federman est né en 1928 à Paris, et vit à San Diego en Californie. Romancier, poète, grand ami de Beckett et spécialiste de son oeuvre, critique, traducteur, surfictioniste, critifictioniste, ancien parachutiste, golfeur fanatique, joueur de roulette, champion de natation, il est l'auteur d'une quarantaine de livres aux Etats-Unis, où il compte parmi ceux qui ont révolutionné le roman moderne. Ses romans ont été traduits en 14 langues. Depuis le début, son Écriture s'est voulue résolument bilingue.

  • Récit anatomique et métaphysique de l'auteur qui passe en revue neuf parties de son corps (cicatrices, cheveux, voix, main...), lui permettant de décrire sa vie et les événements marquants de son existence.

  • Pour le soustraire aux Nazis, une mère cache son enfant dans un placard. C'est depuis ce lieu à la fois excitant et angoissant que l'enfant-narrateur va pouvoir suivre sans oser bouger l'arrestation de ses parents et de ses soeurs, qu'il ne reverra jamais. Dans un bref récit écrit simultanément en anglais et en français, Raymond Federman restitue, sous la forme d'un monologue halluciné, cet événement clé de sa vie dont il conjure le traumatisme par une violence verbale jamais vue et surtout jamais entendue dans un récit de survivant.

  • Le livre de sam

    Raymond Federman

    • Al dante
    • 7 Septembre 2006

    Samuel Beckett raconté par Raymond Federman : de sa découverte fascinée de En attendant Godot à sa rencontre avec « Sam », Federman rend hommage à celui qui fut pour lui un modèle et un ami. Je me suis donc mis à écrire un livre qui raconte ces cinquante années d'amitié avec l'oeuvre de Beckett et avec Sam. Un livre fait de fragments d'écriture dans différents genres : narrations, poèmes, morceaux de lettres, méditations, dialogues, anecdotes, citations, et autres genres encore inconnus, qui font ici ce que j'appelle Le Livre de Sam.
    De sa vision enthousiaste de En attendant Godot en 1956 à sa dernière rencontre avec « Sam » quelques mois avant sa mort, en 1989, Raymond Federman rassemble ses souvenirs pour dire le plus fidèlement et le plus précisément possible l'importance de l'oeuvre de Beckett sur sa vie et son travail d'écrivain. Texte hybride réunissant poèmes, extraits d'articles et de conférences, citations beckettiennes et anecdotes, ce livre-mémoire dévoile l'écriture de Federman en même temps qu'il témoigne de son admiration pour celui qu'il considère, avec Proust, comme le plus grand écrivain du XXe siècle.

  • " Ecrivez deux pages de pornographie sans jamais utiliser un de ces mots que la pudeur réprouve ", était l'un des exercices que l'auteur donnait à un cours de " creative writing " à l'Université de Buffalo aux USA. Du " cul ", il y en a partout, dans les romans de Raymond Federman. Il y en a aussi maintenant dans sa poèsie, où Jule et Juliette dialoguent, cogitent, échangent, autour de ce moyen privilégié de connaissance. Il leur arrive même de...

  • It's a strange place one you would prefer not to be in but it's too late / C'est un endroit étrange où nous aurions préféré ne pas aller mais il est trop tard.

  • Pour le soustraire aux nazis, une mère cache son enfant dans un placard.
    C'est depuis ce lieu à la fois excitant et angoissant que l'enfant-narrateur va pouvoir suivre sans oser bouger l'arrestation de ses parents et de ses soeurs, qu'il ne reverra jamais. dans un bref récit écrit simultanément en anglais et en français, raymond federman restitue, sous la forme d'un monologue halluciné, cet événement-clé de sa vie dont il conjure le traumatisme par une violence verbale jamais vue et surtout jamais entendue dans un récit de survivant.
    Comme l'écrit marc avelot, dans une préface éclairante, " la grande force de raymond federman est de conjoindre les chaos dans un récit qui s'élabore comme une sorte d'art poétique de l'horreur. si l'on veut bien aborder le livre sous cet angle, il s'offre, à la charnière de james joyce et de pierre guyotat, comme un des textes majeurs du xxe siècle ".

  • Chut

    Raymond Federman

    Juillet 1942, rafle du vél d'hiv'.
    On frappe à la porte de la famille federman, rue louis-rolland, à montrouge, pour déporter marguerite federman, simon federman, sarah federman, jacqueline federman, raymond federman. mais ce dernier est sauvé par sa mère qui le cache dans le cabinet de débarras, en lui glissant " chut " en guise de parole d'adieu. l'enfant, plongé dans le noir et la peur, voit donc sa famille disparaître brutalement, se noyer dans la grande histoire tandis qu'il a toute une vie, une vie de miraculé, pour se demander pourquoi sa mère l'a sauvé, lui.
    Raymond federman tente de faire revivre sa famille en racontant une enfance que sa mémoire a longtemps occultée. de bribes de souvenirs en reconstructions imaginaires, il célèbre la mémoire des gens qu'il a aimés avec émotion et humour, retrouvant la vision naïve et les mots simples d'un enfant qui vit des anecdotes tantôt cruelles, tantôt cocasses. chut est à la fois un témoignage précieux sur la guerre et un roman qui ne cesse d'interroger lui-même sa progression : il multiplie les digressions, taquine le lecteur, rappelant que tout ceci est, magistralement, littérature.

