Mots du libraire

  • Raconté par un homme vieillissant que la vérole a défiguré mais qui reste précieux car il sait inséminer les fleurs du vanillier, Les Tortues nous plonge dans un épisode dramatique de la vie de ce survivant :
    Une épidémie qui ravagea l'équipage d'un bateau de trafiquants transportant des tortues géantes. Au son des carapaces s'entrechoquant, dans l'angoisse d'un navire noir qui les poursuit, les hommes ont vécu dans l'espoir d'un trésor sans cesse plus éloigné. Incapables de se libérer de leur prison sur les eaux, ils ont dû affronter leur propre terreur, la variole et enfin la mort tapi dans l'ombre.
    Inspiré par Melville, envahi par les vapeurs alcoolisées qui rappellent Lowry, dans une ambiance à la B.Traven, ce roman symbolique est un des diamants noirs de la littérature du XX° siècle.

    Ecailles de rêve !

    Dans l'odeur suave des manguiers, le marin se souvient de l'énigme de "La rose de Mahé". Une traversée dantesque dans les mers du sud qui nous transporte corps et âmes au large des rêves les plus fous, là où l'or vire au noir. Magique !

  • Dans ce coin du XXe arrondissement de Paris, on les remarque sans les connaître. Ils portent les mêmes noms, ne se mêlent pas aux autres. Au café, à l'école, Suzanne entend des rumeurs sur ces troublants « cousins ». Alors elle cherche, interroge. Et peu à peu, les pièces du puzzle s'ajustent pour former un tableau sidérant. Depuis 1892, huit familles ont décidé d'unir leur destin pour n'en former qu'une, soudée par la religion, le secret et des règles de vie strictes. Entre eux, ils se nomment « la Famille ». Dans cette communauté qui rassemble plusieurs milliers de personnes, on habite les mêmes immeubles, on s'épouse entre soi. Les règles y sont nombreuses, les vies toutes tracées. Il y a aussi les fêtes, la solidarité. Ceux qui veulent s'affranchir sont contraints de partir.

    Hallucinant !

    Plongez dans le monde clos de ce clan qui, durant des décennies, n'a vécu que par et pour lui-même. Une enquête minutieuse sur les dérives sectaires et ses répercussions.

  • Dans la chaleur exaltante de l'été 1977, la jeune Calista quitte sa Grèce natale pour découvrir le monde. Sac au dos, elle traverse les États-Unis et se retrouve à Los Angeles, où elle fait une rencontre qui bouleversera sa vie : par le plus grand des hasards, la voici à la table du célèbre cinéaste hollywoodien Billy Wilder, dont elle ne connaît absolument rien. Quelques mois plus tard, sur une île grecque transformée en plateau de cinéma, elle retrouve le réalisateur et devient son interprète le temps d'un fol été, sur le tournage de son avant-dernier film, Fedora. Tandis que la jeune femme s'enivre de cette nouvelle aventure dans les coulisses du septième art, Billy Wilder vit ce tournage comme son chant du cygne. Conscient que sa gloire commence à se faner, rejeté par les studios américains et réalisant un film auquel peu de personnes croient vraiment, il entraîne Calista sur la piste de son passé, au coeur de ses souvenirs familiaux les plus sombres.
    Roman de formation touchant et portrait intime d'une des figures les plus emblématiques du cinéma, Billy Wilder et moi reconstitue avec une fascinante précision l'atmosphère d'une époque. Jonathan Coe raconte avec tendresse, humour et nostalgie les dernières années de carrière d'une icône, et nous offre une histoire irrésistible sur le temps qui passe, la célébrité, la famille et le poids du passé.

    Quel scoop !

    Jonathan coe fait son cinéma avec Billy Wilder et c'est tout simplement sensationnel !

  • Djalli mourut le premier d'une méningite, Ingimar fut emporté au fond de l'eau par un filet de pêche, on retrouva le corps de Staffan dans la commune libre de Christiania à Copenhague, Fríðrikur fut lâchement assassiné, Olaf mourut d'une maladie interdite et Kári fit leur éloge funèbre. Sur plus de quarante années, de l'éducation religieuse à la révolution sexuelle, en passant par les luttes pour la culture féroïenne à l'exil sur le continent européen, le roman suit la destinée de six garçons de la classe de 1952 de l'école Saint-François de Tórshavn, capitale des Îles Féroé, dans l'Atlantique Nord. Entrelaçant devenirs intimes et collectifs, Les collectionneurs d'images déploie une fresque sociale et familiale qui retrace avec émotion l'entrée dans la modernité de cette partie isolée et méconnue du royaume du Danemark. Jóanes Nielsen offre un chef-d'oeuvre de vie, de rires et de larmes à la littérature nordique.

    Lisez Nielsen !

    Entre féerie paysagère et mille et un récits colorés, les îles Féroé dévoilent ici toute leur beauté contrastée. Exceptionnel !

  • Les Aventures de China Iron, second roman de Gabriela Cabezón Cámara, célébré par la critique et finaliste de l'International Booker Prize 2020, est l'épopée radieuse et lumineuse d'une femme qui se libère et emporte avec elle les paysages sans limites de la pampa. Prenez Martín Fierro, un gaucho qui donne son nom à un poème épique, un mythe fondateur de l'Argentine. Imaginez maintenant qu'il ait une femme, China, et que ce soit elle qui parte à la conquête d'une nouvelle façon de vivre ensemble. Vous tenez là à la fois une merveilleuse histoire d'amour et d'aventures, un western queer, et un appel à fonder un monde où toutes les créatures s'embrasseraient avec désir et jouiraient du même amour pour les rivières, les oiseaux ou les arbres, et où elles ne se sentiraient plus jamais seules. Gabriela Cabezón Cámara s'empare d'un canon de la littérature argentine, le subvertit et fait des Aventures de China Iron un mythe universel et contemporain, empli de joie, d'amour et de liberté.

    Esplendido !

    Une odyssée féministe dans la pampa, épique, utopique, organique...et orgasmique !

  • Argent brûlé

    Ricardo Piglia

    Buenos Aires, mercredi 27 septembre 1965, 15 h 11. Une voiture lancée à toute allure bloque un convoi de fonds. Beretta au poing, Bébé Brignone et le Gaucho Dorda mitraillent le fourgon, s'emparent du magot et laissent trois flics à terre. La cavale commence, de planque en planque... jusque dans la souricière tendue à Montevideo par l'inspecteur Silva. Assiégée mais décidée à résister jusqu'au bout, l'improbable bande de forcenés défie en une nuit tous les jeux de pouvoir - et ses propres démons.
    Argent brûlé élève le « casse du siècle » argentin au rang de mythe. Un roman halluciné, sur fond d'agitation péroniste et de corruption, aussi étourdissant qu'inoubliable.

    Anatomie d'un braquage !

    Piglia s’empare du « casse du siècle » pour balancer un uppercut littéraire, sans-filtre et de sang-froid, dans la tourmente Argentine des années 60. Un texte dont on sort difficilement indemne !

  • Long de plus de trois mille kilomètres, le Yukon traverse le Canada et l'Alaska avant de se jeter dans la mer de Béring. Chaque été, depuis la nuit des temps, les saumons royaux (ou chinooks) remontent ses eaux pour retourner pondre et mourir sur leur lieu de naissance. C'est l'un des derniers endroits sauvages de la planète.
    En entreprenant ce long et difficile voyage en canoë afin d'accompagner les saumons dans leur migration, Adam Weymouth souhaitait constater les effets du réchauffement climatique sur une nature presque vierge et coupée de tout. A terme, c'est l'existence même du saumon royal qui est menacée, mais aussi celle des communautés autochtones qui dépendent de lui, et dont l'auteur dresse un portrait inoubliable. S'interrogeant sur notre relation de plus en plus complexe avec le monde vivant, il nous offre le récit captivant d'une aventure extraordinaire, et nous invite à une immersion élégiaque au coeur des mystères de la vie.

    Oh mon saumon !

    À la fois récit de voyage, documentaire animalier et enquête de terrain, Adam Weymouth fait revivre toutes les légendes du Grand Nord à l’occasion d’une descente du Yukon en canoë. Un texte captivant qui rappelle l'urgence à préserver les ressources naturelles et les grands espaces !

  • Le livre Marthe vit à la ferme avec ses parents et son frère Léonce. Le père est mutique et violent, mais l´amour de la mère, l´enfance de Léonce et la chaleur des bêtes font tout le bonheur de vivre.