  • Il était une fois un homme d'àge moyen têtu et déterminé qui avait décidé d'enregistrerpour la postérité, le plus fidèlement possible, petit à petit et mot à mot, l'histoire d'un autre homme, un type un tantinet paranoïaque célibataire, sans attaches et plutôt irresponsable, qui avait décidé de s'enfermer dans une chambre une chambre meublée avec bain privé et kitchenette, un lit, une table et une chaise au moins, à New York, pendant un an 365 jours pour être précis, avec l'intention d'écrire l'histoire d'une autre personne - un jeune homme timide de 19 ans - qui, après la guerre la Seconde Guerre mondiale, avait quitté la France pour l'Amérique the land of opportunities grâce aux finances de son oncle, qui lui-même était parti pour l'Amérique pendant la guerre à la suite d'une série d'aventures plutôt ignobles, et qui, à la fin de la guerre, avait écrit au père son cousin par mariage du jeune homme, curieux de savoir si lui le père et sa famille avaient survécu à l'Occupation allemande, et avait été très triste d'apprendre, par une lettre du jeune homme, que ses parents son père et sa mère et ses deux soeurs avaient été déportés ils étaient juifs dans un camp de concentration probablement Auschwitz et n'en étaient jamais revenus, et que par conséquent le jeune homme qui était maintenant orphelin, apatride, après avoir réussi pendant la guerre à échapper à la déportation en travaillant très dur dans une ferme du Sud de la France, aurait été bien heureux et très reconnaissant qu'on lui donne une chance de partir pour l'Amérique...
    Quitte ou double : réfléchir monde et mots au risque de se retrouver devant la réalité crue, au terme d'une avide exploration de la langue où les signes se déplacent, se bousculent et se heurtent en un tour de force espiègle et étincelant. Jouant habilement d'une même histoire reprise de livre en livre, Raymond Federman compose un texte drôle et désespérant dans lequel nouilles, papier toilette, papier peint, dentifrice et métro deviennent les pierres de touche de la découverte de nouveaux continents - l'Amérique et le roman.

  • Quitte ou double est un roman clef de l'oeuvre de Raymond Federman, souvent appelé « le roman des nouilles » car le narrateur décide de s'enfermer 365 jours pour écrire son livre... et se rationne donc, en conséquence. Archétype de la « surfiction » federmanienne, Quitte ou double met en place trois instances narratives : un homme (le narrateur, niveau 1) veut relater les faits et gestes d'un individu (le rédacteur, niveau 2) décidé à s'enfermer 365 jours pour écrire une année de la vie d'un jeune garçon (le personnage, niveau 3) juif arrivé en Amérique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Raymond Federman compose un texte tour à tour amusant et désespérant, où nouilles, papier toilette, pâte dentifrice, métro et chaussette pleine de dollars deviennent les pierres de touche de la découverte de nouveaux continents : l'Amérique, et la littérature.

  • Réduit au non-sens, à la non-connaissance, le monde n'est plus à connaître ou à expliquer.
    Il est là pour qu'on en fasse l'expérience tel que le nouveau roman le recrée, non plus comme une image (une représentation réaliste illusoire) ou comme une expression (un sentiment vague) de ce que nous pensions qu'il était, mais comme une réalité nouvellement inventée, nouvellement découverte - une vraie réalité fictive. dans ce livre qui peut se lire comme un manifeste de la fiction " expérimentale ", l'auteur examine comment, du début des années soixante jusqu'à nos jours, prend forme une nouvelle sorte de fiction aux etats-unis, mais aussi en europe et en amérique latine, en réponse aux changements et tumultes culturels, sociaux et politiques.
    Loin d'un discours académique, le néologisme surfiction, renvoie davantage à une appropriation singulière et distanciée de la postmodernité. ce manifeste sur la littérature contemporaine constitue une clé - tonique et désopilante - pour entrer l'univers foisonnant de l'auteur. nourri de nombreuses lectures, raymond federman néanmoins, a toujours réussi à se placer au centre de son oeuvre. dans cet ouvrage, il tire le meilleur parti de ses talents de polémiste et de ses qualités d'écrivain.

  • Raymond federman est un écrivain hors normes, auteur bilingue de récits d'autofiction, de poèmes, de pièces de théâtre, acteur de performances poétiques d'avant-garde, critique et traducteur.
    Federman ou " fed " ou " moinous ", prolixe, drôle, pudique et généreux, s'est entretenu avec marie delvigne. il a tout dit de ses pratiques d'écrivain, de ses langues, de la littérature et de son ami beckett - rencontre fondamentale à l'origine de sa carrière universitaire et de son écriture. il a aussi raconté tout le " roman " de sa vie. l'entretien, enrichi de morceaux choisis de ses textes, de nombreux inédits et d'une multitude de photographies, dessine réellement un federman sans limites.


  • je m'appelle namredef, c'est mon vrai nom, je suis un raconteur, un raconteur professionnel.
    je me déplace d'un endroit à l'autre, de ville en ville, pour raconter des histoires à ceux qui veulent bien m'écouter. on pourrait dire que je suis une sorte de troubadour des temps modernes. je raconte des histoires à plein temps, et pour de l'argent bien sûr, depuis au moins trente ans. on dit que je suis un assez bon raconteur, bien que parfois je me demande si ceux qui disent ça, ne le disent pas simplement pour me faire plaisir, et si en fait ils m'écoutent vraiment quand je leur raconte mes histoires.
    raymond federman, en bon joueur, aime envoyer de grands coups de pieds dans les mots pour les faire voltiger sur la page ou dans la langue. listes, rêves, délires, autoportraits. sont autant de pistes à suivre pour (re)découvrir l'univers truculent de cet auteur drôle et inclassable.

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