    À seize ans, elle rencontre Florent et découvre que les corps peuvent aussi être doux. Deux ans plus tard, le drame survient. Les fleurs sont piétinées, mais la catastrophe laisse intacts l´amour du petit frère et celui des mots.

    Une histoire bouleversante et charnelle, une langue d´une puissance étincelante : la voix de Marthe, musicale et nue, accompagnera le lecteur pour longtemps.

    « Je voulais une mère avec des épaules pour poser mes joues brûlantes. Je voulais un père avec une voix pour m´interdire de faire des grimaces à table. Je voulais un chien avec un passé de chat pour ne pas oublier qui j´étais. [...] Je n´ai pas eu tout ce que je voulais mais je suis là, avec mes zéros, ma vie soldée du jour qui vaut bien ma vie absente d´avant. Je tombe rond ; mon compte est bon. »   L'auteur Nicolas Clément est né en 1970 à Bourgoin-Jallieu. Agrégé de philosophie, il enseigne en lycée et en classes préparatoires.

    ...

    C'est la fragilité épargnée et la pureté magnifiée. Les coups, comme autant d'épines paternelles, n'y feront jamais rien : après la rudesse de l'hiver, la vie éclôt de son plus bel éclat. Un court texte comme un bouquet d'orties enrubanné d'amour et servi dans une langue brute et SUBLIME!

  • L'incroyable épopée d'un Australien pour restituer un crâne aborigène à sa tribu : un chemin de connaissances, d'ouverture et de rédemption.John Danalis a grandi avec un crâne aborigène dans son salon. C'est seulement à 40 ans qu'il comprend l'horreur de la situation. Emporté par l'élan de sa prise de conscience, John décide de tout mettre en oeuvre pour restituer Mary - puisque c'est ainsi que le crâne a été affectueusement renommé - à son peuple. Pour cela, il va devoir déconstruire ses préjugés d'homme blanc sur la culture aborigène et se plonger dans l'histoire ancienne de l'Australie. Commence alors une quête qui va entrainer des rencontres extraordinaires et une profonde révolution dans la manière dont John et sa famille envisagent la vie et leur rapport aux autres.

    Mal de crâne !

    Restituer un crâne Aborigène : une démarche qui témoigne d’une réconciliation possible entre les cultures. Avec sincérité et émotion, Danalis nous fait le récit de cette euphorisante prise de conscience, rendant au passage un magnifique hommage aux vibrations de l’Ile-Continent.

  • Zakaria vient quand il veut, et s'en va à sa guise. C'est l'amant imprévisible, mais qui apporte quelque chose d'unique. Pas tout à fait l'amour et pas seulement le sexe. La rencontre d'un soir est peu à peu devenue une liaison qui se cache mais qui dure. Jusqu'à ce que l'interdit religieux et les fantômes s'en mêlent. Et que la complicité se grippe. Quelle relation inventer alors pour ne pas tout perdre ?

    Chaud dedans !

    Par-delà le récit des étreintes se dresse la question de l'identité, du désir qui mène parfois à sa perte ou de l'interdit qui souvent la conditionne... Une réflexion sensuelle et addictive sur ce que le corps nous dicte et que la tête réfute... Ou tout l'inverse !

  • Marie-Lou-Le-Monde

    Marie Testu

    « Tout commence et Tout finit par Marie-Lou » Marie-Lou-Le-Monde, c'est un vertige amoureux, un chant du désir, un hommage à un fantasme impérissable. Dans le sud de la France, deux adolescentes se rencontrent au lycée. L'une est solaire et ténébreuse, irradiante, libre. L'autre, amoureuse et à l'affût. Le roman, c'est l'histoire de ce télescopage, une étincelle, une bouffée de chaleur, un roman-poème qui dit l'amour passionnel d'une jeune fille pour l'incandescente Marie-Lou.

    Invincible été!

    Un hymne! Un chant à l'amour adolescent et aux prémisses de la passion! Eprise et en prose, la narratrice nous livre de manière vertigineuse sa chute inévitable dans l'amour et nous rappelle combien ce penchant est intemporel... MAJESTUEUX!

  • « J'ai assisté à ton réveil ce matin, Anna. Je dis « assisté » car il ne me reste que trois matins à vivre et lorsque la fin est imminente, chaque réveil de l'être aimé est un événement. Nous avons échangé un baiser que j'ai écourté pour ne pas te tuer. Il est chaque jour plus difficile de résister... ».
    Ainsi se confesse Adrian van Gott, le collectionneur d'art sans âge dont nul ne connaît la fortune : dans sa maison, sa forteresse des beaux quartiers de Manhattan, il a amassé des livres, des tableaux, des souvenirs de siècles passés... Adrian est une énigme. Mystérieux, douloureux, épuisé par les siècles déjà vécus, torturé de ne pouvoir toucher la femme qu'il aime...
    Qui est-il, et quel drame a-t-il connu dans la Venise des années 1780 avant de découvrir son étrange et monstrueux pouvoir ?
    Pour Adrian, l'amour se vole et ne se gagne jamais. Et si aimer une femme à travers les siècles est une malédiction, c'est aussi le plus beau des destins. De Constantinople aux bas-quartiers de la Londres pré-victorienne, du Paris de la Révolution au New-York numérique, un grand roman noir et vampirique.

    Amour Amor !

    Entre la Venise du XVIIIe et le New-York de nos jours : un seul homme, collectionneur d'âmes et de sang. Entenaillé dans son éternité, il écrit à la seule femme jamais aimée. Les mots jaillissent avec frénésie, exprimant à la fois son désir de la faire vivre et celui de ne pas mourir... Un récit "vampirisant" par tout ce qu'il traverse de romantisme, d'Histoire et de culture !

  • Marcel et Odilon

    Noémie Favart

    Marcel et Odilon aiment manger des frites en écoutant la pluie chanter dans les tournesols. Leur amitié est racontée dans trois délicieuses histoires. Dans Les vacances de Marcel, on découvre la ville de Coxis, dont les habitants sont fascinés par la mode des carapaces à deux pois. Dans La course d'Odilon, le jeune escargot, fasciné par la course annuelle de la Grande Laitue, quitte ses parents pour y participer.
    Il se perd en chemin et fait la rencontre fortuite de Marcel, une coccinelle marginale qui vit dans une caravane. Le Poisson rouge nous raconte le passé d'Hypoline, grand-tante d'Odilon autrefois foraine, et la rénovation enthousiaste de son merveilleux carrousel. Pleins d'humour et de tendresse, ces trois récits font preuve d'inventivité, de fantaisie et de sensibilité. Les illustrations de Noémie Favart grouillent de détails amusants qui viennent enchanter la lecture du livre.

    Pépite joyeuse et fantaisiste

    Une histoire rocambolesque et poétique, aux illustrations riches et fantaisistes. L'épopée de Marcel la coccinelle et Odilon l'escargot est divisée en trois petites histoires, et les dessins ont mille détails dans lesquels on peut se perdre et chercher la petite bête ! Un petit bijou signé Noémie Favart, à découvrir dès 5 ans.

  • Un ouvrage inédit de l'autrice du formidable recueil intitulé «Peau». Dans ce court texte éloquent et poignant, Dorothy Allison revient sur son enfance marquée par un climat de violence en Caroline du Sud, mais surtout sur les femmes qui l'ont entourée et guidée dans sa trajectoire, elle qui fut la première femme de sa famille à rejoindre l'université. Illustré de photos de la famille de Dorothy Allison, cet ouvrage rappelle la démarche d'Annie Ernaux dans «Retour à Yvetot» et souligne à quel point les petites histoires d'une génération contribuent à créer une légende pour les suivantes.

    La certitude du doute

    Encore un texte choc de Dorothy Allison  ! Puisant dans son expérience de femme lesbienne, et dans son vécu marqué par les violences sociales et sexuelles, la grande plume féministe raconte sa famille issue des milieux populaires, la place des traumas dans la construction de soi, et le pouvoir de la fiction pour aller de l’avant. Un remarquable exercice d’honnêteté intellectuelle, servi par une prose limpide et puissante. Essentiel !  

  • C'est le grand jour. Hulotte et ses camarades partent en voyage de classe... à Paris ! Quelle aventure ! Les oisillons découvrent avec émerveillement la Ville Lumière. Mais ne dit-on pas aussi que Paris est la capitale des amoureux ?

    Lumineux et charmant !

    Mais où est le soleil ? Dans les dessins lumineux de Juliette Lagrange, et dans nos petits coeurs après avoir lu cette charmante amourette entre un rouge-gorge et une chouette...

  • Qu'allons-nous construire, toi et moi ? D'abord regroupons tous nos outils pour assembler petit à petit. Fabriquons une montre car le temps est précieux, notre avenir ensemble nous le créons à deux.

    Vivement l'avenir !

    Un père raconte une histoire à son enfant, et lui explique qu’ils vont construire l’avenir ensemble. A travers ses dessins doux et poétiques, Oliver Jeffers nous emmène avec eux dans un univers où tous les rêves sont possibles. Une bouffée de joie, d’amour, d’humanité et d’espoir. Indispensable

  • Milo est un jeune garçon courageux. La Grande Guerre des hommes contre les loups n'a pas laissé de survivant dans son village. Archer aguerri, il décide de partir affronter le Dernier des Loups. Sa longue traque le mènera hors des sentiers battus et le combat qu'il livrera ne sera pas celui qu'il avait imaginé... l'obligeant à regarder, à admettre et à respecter la vie sauvage.

    Enneigé et magique

    L’hiver est là, la neige crisse sous nos pas... Milo part chasser le dernier des loups. Mais le chemin qui mène à la tanière d’une louve et ses louveteaux le fera peut-être changer d’avis. Un conte puissant comme ceux de notre enfance, porté par des illustrations époustouflantes de finesse.

  • Ils viennent du Missouri et ont tout abandonné dans l'espoir de trouver une terre à des milliers de kilomètres de leurs foyers. Ils ont entassé leurs maigres possessions dans des chariots et traversent les grandes plaines, puis les montagnes Rocheuses où ils affrontent les rapides du fleuve Columbia. Leur trajet ouvre la célèbre Piste de l'Oregon, qui sera plus tard empruntée par de nombreux migrants en route vers l'Ouest et la terre promise. C'est un voyage qui a tout d'une grandiose épopée, peuplé d'hommes et de femmes qui souffrent de la faim et du froid, qui connaissent la solidarité autant que les rivalités, qui cherchent l'amour aussi. Lorsqu'ils parviennent enfin à destination, ils construisent des cabanes, labourent un sol jusque-là inexploré, et installent peu à peu les bases de ce qui deviendra plus tard une société civilisée, avec ses lois, ses règles et ses usages. Dans ce grand roman de l'Ouest, chef-d'oeuvre de Haycox, qui marie le souffle de l'épopée à la chaleur de l'intime, on n'en finit pas de se passionner pour ces pionniers qui ont posé les fondements de l'Amérique telle que nous la connaissons aujourd'hui.

    Epique époque !

    Un voyage extraordinaire dans le temps et l'espace, sur les traces d'une caravane de colons s'installant en Oregon. Abandonnant tout sauf l'espoir d'une vie meilleure, une poignées de familles se lancent dans le difficile exercice de "faire société" dans un territoire sans loi ni infrastructure. Porté par une plume magnifique et par ses personnages féminins d'une insolente modernité, Haycox signe une saga historique inoubliable, qui donne corps et coeur à la conquête de l'Ouest. 

  • Perdu dans un quartier inconnu de Jérusalem, le narrateur se félicite - à la vue de tous les ultra-orthodoxes qu'il croise - que ses arrière-grandsparents aient quitté leur shtetl ukrainien pour atterrir à Paris. Tout l'énerve dans ce voyage que lui a offert son neveu à l'occasion de ses cinquante ans. À commencer par le fait qu'il soit organisé, alors que, célibataire endurci, il n'aime rien tant que le calme de sa petite librairie de Bar-sur-Aube.
    Mais Robert Stobetzky n'a pas planté là son groupe par pur désir de tranquillité : il croit avoir reconnu, dans la silhouette familière d'une femme suivant un prêtre en soutane, celle avec qui, l'été 1969, il a vécu trois semaines de bonheur intense et qui est restée l'amour de sa vie. Vingt-six ans plus tard, il comprend, à la violence de sa propre réaction, qu'il ne s'est jamais remis de leur rupture aussi soudaine que brutale : un beau matin, Madeleine avait quitté le petit appartement sous les toits parisiens en lui enjoignant de ne pas chercher à la revoir.
    Le jeune orphelin de onze ans qu'il était - ses parents sont morts de la grippe en 1956 - a eu beaucoup de mal à surmonter ce nouvel abandon. C'est alors qu'il a décidé de quitter Paris et sa thèse sur Louise Labé pour s'installer en Champagne. Errant dans Jérusalem, il se remémore ses années de solitude, éclairées par la lecture et la révélation de la musique. Lui qui n'avait pas osé avouer à Madeleine sa méconnaissance des artistes figurant sur les pochettes des disques qu'elle lui avait fait découvrir est foudroyé par la Suite en do mineur de Bach, entendue par hasard à la radio. Il décide d'apprendre le violoncelle et sa rencontre avec Johann Chauchat, devenu son professeur, illuminera un temps ses journées...
    Au fil de ses déambulations loin du groupe, cet homme au mitan de sa vie voit ce voyage touristique qu'il n'a pas choisi se transformer en une longue remontée de sa propre existence. Sans doute lui fallait-il le fantôme de Madeleine, entrevu dans cette ville toute pétrie de passé, pour qu'il accepte ce retour en arrière.
    Jean Mattern, subtil instrumentiste d'un fascinant monologue où alternent ironie, allégresse et chagrin, écrit un très beau livre sur la perte.

    Un petit bijou !

    Le pouvoir du souvenir réside dans son immatérialité et dans sa capacité à s'incarner dans l'objet de notre contemplation. Ce court roman en est la sublime illusration. Un coup de coeur !

  • Arbre de l'oubli

    Nancy Huston

    «Arbre de l'oubli »brosse le portrait d'une famille américaine aisée, privilégiée, éduquée... puis, élargissant le tableau peu à peu, nous montre les fils inattendus qui relient cette famille aux pages les plus sombres de l'Histoire moderne. En dessinant un chemin tortueux à travers l'émancipation pas toujours réussie de trois personnages complexes, le roman aurait pu prendre les tonalités d'un parcours initiatique. Mais il s'agit, une fois le tableau appréhendé dans sa globalité, d'un grand roman d'Histoire vivante tant il convoque les enjeux essentiels d'aujourd'hui : racisme, religion et laïcité, procréation pour autrui, violence, misère et colère, féminisme et représentation.

    INDISPENSABLE !

    Ces personnages comme autant d'étoiles portées au firmament par le talent de Nancy Huston ; des étoiles comme autant de repères dans la nuit. Un Arbre de l'oubli tout simplement INOUBLIABLE !

  • En 1915, étudiant en médecine, il est, comme son ami André Breton, mobilisé avec un an d'avance. Dès lors, il va continuellement flirter avec la mort sans jamais renoncer à son goût pour la liberté. Envoyé en Russie en 1917, il assiste de près à la Révolution. Il en rentre marqué pour la vie. Aussi le retrouve-t-on en janvier 1920 parmi les premiers dadaïstes parisiens et ensuite au sein du mouvement surréaliste. En août 1936, il participe à la bataille des Baléares. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, il se cache (il est Juif), puis il traverse à pied les Pyrénées avant de rejoindre l'escadrille Normandie-Niémen.

    Cet homme, c'est Théodore Fraenkel. Oublié des livres d'Histoire, il aura connu Vaché et Aragon, Desnos et Tzara, le stalinisme et la guerre d'Algérie. Révolutionnaire dans l'âme, Fraenkel est aussi un amoureux passionné, tel un personnage de la Nouvelle Vague égaré dans un roman de Victor Serge.

    Interrogeant les derniers témoins, et consultant des archives inédites, Gérard Guégan a mené une minutieuse enquête. Dans cette biographie digne d'un roman d'aventures, il fait le portrait d'un homme au destin hors-normes.

    Respirez un grand coup et... plongez !

    Une virée piquante et pleine de fantaisie dans l'univers surréaliste de Théodore Fraenkel, ami proche et anicroche du fort André Breton. Un vrai délice !

  • Louise a fondé une petite agence de communication. Elle est jeune et démarre une brillante carrière, malgré les aléas du métier, liés en particulier à son fantasque et principal client, un célèbre designer , Stan. Elle doit aussi jongler avec les fantasmes déconcertants de son amant, Vincent. Mais elle a autre chose en tête : des carpes. De splendides carpes japonaises, des Koï. Celles que son père, récemment décédé, avait réunies au cours de sa vie, en une improbable collection dispersée dans plusieurs plans d'eau de Paris. Avec son frère, elle doit ainsi assumer un étrange et précieux héritage.

    CARPE CARPAS, puisqu'après tout carpe diem !

    Comment rassembler cette magnifique collection de carpes du japon disséminée dans tout Paris quand le tourbillon hyperactif ne vous laisse jamais le temps de vous souffler ? Entre énergie brute et apaisement, une gageure des plus poétique !  

  • « Conçu à la mi-mars 1821 d'un coup de reins que j'ai toujours eu quelque peine à imaginer je suis né le mercredi 12 décembre à quatre heures du matin. Il neigeait sur Rouen, une légende familiale prétend que ma mère se montra si stoïque pendant le travail qu'on pouvait entendre tomber les flocons sur les toits de la ville. Quant à moi, je serais bien resté quelques années de plus dans le ventre à l'abri de l'imbécillité du monde.
    Désespéré de naître j'ai poussé un atroce hurlement. Épuisé par mon premier cri je semblais si peu gaillard qu'on attendit le lendemain pour me déclarer à l'état civil car si j'étais mort entre-temps on en aurait profité pour signaler mon décès par la même occasion ».

    Le 8 mai 1880 au matin Gustave Flaubert prit un bain. Il décéda peu après dans son cabinet de travail d'une attaque cérébrale sans doute précédée d'une de ces crises d'épilepsie dont il était coutumier. Allongé dans l'eau il revoit son enfance, sa jeunesse, ses rêves de jeune homme, ses livres dont héroïnes et héros viennent le visiter. Il se souvient d'Élisa Schlésinger, la belle baigneuse de Trouville qui l'éblouit l'année de ses quinze ans, de Louise Colet dont les lettres qu'il lui adressa constituent à elles seules un chef-d'oeuvre mais aussi de l'écrivain Alfred Le Poittevin qui fut l'amour de sa vie.

    Remarquable !

    Des souvenirs de jeunesse au grand amour, Flaubert décline vaporeusement les grands instants de sa vie. Une fin de partie unique, à l'image de son oeuvre.

  • Le roman de Jim

    Pierric Bailly

    À vingt-cinq ans, après une séparation non souhaitée et un séjour en prison, Aymeric, le narrateur, essaie de reprendre contact avec le monde extérieur. À l'occasion d'un concert, il retrouve Florence avec qui il a travaillé quelques années plus tôt. Florence est plus âgée, elle a maintenant quarante ans.
    Elle est enceinte de six mois et célibataire.
    Jim va naître. Aymeric assiste à la naissance de l'enfant, et durant les premières années de sa vie, il s'investit auprès de lui comme s'il était son père. D'ailleurs, Jim lui-même pense être le fils d'Aymeric.
    Ils vivent tous les trois dans un climat harmonieux, en pleine nature, entre vastes combes et forêts d'épicéas.
    Jusqu'au jour où Christophe, le père biologique du garçon, réapparaît.
    La relation entre Aymeric et Jim, l'enfant de Florence, est le coeur de l'intrigue. C'est un roman sur la paternité. Aymeric sera séparé de Jim. Il va souffrir d'un arrachement face auquel il ne peut rien.
    Mais se donne-t-il vraiment les moyens de s'en sortir ? Aymeric multiplie les contrats précaires dans la grande distribution, les usines de plasturgie ou la restauration rapide. Plus tard, il est même photographe de mariage. Une grande partie de l'histoire se déroule à Lyon. Jusqu'au bout, Aymeric reste obsédé par cet enfant qu'il a vu naître et grandir, et qui lui a été enlevé, avec lequel il ne sait pas toujours observer la bonne distance, ni occuper la bonne place.

    Attendrissant !

    De la gêne à la joie, Aymeric apprend à se laisser toucher par un petit garnement qui aurait pu être son fils. Père ou pas, ce roman de Jim c'est de la tendresse et de l'humanité en barre !

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